‹ Le magnétisme animalChapitre 62 sur 121 · ANESTHÉSIE SYSTÉMATIQUE · texte numérisé non relu

ANESTHÉSIE SYSTÉMATIQUE

qimble. Quand on vient de rendre une personne invisible, le sujet ne la voit pas et ne la reconnaît pas; mais peu à peu, à mesure que le temps s'écoule, l'anesthésie s'atïaiblit. Alors, chose très curieuse, la malade commence par percevoir la personne invisible, sans la reconnaître, et ce n'est que plus tard, par une sorte d'évolution ascendante, que l'acte de reconnaissance a lieu. Ainsi, M. F..., qui avait été pris pour objet d'exp<''rience dans les observations (jue nous venons de relater, redevint visible pour la malade trois ou quatre jours après la suggestion, mais elle ne le reconnaissait pas ; elle le prenait pour un étrang(>r visitant le service de la Salpôtrière, L'un de nous a montré ailleurs Timportancc psychologique de ces phénomènes (1).

Nous avons vu récemment chez un autre sujet, la nommée Cle..., un fait inverse du précédent. C'était la première fois qu'on la soumettait à une expérience d'anesthésie. On lui suggéra, pendant le somnambulisme, qu'au réveil elle ne verrait plus 31. C... un des assistants, dont elle connaît le nom. A son réveil, elle le vit, mais ne le reconnut plus. Elle avait en même temps perdu le souvenir de son nom et de son existence.

Quelques minutes avant, on avait donné à cette malade l'hallucination du portrait de ce même M. C... sur un carton blanc. On lui fit alors regarder ce carton, et en comparant plusieurs fois le portrait à la personne, elle arriva bientôt à reconnaître M. C... L'anesthésie systématifiue fut donc détruite par le rappel du souvenir, de même que dans certains cas on peut détruire une paralysie par le rappel du mouvement.

Ce serait une erreur de croire que l'anesthésie systématique consiste uniquement dans un trouble sensoriel; chez nos malades, nous avons souvent constaté que ce trouble suggéré devient facilement le point de d('part d'un délire. Ainsi, im jour nous donnons à l'hypnotique la suggestion qu'elle ne voit plus M. F..., mais qu'elle continue à entendre sa voix. A son réveil, la malade, en entendant la voix de l'invisible; cherche partout dans la salle pour trouver la cause de ce singulier phénomène, et nous interroge avec une certaine inquiétude. Nous lui disons en plaisantant : « M. F... est mort; son àme est présente; elle vous parle. » Il est bien probable qu'à l'état normal la malade, qui est

(1) A. Biuet, la Psijcholof/ie du raison ne m eut, Paris, 1880, Félix Alcan.

234 LE MAGNÉTISMll ANIMAL

intelligente, aurait pris cette plaisanterie pour ce qu'elle valait. Mais elle était sous l'empire de la suggestion d'anesthésie ; elle accepta facilement notre explication. Bientôt la voix de M. F... sélèvc de nouveau ; il raconte qu'il est mort la nuit dernière, et qu'on vient de transporter son corps à l'amphithéâtre ; la malade joint les mains, sa figure s'altriste. Elle nous demande quand on doit l'enterrer; elle a l'intention d'assister au service religieux. « Pauvre garçon ! dit-elle, ce n'était pas un méchant homme. » La voix se fait encore entendre. M. F..., voulant voir jusqu'où la crédulité du sujet peut aller, pousse des gémissements; il se plaint de l'autopsie qu'on a pratiquée sur son corps, etc. La scène devient lugubre. Sous le coup de l'émotion, la malade se renverse en arrière, et ébauche le commencement d'une attaque, que nous arrêtons immédiatement par la compression ovarienne. Cette observation nous montre que lorsqu'un sujet reste, après son réveil, en puissance de suggestion, il n'est pas, malgré les apparences contraires, revenu à l'état normal; la suggestion d'anesthésie a introduit le trouble dans son intelligence et exerce une action suspensive sur son jugement et son sens critique.

Pour faire comprendre la nature de l'anesthésie systématique, il nous semble nécessaire de la comparer aux troubles spontanés de l'hystérie qui lui ressemblent. Il est fréquent de rencontrer chez les hystériques des paralysies de la sensibilité. Suggérée ou spontanée, l'anesthésie hystérique possède un (îurieux caractère : ce caractère est surtout bien visible dans l'anesthésie pour les couleurs ou achromatopsie.

Supposons une hystérique dont l'œil gauche présente une achromatopsie complète, s'étendantà toutes les couleurs. Si on lui montre un carré rouge, en lui fermant l'œil droit, elle voit ce carré en noir ou en gris ; la perception consciente du rouge ne se fait pas. Cependant, le rayon rouge émis par l'objet exerce bien son action spéciale sur le centre visuel de la malade, car si on la prie de regarder fixement pendant un instant , et en fermant l'œil droit, ce carton rouge qui lui paraît gris, au bout de quelque temps, elle

ANESTII1';SIE HYSTÉniQUE 235

obtiendra, comme image consécutive, un carré vei't. Ainsi le rouge invisible a déterminé la production de la couleur complémentaire visible. Malgré l'achromatopsie, les couleurs produisent chez riiystérique des images consécutives correctes. Cette curieuse expérience, qui a été faite il y a déjà plusieurs années par M. Regnard, peut être variée de plusieurs façons; ainsi on constate que , malgré l'achromatopsie, le rouge invisible mélangé à du vert visible donne du blanc, etc. M. Regnard a tiré de ces faits cette conclusion assez vraisemblable que l'achromatopsie hystérique ne résulte pas, comme le veut la théorie de Helmholtz, d'une lésion des éléments rétiniens, mais d'une modification du centre visuel.

Nous avons cru qu'il était important de savoir si l'achromatopsie suggérée présente les mêmes caractères que l'achromatopsie réelle (1). Nous rendons invisible un carré de papier rouge, nous prions la malade d'en fixer le centre, et elle voit en image consécutive un carré vert. L'essai répété avec d'autres couleurs donne toujours des résultats conformes ("2). Le mélange des couleurs non perçues produit également les mêmes teintes que si les composantes étaient perçues. Bref, nous avons constaté que, malgré la diversité de son origine, l'achromatopsie suggérée présente les mêmes caractères que la spontanée. C'est une paralysie de même nature.

Il est donc probable que, dans l'anesthésie suggérée pour les couleurs, le rayon coloré parvii^nt jusqu'au centre sensoriel et y pénètre, puisqu'il provoque une sensation de couleur complémentaire. L'achromatopsie suggérée est un trouble central et non lUi trouble périphérique.

Une expérience d'un autre genre plaide encore dans (;e sens. On dit au sujet, en lui montrant un carton blanc, qu'il ne verra pas ce qu'on placera dessus; au réveil, on place sur le carton un carré de papier bleu , et on appelle l'attention du sujet sur le

(1) Nous avons fait cette expérience avec le concours de M. RicUer.

(2) Remarquons en jjassant c^ue, dans cette anesthésie par suj^j^estion, l'image consécutive conserve la forme de l'image réelle ; une croix rouge donne lieu à l'image subjective d'une croix verte. Au contraire, dans l'anesthésie produite par application de l'aimant, l'image consécutive est déformée ; à la vision d'une croix rouge succède un vide en forme de croix, avec du vert autour. Nous ignorons les causes de cette différence.

carton qui conlinuc à lui paraître I^lanc. On peut s'assurer, néanmoins, que si le sujet na point perçu d'une manière consciente, son cerveau n'en a pas moins enregistre, comme une plaque photographique, toutes les modifications du carton, car on peut déveloj)per ensuite, rendre visible cette épreuve négative ; en d'autres termes, on peut donner au sujet le souvenir conscient du carré bleu posé sur h; carton.

Le moyen le plus simple d'y parvenir est l'emploi de l'aimant- Le sujet est invité à se représenter dans son esprit la couleur du carton; tout d'abord il paraît blanc ; mais, sous l'influence de l'aimantation, le centre du carton que la malade se représente s'obscurcit, et la malade finit par déclarer qu'elle voit au milieu un petit carré bleu.

Les anesthésies par suggestion dont nous faisons en ce moment l'étude présentent un caractère important: In systématisation.

Les anesthésies qui se produisent spontanément chez les hystériques sont en quelque sorte diffuses. Quand une malade ne voit pas la couleur rouge, elle ne voit cette couleur dans aucun objet, quelles que soient la forme et la nature de l'objet coloré. Au contraire, par suggestion, on arrive facilement à produire des anesthésies qui portent sur un objet unique et bien déterminé. La malade, par exemple, ne verra pas cette croix de papier rouge en particulier, mais elle veira en même temps toutes les autres figures ou même toutes les autres croix découpc'cs dans le même papier. Ou bien encore, la malade ne voit pas M. X... qui lui a été désigné par la suggestion, mais toutes les autres personnes restent visibles pour elle.

Nous voulons insister sur ce caractère systématique ; il donne lieu à une conséquence bien curieuse, on pourrait même dire paradoxale. La suggestion n'enlevant à la malade que la perception d'un objet particulier, il en résulte qn il faut que le sujet reconnaisse cet objet pour ne pas le voir. Une expérience mettra le fait en pleine lumière. Entre dix cartons en apparence semblables, nous en prenons un que nous montrons à la somnambule, en lui disant : « A votre réveil, vous ne verrez plus ce carton. » A son réveil, nous lui présentons les dix cartons l'un après l'autre ; elle les prend chacun à son tour, à lexccpiion d'un seul, qu'elle paraît ne pas voir ; c'est celui sur lequel nous avons appelé son attention et que nous avons rendu invisible pendant le somnain-

SYSTÉMATISATION DE l'aNESTIIKSIE 237

bulisnio. Donc, elle le distingue des autres et elle le reconnaît, puisqu'elle obéit à la suggestion qui la rendu invisible. '

Il est clair que cette reconnaissance de l'objet invisible confondu avec plusieurs objets semblables n'a rien de surnaturel; la malade saide probablement d'un point de repî're pour le. distinguer des autres, comme elle le fait, du reste, quand elle trouve parmi dix cartons celui où la suggestion a fixé un portrait imaginaire. Les deux expériences ne sont pas sans oH'rir (luelque analogie. Dans un cas comme dans l'autre, limage optique de la carte, avec ses moindres détails, se photographie dans le cerveau de Ihypnolique, et la guide dans ses recherches.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que la reconnaissance du carton, (jui exige une opération très délicate et très complexe, et un ellort d'attention soutenu, aboutit cependant à un phénomène d'aneslhésic. Il est donc probable que cet acte; de reconnaissance se passe tout entier dans le domaine inconscient. On peut expliquer de la même façon — en admettant que ce soit là une explication— comment il se fait que, lorsqu'une personne rendue invisible tire son mouchoir de sa poche, le sujet ne voit pas le mouchoir. S'il ne le voit pas, c'est évidemment parce qu'il a constaté que ce mouchoir est sorti de la poche de la personne invisible. On trouve donc là encore un raisonnement inconscient qui précède, prépare et guide le phénomène d'anesthésie.

Il arrive quelquefois que, voulant produire une anesthésie systématique, on produit un phénomène moins profond, moins accusé, et cependant très intéressant, car il nous achemine vers la vie normale.

X... étant éveillée, on place sur la table, devant elle, six cartons ; elle en voit et en retient le nombre. Nous en prenons un, nous le lui montrons, en lui affirmant qu'il nexiste pas. Après quehjue résistance, elle linil par reconnaître que nous ne tenons rien à la main. Ceci fait, on lui demande combien il y a de cartons sur la table, elle en compte cinq, c'est-à-dire six moins l'invisible. Mais si on lui dit de ramasser les cartons et de nous les présenter l'un après lautre, on constate que celui qu'elle ne ramasse pas et f|u'clle laisse; sur la table n'est pas toujours le carton rendu invisible : c'est tantôt un carton, tantôt un autre. De plus, si aux six carions on en ajoute un c<'i'tain nombre d'autres, sans dire à la malade quel est ce nombre, elle les compte

tous, depuis le premier jusqu'au dernier, en comprenant le carton invisible dans sa numération.

Il semble résulter de cette expérience que la suggestion de l'état de veille n'a pas produit chez le sujet une anesthésie sensorielle relative à un carton déterminé, mais plutôt Vidée fixe qu'il y a sur la table cinq cartons seulement. Ce n'est pas une erreur des sens, trouble profond, c'est une erreur de raisonnement ; et c'est cette idée fixe qui l'amène a son insu, et par un curieux phénomène d'inconscience, à laisser de côté un carton, quand il essaye de les compter.

Ne retrouve-t-on pas dans la vie normale quelque chose qui ressemble beaucoup à cette forme atténuée de l'anesthésie ? Lidée préconçue que certains oljjets occupent une certaine place empêche de les voir ailleurs, quand on les a déplacés. C'est là une particularité que, pour notre part, nous avons souvent observée. Si par hasard Une main étrangère enlève un objet qui est habituellement posé sur notre table de travail, nous nous mettrons à le chercher sur la table et nous passerons dix fois devant sa nouvelle place sans l'apercevoir. Ce n'est pas là le seul point de contact entre les faits étranges de l'invisibilité par suggestion et les faits connus de la vie normale. Il est important de remarquer que ces effets d'inhibition psychique se produisent chez les sujets à la suite d'une suggestion à forme négative. L'opérateur procède toujours par négation : « Vous ne voyez pas cette personne, dit-il, vous ne sentez pas le contact de ma main. » En d'autres termes, il donne à ses sujets la conviction qu'un objet quelconque n'existe pas. Il est donc permis de conclure qu'à l'état normal, toutes les fois qu'on est dominé par la conviction qu'un objet n'existe pas, cette conviction vous rend aveugle et sourd. S'il est exact de dire que les miracles n'apparaissent qu'à ceux qui les attendent, il convient d'ajouter qu'à l'inverse l'idée préconçue qu'un objet n'existe pas empêche de le voir. On pourrait aussi soutenir que toute négation, loin d'être, comme l'on a prétendu, une simple affirmation retournée, consiste probablement à produire, chez un auditeur normal, un phénomène d'inhibition qui est l'état faible de l'anesthésie systématique, de même que raffii-mation catégorique d'un fait produit, chez l'auditeur normal, un phénomène d'excitation qui est l'étal faible de l'hallucination.

SYSTÉMATISATION DE l'aNESTHÉSIE 239

D'ailleurs, le parti pris ou l'idée préconçue ne sont pas nécessaires pour produire des effets analogues à raneslliésie. Le simple fait de l'attention, qui consiste dans une concentration de tout l'esprit sur un point unicjue, a pour résultat d'augmenter l'intensité de ce point et de produire tout autour une zone d'ancsthésie ; l'attention n'augmente la force de certaines sensations qu'à la condition d'en affaiblir d'autres. In fait vraiment curieux achève le rapprochement entre lanesthésie systématique et les effets négatifs de l'attention. Nous avons vu que l'objet invisible, par exemple un carré rouge, donne lieu, quand on le regarde fixement, à une image consécutive de même forme et de couleur complémentaire ; ce qui était invisible dans la vision directe devient visible dans cette sorte de vision consécutive. Il en est de même pour les objets qu'on regarde sans voir, parce que l'attention est orientée dans un autre sens. Il arrive parfois, disent les physiologistes, qu'après avoir regardé un objet, on obtient une image consécutive dans laquelle on découvre des détails qui avaient échappé à la vision directe.

Quant à déterminer la nature de l'anesthésie systématisée, c'est une question qui nous paraît fort difficile. Nous croyoïïs que les sensations produites par l'objet invisible arrivent jusqu'au centre sensoriel, puisqu'elles déterminent des images consécutives ; or, le siège cérébral de ces images n'est plus douteux (1). En outre, la reconnaissance d'un carton invisible entre dix autres semblables et la possibilité de provoquer un souvenir conscient de l'objet invisible prouvent que les centres nerveux de l'hypnotique ont photographié l'objet invisible dans tous ses détails, et dans toutes les modifications qu'il a subies pendant l'expérience.

M. Richer a eu l'heureuse idée (2) de comparer le mécanisme de ces phénomènes à celui de l'amnésie. On sait que pendant tout le temps qu'un souvenir ne répond plus à l'appel volontaire, les modifications matérielles qui constituent son substratum physique n'en subsistent pas moins, puisque l'amnésie peut être transitoire et guérir. Dans l'anesthésie par suggestion, il se passe quelque chose du même genre ; les modifications matérielles correspondant à la perception de l'objet hivisible se pro-

(1) A propos du siège cérébral des images consécutives, voir : A. Binet, la Psi/cliolofiii'. du raisonnement, p. 43.

(2) P. liieher, op. cit. p. 725.

240 LE MAG>'KTISME AMMAL

duisenl ; mais elles ne sont pas accompagnées de conscience. C'est comme si le sujet, à mesure qu'il perçoit l'objet invisible, l'oubliait immédiatement. Ce n'est là, du reste, qu'une comparaison et nullement une explication.

Tout ce qu'on peut dire de plus précis, c'est que l'anesthésie systématique et les faits du même ordre rentrent dans la grande famille des phénomènes inconscients, où ils forment une classe nouvelle, avec une physionomie bien à part. La difficulté est de savoir quelles sont les dillérences physiologiques qui séparent une perception consciente d'une anesthésie systématique. Quel que soit le rôle attribué à la conscience, il est évident que l'apparition de ce phénomène est liée à certaines conditions matérielles des centres nerveux ; un état conscient suppose des conditions physiologiques autres que le même état lorsqu'il reste inconscient. On peut donc présumer que la suggestion d anesthésie ne supprime pas seulement le phénomène conscience, mais modifie, dans une certaine mesure, le processus nerveux concommitant. D'ailleurs, on ne comprendrait pas une suggeslion qui modifierait un phénomène psychique sans entamer le processus nerveux qui en est la base.

Nous n'avons pas encore eu l'occasion de monti'cr laction des esthésiogènes sur les aneslhésies par suggestion ; cette action est bien curieuse ; elle supprime l'anesthésie. Une hypnotique, par exemple, a reçu la suggestion quelle ne voit pas M. X... debout devant elle ; appliquez un aimant derrière sa télé, et au bout de quelque temps l'anesthésie disparaît et M. X... redevient visible. Celte expérience est d'autant plus curieuse que l'aimant possède aussi la propriété de produire l'anesthésie. Ainsi, suivant les cas, cet agent exerce deux effets inverses ; et pour le dire en passant, quand l'action est continue, les deux ellets inverses alternent, ce qui donne lieu aux oscillations consécutives.

L'anesthésie systématique est un phénomène relativement simple, accessible à l'observation et à lexpérimentation ; il peut, à ce titre, servir d'introduction à l'étude d'autres phénomènes du même ordre qui sont beaucoup plus complexes.

L'anesthésie, comme riiallucination, comme l'impulsion, sont des phénomènes qui portent sur les parties p(''riphériques de l'intelligence, sur les sens et sur les mouvements ; au conti-aii-e, les phénomènes complexes qui s'y rattachent n'ont rien d'extérieur,

SYSTÉMATISATION DE l'aNESTHÉSIE 241

ils apparliennent en quelque sorte à la psychologie intérieure, centrale ; ils sont situés dans une région qui échappe le plus souvent à l'observation directe. Nous nous bornerons à citer ici comme exemple de ces phénomènes (complexes la perte d(^ la mémoire d'une lettre, ou d'un nom, ou de toute une langue. Les anciens magnétiseurs ont souvent répété cette expérience, qui ne manque jamais de produire une forte impression sur leur pultlic. Ils prient un des assistants de monter sur l'estrade, lui font subir quelques passes, puis lui disent tout à coup sur un ton impérieux : « Vous avez oublié votre nom » , et alors on voit cette personne faire des signes de dénégation, ouvrir la bouche, essayer de répondre, se fatiguer en efforts inutiles, et finalement avouer qu'elle ne sait plus comment elle s'appelle. On juge de l'étonnement général. Nous croyons qu(^, cette amnésie expérimentale doit être rapprochée de l'anesthésie systématisée ; elle est de même ordre ; la seule différence, c'est qu'elle porte sur les images du souvenir, au lieu de porter sur les sensations et perceptions extérieures.

Quelques-unes de nos expériences confirment cette idée. Ainsi, quelques jours après avoir rendu invisible M. F..., on constata un effet assez curieux. La malade voyait la personne de M. F,.., mais ne le reconnaissait pas, elle ne se rappelait pas son nom, elle avait même; oublié qu'il existât une personne de ce nom, bien qu'elle le connaisse depuis tantôt dix ans. L'anesthésie sensorielle suggérée avait produit spontanément, en dehors de toute suggestion, une anesthésic du souvenir.

Iîim:t ol FioRK. id

Page 1