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HALLUCINATIONS UNILATÉRALES I)E LA VUE

Le phônomônc d'antagonisme so produit lorsqu'on fait voir sinuiltanôment à l'a'il droit et à l'œil gaucho doux coulours dillorontos, comme du rouge et du bleu. On ne voit point alors une couleur composée, comme on pourrait le supposer, mais une sorte de brouillard vacillant entre les deux couleurs et se dc'plaçant çà et là. Enfin, en regardant au stéréoscope deux images semblables, dont l'une est blanche et l'autre est noire, il ne se forme point un mélange des deux images en un gris uniforme, mais une lutte d'émulation entre les deux champs visuels, de façon qu'une fois le clair prédomine et l'autre fois l'obscur, d'où résulte l'impression du brillant (1). Ce sont ces phénomènes bien connus qui paraissent rendre compte des expériences sur les hallucinations que nous venons de rapporter.

Avant d'aller plus loin, tirons quelques conclusions psychologiques des faits que nous venons d'énumérer. La plupart des psychologues modernes admettent la loi indiqu(''e par Dugald Stewart (2) et magistralement développée par M. Taine (3), d'après laquelle toute image entraîne une croyance momentanée à la réalité de son objet. « Il y a très peu d'hommes, disait le psychologue écossais, qui puissent regarder en bas du haut dune tour très élevée sans éprouver un sentiment de crainte. Et cependant leur raison les convainc qu'ils ne courent pas plus de risque que s'ils étaient à terre sur leurs pieds. ^> — « En elï'et, dit M. Taine, quand le regard plonge tout d'un coup jusqu'au sol, nous nous imaginons subitement transportés et précipités jusqu'en bas, et cette seule image nous glace, parce que, pour un instant imperceptible, elle est croyance ; nous nous rejetons instinctivement en arrière comme si nous nous sentions tomber. » Il y a donc en gei'me dans toute image qui se présente à l'esprit un élément hallucinatoire, lequel ne demande qu'à se développer. C'est cet (Hément qui se développe pendant l'hypnotisme, où il suffit de nommer au sujet un objet quelconque , de lui dire simplement « voilà un oiseau » pour que limage suggérc-e pai' la parole de l'expérimentateur devienne aussitôt une hallucination. Ainsi,

(1) Bcinsfein, Irs Sens, p. îî?7 et TiiS. Paris, F. Ali-aii. Pour plus de détails, voir licluiiioUz, Optinin' phijsiiiliujiqiic, [>. 'J(J1.

(2) Philosophie de l'esprit liHinain, t. I, p. 1U7.

(3) De VintellKjeiue t. I, p. 80.

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entre Tidée d'un objet et riiallucination de cet objet, il n'y a qu'une dilïerence de degré.

Il est un fait ti-ès fiappant, à cet égard ; c'est que la plupart des malades qui nous ont servi de sujets pour nos expériences dhallucination possèdent à un haut degré, pendant l'étal de veille, le don de se représenter les objets sous une forme sensible. M. Liébcault fait de celte qualité le signe des individus hvpnolisables. Sans aller jusque-là, nous croyons que les individus ayant le don de visualiser, pour employer lexpression de 31. Gallon, se prêtent mieux que les autres aux hallucinations visuelles. Lorsque nous prions un de nos sujets de se figurer une personne absente, il nous déclare bientôt qu'il voit cette personne avec autant dintensitc' que si elle était devant ses yeux. Cette vivacité de la représentation se rencontre fi'équenunent chez les hystériques; elle explique comment des hystériques réunies ensemble peuvent, en échangeant des confidences ou en se communiquant leurs impressions, shalluciner réciproquement.

Lorsque des hystériques hypnotisables ont servi de sujet au même expérimentateur pendant plusieurs jouis, elles finissent souvent par resU'r dans un état dobsession permanente ; elles sont possédées, pour ainsi dire, aussi bien le jour, pendant la veille, que la nuit dans leurs rêves. Cet état d'esprit s"accompagn(>, d'hallucinations spontanées dont la forme» varie, mais dont l'expérimentateur est toujours l'objet. Telle deviendra succube, telle autre sera tourmentée, embrassée, etc. Si })lusieurs sujets se trouvent réunis dans h'S mêmes conditions et s'il y a des confidences échangées, il pourra en résulter une sorte d'épidémie de délire hystérique, dans lequel les hallucinations seront suivies d'impulsions, d'actes violents, etc., qui rendent compte des différentes péripéties du drame qui s'est terminé par la mort d'Urbain Grandier. L'un de nous (1) a assisté à une ébauche de persécution de ce genre qui a suflî à nous montrer que ces sortes d'expérimentations devaient être conduites avec la plus grande prudence.

Ainsi que nous venons de le voir, l'hallucination consiste dans une image vive extériorisée. Mais \o langage dont on se sert a le défaut de faire considérer une image comme une chose, comme

(1) Ch. Féré, les Hypnotiques hystériques considérées comme sujets d'expérience en médecine mentale, etc. [Société médico-psycholoyique, 1883J.

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