‹ Le magnétisme animalChapitre 40 sur 121 · DIVERSES ESPÈCES Ï)V. SUGGESTIONS · texte numérisé non relu

DIVERSES ESPÈCES Ï)V. SUGGESTIONS

clusioii dérive de ses prémisses, est un exemple type d'autosuggestion. En elïet, la malade a dû exécuter, sous une forme inconsciente, un raisonnement analogue à celui-ci : je lui ai donné un coup de poing à la joue : donc il doit en porter la marque. — Une autre malade, au sortir d'une phase de léthargie profonde qui n'avait duré que cinq ou six minutes, s'imaginait qu'elle avait dormi pendant plusieurs heures. Nous favorisons celle illusion en lui affirmant qu'il est deux heures de l'après-midi : il était ré<;llement neuf heures du matin. A cette nouvelle, la malade ressent la faim la plus vive, et nous supplice de la laisser partir pour aller manger. C'est là une sorte d'hallucinalioii organi(|ue, l hallucination de la faim, que la malade s'est suggérée elle-même. Elle a en quelque sorte exécuté inconsciemment un raisonnement analogue à celui-ci : II est deux heures de l'après-midi, je n'ai pas mangé depuis mon lever, donc je meurs de faim. Ajoutons que cette faim imaginaire fui facilement appaisée par un repas ('gaiement imaginaire. On fit apparaître par suggestion sur un coin de la table une assietle de gâteaux que la malade dévora ; au bout de cinq minutes, elle n'avait plus ni faim ni appétit. Les exemples précédents d'auto-suggeslion sont tous empruntés aux hallucinations. En voici un qui appartient à un ordre d'idées dillérent. On s'approche d'ime malade endormie <'l on lui fait un n-cil animé comme celui-ci : « Il vient de vous arriver un grave accident tout à l'heure. Vous le rappelez-vous ? Vous traversiez la cour ; votre pied a glissé, et vous êtes tombée sur la han(;he. Vous avez du vous faire bien mal. » A la suite de ces paroles, la malade ressent une vive douleur dans la hanche, elle se met à geindre ; de plus, se suggérant à elle-même les suites logiques de sa chute, elle se donne en quelque sorte une h'gère paralysie du meml)re ; à son réveil elle boite.

La conclusion générale qui ressort de tous ces faits et de toutes ces expériences, c'est que la suggestion consiste à introduire, cultiver et renforcer dans l'esprit du sujet en expérience — une idée. Qu'est-ce donc qu'une idée, et quelle force latente renfermet-elle pour produire sur certains individus de si puissants effets ? Ainsi que nous l'avons dc-jà dit, l'idc-e se résout en images, et l'image se résout en sensations rappelées. La suggestion agit donc comme un rappel de sensations ; elle consiste dans le renouvellement |)sychique d'une excitation périphérique que le

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sujet a déjà éprouvée. Dès lors on comprend sa puissance ; ridée, à proprement parler, n'est qu'une apparence ; mais derrière elle se cache l'énergie développée par une excitation physique antérieure.

Ce qui corrobore ce point de vue, c'est qu'il est possible de produire, par de simples excitations physiques, c'est-à-dire par des sensations, à peu près tous les eflets qu'on a produits jusqu'ici par suggestion, c'est-à-dire par des idées. Ainsi, au lieu de provoquer ou de détruire une paralysie par la parole, on peut la produire par un choc sur le membre ou sur le crâne (Charcot), ou par l'application d'un diapason sur le crâne, et la supprimer en employant le même procédé. Les vibrations du diapason, en s'additionnant, représentent le choc unique du traumatisme. Les anesthésies hystériques peuvent aussi être provoquées et supprimées par des procédés analogues (1). Les mouvements peuvent aussi, dans ceiHains cas, être provoqués par l'excitation du crâne. Nous ne pouvons pas entrer ici dans des détails complets. Mais nous tenons à montrer comment la suggestion doit être ramenée à l'excitation périphérique dont elle dérive. C'est précisément parce qu'elle détermine dans les centres nerveux de certains sujets les mêmes modifications dynamiques, que la suggestion est capable de produire tous les phénomènes qui résultent des excitations périphériques. C'est le cas de rappeler un ancien adage, qui ne nous parait pas démodé : « i\"{/j?7 est in intellechi quod non j)Hiis fuerit in sensu. »

Dans ces derniers temps, la puissance de la suggestion a été si bien établie que certains esprits en sont arrivés à soutenir que c'est à elle qu'il faut attribuer l'aclion des agents esthésiogènes, dynamogènes et autres, employés connue excitations périphériques. On en vient à nier la réalité du processus de la guéiison par ces agents; on explique par la suggestion l'existence du transfert, ce curieux phénomène découvert par ^I. Celle et étudié tout d'abord piw la commission de la Société de biologie ; on attribue aujourd'hui à la suggestion ce que M. Carpenler attribuait à Vexpeclant attention. Cette erreur a pour principal fondement l'idée que si on peut reproduire par suggestion tel phénomène attribué d'ai)oid à une excitation physique, c'est la

(1) Ch. Féré. — Note pour serrir à l'Iii.sloire de l'amlfli/opie hystt'rique, [Bulletin de la Soc, de biologie, 1886, p. 389,,;

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suggestion qui en est la vc'i'ilablc cause. Mais (|ui ne sent la faiblesse dun tel raisonnement? De ee qu'on peut apaiser la faim d'une somnambule avec un repas imaginaire, s'ensuit-il que les aliments ne lui soient jamais d'aucune utilité ?

De plus, cette opinion n'a pas pour elle, comme on l'a prétendu, l'avantage de la simplicité, car il est tout aussi difficile de comprendre comment la simple idée de paralysie peut pai'alyser que de comprendre comment un choc sur le crâne produit le même etïet. En outre, on ne saurait attribuer un rôle exclusif à l'idée, sans méconnaître que c'est là un phénomène secondaire et dérivé; soutenir que l'idée est tout et que l'excitation périphc''rique n'est rien, revient à soutenir que l'idée est un phénomène entièrement étranger aux fonctions de sensibilité; c'est, en somme, s'insurger contre la grande théorie des rapports des sensations et des images qui domine la psychologie contemporaine. Une telle opinion est aussi en contradiction avec la physiologie qui nous montre qu'un grand nombre de fonctions, la sécrétion de la sueur et des larmes, etc., peuvent être mises en jeu par des causes physiques tout aussi bien que par des causes morales, et que la réalité des unes n'exclut pas celle des autres.

Nous arrivons maintenant à la grave question de la méthode.

Un livre tel que celui-ci ne pourra jamais contenir dans son cadre étroit les détails véritablement innombrables des expérimentations hypnotiques. Forcés de nous limiter dans l'exposition des faits, nous nous croyons obligés, comme comi)ensation, d(; mettre en lumière les questions de méthode, qui constituent le côté philosophique du sujet.

L'hypnotisme constitue une étude hérissée de dilïicultés; c'est ce dont ne se doutent pas les nombreuses personnes qui ont cru trouver dans ces questions l'occasion d'un succès aussi brillant que facile ; si rien n'est plus simple que d'imaginer des expériences dramatiques qui frappent le vulgaire d'étonnement et d'ell'roi, en revanche, il est fort difficile, dans bien des cas, de trou-

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ver la vraie formule de lexpiMÛence qui donne un résultat précis et probant.

D'une manirre générale, la méthode est la même pour l'étude des phénomènes soniatiques et pour celle des phénomènes de suggestion. Pour obtenir des résultats constants (pii puissent être vérifiés à volonté par tous les autres observateurs, il faut déterminer avec la dernière précision les conditions physiologiques et pathologiques des sujets d'expérience et la nature des procédés opératoires. Toutes les fois qu'une de ces deux règles est violée, t)n connnet une f;iute de méthode ; on s'expose à voiile résultat qu'on annonce démenti par un autre oJJservateur, qui n'a pas pu le reproduire ; de là une confusion des questions, de là des discussions i)ersonnelles nécessairement stériles, et linalement le scepticisme du public.

Il faut d'abord déterminer l'état somatique des sujets; nous croyons jH'éférable d'expi'rimenter, comme nous l'avons fait, sur des hystériques, présentant, très nettement accusés, les caractères du grand hypnotisme. Tous ceux qui voudront vérifier les nouvelles expériences de suggestion que nous rapportons devront s'adresser seulement à ces sujets. Il est très important d'indiquer l'état somatique des sujets en expériences, c'est le seul moyen de permettre la comparaison des résultats. Il est vrai qu'aucun état morbide ne se présente dune façon constante sous le même aspect. Chaque individu imprime à l'état morbide qu'il subit un cachet tout particulier. Toutes les maladies se présentent sous des formes variables, suivant la constitution du sujet, et on peut même dire que chaque fonction organique olfre des varialions individuelles. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que l'hypnose se montre sous des aspects variés et plus ou moins caractéristiques; mais c'est une raison de plus pour ne comparer que les faits similaires, sous peine de confusions déplorables.

Il est moins facile de déterminer avec précision les procédés opératoires ; car il arrive souvent (pie l'expérimentateur se trompe sur les moyens d'action qu'il emploie. Il croit suggérer telle idée, mais au même moment il en suggère à son insu une seconde qui altère la première, ou bien le sujet intervient d'une manière active pour simuler certains phénomènes et tromper l'observateur. La simulation et la suggestion inconsciente sont les deux principaux écueils à éviter dans une étude des faits de suggestion.

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Simulnlion. — Il faut le reconnaître, la simulation, qui est déjà un ccueil dans létude de Ihystérie, n'est nulle part aussi redoutable que dans l'élude qui nous occupe. Tant qu'il s'agit de phénomènes physi(|ues, l'expérimentateur est en sécurité. Il n'en est jias de même i)our un grand nombre de faits de suggestion. Ftien d(; plus Atcile pour le sujet que de simuler une hallucination ou un délire. {a\ sont là des phénomènes intérieurs qu'on ne peut pas voir, toucher et palper, connue un fait objectif ; ce sont des plnmomènes subjectifs, personnels à celui qui les ('prouve, et par conséquent facilement simulables. Avant de les étudier, il faut avoir la preuve qu'ils existent. Avant de rechercher les caractères d'une hallucination provoquée, il faut être certain que le sujet ('prouve réellement une hallucination.

On ne pare pas à ce danger en cherchant à prouver que le sujet sur lequel on opère est réellement plongé dans l'hypnotisme ; car, ainsi que nous l'avons d(''jà dit, simulation et somnambulisme ne sont pas des termes qui s'excluent forcément. M. Pitres a constaté que le sujet qui dort peut encore tromper. Il faut donc di^nander aux foits de suggestion eux-mêmes la preuve de leur réalité.

A la rigueur, on pourrait invoquer des preuves morales ; mais ces preuves n'ont gut're de valeur que pour celui qui connaît les malades, elles lui restent personnelles. De plus, à ceux qui se contentent de preuves morales on a le droit de rappeler l'aventuie de l'honnête Hublier que sa soinnambule Emélie trompa pendant quatre années consécutives. Otte histoire renferme une leçon de prudence que l'on fera sagement de recueillir.

La méthode qu'on doit suivie en pareille circonstance est toute tracée ; elle se résume d'un mot : c'est la méthode expérimentale, comprenant les procédés les plus perfectionnés de l'observation clinique et de l'expérimentation physiologique.

Les anciens magnétiseurs se contentaient d'observer; beaucoup de modernes les imitent en ce jjoint. Après avoir provoqué par suggestion tel phénomène psychif|ue, ils le regardent, et ensuite le d(''crivent. A notre avis, ce n'est là qu'une préparation de l'expérience et non l'expérience entière. Pour s'assurer de la sincérité du sujet, il ne suffit pas de l'observer passivement. Pour se démontrer la réalit('' de l'hallucination suggérée, il ne

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suffit pas de regarder e,e que fait riiallueiin' et d'éeouler ce qu'il dit. Il faut pousser l'investigation plus avant, et soumettre le phénomène suggéré à une expérimentation rc'gulière, afin d'en dégager les signes objectifs. Ainsi c'est l'expérimentation qui nous a appris que la vision hallucinatoire est modifiée par les instruments d'optique comme la vision réelle, que l'hallucination dune couleur provoque les mêmes effets de contraste coloré que la couleur nielle, que l'anesthésie systématisée donne lieu aux mêmes phénomènes de couIchu* que l'achromatopsie spontanée des hystériques, que la paralysie motrice suggérée s'accompagne des mêmes caractères physiques qu'une paralysie de cause organique, etc. On voit que ces caractères cachés, et révéh'S jiar l'expérimentation, sont d'une nature fort compliquée ; pour les comprendre, il faut être au courant de la physique, de la psychologie et de la physiologie du système nerveux. On ne s'explique pas les efl'ets de contraste produit par l'hallucination de couleur, quand on ne connaît pas Ihisloire des couleurs complémentaires ; on ne s'explique pas davantage les signes cHniques des |)aralysies motrices par suggestion, quand on ne connaît pas les paralysies organiques, et ainsi de suite. Il n'y a donc pas à craindre que les malades inventent ces caractères de toute pièce, pour tromjier l'expérimentateur ; nous sonunes à peu près certains qu "elles ne simulent pas, et cela pour deux raisons : ou bien elles ne savent pas, ou bien elles ne peuvent pas. Les signes objectifs dont nous parlons sont donc fort précieux ; ils s"imi)osent à tout le monde et démontrent dune manière irréfutable la réalité de l'expérience.

En résumé, la méthode à suivre dans les faits de suggestion est l'expérimentation sur les jyhénomènes psychiques provoqués, et le but à atteindre est lobjectivation de ces troubles subjectifs.

Il s'élève toutefois, au sujet de la simulation, un curieux problème qui n'a encore été examiné par aucun observateur. Les règles de méthode que nous venons d'opposer à la simulation sont très efficaces, quand le simulateur est une personne qui n'éprouve à aucun degi'é le phénomène simulé ; ainsi, si le sujet prétend qu'il a une hallucination visuelle à un moment où il ne voit absolument rien, les épreuves multiples fournies par les instruments d'optique, les couleurs complémentaires, etc., n'auront

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