EFFETS DE LA SUGGESTION
expérimentateurs ayant endormi le sujet, trara son nom avec l'extrémité mousse d'un stylet de trousse sur ses deux avanl-bi-as; puis il lui fit le commandement suivant : « Ce soir, à quatre heures, tu t'endormiras et tu saigneras aux bras sur les lignes que je viens de tracer. » A l'heure fixée, le sujet s'endormit ; au bras gauche les caractères se dessinèrent en relief et en roug<' vif sur le fond pâle de la peau et même des gouttelettes de sang perlèrent sur plusieurs points. A droite, côté paralysé, il ne se produisit absolument rien. Plus tard, M. Mabille a vu le même sujet, dans des attaques spontanées d'hystérie, se donner à haute voix l'ordre de saigner au bras, et présenter quelque temps après les hémorragies cutanées déjà décrites. Ces curieux phénomènes rappellent et expliquent les stigmates sanguinolents qu'on a observés à plusieurs reprises chez les extatiques religieux pendant qu'ils se représentaient la passion du Christ.
A la Salpêtrière, M. Charcot et ses élèves ont produit fré(|uemment chez les hypnotiques des brûlures par suggestion. L'idée de brûlure ne produit jias son effet instantanément, mais après quelques heures d'incubation. On peut se demander si toutes les fonctions organiques peuvent être ainsi modifiées par la suggestion ; il règne encore beaucoup d'obscurité sur c«'s questions.
Tout dernièrement l'un de nous (1) a pu constater, au moyen de procédés analogues à ceux de M. Mosso, que par le seul fait quune hyst(''rique, même à l'état de veille, fixe son attention sur une partie de son corps, celte partie change de volume. Cette observation importante ne s'ajoute pas seulement aux précédentes, elle les explique, en montrant l'influence que peut exercer, chez des sujets hyperexcitables, un simple phénomène d'idéation sur les vaso-moteurs qui sont en cause dans toutes les expériences de ce genre.
Parmi les eflets de la suggestion, il n'y en a guère qu'une classe qui ait fait l'objet de recherches régulières ; ce sont les faits psychiques. On les a étudiés de préférence aux autres, l)arce que ce sont les premiers qui aient été exploités par les charlatans. Xous allons les examiner à notre tour, en essayant de les définir et de les classer avec tout le soin possible.
Si, avant d'entrer dans les détails de ce sujet, on le considère
(1) Ch. Fore. Bull. Soc. de biologie, 1886, p. 399.
dans son ensemble, on voit qu'il s'agit d'étudier le rôle des idées dans les modifications de l'intelligence; il s'agit devoir ce que produit ce facteur, (juand il agit isolément. D'après une opinion qui est généralement admise en psychologie, l'idée n'est qu'un facteur secondaire ; le plus sonvent, l'idée est une résultante, un point darrivée ; les phénomènes psychi(iues se développent, en qnelque sorte, de bas en hant; ils ne commencent pas dans les centres supérieurs de l'idéation, ils s'y achèvent (1). Aussi, les phénomènes suggérés, qui, par un mécanisme agissant à rebours, se développent de haut en bas, sont plus supcriiciels, plus éphémères que les phénomènes spontanés. On peut suggérer à un sujet qu'il ressent la faim la plus vive; mais ce sentiment, dicté par une idée, sera moins profond que celui qui est produit par un besoin organique. De même, on i)eut transfoi'uier la personnalité du sujet, le changer, par exemple, en chien ou en loup; mais cette personnalité d'emprunt plaquée sur la jiersonnalité réelle ne change j)as le fond du caractère. Pour que la suggestion produise des modifications durables, il faut (juelle soit répétée souvent; elle finit alors, au moins dans certains cas, par créer des habitudes. Une malade à qui on avait fait de fréquentes suggestions de paralysies motrices disait que souvent en rêve elle se voyait paralysée d'une moitié du corps. Les suggestions de crimes expérimentaux, ne doivent ]jas être faites à la légère ; on ne sait pas toujours ce qui en reste.
Une étude approfondie de la suggestion montre que ce mot ne répond pas à un fait unique, mais à deux faits principaux qui forment en quelque sorte les points cardinaux de toute la théorie. Il y a deux espèces fondamentales de suggestions : l'une, qui a pour effet de produire un phénomène actif ou impulsif, comme une sensation de douleur, une hallucination, un acte; l'autre, qui a pour effet de produire un phénomène paralytlipie, comme la flaccidité d'un membre, la perte de la mémoire, l'aneslhésie d'un sens. Ce sont là deux procédés tout différents, on peut même dire inverses, car l'un défait ce que l'autre fait. Il est impossible de les ramener à la même loi psychique, et de leur imposer une explication commune.
Examinons dabord les suggestions ])osilives, dont les deux
(Il Th. Riliot, Maladies (le lu personnalité, p. VM. Paris. F. Alcan.