CHAPITRE X
Suggestions de mouvements et d'actes.
Les suggestions molriccs nous oUrcnl une Si'ric (rcxpiMiciicos qui parlent diin pln-noniène liés simple, 1res nalurcl, rt même assez eonipi"éhensil)le — la suggestion d'un mouvement — pour al)<)iitir aux plu-nomènes les plus complexes et les plus diflieilesà expliquer — les suggestions d'actes ; car les actes se conqwsent non seulement de mouvements, mais de s«Misalions et <le perceptions, de raisonnements, de réflexions et de volonté : lacté est une sorte de résuUanIc dans laquelle^ convergent toutes les i'onclions intellectuelles, niorah^s et motrices de l'individu.
Les suggestions de mouvement les plus simples appaitiennent à la phase cataleptique. Nous avons vu (|ue le jirincipal cai'aclère des attitudes im])rim(''(*s artiliciellemenl au sujet est Vharmonie.
Les mouvements expressifs (pie la main de ropérateur dcmne aux dillV'renlcs parties du corps sont rc'fléchis i)res(pie immédiatement par le visage qui complète l'expression (commencée. Braid avait très l)i(>n vu celte inHuence du geste sur la physionomie. A notre avis, c'est là une des plus lielles et des plus merveilleuses expériences de l'hypnotisme ; elle est, ])Our la psychologie, la source de renseignements pr(M'ieux pour la mécanicpie expressive des émotions ; <'lle fournit à larliste un modèle immobile, représentant avec une vérité saisissante loiis les sentiments humains. On rapporte (|ue les sculpteurs de ranti(piit('' faisaient poser des femmes en catalepsie ; le fait n'a rien dinvraisemhiable.
Les attitudes expn'ssives (pr<m pcul donner au sujet sont infinies ; o\\ peiil leur faire exiirimcr Tcxlasc, la prière, la tristesse.
SLr.(;ESTio>'S i>e mouvemkms v.t d'actes 207
la (loiilcui", le (h'dain, la colère, la pciii'. Si on a|»[)ro('li(' de la bouche les mains ('tendues, comme dans l'acre d'envoyer un baiser, la bouche sourit. Si l'on ferme les poings, les sourcils se contractent et la figure se met en colère. On peut rencontrer cette réaction du geste sur la physionomie dans d'autres (Uats (|iie la catalepsie, par exemple chez les somnand)ules, et même, (|uoiquc à un degré moindre, chez les sujets éveillés. Mais (î'est chez les cataleptiques (|ue l'expérience atteint son maxinunn d'intensité, ce qui tient à l'automatisme parliiit (|ui caracl(''rise cet état. Le moindre changement dans l'attitude des membres amène une modification correspondante dans la face. Ouvre-t-on les mains en les apjn'ochant des lèvi'cs, c'est le sourire ; les ferme-t-on, c'est la colère. Il y a plus ; cette réaction de la physionomie se j»roduit, quelles que soit la rapidité avec huiuelle on change l'attitude des mendîres. Prenons la main ouverte du sujet, et inqirimons-lui un mouvement rapide qui tantôt la rapproche de la bouche, tantôt l'éloigné ; à chaque rapprochement, ou voit sur les lèvres un soiu'ire saccadé, qui s'eilace avec l'éloignement de la main. Il y a mieux encore. L'induence du geste sur la physionomie peut être rendue unilaléi'ale : le poing fermé à gauche ne fait contracter qiu' le sourcil du même côté ; si en même temps, on approche la main droite delà bouche, le côté droit delà figure soui'it. La fiice se trouve divis(''e en deux parties, dont chacune exprime des émotions ditt'érentes.
M>l. Charcol et Hicher (I) ont eu Yiûcv de modifier le g(»sle en agissant sur la physionomie ; ils développent sur la face une émotion (|uelconque, au moyen delà faradisation localisée, et aussitôt le corps prend une attitude correspondante à l'c'motion de la face. Une fois produit, le monvement inqyrinu' aux traits du visage ne s'eilace pas ; les positions des mendjres persistent également. On peut, en graduant la force du courant, faire exprimer au sujet les dilfiM'ents degrc's dune même ('motion. Nous avons vu (pie, dans la léthargie, on peut faire contracter isolément tous les muscles delà face, en pressant avec le doigt sur leuvs points moteurs ; rexpérience dont il s'agit ici est d'un caractère xm ])eu dill'(''r('nt et bien plus important |)0ur l'étude des jeux de physionomie ; l'excitation ne reste pas localisée au muscle louché,
(1) P. Pvichcr, 011. cit., p. (',(■,',).
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(•oiniiic dans la l(''lliari;i(' ; elle se coniinimiciuc aux aiili'cs muscles (le la face, dont le concours est ni'cessaire pour l'expression de réniolion que Ion cherche à rei)roduire.
On s'est demandé bien souvent ce (jui pouvait se passer dans l'esprit de la cataleptitiue, i)lacée dans une attitude passionnelle. Sou imniohililé d*' statue et rexpression lrai>i(jU(5 de sa physionomie forment un curieux contraste ; d'une part, elle semble ne rien voir, ne rien entendre, et d'autre part elle représente les passions les plus intenses. M. Uicher a eu l'idc'e de n'soudre ce problème eu consultant les tracés respiratoir(>s du sujet pendant les expériences. Il fait contracter les muscles de la terreur et, fait ('tonnant, malgré l'imai^e de la plus vive frayeur qui reste peinte sur les traits et dans les i^estes du sujet, la respiration, après un mouvemcMit bi'us(jue d'expii'alion, ri^prend son calme et son immo])ilité catalepti(pies (I). Ou peut donc croire que la suggestion par le sens musculaire, chez la cataleptique, reste plus snperlicielle que les suggestions du somnambulisme.
La principale conséquence qui ressort de ces études est l'inflnence exercc'c sur l'activit('' psychique par les mouvcMuents expressifs de la physionomie et du corps entier. L'expression n'est pas seulement un signe ext(''rieur de l'émotion; elle en forme parlie int(''graiite. Même à l'état uoi'uial, loi'squ'on i»roduilartiliciellement une expression, l'émotion coirespoudanle naît ; (piand on la d(''liuit, l'émotion s'éteint. C'est ce que Dugald Stewarta l'elevé dans un passage souvent cité :
« De même que toute émotion de l'âme produit un elfet sensible sur le corps, de même, lorsque nous donnons à notre physionomie une expression forte, accompagnée de gestes analogues, nous ressemons à (juelque degré l'émotion corres[)ondante à l'expression artificielle imprimée à nos traits. M. liurke assure avoir souvenl éprouv('' que la passion d(^ la colère s'allumait en lui à mesure qu'il conti'cfaisait les signes extérieurs de cette passion, et je ne doute pas que, clii'z la plupart des individus, la même expérience ne donne les mêmes résultats. On dit, comme rol)serve ensuite M. lUu'ke, que lorsque (>am|)anella, célèbre philosophe et gr.md physionomiste, désirait savoir ce (jui se passait dans l'esprit d'une autre personne, il contrefaisait de son mieux son attitude et sa
(1) 1'. lUrher, op. cit., p. (580 et suiv.