PHÉNOMÈNES OBSERVÉS DU COTÉ DE LOEIL
même côl/' ; en un mot, il s'agit, en général, d'une héniianesthésie sensitivo-sensoi'iclle. Or, on constate dans ces conditions que la sensibilité géntirale de l'œil, c'est-à-dire la sensibilité de la conjonctive et de la cornée, est constamment en rapport avec la sensibilité spéciale de l'organe. Ainsi les hystériques iK'mianesthésiques que nous avons observées et qui ne présentaient ni rétrécissement du champ visuel ni achromatopsie conservaient la sensibilité spéciale de leur conjonctive ; celles qui ont perdu la vision d'une ou de plusieurs couleiu's et ont un rétrécissement plus ou moins régulièrement proportionnel du champ visuel ont perdu la sensibilité conjonctivale ; celles enfin qui ont une achromatopsie complète, avec un champ visuel presque nul, ont perdu non seulement la sensibilit('' de la conjonctive, mais encore celle de la cornée. Dans ce dernier cas, si, pendant que la malade regarde fixement un objet, on fait avancer au contact de la conjonctive et de la cornée une bandelett(^ de papier, on voit l'œil et les paupières rester immobiles, tant que le corps étranger n'est pas arrivé dans le champ pupillaire ; le réflexe oculo-palpébral qui se produit alors est déterminé exclusivement par l'excitation de la rétine, qui a perdu la perception des couleurs, mais distingue encore le clair de l'obscur.
Chez les hémianesthésiques pures, ou chez les anesthésiques totales avec prédominance d'un côté, on peut, par raimantalion, par l'électrisation statique , etc. , provoquer un transfert de l'anesthésie, qui permet de foire une contre-épreuve donnant des résultats constants.
Ce rapport entre l'insensibiUté cutanée et l'insensibilité sensorielle existe non seulement quand l'anesthésie est étendue à toute la moitié du corps, mais encore lorsqu'elle est plus ou moins limitée. Lorsqu'on a f;\it disparaître l'anesthésie hystérique par l'électrisation statique, on voit au l)out d'un temps variable reparaître l'insensibilité sur une région localisée, variant suivant les sujets et n'ayant aucun rapport avec les distributions nerveuses. Chez une de nos malades, la sensibilité revient d'abord par une zone limitée qui entoure l'œil, comprenant la cornée et la conjonctive, et ranestlK'sie sensorielle se reproduit en même lem})s que l'anesthésie limitée de la peau (1).
(1) Ce que nous veauus de dire de l'œil se vérifie également pour les
192 LE MAG.NÉTISME AMMAL
Le rapport qui cxislo entre la sensibilité spéciale de l'œil cl la sensibilité de la conjonctive nous paraît encore trouver une preuve dans une observation que nous avons pu faire à la Sal|tètrière sur trois hystériques hypnotisables. On jx'ut distiui'uer dans la catalepsie deux phases, en ce qui concerne Iceil : 2" dans la catalepsie piofonde, celle quon obtient, par exemple, par un bruit soudain, les yeux restent fixes, sans clignement de paupières. Dans cet ('tat, on peut toucher impunc'menl la conjonctive sans provoquer de réflexe ;2'' en agitant plusieurs fois un objet devant les yeux de la cataleptique, on arrive à fixer son regard et à lui faire suivre les mouvements que l'on fait. Si alors on touche la conjonctive, les paujnères réagissent immédiatement comme chez un sujet sain, tandis que la sensibilité générale reste abolie sur tout le cor}>s. Un peut, en replongeant la malade dans la catalepsie profonde, répéter l'expérience autant de fois qu'on le veut, le résultat est toujours le même ; sitôt que l'ieil perd sa fixité , la sensibilité de la conjonctive reparaît. L'oJjjet mis en mouvement devant l'o'il excite la sensibilitc' spéciale de l'organe, comme, dans d'auli-es circonstances, une forte excitation locale ramène la sensibilit('' cutanée et, avec la fonction visuelle, la sensibilité de la membrane externe de l'œil a reparu.
Ces faits semblent indiquer qu'il exisie dans des régions indéterminées de l'encéphale des centres sensitifs communs aux organes des sens et aux téguments qui les recouvrent (1).
Nous arrivons enfin, après ce long préambule, aux observations qui nous intéressent directement, au point de vue de la physiologie des hallucinations. L'un de nous a constaté que lorsqu'on donne à une (îataleplique une hallucination visuelle, la sensibiUté générale de l'œil est souvent modifiée d'une manière profonde. Nous venons de voir que, dans l'état cataleptique, la conjonctive et la cornée, en dehors du chanij) pupillaire, sont en général insensibles ; eh bien! chez la nommée P..., par exemple, sitôt qu'on a développé une hallucination visuelle, la sensibilité des membranes externes de l'œil revient dans l'état où elle existe pendant la veille ; on ne peut toucher les membranes avec un
autres sens Nous n'insistons pas. Pour ])lus de détails, voy. l'ouvra.u'e cité de Cil. Féré.
(l)Ch. Féré, Troubles fonctionnels de la rision, p. U'J, 158, 151.
PHÉNOMÈNES OUSEUVKS DU COTÉ DE l/(»;iL J 93
corps étranger sans provoquer de n'flexes palpc'braiix: (1). L'hallucination rcveillc la sensibilitc' géncrale de lu'il, exactement connne le fait la vision d'un objet réel (|u'on agite devant les yeux du sujet. Ce fait ne prouvc-t-il pas que riiallucination visuelle intéresse le centre de la vision 1
Une seconde expérience nous présente le même fait sous une forme didërcnte. Chez la nommée M..., riiallucination visuelle persiste généralement pendant ti'ois à quatre minutes après le réveil ; cette malade, une fois réveillée, se plaint davoir mal aux yeux et les frotte sans relâche ; elle cesse d'y poi'ter les mains au moment où Ihallucination disparait. Nous avons vu cette malade répéter ce manège i)lns de fjuai'ante fois, et nous n'y attachions aucune importance, tant il est vrai qu'on n(^ voit bien que ce qu'on est i)répar(; à voir. Cependant il y a là un ph<'>nomène curieux ; c'est une hyperesthésie, ou plutôt une dysesthésie des téguments de l'œil, qiu est provoquée par Ihallucinalidn visuelle, qui dure autant que Ihallucination et disparait avec elle. >e semble-t-il pas que si une hallucination peut cxei'cer cette modification sur la sensibiliK' cutanc'e de l'a-il, c'est qu'elle excite la sensibilité spéciale de lorgane, c'est-à-dire le centre de la vision (-J).
Chez, une troisième malade, la malade X..., nous avons encore observe'' le même plu-noinène sous une forme nouvelle. Nous donnons à notre sujet riialliieinalion d'un oiseau pos('' siu* son doigt et en même temps nous lui suggérons qu'elle voit l'oiseau exelusivement de l'o'il droit. Après le réveil, riiallucination persiste, la malade caresse l'oiseau ; mais elle ne sajK'reoii pas qu'elle le voit seidement d'un œil, car elle a les deux yeux ouverts et ne pense pas à en fermer un. Au bout de quehjue temps, elle se plaint de douleurs dans l'o'il droit : elh' dit : « .lai c(»mnie du sable dans cet œil », et ellii'ctivement elle ne porte la main (|u'à cet œil seulement. On remarquera celte expression : j'ai comme du sable... Les personnes atteintes de conjonctivites ne parlent pas autrement. La localisation d(^ la douleur dans l'œil qui est seul halluciné'' prouve; bien que cette dysesthésie est sous la dépendance de l'hallucination.
il) Cil. Foré, /es- Hi/piiofiqitcs hiistériques comme sujets d'e.vpcriMicc en médecine mentale, clc (Archives de neurologie, 1S83, t. VI, j). 122).
i2) Chez cette malade, l'hallucinatiou de l'ouïe détermine une douleur localisée dans le conduit auditif.
HlMCT Cl Fkkk. 13
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Cliacun de ces faits, pris isolôniont, est un peu menu ; mais ils eoneoi'deiU enire eux, ils seneliaînent log;i([uement et paraissent démontrer que Ihallucinalion visuelle a son siège dans le centre sensoriel de la vision.
Puisque nous venons d'étudier linfluenee de Ihallueination sur l'état des organes des sens, et sur l'a-il en particulier, nous devons rappeler l'observation faite par l'un de nous (l) sur l'état de la pupille chez les hallucinés. Il avait d'abord observé que dans les hallucinations qui accompagnent la troisième période de la grande attaque hystérique, le diamètre de la pupille varie avec la distance présumée de l'objet hallucinatoire. Ce fait intéressant se retrouve dans les hallucinations provoquées de 1 hypnotisme.
« Chez deux hystériques avec lesquelles on peut entrer en communication par la parole |)endant la catalepsie, voici ce que nous avons observé : lorsque nous leur ordonnons de regarder un oiseau au sommet d'un clocher on s'<''levant tout en haut dans les airs, la pupille se dilate progressivement jusqu'à doubler, (m peut s'en hiut, son diamètrr primitif ; si nous faisons redescendre l'oiseau, la pupille se rétrécit graduellement ; et on peut reproduire le même phénomène autant de fois que l'on évoque l'idée d'un objet quelcon(|ue qui se meut.
« Ces modilications de la pupille que l'on provoque ainsi chez une cataleptique, qui ne cesse pas d'ailleurs d'offrir tous les phénomènes propres à la catal(>psie, montreni que, dans cette hallucination, 1 objet liclif est exactement vu connue s'il existait, et provoque, i>ar ses mouvements, des edorts' d'accommodation suivant les mêmes lois que si c'était un objet réel. Il s'agit donc bien d'une hallucination v<''rilable, qui n'a rien à faire avec la supercherie. »
Il nous reste à étudier l'action des esthésiogènes sur Ihallucihation.
(Il Ch. Féré. — Note sur quelques phcnoinènes observés du côte de l'ivil chez- les hijstéro-épilepi iques, soit pendant l'attaque, soit ek dehors de Vatlaque '{■Soc. de biologie, 1881, octobre, novembre et décembre).
ACTION DES KSTIlKSlOilKMÎS 195
Nous avons ou souvent loccasion de parler des esiliésiogènes. On appelle de ee nom un eertain nombre d'agents, qui, d'après les obs(!rvalions faites par Bui'(j et eonlirmées et étendues depuis par de nombi'eux observateurs, ont la propriélc' d'agir sur la sensibilité et la motilité d'une certaine catégorie, de sujets. L'eslbésiogène auquel nous avons eu le plus souvent recours dans nos études est l'aimant; cet agent n'oUrc rien de mystérieux; assimilé par la physique à un solénoïde, il agit sur le système nerveux comme un courant ('lectriquc faible, produisant une excitation p(''riphérique continue. Son mode d'a<'tion a, d'ailleurs, été nettement établi par des recherches de l'un de nous (1).
Nous n'avons pas à prouver ici la réalité de linfluence des esthésiogènes, pour rc'pondre à ceux qui ne voient dans ces agents que des cllets de la suggestion et de l'attention expectantc ; c'est un point sur lequel nous avons déjà eu l'occasion de nous expliquer. Il nous i-este seulement à montrer que, dans les expériences qui vont suivre, nous avons pris des précautions suffisantes pour éliminer la suggestion et l'attention expectantc. Voici les points snr lesquels nous insistons : l" Engagc's dans des recherches nouvelles, nous «'lions incapables de prévoir dans beaucoup de cas, notamment poin- la polarisation des émotions, ce qui allait se produire : nous n'avons donc pas pu ftiire de la suggestion; 2° Nous avons ri'pété les exp(''riences sur des sujets complètement neufs, et obtenu les mêmes i(''sultats ; 3" Nous avons dissimuh' l'aimant sous un linge, et les mêmes effets se sont produits; i» Nous avons rendu laimant invisible par suggestion, et le même cll'et a continué à se produire; ô" Nous avons employé un aimant en bois, et rien ne s'est passé; si, d'ailleurs, il s'était pass('' quelque chose, <'e résultat n'aurait rien prouvé contre nous, car il aurait pu s'expliquer par un rappel de l'excitation périphérique antérieure; G" Nos expériences faites pendant le somnambulisme se relient logiquement à celles qui ont été faites pendant la hUbargie; et la catalepsie ; or, dans ces deux derniers états, nous n'avons jamais pu domier de suggestion compliquée à nos sujets. Ces motifs nous paraissent démontrer que n(His avons obtenu, dans nos recherches, des ctfets dus à des esthésiogènes et non à une suggestion inconsciente.
(Il Cil. l'éré, Ihdl. Soc. bioL, 188"», p. .'jGO, et Sensation rf monn'nwnl. ('Indes (If ps!irlio-m('(((ni<ii(e, l vol. in-18, ^oua presse, F. Ali'aii.
196 I K ma(.M':tisme animal
Il se Irouvcra ('crlaiiiemciil beaucoup d'observateurs qui essayeront de coulrôler nos expériences et qui, ne réussissant pas, les déclareront fausses, ou produites par la suggestion. C'est le cas de rappeler avec Claude Bernard qu'une expérience négative ne prouve le plus souvent qu'une chose, c'est qu'on n'a pas su s'y prendre. 11 est clair (jue les esthésiogènes n'agissent que sur une certaine catégorie de sujets ; c'est ce qui a été vu dès le début par tous les observateurs (|ui se sont occupés de cette question. Or nos expériem^es sur les esthésiogènes, n'étant (pie le développement Iogi(iu(^ des expériences de Bur([ et de ses successeui's sur la métallotln'rapie, sont évidemment soumises aux mêmes conditions. On n'infirmera donc en rien nos recherches en montrant que sur le ])remier sujet venu elles ne réussissent pas; ce serait là une argumentation puérile. Doute-t-on du phénomène de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, parce (ju'on ne sera pas capable de le produire chez un sujet sain, nullement hystéi'ique? Aous nous faisons un devoir de donner à nos contradicteurs présents et futurs le conseil d'opérer exclusivement suides hystériques, présentant les caractères du grand hypnotisme, et che/, lesquels la sensibilité et la force musculaire sont modiiiées l)ar les applications aimantées.
Nous avons observé que l'hallucination unilatérale, chez certaines malades atleinles de grand hypnotisme, peut être transférée par l'aimant, comme une contiacture ou une paralysie hystérique (l).
Contrairement à ce qui se passe pour les contractures, l'halluciiiation visuelle transférée n'est pas symétrique de l'hallucination initiale. On donne au sujet la suggestion qu'il voit sur un carton un [lorlrait de prolil, et ([ue ce proiil est tourné vers la droite ; on ajoute qu'il voit c(îtle ligure^ de l'a'il droit seulement, et pas du tout de l'o'il gauche. Par l'application de l'aimant, on fait passer l'hallucination du côté gauche, et on l'enlève à l'u'il droit. Si alors on demande à la malade de quel côté est tourné h; prolil (pielle voit sur le carton, elle l'épond (juil legarde vers la dioite, comme auparavant ; la symcHrie voudrait (juil regardât veis la gauche.
Pendant la durée du transfert, le sujet se plahit sponlanèment
(1) Binet et Féré, le Traiisfcii psychique (H(')'iic pliil<isopltit/ii(',']iiay. 18S5).
ACTION DES KSTIIl'.SlOr.ftNES 197
(l'une douloui' de trtc oscillant d un cMv du crâne à lautro. Cette douleur de transfert n'est ])as ditl'use, elle a un siège fixe, et ce siège est des plus remarquables. Grâce aux notions de topographie cranio-c(''r(''l)rales ('tablies par l'un de nous (1), on peut constater que le point douloiu'eux, indiqué sans aucune Ih'sitation par la malade, coïncide pour certains genres d'hallucinations avec les centres sensoriels del'c'corce cérébrale, tels qu'ils ont été fixés par les i-echerches physiologicpies vi anatomo-cliniques de ces dernières années (lig. *•). Il en est ainsi notamment poui' leshallu-
■ûi/t
Fic. !i. — Topographie eraniO'céréb)-ale. — U. Brcgina; — C, Piiiiil (|ui correspond à l'cMn'iiiiU; 'externe de )a suture coronale ; — I., Lanilxla, correspondant à la scissure peipeiidiiiilaire externe; — CS, Scissure de Sylvius; — KK', Sillon de Uolando : 11. son cxlréniité antérieure à 3 centimètres environ en arrière de l'extrémité externe de la suture coronale. — U', son extrémité postérieure à 45 niillimctics en airière du hiegma ; — AA, Plan alvéolo-condylicMi ; — ()M, Plan auricido-hresiiialiipK- : — <;l, Plan passant par le diamétie Iraiisverse l'rontal minimum et !(■ laiiilida ; — KK, Section passant entre les ,.' plis de la 3' circonvolulion l'ronlalc au point C <pii corresiiond à l'exlrémiti' externe de la sutm-e cdionale, et elllciiraiil la lèle du noyau caudé ; — K'H, Section passant par rexliéiiiilé poslerienre du sillon de H(dando et en arrière de la limite p()sléi'ieiu-e (le la couche (ipli((ue : — NM, Plan horizontal passant par la lace supérieure du corps calleux et au-dessus des no\aux gris.
cinalions les jihis importantes, celles de la vue et de l'ouïe, .\insi, dans le ti-anslert de riialliicination visuelle, le i)oint est situé un
(1) Ch. Féré, Atintoinie nn'dicale du fujslhne nerveux, Paris, 1886, p. 95.
198 LE MAr.NKTlSMK ANIMAL
pou on arriôi'o ot au-dossns dn pavillon do loroillo ; il oorrospond à la rôgiondonlla dostruolion dôtermino la Oi'oilo voibaloot riiémianopsie ; eest donc la pailio antérieure du lobule pariétal inféi'iour.
Dans le transfort de riialluoinalion do louio, le point douloureux est silu('' au milieu do lospaee eompris entre la partie antériouro du pavillon do loroillo ot lapophyso oi'bitaire oxtorne ; la douleur répond à pou prés à la partie moyenne du lobe toniporosphénoïdal, et approximativement à la région dont la destruction produit la surdité verbale. Pour le goût, le point est au-dessus de la erète oeeipilalo l'xtorno, à deux eontiméti-os en debors de la ligne médiane ; pour l'odorat, il est à un centimètre au-dessus et un pou on dedans. Ces deux dernières localisations sont en contiadiotiou avec les résultats des recberchos anatomo-cliniques ; elles méritent d'être contrôlées.
Celte coïncidejico, comment laul-il lintorpréter ? Prouvo-t-olle que le processus pliysiologique coricspondaut à Ihallucination siège dans les centres sensoriels do lécorce cérébrale, en arrière do la zone motrice ? Ou bien no faul-il y voir qu un de ces réiloxos auxquels on donne en physiologie le nom de douleio's en écho ? Nous no trancherons pas la (luostion.
Tout ce qu'on peut dire di' certain, cesl qu'il existe chez certains sujets un rapport spécial entre certains points du cuir chevelu et certains centres nerveux dont l'omplacemont exact rosi»' à déterminer. A ce titre, le siège do la douleur de Iransfoi-t a la valeur d'un signe objectif.
Nous avons vu, dans une auti'o expérience sur les mémos malades, la démonstration du mémo rapport entre certains points du cuir chevelu et certaines fonctions sensorielles. Nous voulons parli-r dos expériences de somnambulisme pai'tiol (1). Si l'on plonge le sujet en catalepsie to(ale, et qu'on vienne à exciter mécaniquement, avec le doigt ou un cor|)S mousse, les points du crâne qui sont douloureux pendant h' transfert, on produit do curieux olVots. Si on excite le point du crâne cori'ospondant au centre visuel, on somnambulise les deux yeux de la malade, qui perdent leur fixité catalepti(pie et suivent les mouvements du doigt. Si on excite de la même façon le point correspondant du
1; Féré et Biuet, h' Siimnambiilisme parliel Sac. biol.. ISSlî.
POLAUISATION 11)9
centre audilif, ou soninanibulise cette fois l'appareil de 1 ouïe, et la malade, jusque-là complètement insensible à la voix, entend les ordres qu'on lui adresse, et essaye d(î les exécuter, dans la mesure où le lui permettent ses memijres, qui restent eu catalepsie.
On vient d(^ voir l'effet que l'estlK-siogène exerce sur des hallucinations unilatérales ; il les déplace et leur fait subir une série d'oscillations. Quand l'hallucination est bilatérale, le résultat est durèrent ; ce n'est pas un transfert, c'est ce que nous avons appelé une polarisation ^l). Citons quelques expériences.
On donne à une malade en somnambulisme l'hallucination banale d'un oiseau posé sur son doigt. Pendant quelle caresse l'oiseau iUiaginaire, on la réveille, et on approche un aimant de sa tête. Au bout de quelques minutes, elle s'arrête tout à coup, lève les veux et regard(î de tous côtés avec étonnement. L'oiseau qui était sur son doigt a disparu. Elle le cherche dans la salle, et le trouve enfin, car nous l'entendons (jui dit : « C'est comme ça que tu me quittes. » Après quelques instants, l'oiseau disparaît de nouveau ; mais il reparaît ensuite. La malade se plaint de temps en temps d'un mal à la tète dans un point que nous avons déciil antérieurement connue correspondant au centre visuel.
L'aimant exerce le même (îllet suspensif sur une perception réelle. Par exemple, une de nos malades étant réveillée, on lui montre un gong chinois et le tampon qui sert à le frapper. A la vue de l'instrument, la malade a peur. On frappe un coup de gong ; la malade tombe instantanément en catalepsie. Après cette expérience pi'éparatoire, on la l'éveille et on la prie de regarder attentivement le gong ; pendant ce temps, on approche de sa tête un petit aimant. Au bout dune minute, elle prétend qu'elle ne voit plus l'instrument, il a conqjlètement disparu pour ses yeux. Alors, on frappe le gong à coups redoublés, et, malgré l'énergie du bruit, la malade ne tombe pas en catalepsie ; elle l'egai'de seulement de côté et d'autre, avec un air un peu étonne''.
Ainsi, l'aimant paralyse en queUpie sorte la vision du gong, il remplace la perception de cet objet par inie anestlH'sie correspondante, ce qui fait (juc le bruit du gong ne produit plus de catalepsie.
(1) A. Biact ci, Cti. Fôiv. lu Vol trhai.ion psi/chique {Revue philosophique, 1885, avril;.
200 Ll'- MAGNÉTISME ANIMAL
Nous avons constalr, on onlvc, qnolnimmit supprime le souvenir évoqué, eonnne il supprime la vision imaginaire, eonnne il supprinu' la vision réelle. Celle analoi^ie dellet se comprend, car tous ces phénomènes ont un fond commun. Quest-ce qu'un souvenir? une image. Qu'est-ce qu'une hallucination? une miage. Et, enfin, quest-ce qu'une image ? une copie atïaiblic dune» sensation antérieure.
Ce qui distingue le souvenir, l'hallucination et la perception vraie, ce sont h^s états de conscience secondaires qui accompagnent la suggestion de limage. Dans le souvenir, ces états consistent en jugements (pii localisent l'image dans le passé. Dans riiallucination et dans la sensation, ces états consistent en jugements (pu localisent limage dans le monde extérieur. Mais ces localisations dans l'espace et dans le temps sont des actes secondaires, accessoires, surajoidés.
Une expérience de polarisation dc'montre bien le lien de par(MUé de ces trois phénomènes. Une de nos malades étant dans r(''tat de veille, nous lui parlons du tam-tam, en la priant de nous en (h'crire la l'orme, la couleur, la grandeur, l'usage, etc. Elle nous dit à plusieurs reprises qu'elle le voit très .nettement dans son esprit. Quaiul son attention est bien fixée sur l'idée de cet objet, nous a|)pliquons l'aimant. Au bout d'une minute, elle a de la peine à s'imaginer le tam-tam et finit même par ne plus com- ])rendre lorsque nous lui en parlons. A ce moment, nous prenons le tam-tam placé sur une tabh^ voisine et nous le présentons à la malade: elle ne le voit pas. On peut même le faire résonner, en le frapi)ant avec force, sans provoquer autre chose qu'un léger tressaillement. Mais, si on attend (pielques secondes, on assiste à une oscillation consécutive ; le souvenir du tam-tam revient , en niènu' tenq)S la vision de l'instrument se rétablit, et il suffit alors d'un h'ger c(nq) de gong pour plonger la malade en catalepsie.
Ainsi, la suppression du souvenii'ou jdutôl la paralysie du sou venir, déterminée par rai)plication de l'aimanl, a entraîne'' inu' paralysie correspondante de la perception de l'objet. La malade, rendue incapable de se reprc-sentei' le tam-tam, est devenue incapable de h' voir quand on le lui a pi'c'senté.
Dans tout ce qm précède, on a vu l'aimant agir sur une sensation, une hallucination, un souvenir, en les supprimant et en les