PARALYSIES SYSTÉMATIQUES
iiKTite drtre oxamiiK'c. Quant la paralysie est unilatérale, il y a transfert ; ce qui est fort remarquable, c'est que le membre auquel la paralysie est transférée ne devient paralysé qu'après s'être épuisé dans une grande déchargée convulsive, qui ressemble tout à fait à un accès d'épilepsie partielle. Quand c'est une paralysie bilatérale qui est soumise à l'action des esthésiogènes, elle est remplaci'e par limpulsion correspondante. En voici un exemple qui suffira :
Nous donnons à X... en somnambulisme la suggestion qu'elle ne sait plus tourner ses pouces. Elle résiste, répond qu'elle peut les tourner, et 1(!S tourne ; après une suggestion répétée, elle s'arrête. Réveil. On la prie de faire le mouvement indiqué, elle essaye de croiser les mains et n'y parvient pas. On place en haut derrière sa tête, à gauche, et sans quelle s'en doute, un petit aimant. Au bout de quelques secondes, elle croise ses mains et tourne ses pouces. Peu après, elle s'arrête, en disant qu'elle ne sait plus comment on fait. Ensuite, elle reprend hî mouvement et le continue pendant cinq minutes, sans interruption, tournant ses pouces tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Pendant ce temps, elle cause de ses amies de l'hôpital et ne songe pas à ce que font ses doigts. Nous avons vu plus haut qu'on obtient un ellel inverse du précédent en soumettant à l'excitation de l'aimant une malade à qui on a donné la suggestion dune impulsion motrice ; c'est alors la paralysie du mouvement qui succède au mouvement.
Rappelons à ce sujet que chez beaucoup de malades une simple excitation pc'iiplK'rique, comme la com|)ression d'un ni(;mbre, détermine la même inversion de l'état physiologique, remplaçant l'impulsion par la paralysie correspondante et la paralysie par l'impulsion. L'aimant n'agit donc très vraisemblablement que comme une excitation périphérique inconsciente, dont l'eflicacité dépend de la condition physique du sujet.
11 faut rc'piHer poui' les paralysies motrices ce qui a été dit plus haut pour l(;s hallucinations, les suggestions d'actes, les paralysies de la sensibilité, etc. Ce sont là des phénomènes relativement simples, objectifs, qui doivent servir d'introduction à l'étude des phénomènes plus délicats et plus complexes. Il nous semble que les pai'alysies du mouvement, les paralysies systématisées en première ligne, conduisent naturellement l'observateur
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à rélucle des paralysies de la volonté, des impiiissanees de vouloir, de Vaboulie. Pour fixer les idées sur le sens de ce mot, rappelons l'exemple du malade de Bennctt, qui, ayant soif, prie le domestique de lui apporter un verre deau ; le domestique lui présente le verre sur un plateau, et le malade ne peut se décider à le prendre, bien qu'il ait le désir de boire et que son bras ne soit nullement paralysé.
L'un de nous (l) a observé que les aboulies provoquées par suggestion sont capables de devenir le point de départ d'interprétations di'lirantes tendant à se généialiser: un sujet qui est l'endu incapable de saisir un objet en vient à déclarer (pie cet objc^t ne vaut pas la peine d'être pris, et sa réprobation s'étend à tous les objets similaires.
Il reste à mettre en lumière les analogies de laboulie avec la paralysie systématique. La distinction des deux phénomènes ne peut être faite par aucun cai-actère objectif.
On peut dire seulement que laboulie est l'état faible de la paralysie, mais que, lorsque l'aboulie^ est portée à son maximum, elle équivaut à une paralysie. Supposons un aboulicpu; qui, tout d'abord, a éprouvé une certaine difficulté à vouloir prcndi-e une plume pour écrire, et qui, peu à peu, en arrive à être incapable de le faire. A ce moment, son impotence ne peut pas être distinguée dune paralysie psychique des mouvements adaptés de l'écriture.
On peut dire encore (pu; laboulie est un ('tat jdus complexe que la paralysie systématique; car (pour prendre ce même exemple de lagraphie) il se peut quun aboulique puisse tracer toutes sortes de caractèi'es, excepté sa signature, comme ce notaire observé par Billod, tandis que l'agraphique ordinaire ne peut rien écrire du tout. Mais cette ditVérence n'empêche pas que l'aboulie de ce malade consiste dans une paralysie fonctionnelle d'un ordre de mouvements, avec conservation de tous les autres mouvements; c'est, en quelque sorte, une agrapliie avec un degré supérieur de systématisation.
Donc, qu il s'agisse dune paralysie totale, d'une paralysie systématique ou de l'aboulie, le trouble moteur correspondant est foncièrement le même, et il doit reconnaîtie une cause
(1) Ch. Féré, Impiiissauce et pessimisme (Rems philosophique, juillet 188^1.
ABOULIE 261
analogue par sa nature ou par son siège. L'analogie de ces trois phénomènes peut être mise en lumière par des expériences de suggestion chez les hypnotiques. Nous avons vu que la paralysie totale et la paralysie systématique déterminent, chez certains sujets, une augmentation de force dans le membre de lautre côté du corps. Il en est de même dans l'aboulie.
Si nous donnons au sujet la suggestion quil ne pourra pas, malgré son désir, ouvrir avec sa main le tiroir d'une table pour prendre une chose qui s'y trouve, et si, après avoir produit cette aboulie unilatérale, nous plaçons un dynamomètre entre les mains du sujet, nous constaterons que la force musculaire du bras droit a diminué et que celle du bras gauche a augmenté.
On peut juger par cet exemple la valeur de la méthode qui consiste à mettre les phénomènes en série. Laboulie est un fait pathologique trop complexe pour être étudié d'emblée, sans l)réparation ; autant vaudrait commencer la géométrie par létude des courbes. On ne peut comprendre laboulie qu'après avoir fait létude de ])hénomènes plus simples, dont l'observation et l'analyse sont plus faciles. Or, nous croyons que les paralysies par suggestion constituent précisément ces phénomènes élémentaires qui doivent servir de base et d'introduction à une étude de l'aboulie.
En somme, la grande conclusion psychologique qui se dégage de tous des troubles de la motilit/', cest que ces troubles sont commandés directement par des modilications fonctionnelles des centres moteurs; ce sont là les vraies causes des paralysies motrices, que ce soient des paralysies totales, des paralysies systématiques, ou des phénomènes d'aboulie. On peut même ajouter que, dans la paralysie totale par suggestion, les effets qu'on observe sont les mêmes que si on avait détruit avec un couteau le centre moteur correspondant au membre paralysé. Quant à l'interprétation que le sujet donne du trouble moteur dont il se trouve atteint, elle est tout à fait secondaire ; et il importe; peu que le sujet explique son impuissance par ce motif qu'«/ ne jjeut j)as, ou qu'i/ ne veut pas, ou, comme disent certains abouliques, qu'il ne peut jyas vouloir, ou enfin qnil ne sait pas. Si on prenait ce commentaire à la lettre, on serait amené à considéreices troubles moteurs comme des phénomènes très dilférents, au lieu de reconnaître qu'ils sont de même famille. Quand le malade
dit qu'il ne peut pas mouvoir son membre, on verrait dans cette impuissance une paralysie simplement motrice; quand le malade prétend qu'il voudrait bien, mais ne peut pas vouloir franchir une porte, on diagnostiquerait une maladie de la volonté; enfin' quand le malade dit qu'il a oul)lié les mouvements de; l'écriture, on ferait de cette agraphie une maladie de la mémoire motrice ; ce qui aurait pour conséquence logique de méconnaître lunité fondamentale de ces trois faits moteurs, qui ne sont, nous le répétons, que des variations d'un même état, la paralysie motrice.
L'étude des faits de suggestion a eu pour but de montrer de quelle importance est l'hypnotisme comme étude de psychologie. Il y a longtemps qu'on a préconisé ces études ; mais la cause du magnétisme animal était tellement compromise par les mauvaises méthodes, que personne n'osait s'engager dans ces questions. Lorsque Braid eut d('montié la réalité d'un état nerveux provoqué par la fixation d'un objet brillant, et la possibilité de l'aire naître chez le sujet hypnotisé un grand nombre de phénomènes psychiques par suggestion verbale, on pouvait croire que les psychologues allaient enfin s'occuper de ces nouveaux faits, qui les intéressaient si directement. Il n'en fut rien. A part quelques tentatives qui restèrent isolées, la grande majorité se détourna de ces études fécondes, ci'aignant sans doute de s'y comi)i'omellre. Il est vraiment regrettable que les psychologues anglais de l'Ecole associationniste, Stuart 3Iill, Bain, Spencer, qui, sans être à proprement parler des expérimentateurs, ont toujours eu le plus grand respect pour l'expérience, n'aient jamais pensé à mettre en valeur les précieux documents contenus dans l'œuvre de Braid, leur compatriote. Comment n'ont-ils pas compris (ju'il y avait là les plus belles illustrations de cette loi générale de Vassociation des idées qui leur paraissait, à juste titre, si importante ?
L'indilTérence des psychologues à l'égard de l'hypnotisme était un fait si connu et si bien étaidi (\iion s'imagina que ces études n'intéressaient nullement la psychologie; aussi, M. Mathias Duval se faisait-il l'interprète d'une opinion courante quand il écrivait, en 187 i, son remarciuable arti(de sur l'hypnotisme, où il demandait non sans quekiue ironie : Oîi sont les découvertes de l'hypnotisme ? Où sont ses analyses ? Oîi sont les résultats de cette nouvelle psychologie expérimentale ?
l'hypnotisme et la psychologie 263
Depuis celte époque, une révolution s'est opérée. Le grand hypnotisme , étudié avec tant de précision par M. Cliarcot, a triomphé de cette inditférence générale qui tue les questions. On admet aujourd'hui couramment que Ihypnotisme constitue une méthode dexpérimenlalion en psychologie, présentant le double avantage de grossir et d'isoler les états de conscience.
Le fait est d'autant plus utile à relever que l'hypnotisme nous paraît appelé à combler une lacune. Depuis quelques années, un certain nombre de personnes essayent de fonder en France une psychologie expérimentale, et on l'oppose volontiers à la psychologie classique , qui règne encore souverainement sur tous les établissements universitaires. Mais jusqu'ici il nous semble que la nouvelle école ne réussit pas à se distinguer nettement de l'ancienne. En effet, qu'a-t-elle de propre? On a dit : D'abord sa haine pour la métaphysique. Mais ce n'est qu'un mot. Oîi commence la métaphysique et où finit la science positive ? On a dit encore: la nouvelle psychologie est expérimentale. Mais pour être expérimental , il faut faire des expériences ; où sont les siennes ? Elles sont très i)eu nombreuses en dehors des observations relatives à la mesure des sensations, du temps de réaction, etc. Il nous semble que l'hypnotisme, associé à l'observation clinique des maladies mentales et nerveuses, est appelé à donner à l'école nouvelle la méthode qu'elle cherche, et à lui fournir une issue sur l'expérience.