‹ Le magnétisme animalChapitre 60 sur 121 · TRANSFERT DES ACTES · texte numérisé non relu

TRANSFERT DES ACTES

La figure 14 reproduit une expérience postérieui'e ; la malade s'est perfectionnée ; la première ligne de chitlres est écrite de la main droite ; celle de dessous est écrite de la main gauche, de gauche à droite ; le chittVe 7 fait défaut, parce qu'il avait été supprimé par suggestion dans une expérience ant(''rieui'e.

Nous attirerons l'attention sur le renversement de l'écriture que produit l'aimant. A quoi tient ce phénomène? A ce que l'aimant a transféré de droite à gauche l'impulsion d'écrire des chill'res, et que Vécriture renversée est récriture normale de la main gauche. C'est là un fait qui est bien démontré par une foule d'expériences.

On peut opérer également le transfert de l'impulsion vei'bale, qui n'est du reste qu'une variété de l'impulsion motrice. Nous donnons à une malade la suggestion de compter à haute voix juscpi'à 100. Réveillée, elle se met à compter. Un aimant à dix branches est placé près de son bras droit. Quand elle est arrivée à 72, elle s'arrête, balbutie, ne peut plus compter, et, au bout d'une minute, elle ne peut plus parler du tout. Cependant elle tiie bien la langue et comprend tout ce qu'on lui dit. Au bout de dix minutes, on applicjue l'aimant du côté gauche; après deux minutes environ, son bras gauche commence à trembler; la parole lui revient.

Enfin, pour terminer, signalons le transfert des résolutions, c'est-à-dire des actes voulus et non réalisés.

X... est en somnambulisme. Nous lui disons : « Voici la clef de la commode qui est là-bas, au fond de la pièce; quand nous vous présenterons cette clef, vous la prendre/ de la main droite; vous irez ouvrir le tiroir de la main droite; vous prendrez dans le tiroir une boite de la main droite ; vous refermerez le tiroii' de la main droite ; et enfin, vous' présenterez la boîte à M. B... de la main droite. » Puis la malade est réveilh'e. Un aimant est appliqué à proximité de son avant-bras droit. Au bout de quelques secondes, X... se plaint de doulem's dans la l'égion pariétale droite. Ces douleurs lui traversent la tète et passent dans la même région à gauche. Au bout d'uniï minute, nous lui présentons la clef; elle la prend de la main </auclie, [kwI, arrive à la commode, essaie d'ouvrir avec la main liroile, n'y parvient pas, recourt à la main tjauche (|ui ouviv le lii'oir; pour pi-endre la boite, même manège ; elle avance tantôt la main droite, tantôt

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la main gauche, finalomonl elle se serl de la main gauche; puis elle lefei-nie le tiroii', après la même hésitation, avec la main gauche, revient avec la boîte, sarrète devant M. B..., lui dit : « Tenez, monsieur, je vous donne cette boite » et lui tend la boilc de la main gauche.

Nous recommençons une seconde fois la même expérience, en ayant soin d'attendre cinq minutes environ avant de pr(''senter la clef, de façon à permettre au transfert de sopérer plus complètement. Alors la malade, sans l'ombre d'hésitation, prend la clef de la main gauche, ouvre le tiroir de la main gauche, prend la boîte de la mai)i gauche, referme de la main gauche, donne la boîte à M. B... de la main gauche. A aucun moment la main droite n'intervient.

Nous avons ici un transfert d'un ordre particulier; il s'agit d'une résolution d'agir, d'un acte qui est en quelque sorte en puissance dans les cellules cérébrales de la malade; cet acte virtuel est susceptible d'être transféré exactement comme l'acte qui s'accomplit actuellement, preuve évidente qu'il a pareillement un substratum matériel. De plus, nous attirerons l'attention sur le phénomène de la douleur qui accompagne le transfert; cette douleur n'est pas diiïuse, elle a un siège fixe, et d'après le point que la malade indique, et les notions de topographie crâniocérébrales établies antérieurement par l'un de nous, il est probable que cette douleur est localiscV dans les circonvolutions ascendantes, dans les centres moteurs des membres. On se rappelle sans doute que la douleur qui accompagne le transfert d'un acte a la même localisation. Cette ressemblance semblerait montrer que la résolution d'accomplir un acte avec tel membre, avec le bras droit par exemple, correspond à un processus physiologique qui a le même siège que le mouvement du bras. L'acte en puissance — et une résolution d'agir n'est pas autre chose — paraît avoir le même centre cérébral que l'acte qui se réalise. Il est bien entendu que nous donnons cette interprétation avec beaucoup de réserves; c'est une simple hypothèse.

Enfin, l'aimant exerce son action spéciale sur des i)hénomènes spontanés, tpii ont non seulement l'apparence de la volonté et de la liberté, mais qui sont réellement volontaires et libres, au sens vulgaire du mot. En ellet, on peut faire du transfert en dehors du sommeil et de la suggestion. On prie sim})lement le sujet d'ac-

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complir tel acte, et, par l'application de l'aimant, on le force, sans qu'il en ait conscience, à accomplir un second acte, symétrirpie du |)remier. Voici l'expérience sans plus de comnienlaires :

X... est complètement réveillée ; on ne l'a pas endormie depuis plusieurs jours. Nous la prions de s'appuyer avec le coude droit sur une table, à proximité d'un aimant dissimulé. Elle nous demande pourquoi; nous prenons comme prétexte que nous voulons faire son portrait. Elle y consent. Au bout de deux on trois minutes, elle ramène son coude droit près du corps; elle dit qu'elle est fatiguée, qu'elle a le bras engourdi. Pendant un instant, elle est indécise, regarde à droite et à gaucbe. Xous lui disons de reprendre la pose, elle répond qu'elle la oubliée ; une minute après, elle s'accoude avec le bras gaucbe sur une chaise quelle a approchée, dans une pose qui est symétrique de la première. En retirant l'aimant, on observe des oscillations consécutives.

On peut faire agir l'aimant sur un acte bilatéral; le résultat diffère suivant que cet acte est purement automatique ou correspond à un état émotionnel; dans le premier cas, il se produit ce que nous avons appelé une polarisation motrice, et dans le second cas, une polarisation émotionnelle.

Voici d'abord un exemple de polarisation motrice. Xous suggérons à une malade l'idc-e de faire avec ses deux mains l'acte de rouler une boulette. Pendant que la malade continue régulièrement le mouvement, un aimant est approché de sa nuiiuc. Au bout de quelque temps, les deux mains se mettent à trembler; la malade cherche à rouler ses doigts, elle n'y parvient pas, elle ne sait plus comment il faut s'y prendre. L'impulsion suggérée a fait place à une paralysie correspondante. Nous j^ourrions citer un grand nombre d'autres expériences, dans lesquelles l'impulsion s'est également changée en paralysie.

Si l'on compare cette polarisation motrice à la polarisation sensorielle, on voit ([u'elle s'en rapproche et en ditîère tout à la fois. Quand on polarise la vision du rouge, trois effets se produisent : suppression de cette vision, paralysie pour le rouge et scutation subjective verte. Qiumd on polarise un mouvement automatique, les deux ed'ets de suppression et de paralysie se produisent bien, mais la production d'un phénomène inverse, complémentaire, correspondant à la couleur verte, paraît man- Bim:t et Fkui':. 1,5

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quoi'. II Y a là une lacune plus apparente que réelle; nous essayerons plus tard de la combler.

Citons maintenant un cas de polarisation émotionnelle. Une malade étant endormie en somnambulisme, nous lui inculquons l'idée qu'au réveil elle aura envie de battre M. F. Un aimant est placé à terre à proximité de son pied droit. Sitôt qu'elle est réveillée, elle regarde M. F. avec inquiétude, puis tout à coup se lève et lui lance un soufflet qu'il a juste le temps de parer. « Je ne sais pas pourquoi, dit-elle avec violence, mais j'ai envie de frapper. » Le fait est qu'elle fait tout ce qu'elle peut pour frapper. Puis, au bout dun instant, sa physionomie change, elle prend une expression douce et suppliante, se jette sur l'expérimentateur en disant : « J'ai envie de l'embrasser », et il faut encore employer la force pour l'en empêcher. On observe ensuite des oscillations consécutives.

Dans cette dernière expérience l'aimant polarise directement l'émotion suggérée, qui, en se transformant, amène une nouvelle série d'actes. C'est une polarisation émotionnelle, et non une l)olarisation motrice. Il faut bien comprendre cette distinction. Laimant, s'il agissait uniquement sur un phénomène moteur, tel que l'acte de frapper, ny substituerait pas des phénomènes d'un ordre affectif diffc-rent, comme lacté d'embrasser : car l'opposition de ces deux a<Mes tient à la différence de l'émotiou qu'ils expriment et non à la différence de leur caractère moteur. L'état d'(''motion est donc le pivot sur lequel l'expérience tourne.

On retrouve dans cette polarisation émotionnelle, en l'analysant, les trois éléments que nous avons signalés plus haut, Suppression, paralysie et manifestation d'un état inverse. En rapprochant ces faits de ceux qu'on obtient en polarisant des couleurs, on voit qu'il existe des émotions complémentaires, comme il existe des couleurs complémentaires (1).

(1) Pour plus de détails, voir Revue philoxophiqite , mars 18S5. — MM. Blanchi et Sommer (Archivio di psichiatria, scieme peiiali, etc. Vol. YII, fasc. IV, p. 387, 188()j ont réussi à reproduire un certain nombre des phénomènes de iJolarisation psychique que nous avons découverts.

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