POLARISATION
romplaçant par iino paralysie rnrrospondanlo. La polarisation contient un éU'inent de plus, production dnn plu'noniène complémentaire. C'est ce que montrera lobservation suivante, à laquelle nous sommes forcés de nous restreindre. Nous avons rappelé plus haut (|ue, lors(|uon a regardé attentivement une croix rouge et qu'on ])orle le regard sur un espace Itlanc. il
U. — Croiv rougo.
se produit comme sensation consi'cutive une croix verte ; dans l'image subjective, la couleur primitive est i'em|)lacée |)ar sa complémentaire, mais la foruie persiste, c'est toujours une <'roix. il en est de même lors(|ue Ion provo(|ue l'hallucination dune croix
FiG. 11. — Croix, rose et rayons vcris entre les Ijranelies de la croix.
rouge ou lorsciuon petit imaginer la même figure coloriée avec une intensité suftisante.
Si à un de nos sujets, W ou C, indillV-remment, et à létal de veille nous inculquons (pie la croix ((ig. 1(1) que nous venons de dessiner sur un papier blanc est colorée en rouge, et si nous
LE Al AGNftTISME ANIMAL
l'invitons à ('onsiih'rcr avec alti'ntion cotte croix rouge pendant (|uun aimant est placé derrière sa tèle à son insu, voici ce qui se passe : le sujet voit apparaître des rayons verts entre les bras de la croix (lig. 11) ; peu à peu ces rayons verts s'allongent, el, à mesure qu'ils s'allongent, la croix devient plus rose, sa teinte primitive se dégrade. Un instant, la croix parait verte, jtuis toute couleur disparait dans l'étendue de la figure primitive, le sujet voit une croix vide, un trou en forme de croix entouré de rayons verts qui persistent (fig. 12). Si à ce moment on place une croix en papier rouge au milieu de la figure, le sujet ne la voit pas. L'aimant produit des etléls analogues sur le souvenir d'ol^jels colorés.
Fil., i;?. — La troix a disparu, laissant un vido. Les rayons verts se sonl allonges et sont devenus plus l'oneos.
Il serait curieux d'appliquer les mêmes expériences aux sens du goût, de l'odorat, de fouïe, afin de voir si l'on peut établir pour ces organes sensoriels une tlK'orie des sensations comi)lémentaires comparable à celle qui existe poiu' la vue. Nous avons eu simplement l'occasion de constater qu'une impression de chaleur suggérée est remplacée, sous l'inlluence de l'aimant, par une im|)ression de froid, accompagnée de frissons.
PKRSISTAXr.E DES HALLITIXATIONS "203
Choz quelques sujets, riialkicination naît et meurt jiend.uit le somnambulisine. Clhez daulres, elle a plus de vilalitt' et persiste pendant l'état de veille. La durée de Ihallueination post-hypnotique est, eonune on le comprend facilement, très variable, car elle dépend d'une foule de »'irconslances.
Chez les sujets dont les hallucinations, provoquées pendant le sommeil, subsistent à l'état de veille, il se pose une (piestion intéi'essante. Que devient l'hallucination transplantée dans ce milieu nouveau ?
11 semble au premier abord que la malade réveillée va corriger son hallucination et l'expulser en ([uelque sorte de son intellii^ence. Il n'en est rien. Chez nos grandes hypnotiques, l'hallucination qui continue à l'état de veille entraine une foi aveugle. On ne peut même pas dire à la malade : * Vous êtes le jouet dune illusion : ce portrait que vous croyez réel est une vision imaginaire. >- Si on lui lient ce langage, elle croit qu'on se moque d'elle ; si on insiste, elle devient inquiète, prend une expression égarée; nous avons même constaté une fois l'imminence d'une attaque. Ces faits semblent montrer que la conviction dans la réalité de riialUicinalion fait partie intégrante du phénomène ; riiallucination ne consiste pas seulement dans une image sensible extériorisée, mais encore dans l'état d'esprit qui accompagne la projection de cette image.
Un jour, nous prévenons la malade, avant de l'endormir, que nous allons Ihalluciner, et nous convenons avec elle ({u'après son réveil, elle fera tous ses elforts pour corriger son hallucination et la juger fausse. Après lavoir endormie, nous lui donnons la suggestion qu'il y a sur la table une pièce de dix francs en or, à l'efligie de Napoléon III. A son réveil, la pièce est toujoui's là. Nous disons à la malade : « Vous savez ce (jui est convenu ; nous vous avons donné une hallucination ; cette pièce d'or n'est pas réelle. » Alors, elle nous regai'de avec stupéfaction, on peut même dire avec stupeur, tant nos paroles lui paraissent étonnantes. L'idée seule qu'on peut douter de l'existence d'une pièce de monnaie (|u'elle voit et qu'elle touche, semble jeter le trouble dans son intelligence. Mais bient('tt elle icvient à elle, et nous aflirme avec la plus grande énergie qu'elle voit la pièce, que c'est une pièce réelle, et
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(|nc nous nous moquons d'oWo on afln-niant le rontrairo. Il ne nous a pas (''t('' possible de faire pénélrer le moindre doule dans son esprit. On peut supprimer l'iiallneination par suggestion, mais, tant qu'elle subsiste, le sujet y croit de toutes ses forces.
On lit, au contraire, dans plusieurs auteurs qu'il suffit de dire à l'halluciné : « Nous vous avons donné une suggestion » pour qu'il cesse de croire à la rc'alili' de la vision. Nous n'avons rencontri' cette soumission chez nos malades que lors(iue l'hallucination commence à faiblir et à j^erdre de son intensité.
Il nous reste à dire comment on d(''truil une hallucination provoquée. II est souvent très important de ne pas laisser de trace d'un trouble sensoriel qui pourrait avoir des conséquences terribles pour l'entourage du malade. Tout halluciné est dangereux comme une matière explosive.
Chez un grand nombre de malades, rhallucination s'ellace spontan<''ment pendant le somnambulisme. Quelques sujets déci'ivenl f(M( bien ce mode de disparition. L'objet imaginaire perd la netteté de ses contours, il devient transparent, cesse de masquer les objets réels devant lescjuels il est placé, et finalement, semble se fondre dans l'air (Kicher).
(^hez d'anti'es malades, la disparition se fait pendant l'état de veille au bout d'un temps variable. Les unes sont d('Solées de voir fuir l'objet imaginaire. Une malade à qui le D'" Bernheini donne des bagnes, des bracelets et des éventails imaginaires, le supplie de lui laisser ces cadeaux, dont l'expérience lui a appris le caractère fugitif. D'autres veulent se rendre compte, à toute force, de cette disparition singulière. X... qui voit, au bout de quelques jours, les portraits imaginaires qu'on lui donne s'eU'acer et le carton devenir blanc, explique cet accident en disant que les photographies sont mal virées.
Le moyeu le plus simple de détruire Ihallucination est d'affirmer à l'hypnotique qu'il n'a rien vu, rien entendu, rien senti. Quelquefois le sujet résiste. On peut encore employer l'aimant, si le suj(;t est sensible à cet esthésiogène ; nous avons vu que l'aimant détruit rapidement une hallucination bilatérale.
Le plus souvent, tout disparaît à la fois, l'hallucination et le souvenir de l'hallucination : on observe cette anmésit^ alors même que rhalhuîination a été provoquée à l'état de veille, signe pr»'cienx pour reconnaître la sincérité de l'expérience.
I>r,USISTAÎSCE DES HALLUCINATIONS 205
C'est ici 1«' lieu de parlei' de (|uel(iiies phénonièiies assez curieux. On mollirez aune somnambule, C... par exemple, lui flacon réel placé sur une table, puis on le retire, en soutenant à la malade qu'il est encore au même endroit. Réveillée, elle voit le flacon imaijiinaire, et quant au flacon réel, elle ne le voit pas, ne le sent pas, ne le perçoit en aucune manière. On peut le lui mettre entre les mains, le promener sur son visage, le chociuer avec une clef, sans quelle ("prouve la moindre sensation. La perception d(! l'objet réel est complètement paralysée parla vision imaginaire du même objet.
Auti'e exemple : on suggéra à X... riiallucination que l'un de nous était présent à un bal que l'on donne tous les ans à la Salpêtrièrc ; il parait qu'elle nous vit distinctement et qu'elle nous parla à plusieurs reprises pendant la durée du bal. Le lendemain matin, nous arrivons dans le service (cette fois, réellement et non en hallucination). La malade nous voit, mais ne nous reconnaît pas, et nous prend pour ini étranger. 11 fallut l'endormir pour lui rendre par suggestion la perception de notr(^ personne.
On peut encore suppi-imer riiallucination par un(^ simple excitation physique. On suggère à une somnambide qu'elle entend répéter une lettre, L parexem[»ie. On la l'éveille, le son continue. On lui fait ouvrir la bomdie, et on constate; qu(; sa langue est animée de mouvements qui coïncident avec chaque audition mentale. Si, par une pression énergi(|ue, on s'oppose à ce mouvement, riiallucinalion dis[)arait ; elle disparaît encoi'e lorsque le sujet |)rojette sa langue hors de la bouche et la tient dans cette attitude forcée, ou enlin lors(iu"on lui donne une contracture.
On voit en résumé (ju'il est [»ossil)le d'enlever une hallucijiation par trois procédés dilléients, suggestion, excitation physicpic, aimant. Il est probable (jue les deux derniers agents agissent de même.
L'hallucination, dont nous venons de tracer les principaux caractères, est la tête de ligm.' d'une séi'ie de phi'nomènes beaucoup plus complexes et beaucoup plus obscurs ; elle peut donc servir de pr(''|)aralion et d'inti"oduclion à r(''tude de ces phénomènes su|)erieurs, |)arini lesipuds nous citerons les conceptions délivanles.