DIVERSES ESPÈCES DE SUGGESTIONS
souvenl, nous nous contenterons do décrire les suggestions du somnambulisme.
Après le réveil, le sujet reste encore sensible à la suggestion; ce fait est connu depuis longt<'mps; on le trouve dans Hraid, comme le reste; pendant c(>s dernièn^s années, il a été étudié par MM. Kichet, Bernheim, IJottey, etc.
Il est possible de suggestionner non seulement des sujets après le r(''veil, mais encore des personnes (pii nont jamais été hypnotisées. Ces dernières expériences ont ému les philosophes; elles ont soulevé de leur part des doutes et des inquiétudes. On a admis facilement les suggestions chez les hypnotisés, car ce sont des malades ; mais comment comprendre qu'on suggestionne des individus éveillés, sans hypnotisme, et cela par des moyens d'action tels que ceux qu(^ nous exerçons journellement les uns sur les autres? Les individus suggestibles à l'état de veille sont-ils donc sujets, dans leur vie ordinaire, à subir automatiquement l'influence des autres individus? Sont-ce des esprits faibles? Quel est leur état physique et moral? En quoi consiste leur état de veille? Quels sont leurs antécédents héréditaires? Telles sont les questions posées par M. Janet; on n'y a pas encore répondu. On devra toutefois admettre la possibilité de la suggestion chez les sujets normaux, si, avec l'un de nous, on ramène la suggestion au processus de l'attention : quand l'attention est suffisamment intense, le temps de réaction peut être nul ou même négatif, c'est-à-dire que la réaction précède l'excitation; une représentation mentale intense, qu'elle soit née spontanément ou provoquée par suggestion, peut donc déterminer une réaction en dehors de toute ex(;itation (1).
Les diverses espèces de suggestions. — Si le propre de la suggestion est de s'adresser à l'intelligence du sujet, il en résulte qu'il y a autant de formes de la suggestion qu'il y a de moyens d'entrer en rapport avec une autre personne.
Tout d'abord l'expérimentateur peut se servir de la suggestion parlée ou écrite. C'est 1(î moyen le pins simple et le plus connnode. Quand on veut produire une hallucination, il sid'lit de nommer l'objet imaginaire, de dire au sujet : « Il y a un ser|»ent à vos pieds! » pour que riiallucinatioii se manifeste
(1) Cil. lei'c [l'roijrcs mcdical, ISSG. p. Tlli.
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aussitôt. L'aflirmatioii verbale est aussi le procédé le plus étendu, car on peut suggéi'cr par cette voie tout ce que la parole humaine peut exprimer. C'est, enfin, le procédé le plus précis.
Le geste, que certains expérimentateurs emploient assez souvent, est un moyen très inférieur. Sans doute, il réussit assez bien sur des sujets entrainês. On peut leur donner, sans prononcer la moindre parole, l'hallucination d'un serpent, en faisant avec le doigt un mouvement d'ondulation, ou plus simplement encore en attirant leur regard vers le sol. On arrive même, avec le geste, à donner des ordres; on oblige le patient à marcher, à suivre l'expérimentateur, on l'attire vers soi, on le fait mettre à genoux, etc.. On dirige l'index veis un chapeau, le malade le prend; on dirige ensuite l'index vers la tête du malade, il met le chapeau sur sa tète. On pourrait aussi bien lui faire prendre un objet dans la poche de quelqu'un. J'ai vu, dit iM. Pitres, certains sujets deviner avec une étonnante perspicacité la signification du plus léger mouvement des doigts, des lèvres ou des yeux. Mais ces procédés manquent complètement de précision; quoiqu'il soit assez vraisemblable que le geste agit le plus souvent sur le sujet par son caractère psychique et expressif, c'est-à-dire par les idées qu'il éveille, on ne sait pas au juste s'il ne se produit pas autre chose. Il faut en dire autant des passes. Quand on suggestionne un sujet par des passes, on ne sait pas ce qu'on fait. 31ais si la suggestion par le geste est souvent peu précise, elle peut être très intense. Lorsqu'on donne à un sujet une suggestion verbale de mouvement, on évoque dans son esprit une image motrice ; cette image, si intense qu'elle soit, reste toujours inférieure à la sensation qu'on donne au même sujet, en exécutant soi-même le mouvement devant ses yeux. Aussi le résultat des deux expériences est-il très différent (l). 11 a été constaté maintes fois que si on place dans la main droite du sujet un dynamomètre et qu'on lui donne l'ordre de le serrer de toutes ses forces, cette suggestion verbale n'augmente que de quelques degrés sa force dynamométrique normale. iMais si on imite devant ses yeux l'acte de fermer énergiquement le poing, sa force musculaire est non seulement augmentée, mais doublée ; tant il est vrai que la
(1) A ce sujet, consulter Cli. Féré, Sensation et mouvement (('tudes de psycho-mécauiquci 1 vol. in-18, F. Alcan (sous pi-essei.
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suggestion par le geste donne, dans certains cas, des résultats d'une intensité qu'on n'obtiendrait pas avec de simples paroles.
Parfois, il est utile de combiner la suggestion par le geste avec la suggestion verbale ou la présentation d'un objet. Par exemple, on présente à la malade un objet réel dont on change la nature par la parole. On lui fait manger du papier, en lui disant que c'est un gâteau, ou on lui suggère qu'une des personnes présentes a un faux nez. La combinaison du mot au geste précise la suggestion.
La suggestion par le geste s'adi'esse à la vue. Les autres sens peuvent aussi être impressionnés ; en faisant n'îsonner doucement un tamtam près de l'oreille de l'hypnotique, on lui fera croire qu'elle entend des cloches; en la piquant ou en la pinçant, on peut éveiller l'image d'animaux qui la mordent. Mais tous ces procédés restent inférieurs à celui de la parole.
Dans tous les cas où lidée éveillée chez le sujet émane d'une suggestion directe d'un opérateur, h' sujet se trouve vis-à vis de cette personne dans un véritable état de sujétion. Cet état n'est point en contradiction avec ce quon observe pendant la veille ; il s'agit seulement d'une exagération de phénomènes, qui permet de mieux comprendre ce qui se passe chez les sujets regardés comme sains d'esprit, et qui subissent d'une manière inconsciente l'influence dune volonté étrangère se substituant à la leur. D'ailleurs, un simple coup d'œil sur les relations sociales nt^ montre-t-il pas que les individus se répartissent assez bien en deux catégories, les meneurs et les menés, cest-à-dire les suggestionnistes et les suggestionnés ?
La suggestion par le sens musculaire présente ce caractère de naîti'e en quelque sorte chez l'hypnotisé lui-même. Si on place les membres d'une malade dans une attitude tragique, l'émotion correspondante se manifeste; si on ferme les poings, le sourcil se fronce et la figure se met en colère; si on fait faire aux membres le commencement d'une action, le sujet la continue; on peut ainsi le faire grimper ou nian^her à quatre pattes; en mettant une plume ou un travail de coutuie entre ses mains, on 1(! fait écrin^ ou coudre. Si on élève sa main et qu'on courbe s(m index, l'idée lui vient qu'un oiseau est perché sur son doigt, et Ihallucination se développe. On peut continuer cette suggestion silencieuse en faisant un léger mouvement. Le sujet s'imagine
alors que loiseau volligo, ot il court dans la clianibrc en essayant de le rattraper. En ramenant les mains d'une liypnolique sur son sein, on lui suggère lidée qu'elle tient un enfant. Tous ces faits entrent dans la même formule ; l'attitude imprimée aux membres du sujet s'aeeompagne d'impressions musculaires définies qui éveillent dans son cei'veau des idées en «apport avec elles.
Puisque toute suggestion prend son origine dans une impression sensoi'ielle subie par le snjet, il n'est pas difficile de concevoir que cette impression j^ouri'ait être ])i'ovoquée par un objet extérieui' sans l'intervention d'un opérateur. On ne i-ecberche pas souvent cette forme de suggestion, qui serait foi't incommode, mais elle se présente quelquefois toute seule. Bennett a rapporté le cas d'un bouclier qui voulut suspendre à un crochet au-dessus de sa tête une grosse pièce de viande ; il glisse, le crochet entre dans son bras et il reste suspendu. On l'emporte à demi-mort; on coupe sa manche, et quoiqu'il se i)laignede soufVrir beaucoup, (juand le bras est à nu, on le trouve absolument intact : le ciochet n'avait pénétré que dans le drap. Voilà un exemple de suggestion sans expérimentateur. Plusieurs autres pouriaient être cités. Nous aurons à parler bientôt des pai'alysies qu'on obtient chez les hypnotiques par suggestion. Il est probable qu'un certain nombre de paralysies liystéi'iques dites traumatiques, c'est-à-dire se produisant à la suite d'un choc, sont aussi le résultat d'une suggestion, le malade se disant sans cesse qu'après une si forte secousse, il ne peut manquer dv devenir paralysé.
Ces derniers faits se confondent graduellement avec ceux auxquels on applique le mot d'auto-suggestion. Il est des cas où la suggestion pr(Mid son point de départ dans l'intelligence du sujet : il se suggère lui-même. Au lieu d'être le résultat d'une impression du dehors, comme dans le cas de suggestion verbale, la suggestion est le résultat d'une impression du dedans, telle qu'une idée fixe, une conception délirante. Quelques exemples nous feront mieux comprendre que de sèches définitions. Une malade, dans une vision imaginaire, avait lutté corps à corps contre l'hallucination de l'un de nous, et lui avait appliqué un violent coup de poing en pleine figure. Le lendemain matin, comme son prétendu adversaire entrait dans la salle, elle s'aperçut qu'il portait une ecchymose à la joue. Cette hallucination, qui dérive d'une première hallucination, comme une con-