LA PIERRE D'AIMANT CHEZ LES ANCIENS
antiphyson (qui souffle en sens contraire), lequel repousse le fer après l'avoir attiré. Plutarque» à son tour, constate que tantôt l'aimant traîne le fer à sa suite, tantôt l'écarté de lui. 11 s'agit là évidemment de faits réels mal observés, car aucun des écrivains qui mentionnent la répulsion magnétique ne se doute que le fer repoussé est un fer aimanté, ne signale la propriété des pôles, et ne songe à décrire les circonstances dans lesquelles le phénomène se produit. En résumé, les anciens ne paraissent avoir connu les propriétés réelles de l'aimant que d'une manière très incomplète et très vague; en revanche, ils se sont plu à lui prêter une foule de vertus imaginaires : il réconcilie les frères et même les époux brouillés ensemble ; il sufBt de porter un aimant sur soi pour plaire à tout le monde et pour acquérir le don de la parole ; un aimant pendu au cou calme le mal de tête, et ainsi de suite.
Si les philosophes grecs n'ont guère approfondi le côté réel des .phénomènes, c'est peut-être qu'ils se hâtaient trop d'y appliquer leurs spéculations théoriques et de faire rentrer tous les faits dans une conception générale de l'origine du mouvement. Les uns, comme Thaïes et Platon, expliquent les phénomènes magnétiques par des forces vitales et même intelligentes : selon Thaïes, l'aimant possède une âme, puisqu'il meut le fer ; aux yeux de Platon, c'est l'action intelligente de Pâme du monde qui assure tous les mouvements. D'autres, comme Galien, ont recours à des sympathies et des antipathies occultes; quelques-uns, comme Démocrite, Épicure et Lucrèce,
raiiièiieut tout à des impulsions purement mécaniques. Ce sont ' toujours des effluves d'atomes qui sortent du fer et de la pierre d'aimant et qui, par des réactions mutuelles, produisent la traction qui s'exerce sur le fer. La théorie que Plutarque présente comme un commentaire d'une indication vague de Platon est également mécanique : des pores de la pierre l'aimant s'échappent des tourbillons qui pénètrent dans les pores du fer et le poussent vers Taimanf, tandis qu'ils glissent sur les autres corps sans les entraîner. Il y a là comme le germe des tourbillons de Descartes. Ce qui distingue toutes ces explications mécaniques, c'est qu'elles évitent l'hypothèse de l'attraction à distance, et supposent la communication du mouvement de proche en proche, dans le plein absolu. Il est à remarquer que la physique moderne revient aujourd'hui à ces idées par l'hypothèse de l'élher qui remplit l'espace, et qui peut-être renferme la cause prochaine des phénomènes d'attraction. Les théories des anciens sont restées stériles parce qu'elles étaient prématurées et conçues en dehors des faits, lis ont toujours fait de longues théories et de courtes expériences.