‹ Le Maha BharataChapitre 8 sur 19 · TUI · texte numérisé non relu

TUI

LE »I\HA-BHARATA.

» Douççà?ana, Soubàhou et le Kftiingain, les artnen levées, les deux Avantiens, Vinda et Anouvinda. Drona, Açvatthâman, son fils, et le Soubhalidj; 2,fl29.

I) Ceux-ci avec nous et d'autres en grand nombre, souverains de contrées diverses, nous t'environnerons de nos armées. Que l'inquiétude soit donc bannie de ton cœur ! 2,630.

I» Et toi-même n'es-tu pas le plus excellent des maîtres de chars, prince à la .splendeur iiifniie ? N'es-tu pas un héros toi-même? Gomment, Sindhien, peux-tu voir le danger venir à loi des Pândouides? 2,631.

Il Mes onze armées déploieront leurs efforts dans le combat pour te sauver : ne crains donc pas, Sindhien ; que la terreur s'enfuie maintenant loin de toi I » 2,632.

Ainsi rassuré par ton fils, sire, le mouarque du Sindhou , accompagné de Dourjodhana, se rendit cette nuit vers Drona. 2,633.

11 embrassa les piedsdu brahme, souverain des hommes; il s'assit, incliné, sur un siège inférieur aupi-ès de l'Atchârya et lui adressa cette demande : 2, OSA.

« Que ta sainteté me dise la supériorité de Phâlgouna dans l'adresse à toucher un but, sa vigueur à lancer loin une flèche, sa légèreté de main et la fermeté de ses blessures. 2,035.

» Je désire apprendre avec vérité, Atchàrya, en quoi excelle sa science ; veuille me dire ce qu'il en est véritablement d'Arjouna en lui-même. » 2,636.

« Vous avez reçu mêmes leçons, Arjouna et toi, lui répondit Drona ; mais il y a ton côté l'exercice et la dureté de l'apprentissage : Arjouna est donc supérieur à toi ! 2,637.

DRONA-PAIIVA.

» Mais tu ne dois trembler ici d'aucune manière devant le Pi ilhide daus la guerre ; en elTet, n'est-ce pas moi, qui te sauverai du danger, mon fils? 11 n'y a pas de doute ici. 2,638.

» Les Immortels eujt-mômes ne sauraient prévaloir contre celui, que protège la force de mon bras ; j’établirai un ordre de bataille impénétrable au fils ,de Pritbà même. 2,630.

» Combats donc 1 ne crains pas 1 et, observant ton devoir, suis, puissant héros, la route, où tes ayeux et ton père ont marché avant toil 2,6A0.

« Tu as lu suivant la règle tous les Védas, l’oblation fut versée par toi saintement dans les feux sacrés, tu as célébré de nombreux sacrifices; la mort n'a donc plus rien de terrible pour toi ! 2,6&1.

U Ayant obtenu de hautes destinées, difficiles à acquérir pour les hommes lâches, tu gagneras les mondes les plus élévés, divins, conquis par la force des bras.

» Les Kourouidcs et les Pândouides, penses-y-bien, le Vrisbnide et les autres hommes, moi et mon fils, nous sommes tous périssables. 2,0A2 — 2,6â3.

M Nous sommes tous successivement tués par la mort plus forte que nom : accompagnés chacun de nos œuvres, nous irons tous dans l’autre monde. 2,6ââ.

» Les héros kshatryas obtiennent en pnatiquant les devoirs du guerrier ces mondes, que méritent les ascètes en cultivant la pénitence. » 2,6â5.

Ainsi rassuré par le Bh.aradwâdjide, le roi du Sindhou bannit la crainte et touina son esprit à son combat futur avec le Prithide. 2,6A6.

Ensuite, éclata la joie de tes armées, souverain des

hommes, et le bruit terrible des instruments de musique se mêla avec les cris et les rugissements de guerre. 2,647.

Alors que le Prilhide eut juré la mort du monarque des Sindhiens, le Vasoudévide aux longs bras tint ce langage A Dhanaodjaya : 2,64S. '

n Connaissant l’opinion de tes frères et la promesse, que tu fis en ces termes : « Je tuerai le Sindhien ! je dis que c’est un jiixte châtiment. 2,049.

■> Mais tu prends lâ une charge infiniment pesante, sans m’avoir consulté : comment ne serons-nous donc point exposés à la risée du monde entier? 2,650.

» J’ai envoyé des espions dans le camp du filsde Dhritarâsbtra ; à leur prompt retour, voici les nouvelles, qu’ils nous ont annoncées. 2,651.

» Après que tu eus juré la mort du roi de Sindhou, prince auguste, ils nous ont entendu proférer de grands cris de guerre et faire éclater le son des instruments de musique, 2,652.

» Effrayés de ce bruit, le.s Dhritarâshtrides ont dû penser avec les Sindhiens (1) : « Ces cris de guerre ne sont pas jetés sans une cause ! » 2,653.

Il Les Kourouides ont répondu à ces cris par d’autres vastes clameurs, poussées, guerrier aux longs bras, par les fantassins, les hommes de cheval et d’éléphants, avec un fracas épouvantable de chars. 2,654.

O Quand il eut appris la mort d'Abhimanyou, Dhanandjaya, pensent-ils, fut ceilainement accablé de douleur ; il sortira cette nuit avec colère ! » 2,655.

» C’est ainsi que fut reçue, héros aux yeux de lotus.

(1) SatalndMovés, édition de Botnbav.

< DRONA-PARVA.

par ces guerriers consumés en efforts et dévoués à la vérité, ta promesse vraie de porter la mort au roi de Sindhou.

» Tous, Douryodhana et ses ministres étaient effrayés, le coeur défaillant, comme de timides gazelles. Alors l'héroïque roi, Djayadratha, le souverain du Madra, se lève avec ses ministres, et, consterné, profondément aflligé, il se rend au quartier de Souyodhana lui-mëuie.

» Quand il eut délibéré, au temps du conseil, sur tous les moyens de snlut, il adressa, dans l’assemblée du roi, ce discours au Dhritarâshtride : 2,650.

■ « Demain Dhanandjaya s'avancera, disant : o Voici le meurtrier de mon fils. > 11 a juré ma mort au milieu de son armée. 2,660.

■> Ni les Raloshasas, les Ouragas et les Asouras, ni les Gandharvas, ni les Dieux ne peuvent empêcher qu’un serment de l’Ambidextre ne soit pas suivi de son effet.

n Défendez-moi dans le combat. Que Dhanandjaya n’obtienne pas la gloire d’avoir mis fe pied sur vos tètes. Disposez donc les choses de manière qu’il en soit ainsi.

» Mais, si l’on n’embrasse pas ma défense dans la bataille, rejeton de Kourou, accorde-m’en la permisrion, sire, je vais retourner dans mon palais. » 2,663.

» A ces mots, que la crainte lui avait inspirés, Souyodhana, l’esprit perdu et baissant la tète, se plongea dans ses pensées. 2,668.

B Quand le roi du Sindhou le vit dans l’affliction, alors de lui adresser ce langage doux, utile pour lui-mëme, accompagné de déférence : 2,663.

« Je ne vois pas ici, entre vos majvstés, un archer d'nne

telle éoergie, qu’il puisse repousser dans un grand combat l’astra d'Arjouna par un astra opposé. 2.660.

» Qui pourrait tenir le pied ferme devant Arjouna, qui manie l'arc Gândlva et qui a le Vasoudévide pour compagnon, comme en face même de Çatakratou ? 2,667.

» On dit que jadis, sur le mont Himâlaya, le fils de Prithâ combattit à pied l'auguste Mahéçvara à la grande puissance. 2,668.

« Avec son char seul, excité par le roi des Dieux, il a tué des milliers de Dànavas, qui habitaient la Ville-d'Or.

» Uni au sage Yasoudévide, le fils de Kountt pourrait détruire les trois mondes eux-mëmes avec les Immortels : c’est là mon sentiment. 2,669—2,670.

» Je désire que tu m’accordes, si tu le juges à propos, d’ être défendu par le magnanime Drona et par son héroïque fils. »

» L'Atchârya fut alors vivement sollicité par le monarque. L’ordre de bataille est arrêté, Aijouna, etlesche* vaux sont préparés. 2,671— 2,672.

» Karna, Bhoûriçravas, Drona, l’inabordable Vrishaséna, Kripa et le roi du Hadra, ces six héros seront à la tête des armées. 2,673.

» Drona a disposé déjà l’arrangement de ses bataillons en char, en lotus et dans un demi-ordre ; l’héroïque Djayadratha, le souverain diiàladra, ivre de lacrueîle fureur des batailles, se tiendra bien défendu au milieu de la corolle du lotus, ou dans le flanc de l’ordre en aiguille. Ces six héros, de qui l’arc, l’astra, la vigueur, les souffles vitaux et la bravoure, née ilu sang de leurs ayeux, sont trèsdifflciles à supporter, ont une résolution bien arrêtée. Tu ne peux arriver jusqu'à Djayadraiha, Prithide, avant de les avoir vaincus. 2,674—2,675 — 2,676,

DRONA-PAfiVA.

» Songe à la vigueur, que ces six héros possèdent individuellement ; car, s’ils sont réunis, tigre d> 8 hommes, il est impossible de les vaincre dans un ii.stant ! 2,677.

» De plu", je consulterai (i^ des ministres, versés dansles délibérations et amis de ta majesté, sur un plan de conduite utile pour toi-mème et le succès de ton affaire, a 2,678.

« La vigueur de ces six héros du DhritarAshtride, que tu crois supérieure à la mienne, répondit Arjouna, n'est |>as même égale à la moitié de ma force : c’est mon sentiment. 2,679.

a ün me verra, meurtrier de Aladhou, moi, qui désire la mort de Djayadratha, briser avec le mien l’astra de tous ces héros. 2,680.

» J'abattrai la tète du roi de Sindhou sur la face de la terre, malgré la rivalité de Drona et les gémissements de son armée. 2,681.

a Quand bien même les Sàdbyas, les Roudras, les Vasous avec les Açwins, Maroutte avec Indra, les Viçvadévas avec Içvara, les Mânes avec les Gandharvas, Souparna, les mers et les montagnes, le ciel, l'air, la terre, cette plage et les champs infinis de l’espace, les villages, les forêts, les êtres immobiles ou mobiles ; quand bien même le roi de Sindhou, meurtrier de Madbou, les aurait tous pour ses défenseurs ; 2,682—2,683—2,684,

» Demain, Krishna, tu le verras succomber sous mes flèches dans un combat I je te le jure avec vérité, et je touche mes armes en confirmation de ma protuenne.

a S'il est un grand héros, qui soit le défenseur de ce

(I) Hnniraÿithyimi, Mition ds Bombay; colle de CilcntU imprime ici ■ne faute dnorme.

lÆ MAHA-BHARATA.

criminel insensé, je marcherai contre lui, Kéçava, fut-ce Drona même le premier I 2,685 —2,686.

» Souyodhana pense que ce jeu de$ armes est attaché à la personne de ce prince : ayant donc brisé la pointe de son armée, je m'avancerai vers Djayadratha. 2.687. ' U Demain, on verra les guerriers aux grands arcs brisés par moi dans la guerre de mes flèches aignèa et resplendissantes, comme des cimes de montagnes, qui volent en éclats sous la foudre. 2,688.

- » Le sang coulera en ruisseaux du corps des chevaux, des éléphants, des guerriers, tombés ou tombants, percés lie mes dards acérés. 2,689.

n Égales au vent ou h la pensée, les flèches, envoyées par le Gàndiva, enlèveront la vie par milliers, aux chevaux, aux éléphants, aux guerriers. 2,690.

» Les hommes verront ici dans la guerre quels astras épouvantables j'ai reçus de Roudra, d'ibdra, deVarouna, de Kouvéra et d’Yama I 2,691.

M Tu me verras détruire dans la bataille avec celui de Brahma les astras de tous les guerriers, qui défendent le roi du Sindhou. 2,692.

» Demain, tu me verras dans le combat joncher la terre, Kéçava, avec les tètes des souverains, coupées de mes traits impétueux. 2,693.

» Je rassasierai les carnassiers, je dissiperai les ennemis, je réjouirai les amis, je broierai le roi du Sindhou.

» Immolé sous mon bras, le roi du Sindhou, ce grand pécheur, dépourvu de bonnes qualités, né dans la patrie du péché, causera delà douleur aux siens. 2,69è — 2,695.

t Tu verras, déchiré de mes flèches sur le champ de bataille avec ses princes, ce Sindhien, artisan d'œuvres

• DRONA-PARVA.

iniques, qui mange nm« disii/irtion des mets (1) et du lait de tous les animaux. 2,096.

» L’aurore venue, Krishna, j’agirai de telle sorte que Sonyodhana aura cette pensée ; « Il n’existe pas sur la terre un second archer égal à ce héros dans le combat ! »

, » Le céleste Gândlva sera mon arc, moi le combattant, toi le cocher, illustre Hrishikéça ; y aurait-il une chose, dont je ne pusse triompher dans la bataille ? 2,097— 2698.

>• Grâce à toi, Bhagavat, est-il une chose, que je ne u’aie pas obtenu dans un combat I Si tu connaissais un seul fardeau, que je fusse incapable de soutenir, ne me blAmerais-tu pas? 2,699.

. » Sache que cette promesse, jurée ici par moi, Djanârddana, est aussi certaine que la beauté est inséparable de la lune, que l'eau ne peut être séparée de la mer.

» Ne méprise pas mes astras, ne méprise pas mon arc solide, ne méprise pas la vigueur de mes bras, ne méprise pas Dhanandjaya. 2,700 — 2,701.

M Je vais ~ marcher au combat et vaincre ce qui est u)ème invincible. Sache que Djayadratha a déjà perdu la vie dans le combat ; c’est aussi sûr qtu je dis là une vérité. 2702. •

» La vérité est impérissable dans un brahme ; impérissable est le respect dans les hommes de bien ; la prospérité est impérissable dans les sacrifices; impérissable est la victoire dans Nâràyana. » 2,703.

Quand il eut ainsi parlé à Hrishikéça aux longs cheveux, le fils d’Indra, Arjouna de lui crier en personne à luiméme son ordre en ces termes : 2,701.

« Tu dois agir de manière que mon char soit prêt à

(2) éditioa de Bombay.

l'heure, Krislina, où l'aube succède à la nuit; il te faut y mettre la plus faraude diligence. » 2,705.

Accablés par la peine et le chagrin, soupirant comme deux boas, le Vasoudévide et Dhanandjaya ne purent goûter un instant de sommeil duranticette nuit. 2,706.

Quand ils surent que Nara et Ndrâyana étaient consumés de colère, les Dieux avec Indra d’agiter avec trouble cette pensée: <> Que s’ensuivra-t-il de cette affaire? »

Des vents horribles, épouvantables soufflèrent, pronostics d’événements terribles; les yeux virent dans le soleil une massue et un corps mutilé. 2,707 — 2,708.

Des foudres tombèrent du ciel sans nulle cause ; des trombes de vent furent accompagnées d’éclairs; la terre elle-même trembla avec ses bois, ses eaux, ses montagnes.

Les mers, séjours des makaras, furent soulevées, grand roi, et les fleuves commencèrent à rebrousser chemin vers leurs sources. 2,709 — 2,710.

Du plus petit au plus grand, les éléphants, les hommes, les chevaux et les chars augmentèrent la joie des carnassiers dans ce moment, où allait s'accroître le royaume d’Yama.

» Les montures de pleurer et de lâcher sous elles les excréments et l’urine. Toutes tes armées dans le trouble virent tous ces prodiges effrayants et qui faisaient se hérisser le poil d’épouvante ; toutes entendirent, éminent Bharatide, la promesse terrible de l'Ambidextre à la grande vigueur. 2,711 — 2,712 — 2,713.

Ensuite, le Pàkaçàsanide aux longs bras dit à Krishna : «Console Soubhadrâ, ta sœur, et sa jeune bru. 2,71â.

» Bannis, meurtrier de Madhou, le chagrin de ses brus et de ses amis; relève leur courage, seigneur, partesdiscours assaisonnés de flatterie et de vérité. » 2,715.

DRONA-PARVA.

Vivement affligé, le Vasoudévide se rendit au palais d'Aijouna, et consola sa sœur, pleine de tristesse, accablée sous le poids de la douleur, qu’elle ressentait de son fils : « Ne te désole pas avec fa bru, fille de Vrishni, au sujet de ce jeune prikcc, lui dit le Vasoudévide. Il est une heure suprême, que la mort a fixée pour chacune de

toutes les créatures. 2,716 — 2,717. VftAf-,

» Que cette mort ne t'inspire aucun chagrin ; elle était digne de ton fils, né dans une noble famille, sage et surtout kshatrya ! 2,718. •

» Félicite-toi (1) I 11 fut un grand héros, ferme, d’un courage égal à celui de ses pères ; il a obtenu la voie désirée des héros, suivant la règle des guerriers. 2,710. - v » Après qu’il eut vaincu et plongé dans la mort un bien grand nombre d’ennemis, il a conquis les mondes créés purs, impérissables, où tous les désirs ont leur satisfaction. 2,220.

» Ton fils est entré dans la voie, où aspirent les hommes de bien par la science, les Védas, la chasteté et la pénitence. 2,721.

rv » Tu es la fille d’un héros, l’épouse d’un héros, la mère d’un héros, la parente des héros : ne pleure donc pas ton fila, dame illustre ; il est parvenu à la plus haute des routes. 2,722.

» Le Sindhien, femme à la jolie taille, ce cruel immolateur d’un enfant, cet artisan d’œuvres iniques recevra, une fois cette nuit écoulée avec ses parents, avec la troupe de ses amis, le fruit amer do son orgueil. 11 ne sera pas délivré du Prithide ; il est entré déjà dans Amaràvatt.

(i) Liltéralement ; par bonheur.

soo

i> Dfmain, la tète enlevée de ce roi de Sindhou roulera dans le combat : elle sera emportée hors des limites (1) du champ de batmllc. Fais donc reposer ton chagrin et cesse de pleurer. 2,725.

» Mettant le devoir dn kshatrya aAint tout, il est entré dans la voie des gens de biens, où nous irons, nous et ceux, qui vivent du métier des armes. 2,726.

n Ton fils à la poitrine large, aux longs bras, ignorant la fuite, dirigeant un char, est parvenu au Swarga, femme à la jolie taille ; étonlTe ainsi ton chagrin. 2,727.

» Plein d’énergie, il a suivi son père et ses parents du c6té de sa mère ; héros au grand char, il a succombé, mais après qu’il eut immolé des ennemis par milliers.

» Console ta bru et ne conçois pas, reine, un trop vit chagrin au sujet de ce jeune kshatrya. Demain, quand tu auras appris un bien grand exploit, qui ne te sera point désagréable, femme heureuse, bannis ton chagrin.

» Ce qui fut promis par le Prithide arrivera de la manière promise et non autrement : en effet, ce que désire faire ton époux ne sera jamais sans porter du fruit. 2,730.

r> Quand bien même les enfants de Manou, les serpents, les Piçatchas, les Larves, qui volent et qui rôdent la nuit, les Asouras et les Dieux viendraient au secours du roi de Sindhou, arrivé dans ce combat, ils ne pourraient, tous réunis, l’arracher de ses mains, une fois que l’aurore dissipera les ténèbres ! » 2,731.

Après que le magnanime Kéçava eut articulé ce discours, Soubhadrâ, accablée par le chagrin, que lui donnait

(I) Samanta, éditioa de Bombiy.

DRONA-PARVA.

la fficurt de B<m fils, soupira ces mots virement affligée.

« Pourquoi t’es-tu donc, fils de moi infortunée, approché de celte guerre, où tu devais trouver la mort, enfant, qui avais une bravoure égale à celle de ton père 7 ^ 2,732—2,733.

» Comment vois-je couvert de la poussière du combat, mon fili, ton visage aux yeux charmants, aux belles (lents, azuré comme la fleur du lotus bien 7 2,73A.

•> On te voit donc étendu à terre, héros, qui ne savais pas fuir, avec ton beau cou, la belle figure, tes longs bras, tes larges épaules, ta vaste poitrine et ton ventre non saillant I 2,735.

U Les Bboûtas te contenq>lent sans doute, comme une lune montée sur l'horizon, avec tes yeux charmants et tes jolis membres rassemblés près de ton corps, arrosé par les bles-sares des armes I 2,736.

n Comment glt-il maintenant, étendu sur la terre, ce héros accoutumé au plaisir, lui, de qui la couche était jadis couverte des tapis les plus précieux 7 2,737.

» Ce guerrier aux longs bras, que suivaient jadis les femmes les plus illustres, comment, renversé dans le combat, n’a t-il maintenantpour le suivreque de sinittres chacals 7 2,738.

a Lui, que louaient jadis, en des chants inspirés parla joie, les encomiastes, les bardes etles ménestrels, comment n'est-il environné aujourd'hui que par des troupes de carnassiers aux cris épouvantables. 2,739.

» Qui entre tous les Pàntcbàlains, seigneur, ou les héros de Vrishni et les Pàndouides, tes protecteurs naturels, te laissa tuer sans protection 7 2,780.

a Sans avoir pu rassasier mes yeux de ta vue, mon

LK MAHA-BHARATA.

irréprochable fils, infortunée, je descendrai certainement en ce jour dans les demeures d’Yama. 2,741.

» (Comment verrai-je encore, mon fils, ton pâle (1) visage, autrefois animé par de grands yeux, desclieveux annelés. des parfums exquis et des paroles gracieuses 7

n Honnie soit la force des Péiitcb ilains ! honnie soit la bravoure des héros de Vrishni I honnie soit l'adresse à l'arc du fils de Prithà 1 honnie soit la vigueur de Bhimaséna! 2,742-2,743.

n Honnis soient les Katkayains, les Tchédiens, les Matsyas et les Srindjayas, qui ne purent pas soutenir ta vue, héros, quand tu fus arrivé au combat ! 2,744.

» Aujourd'hui que ta splendeur (2) est éteinte, la terre semble à mes yeux un désert ; maintenant que je ne vois plus Abhimanyou, le neveu du Vasoudëvide et le fils de l'archer du Gândtva, comment pourrai-je te voir étendu sur la terre toi, que je voyais en héros, monté sur un char. 2,746—2,746.

v Hélas ! héros, je te vois et je te perds ! Tu es pour moi comme la richesse dans un songe I Ah I les choses humaines ne sont pas durables ; ce n'est, assurément I qu’une goutte d’eau vacillante. 2,747.

I) Et cette épouse, ensevelie en de tels soucis, comment pourrai-je supporter sa douleur, comme celle de la vache, à qui l’on a ravi son fils. 2,748.

U Hélas ! tu fais ton départ avant le temps, mon fils, et tu m’abandonues au moment de me donner ton fruit, à moi, qui ai un si brillant désir de ta vue I 2,74P.

(1) Je préfère lire nirvamam, malgré l'une et l'aulre édition.

(2) Svasllyam, texte de Bombay.

» La route de la mort est sans doute bien mal connue des savants eux-mêmes, puisque tu as trouvé la mort sans défenseur sur un champ de bataille, où tu avais pour ton défenseur Kéçava lui-même. 2,750.

» Obtiens la route des sacrificateurs, des brahmes, qui sont doués de l'aumdne, qui ont dompté leur âme, qui pratiquent la continence et qui ont visité les saints ttrtbas, des hommes consommés dans la science, pleins de libéralité, dociles envers leurs gourous et qui distribuent par milliers des présents honorifiques.

» Va dans la route des héros, qui combattent sans connaître la fuite, et qui meurent dans la bataille sur les corps des ennemis, qu’ils ont immolés. 2,753.

» dette voie resplendissante de ceux, qui célèbrent des sacrifices qui, distribuent des vaches par milliers et qui donnent aux brahmes le nalvéçika (1) désiré. 2,76A.

n Va dans la route, qui est la voie des brahmes, mon fils, qui ont renoncé à l'orgueil, la voie de ceux, qui donnent des trésors aux brahmes secourables. 2,765.

n Va dans la route, mon fils, qui est la voie, où aspirent les hommes aux vœux parfaits, où aspirent les maris d’une seule épouse. 2,756.

D Cest la voie éternelle des rois, qui appartiennent an second des quatre ordres et qui sont purifiés pardes œuvres saintes, bien observées et religieusement accomplies.

» Va, mon fils, dans la voie des hommes sensibles aux maux des malheureux, qui leur donnent à jamais une part dans leur richesse et qui sont revenus delà cruauté.

(1) Présent fait à un brabme, maître de maison.

LE MAflA-BBARATA.

» Va, mon fils, dans la voie des hommes fidèles à leurs vœux, doués de la vertu, dociles envers leurs gourous et pour qui le nom d’un bète n'est pasun vain mot. 2,759.

» Va, mon fils, dans la voie des hommes, consumés par le feu du chagrin et qui conservent une âme égale dans les peines et les infortunes. 2,760.

I. Obtiens, mon fils, la voie des hommes dévoués à leur épouse, et qui font exister^ constamment ici-bas l'obéissance du fils à l'égard de son père et sa mère.

n Va, mon fils, dans la route des hommes, qui s'abst ennent des épouses d'autrui et qui s'approchent de leurs femmes dans les jours où tombe leur mois.

» Obtiens la route des hommes patients, qui, sans ' envie, regardent tous les êtres avec bienveillance, mais qui ne font pas de présent à un ennemi. 2,763.

> Va, mon fils, dans la voie des hommes, qui respectent les maladies des autres et que l'usage du miel et de la chair a fût s'écarter des boissons enivrantes, de la fraude et du mensonge. 2,76A.

n Va, mon fils, dans la voie,' où entrent les hommes vertueux, pudiques, rassasiés de sciences, qui ont vaincu les organes des sens et à qui sont connus les Traités de morale, a 2,765.

Accompagnée de la reine, alors la Pàntcfaâlaine entra vers Soubhadrâ, consternée, déchirée par le chagrin et qui se lamentait ainsi. 2,766.

Quand elles eurent gémi et pleuré à volonté dans une vive affliction, elles tombèrent sans connaissance, sire, comme des femmes enivrées. 2,767.

Krishna dans une profonde douleur, prêtant son

DRONA-PARVA.

secours à la reine désespérée, l'arrosa d'eau, la consola et lui adressa des paroles salutaires. 2,768.

Poundarlkâksba de parler en ces termes à sa tremblante sœur pleurant, blessée dans le secret de son âme et semblable à une femme hors d’elle-même : 2,769.

I Soubhadrâ, ne pleurj pas ton fils, Pântcbàlaine ; console Outtaràl Abhimanyou, le héros des kshatryas, est entré dans une voie cél^re. 2,770.

» Tous les hommes, qui ont vécu, et ceux, qui vivent encore dans notre famille, dame au charmant visage, ont passé ou passeront par la route où est entré l’illustre Abhimanyou. 2,771.

O Ce grand héros, ton fils, a fait seul une chose, comme nous devons tous faire en nos actes de guerre, nous et nos amis. » 2,772.

Dès qu’il eut consolé de cette manière sa sœur, et Draâupadt elle-même, et Outtarâ, le guerrier aux longs bras, dompteur des ennemis, s’en alla aux côtés du fils de Pritbâ. 2,773.

Puis, ayant pris congé des rois, de ses parents et d’Arjouna, Krishna d’entrer dans son gynœcée, de façon que les souverains s’en retournèrent chacun dans sa demeure. 2,77A.

Entré dans le palais incomparable d’Aijouna, ayant touché l’eau dans le Sthandila (1) aux marques heureuses, l’auguste Poundarîkâksha 2,775.

Couvrit sa resplendissante couche d’herbes kouças, semblables aux lapis-lazulis ; et, l’ayant environné des armes les plus puissantes, il l'oma de bouquets de fleurs.

(1) Place carrée, préparée pour le sacrifice.

vni

suivant les rites, de grains frits et des parfums les plus fortunés. Ensuite, quand le fils dePrithâ eut touché l’eau, les domestiques furent écartés. 2,776 — 2,777.

On célébra le sacrifice nocturne de Tryainhaka, indispensable durant les ténèbres. Dès que le Prithide, l’ânie plus satisfaite, eut paré Mâdhava de parfums et de bouquets, on offrit l'oblation. Govinda lui annonça l’arrivée de la nuit, et dit en souriant ces paroles à Phfllgouna :

fl Dors, Prithide; la félicité descende sur toi! Je m’en vais à la bonne fortune! » Ayant fait lever les portiers et les g.ardes, ces hommes prirent les armes; 2,780.

Et, suivi de son cocher Dârouka, le fortuné Dieu rentra dans son quartier. 11 reposa dans sa couche éclatante, pensant .'i beaucoup de choses. 2,781.

L’adorable Poundarikâksha, Vishnou le Victorieux, le Seigneur des seigneurs de toutes choses, désireux du salut des Pthidouidfs, inspirant l’épouvante, environné d’une immense renommée, se plongea dans la méditation, et, l’âme attentive, imagina un moyeu, qui devait enlever au Prithide tout le poids de sa douleur, et d'où résulterait un accroissement de splendeur et de lumière.

Aucun des Pândouides ne put goûter, dans son quartier, un instant de sommeil ; l’insomnie, monarque des hommes, pesait .alors sur tous les guerriers. 2,782 — 2,783 — 2,784.

« Une prompte mort du roi de Sindhou fut promise par le magnanime archer du Gândiva, consumé par le , chagrin, que lui inspire la perte de son fils. 2,785.

» Comment le meurtrier des héros ennemis, pensaientils, ce guerrier aux longs bras, le fils d’Indra même, rendrait-il vaine sa promesse? 2,786.

DRONA-PARVA.

n Le magnanime Pândouide a, certainement! résolu cette infortune : que le prince Arjouna à la grande force accomplisse donc sa promesse I 2,787.

» Cette grande promesse, il l’a jurée dans le désespoir, que lui causait la mort de son fils; ses frères ont beaucoup de valeur eux-mémes; leurs armées sont nombreuses. 2,788.

» Le fds de Dhritarâshtra fit connaître tout à son père. Que Dbanandjaya s’en retourne, après qu’il aura immolé dans un combat le roi du Sindhou. 2,780.

» Victorieux des armées ennemies, Arjouna, accomplissant demain son vœu, entrera dans la comète du roi de Sindhou, abattu de sa main. 2,790.

» Ce Prithide Dbanandjaya est incapable de manquer à sa parole : comment le roi fils d’Yama pourra-t-il vivre, quand la mort aura frappé Arjouna? 2,791.

» Le Pândouide a déposé sur lui toute l’espérance de la victoire. Si nous avons célébré le sacrifice, si nous avons pratiqué l’aumône, si nous avons fait enfin quelques bonnes œuvres, 2,792.

» Que toute la récompense en soit accordée à l’Ambidextre et qu’il triomphe des ennemis ! » Tandis qu’ils s’entretenaient ainsi et qu’ils parlaient de victoire, la nuit s’écoula, auguste sire, au milieu d’une profonde affliction.- Au milieu de cette nuit, Djanârddana se réveilla;

Et, s’étant rappelé la promesse du fils de Prithà, il dit ces mois à Dârouka : « Désespéré de la mort de son fils, Arjouna fit une promesse. 2,793 — 2,79i — 2,795.

n Demain, a-t-il dit, Dârouka, je donnerai la morflâ Djayadratha. » Sur le rapport de cette nouvelle, Douryodhana tiendra conseil avec ses ministres. 2,796.

« Comment ferons-nous, leur demandera-t-il, afin que le Prithidenetue point Djayadrai ha dans la guerre? Que les armées défendent toutes /<■ roi » 2,'’97.

» Drona avec son fds est parvenu à la rive ultérieure de tous les astras : c’est un héros unique, comme le Dieu aux mille regards, qui rabattit l’orgueil desDattyas et des Dânavas. 2,708.

» Ce Prilhide ne pourra tuer sur le champ de bataille Djayadratha, défendu par Drona. Demain, moi, oui, demain, je ferai cette action pour Arjouna, le fils de Kountll 2,799.

» Aussitôt que le soleil sera levé sur le mont Asta, j’immolerai Djayadratha. .le n’ai pas d’alliés, ni de parents, ni d’amis, ni d’épouse, 2,800.

» Ni aucun autre quelconque, qui me sort plus cher qu’Arjouna, le fils de Kountl. Je ne suis point capable, Dârouka, de fixer, un seul instant même, un regard sur le monde privé d’Aijouna, et certes ! il n’en sera point ainsi 1 Victorieux d’eux tous, je les abattrai avec les éléphants et les chevaux, avec Karna et Douryodhana. Demain, que dans un grand combat, les trois mondes contemplent mon énergie, 2,801 — 2,802 — 2,803.

I) Quand je marcherai hardiment au milieu du carnage, Dârouka, en faveur d’Arjouna. Demain, des milliers de rois et des centaines de princes, Dârouka, fuiront devant moi sur le champ de bataille, avec les chars, les chevaux et les éléphants. Demain, tu verras cette armée des rois, immolée sous mon tchakra, 2,80â — 2,805.

1) Tomber sur le champ de bataille, renversée pour le Pândouide sous mon bras irrité! Demain, tous les mondes connaîtront, avec les Piçâtehas, les Ouragas, les Rak-

DRONA-PARVA.

shasas, avec les Ganclharvas et les Dieux, que je suis vraiment l’ami d’Arjouna-l’ Ambidextre. Quiconque le hait, me hait ! Quiconque n’est pas deirière lui, est devant moi! 2,806 — 2,S07.

d Que l'homme ait cette pensée dans son intelligence : « Arjouna est la moitié <le mon corps! » Demain, aussitôt que l’aube éclaircira cette nuit, prépare mon char sublime ! marche, doué des vertus du guerrier, conformément aux Traités sur (e< devoirs. Prends ma céleste massue kaàumodakt, ma lance de fer, mon tcluakra, mon arc et mes flèches. 2,808 — 2,809.

» Rassemble dans mon char tous les appareils de guerre, cocher, et dispose sur le banc du chariot une place pour mon drapeau, qui représente Garouda au milieu des combats, où ma valeur brille sur ma voiture de guerre. Places-y mon ombielle, une imitation en or de grains frits, semblables à la flamme du soleil

» Et divin ouvrage de Viçvamitra ! Attelle au char mes chevaux couverts de leurs parures : Balàhaka, Méghapoushpa, Çaivya et Sougrîva. 2,812.

» Montes-y toi-mème, Dârouka, revêtu de ta cuirasse et modérant mon attelage, formé des plus généreux coursiers. A peine entendu le son terrible du Pântchadjanya, bruit d’une conque remplie comme par le souille d’un taureau, accours avec rapidité vers moi. Dans un seul jour, Dàrouka, je mettrai lin à mon ressentiment et à toutes les peines de mes aïeux, de mon frère et de mon neveu. J’emploirai tous mes elTorls à faire que fiibhatsou puisse tuer dans un combat Djayadratha sous les yeux mêmes des Dhritaràshtrides. Sa victoire sera, je te l’as-

SIO

sure, cocher, infaillible sur tout homme, à la mort duquel Bîbhatsou déploiera ses efforts. »

« La victoire est certaine, — d’où pourrait venir la défaite? — de l’homme, pour qui, tigre des hommes, répondit Dârouka, tu daignes remplir toi-même les fonctions de cocher. 2,818.

» Je ferai cela de la manière que tu me le commandes pour la victoire de Vidjaya, quand la nuit sera bien éclaircie aux premières lueurs du matin. » 2,819.

Le fils de Kountl, Dhanandjaya à la bravoure inimaginable, se rappelant son imprécation et conservant sa promesse, tomba dans le trouble de l’esprit. 2,820.

Le Dieu à la grande splendeur, qui a Garonda pour son drapeau, vint trouver le héros, plongé dans ses pensées, de qui le plus grand des singes est l’enseigne et que le chagrin avait consumé dans un rêve. 2,821.

En toutes les circonstances, le vertueux Dhanandjaya, de quelque manière que ce soit, et, par piété, et par affection, ne manque jamais de se lever et d’aller au-devant de Krishna. 2,822.

S’étant donc avancé à la rencontre de Govinda, il lui donna un siège ; mais Bîbhatsou n’eut aucunement la pensée de s’asseoir. 2,8*23.

Or, Krishna à la grande splendeur, connaissant la détermination du Prithide, fit entendre ce langage au fils de Kountl, debout devant lui assis : 2,824.

« Ne plonge pas ton cœur dans la consternation, Prithide ; la mort est insurmontable ; la mort enchaîne toutes les créatures dans nne inéluctable nécessité. 2,825.

>1 Pourquoi te livres-tu à cette adliction ? Dis-le-moi, 6

DRONA-PARVA.

Ml

le plus vertueux des mortels. Ne te désole pas, 6 le plus excellent des hommes instruits : le chagrin est le tombeau des affaires. 2,826.

» Exécute par ton œuvre une chose, qui soit à faire ; carie désespoir, qui tombe sur une âme incapable d’efforts, Dhanandjaya, est un véritable ennemi. 2,827.

» Les plaintes réjouissent tes ennemis, elles aflligent tes amis : l’homme est fait pour mourir ; ne veuille donc p.as te désoler ! » 2,828.

A ces mots du Vasoudévide, le sage Bibhatsou, à qui la défaite n’était pas connue, lui adressa alors ce discours plein de sens ; 2,829.

« J’ai fait une terrible promesse touchant la mort de Djayadratha : « Demain, ai-je dit, Kéçava, je tuerai ce cruel meurtrier de mon fils. » 2,830.

» Certes ! les Dhritaràshtrides essaieront de mettre obstacle à ma promesse : ensuite, le Sindhien sera bien gardé par tous ces grands héros. 2,831.

» Ces onze armées, Krishna, sont très-difficiles à vaincre : et il n’y a de notre côté, hélas I Mâdhava, que les survivants de leurs compagnons tués dans les combats.

» Environné de tous ces grands héros dans la bataille, comment nous sera-t-il possible, Kéçava, de regarder ce barbare Sindhien 7 2,832 — 2,833.

» Il n’y aura donc point d’accomplissement de ma promesse : et comment un homme de ma sorte peut-il vivre, quand sa promesse n'est pas suivie de l’effet? 2,834.

» Je n’ai pas le désir, héros, de voir une porte s’ouvrir (1) à ma douleur. Le soleil s’avance rapidement

(1) Sent smprunU en partie au commentaire.

dans sa carrière : voilà ce que j'avais à dire. » 2,8S&.

Lorsqu’il eut entendu l’état des chagrins du Prithide, Krishna, qui a pour enseigne le roi des oiseaux, ayant touché l'eau, se tint, la face tournée vera l'orient. 2,836.

Le resplendissant Pousharékshana, résolu à la mort du Sindhien, tint ce langage pour le bien du fils de Pândou ;

« L’éternel Pàçoupata est, certes ! le plus grand des astras, fils de Prithâ ; c’est avec lui que le DieuMahéçvara immola, dans un combat tous les Daltyas et les Dànavas.

» Si tu sais bien cela aujourd’hui, demain tu feras mordre la poussière à Djayadratha 1 Vas donc en esprit vers ce Dieu, que tu connais et qui a pour enseigne un taureau. 2,839.

» T unissant de pensée à ce Dieu, honore-le en silence ; ensuite, ta piété obtiendra, par sa grâce (1), la Cause intellectuelle du monde. » 2,8û0.

Dès qu’il eut entendu ces paroles de Krishna, Dhanandjaya de toucher l’eau, et, l’esprit appliqué sur un seul objet, assis (2) sur la terre, il se plongea de pensée en Bhava. 2,841.

Puis, dans un instant de recueillement saint, marqué de signes heureux, Aijouna se vit lui-même transporté dans les deux avec Kéçava. 2,842.

Parcourant sa route avec la rapidité du vent, le Pri- Ihide, accompagné du Dieu chevelu, parvint au pied saint de l’Himâlaya, montagne remplie de pierreries, an net émaillé d’astres, hantée par les Siddhas et les Tchàranas.

(1) PrûiâdhâUwamf texte de Bombity.

(2) Aitnas au nominatif, même texte.

DRONA-PARVA.

Kéçava le tenait embrassé dans son auguste bras droit.

*Le héros à l’âmo vertueuse, contemplant une foule d'êtres à l’aspect admirable, vit le mont Swéta dans la plage septentrionale. 2,843 — 2,844 — 2,845.

Il observa le Gange aux profondes eaux, le souverain des fleuves, ces lieux ornés de lotus, où les nymphéas abondaient, la promenade accoutumée de Kouvéra.

Plantée d’arbres, qui portaient des fruits et des fleurs en toutes les saisons, couverte de crystal, semée de pierreries, remplie de tigres et de lions, peuplée de quadrupèdes en toutes les espèces, 2,84ft — 2,847.

Région délicieuse, hérissée de saints hermitages et fré^ quentée d’oiseaux ravissants. Il admira les contrées du Mandara, qui répétaient les chœurs desKinnaras, 2,848.

Illuminées par diverses plantes annuelles, par des cimes faites d’argent et d’or, embellies par des arbres mandâras, chargés de fleurs. 2,849.

Il arriva au mont Kâla, haut comme Brahma, aux formes d’une masse de brillants collyres ; à des rivières et à d’autres contrées. 2,850.

Il vit les Cent-sommets très-élevés, les bois sombres de la Nuit, la place sainte dite la,Têle-du-C.heval, et le lieu de l’Atharvan, 2,851.

Et le mont sublime Vrisha-dança, et le grand Mandara plein d’Apsaras, embelli par les Kinnaras eux-mêmes.

Tandis que lo fils de Prithâ voyageait dans celte montagne avec Krishna, il vit la terre, ses membres échauffés par les rayons de la lune, ornée de guirlandes comme un ville, servie par de brillantes cataractes, parée de métaux et d’or. Il contemplait des mers aux formes admirables.

Traversant les airs, le ciel, la terre et la mer de lait, le Pritliide, accompagné de Krishna, vol«dt étonné, rapide comme un trait décoché. 2,855,

Il vit alors une montagne flamboyante, revêtue d’une lumière égale à celle réunie des planètes, des constellations,de la lune, du soleil et du feu. 2,856.

Il s’approche de cette alpe et voit, au sommet de la montagne, la pénitence éternelle en personne, le magnanime Dieu lui-même, qui porte sur son enseigne un taureau.

Il éclairait de sa propre lumière, comme un millier de soleils ; de couleur jaune, il tenait un trident ; il avàit les cheveux noués en gerbes ; il était habillé d’un valkala et d’une peau d’antilope. 2,857 — 2,858.

Dieu au corps de dilTérentes couleurs, aux mille yeux, à la grande vigueur, il était accompagné de Pârvatt , par des soleils et par les troupes des Bhoûtas. 2,859.

Autour de lui retentissaient les danses, les rires, les sauts ou les bonds, les concerts des instruments de musique, les symphonies des chants, les acclamations et les applaudissements : des parfums exquis lui prêtaient leur parure. 2,860.

Des rishis et de saints brahmes l’exaltaient avec des hymnes célestes ; éternel, il portait un arc, protecteur de tous les êtres. 2,861.

A son aspect, le vertueux Vasoudévide et le lils de Prithâ se prosternent, la tète contre la terre, élevant par des louanges l’éternel Brahman, 2,862.

Le monde premiej;, le créateur de tout, l’être sans naissance, Içâna, l’impérissable, la matrice originelle de l’ême, l’air, le vent, le trésor des lumières, 2,863.

Le créateur des gouttes de l’eau, la nature primitive de

DRONA-PARVA.

la terre, la cause des hommes, des Yaksbas, des Dânavas et des Dieux, 2,86A.

Le plus grand des Yogas, celui, qui se manifeste par sa splendeur (1), le trésor de ceux, de qui les Védas sont la parole, celui, qui donne l'être à toutes les choses immobiles ou mobiles, et qui les retire en lui-même, 2,865.

Ce magnanime enfin, de qui la colère ressemble à celle de la mort et qui fait naître les qualités du soleil et de Çakra. Krishna de s'incliner devant lui par ses œuvres, son cœur, son intelligence et ses paroles. 2,866.

Arjoiina et son compagnon implorèrent le secours de Bhava, l’âme de toutes les cictions, celui, devant qui se prosternent les sages, s’ils désirent parvenir aux pieds de l’Adhyâtma, le plus subtil des êtres. 2,867.

Sachant que ce Dieu était l’origine de toutes les créatures, passées, présentes et futures, Phàlgouna de s'incliner maintes et maintes fois en sa présence. 2,868.

Dès qu’il vit venir à lui ces deux héros, qu’il savait être Nara et Nârâyana, Safva (2) leur dit, en souriant et l’âme tout à fait propice : 2,869.

« Que la bien-venue soit à vous, 6 les plus grands des hommes ! Relevez-vous, délivrés de .la fatigue ! Que désirez-vous dans votre cœur? Hâtez-vous, héros, de le dire! 2,870.

» Quel motif vous a fait venir tous les deux ? Que dois-je faire? Arrêtez un choix de vous-même! Je vous donnerai tout ce qu’il y a de mieux, » 2,871.

A ces mots, Arjouna et le Vasoudévide se levèrent, les

(1) Dâm'uirishtam, texte de Bombay.

(2) C’est juBte le nom de Pan dans la plus Yaste acception du mol.

mains jointes au front ; et ces héros estimés à la profonde sagesse exaltèrent avec piété le magnanime Sarvadansun hymne céleste. 2,872 — 2,873.

Ils disent : « Adoration soit à Bhava, à Sarva, à Roudra, au donateur des grâces 1 2,87â.

» Au souverain des bestiaux, à Kaparddi toujours terrible, au formidable Mahâdéva, au Dieu, qui a trois yeux !

» A Içâna, au destructeur du sacrifice 'de Dakshal Adoration soit à l’immolateur (1) d'Anclhaka, au vieillard, toujours jeune ! à toi, Védhas au cou bleu !

» Au Dieu à l’arc Pinâka, l’oblation, la vérité, toujours présent en tous lieux, qui n’est pas rouge, mais de couleur pourpre I à toi, libre de soucis, qui ii’a jamais connu la défaite! 2,877.

» A toi, armé du trident, aux boucles de cheveux toujours noires, au regard céleste ! A toi, qui es l’hostie, qui es le vase de C autel, qui a trois yeux 1 A toi, le chasseur, et de qui les richesses sont la liqueur prolifique I 2,878.

» L’inconcevable, l’époux d’Ambikâ, célébré par tous les Dieux ! A toi, qui as pour enseigne le taureau, qui es chauve, qui as tes cheveux relevés en gerbe, qni pratiques la continence ! 2,879.

» A toi le brahrae, l’invaincu, qui a trouvé la chaleur dans les eaux, l’âine de tout, le créateur de tout et qui te tiens couvrant toutes les choses ! 2,880.

» Adoration I adoration â toi, origine de tous les êtres et qu’il faut adorer toujours ! A toi, Bramatchakra, Sarva, Sankara et Çiva I 2,881.

(1) Andhakaghitinai, texte de Bomijey.

DRONA-PARVA.

« Adoration soit rendue à toi, le seigneur de^ paroles ! A toi, le seigneur des créatures ! A toi, le seigneur de tout ! A toi, le seigneur des empires ! 2,882.

» Adoration à toi, homme aux mille bras, aux mille têtes, aux mille yeux, aux mille pieds ! A toi, de qui l’on ne peut énumérer les œuvres 1 2,883.

» Adoration à toi, qui as la couleur de l’or et de qui la cuirasse est d’or 1 Daigne accomplir la grâce, que nous te demandons, seigneur, qui sais toujours compâtir aux peines de tes fidèles. ! » 2,884.

Après cette litanie en l’honneur du Grand'Dieu, Arjounaet le Vasoudévide supplièrent Bhava de leur accorder l’arme de son astra. 2,883.

Ensuite le Prithide, l’âme paisible et ses mains jointes, vit de ses yeux tout grands ouverts le Dieu à l’enseigne du taureau, ce trésor de toutes les lumières. 2,886.

11 vit le Vasoudévide porter ses bonnes actions (1) journalières et continuelles près du trône du Dieu aux trois yeux et les raconter â cet Être abiolu. 2,887.

Alors, ayant honoré dans son âme Krishna et Sarva, le Pândouide : « Je désire un astra divin I » dit-il àSankara.

Dès qu’il eut ouï la voix du Prithide solliciter une grâce, le Dieu, en souriant, dit au Vasoudévide et Arjouna :

« Soyez les bien- venus, ô les plus grands des hommes ! je connais le souhait de vos cœurs : je vous accorderai la grâce, dont le désir vous a fait arriver jusqu’à moi.

» 11 y a près d’ici, meurtriers des ennemis, un lac divin, formé d’ambroisie : c’est là que j’ai déposé jadis

(<) Soukrilan, texte de Bomba;.

mon arc et ma flèche, avec laquelle j’ai fait mordre la poussière dans le combat |à tous les ennemis des Dieux. Relirez de-Ià, raitlants Krishnâs, mon arc sublime et ma flèche. » 2,890—2,891—2,892.

« Oui ! n répondirent les deux héros, qui partirent aussitôt avec tous les assistants pour ce lac divin, qui était doué de merveilles célestes. 2,893.

Les deux risbis, Nara et Nârâyana, arrivèrent sans trouble à ce bassin limpide, que leur avait indiqué Vrishânka, où tous les désirs se trouvaient accomplis.

Parvenus au bord de ce lac, semblable au disque du soleil, Arjouna et l'impérissable virent .un serpent épouvantable au milieu des eaux. 2,89â — 2,895.

Ils virent un autre reptile, son compagnon, le plus grand des deux, à mille tètes, qui avait l'éclat du feu et qui vomi.ssait une flamme épaisse. 2,896.

Ensuite Krishna et le Prithide, ayant touché l'eau et joignant les mains, s’approchèrent de ces deux serpents, en adorant le Dieu, qui a pour enseigne un taureau.

Ces héros, versés dans les Védas, se transportant de toute leur pensée vers l’incommensurable Bhava, exaltèrent alors cette adorable centaine de Roudras.

Ces deux serpents, grâce à la puissante efficacité de Roudra, quittèrent leur apparence de reptiles, prirent l’un et l’autre une forme homicide des ennemis et devinrent un arc et une flèche. 2,899.

Ces deux magnanimes s’emparèrent de l’arc et du trait éblouissant, et donnèrent au grand Dieu les objets retirés des eaux. 2,900.

Ce couple de Pandits, instruits dans les Védas, se re-

tira des cAtés (1) du Dieu l'enseigne du taureau. Quand ce vigoureux aux yeux bruns (2) , Çiva (3) , le corps de la pénitence, eut reçu le meilleur des arcs, il resta enseveli dans ses pensées : il banda son arc sublime suivant les règles, et il encocha sa flèche. 2,901 — 2,902.

11 regarda, et la corde, et la poignée, et la coche. Le Pândouide au courage inconcevable reçut la formule de l’iutra, que lui dit Bhava. 2,908.

L’auguste héros aux forces supérieures décocha le trait dans le lac ; puis, il envoya le grand arc suivre son dard au milieu de ces ondes. 2,904.

Sachant alors que Bhava était .satisfait, Arjouna, se rappelant que Sankara était apparu à ses yeux sous le déguisement d'un chasseur des forêts et lui avait accordé une grâce, 2,905.

Agita cette pensée en lui-même : a II faut que ce don me soit confirmé ! » Et Bhava satisfait, ayant connu son sentiment, lui accorda une seconde fois cet épouvantable Pâçoupata pour l’accomplissement de sa promesse. Quand il eut obtenu de nouveau ce trait céleste d'içvara,

L’inalTrontable, son poil hérissé de plaisir, pensa que son affaire était déjà faite. Les deux héros, pleins de joie, saluèrent le Seigneur des seigneurs, en prosternant leur tête devant lui. 2,908.

Congédiés en ce moment par celui, qui est l’origine de toute chose, les vaillants guerriers, Arjouna et Kéçava, revinrent à leur camp, remplis d'une joie infinie, comme

({•2) Pàrçvât,,,» pingâkshas..: (eite de Bombay.

(3) Stialohitas,

Indra et Vishnou, désirant la mort de Djambha, après qu’ils eurent obtenu l’assentiment de Bhava, le meurtrier des grands Asoiiras. 2,909—2,910.

Tandis que Krishna et Dârouka tenaient ensemble cette convei-sation (1), la nuit s’écoula, sire, et le roi se réveilla. 2,911.

On', récite les Védas; les ménestrels font parler des cymbales avec les mains; on offre des bassins de caillebote, de beurre clarifié et de miel; les vattàlikas et les bardes célèbrent chacun son prince. 2,912.

Les histrions dansaient, les chantres entonnaient des hymnes et, de leur gosier métallique, chantaient doucement des sujets, qui se rapportaient aux louanges de la race des Kourouides. 2,913.

Les tymbales, les djhardjharas, les tympanons, les tambourins, les grosses caisses, les boucbes-de-taureau, le bruit des instruments de musique, les conques, las tambours aux grands sons; des hommes habiles, remplis de joie, instruits par des artistes, font parler ainsi toutes ces voix, Bharatide, et d’autres encore. 2,914 — 2,916.

Le vaste son de ces instruments, semblable au fracas des nuages, s’en allait toucher le ciel ; Youdhishthira, le plus illustre des princes, en fut réveillé dans son som meil. 2,916.

Endormi doucement sur sa couche sublime et de haut prix, il se réveilla ; et, s’étant levé pour , vaquer aux affaires essentielles, le roi passa dans la salle des bains.

Cent huit jeunes gens initiés, baignés, revêtus de robes

(1) L’iotrusioD est ici évidente: nous sommes, non après une conversation entre ces deux personnages, mais après le don merveilleux des armes célestes.

. DRONA-PARVA.

blanches, s'approchèrent, tenant des vases d‘or, pleins des choses nécessaires. 2,918.

Il s’assit sur un siège illustre, endossa une robe au tissu léger, et se baigna en des eaux saiicti Fiées, où le sandal se mêlait. 2,910.

Frotté par des hommes vigoureux et bien instruits, avec des onguents parfumés, plongé dans une eau, mariée à des semeurs de la plus exquise odeur, 2,920.

11 prit un turban, semblable à un flamingo et pincé d'une façon relâchée (1) ; il s’environna la tête de cette coiffure, afin de sécher l'eau. 2,921.

Les membres oints de sandal vert, ce héros aux longs bras, paré de fraîches guirlandes et revêtu d’un habit non interrompu, se tint, les deux mains jointes au front et la face tournée à l’orient. 2,922.

Le fils de Kounti, observant la route des gens de bien, murmura la prière à voix basse; puis, il entra pieusement dans la chapelle endamméedu feu. 2,923.

Quand il eut honoré Agni avec des bois très-piirifiés, de saintes formules de prières et des cérémonies dévotes, il franchit le seuil de l’oratoire. 2,92â.

I.e prince sorti à la seconde porte, ce tigre des hommes vit là, incliné devant eux, des brahmes éminents, toux vieillards versés dans les Yédas, 2,925.

Mille suivants, adorateurs du soleil, domptés, baignés à la suite du vœu et des Védas, baignés après les sacrifices de favabhritha, et huit milliers d’autres. 2,926.

Le guerrier aux longs bras fit prononcer les prières aux brahmes, en leur offrant du beurre clarifié, du miel, les

(1) Çilhila, telle de Bombiiy.

plus excellents des Iruits et des fleurs intactes, sanctifiées par les bénédictions les plus prospères. 2,927,

Le fils de Pândou donna à chaque brahmc individuellement un nishka d’or, cent chevaux avec leurs pamres, et les présents, que chacun désirait. 2,928.

Après qu’il leur eut donné des vaches brunes, laitières, aux cornes dorées, aux ongles d’argent (1), chacune avec son veau, il décrivit autour d'elles un pradakshina. 2,929.

11 leur donna des svastikas prospères, des bandelettes d’or, des bouqueis de fleurs, des vases d’eau sainte ci des feux sacrés allumés, des vases entiers, remplis de leurs objets, de belles vierges bien pai'ées, agi'éables, resplendissantes, de l’eau, du miel, du beurre clarifié et du lait coagulé, des oiseaux de bon augure et toute autre chose (2) , qui était mise en honneur. Quand il les eut vues et touchées, le fils de kounü passa à la porte extérieure.

Là, se tenaient les serviteurs du guerrier aux longs bras; ce n’étaient que choses fortunées, d’or massif, ornées de pierreries et de perles. 2,938.

Ils oiïrirent des sièges céle.stes, ouvrage de Viçvakarman, riches des plus superbes housses et couverts des tapis les plus précieux. 2,93A.

Les serviteurs de ce magnanime assis distribuèrent toute sorte de parures éblouissantesel du plus haut prix. 2,935.

La beauté du fils magnifique de Kounti, rehaussée par ses vêtements, ses parures et ses perles, ajoutait à la douleur des ennemis. 2,936.

(1) ftaiupyakhoura, teste de Bombay

(2) Yalcfilchilnyat, mime édition.

' DRONA-PARVA.

Agités sans cesse autour de lui, ses blancs chassesmouches aux manches d’or, pareils à l’uimable lune, le faisaient briller comme un nuage, environné des éclairs.

Le rejeton de Kourou était loué par les ménestrels (1), exalté parles encomiastes et chanté par les Gandharvas.

Un instant après, on n'entendit plus qu’un bruit de voitures légères (2), un fracas de roues de chars, un son de sabots des coursiers. 2,939.

La terre elle-même était comme tremblante sous le tumulte du pied des hommes, les fanfares des conques et le cliquetis des clochettes d’éléphants. 2,940.

Ensuite, le portier jeune, paré de boucles-d’oreille, la cuirasse endossée, le cimeterre attaché à son cou, entra dans les appartements intérieurs, et, marchant à deux genoux sur la face de la terre, il adora, sa tète prosternée, ce monarque à jamais adorable, annonçant au magnanime fils d’Yama l’arrivée de Hrishlkéça. « Sois- le bien-venu! » dit à Mâdhava ce tigre des hommes.

(I Qu’on lui offre un arghya et qu’on lui donne un siège du plus grand honneur !» A ces mots, ayant fait entrer le Vrishnide et lui ayant présenté un siège éminent, Youdhishthira-Dharmarâdja de l’honorer suivant l’étiquette.

Et, saluant Djanârddana, le roi fils de Kountl, au comble de la joie, dit au fils de Dévaki : 2,946.

« Cette nuit s’est-elle écoulée paisiblement pour toi.

(1) Soùtats, texte de Bombay.

(2) Synndindm, m(me édition.

meurtrier de Madhou ! Toutes les sciences n’ont-elles aucun nuage pour toi, A tchyouta? i> 2,947.

Le Vasoudévide lui-même répondit à. ces questions d’ Youdhishthira avec des interrogations semblable,s. Puis, le concierge d’annoncer à celui-ci l’airivéedes princes, ses vassaux. 2,948.

Congédié par le roi, il introduisit ce twb/e peuple: Virâta, Bbimaséna, Dhrishtadyouinna etSâtyaki ; Dhrishtakétou, leroi de Tcbédi, et le vaillant Droupada, Çikhandt, les deux jumeaux, Tchékitana et le Kaîkaynin, le Kourouide Youyoutsou etlePântchâlain Outtam.nâudjas, Youdhàuianyou, Soubàbou et tous les Draàupadéyains.

Ceux-ci et d’autres kshatryas en grand nombre s’approchèrent du magnanime, le plus grand des kshatryas, et prirent place sur des sièges resplendissants. 2,952.

Deux héros magnanimes à la grande splendeur, aux vastes forces, KrishnaetYouyoudliâna, s’assirent dans ces sièges. 2,953.

Youdhishthira, aux oreilles de tous, dit à Poundarîkâksha, le meurtrier de Madhou, ces mots, qu’il articu'a d’une voix douce : 2,954.

<1 Appuyés sur toi seul, comme les Immortels sur le Dieu aux mille regards, nous désirons la victoire dans le combat et des félicités durables. 2,955.

» Sache, Krishna, la perte du royaume, noselforts, que les ennemis paralysent, et toutes nos différentes .infortunes. 2,956.

» Les plaisirs de nous tous dépendent de toi, maître de l’univers, ami des hommes pieux 1 De toi, meurtrier de Madhou, déj)endent nos ressources par-delà toute mesure !

DRONA-PARVA.

'» Agis de telle sorte, Vrishnide, que mon cœur soit avec toi et quels promesse d'Arjounasoit une vérité en ce qu’il désire faire. 2,957 — 2,958.

n Que ton excellence nous fasse traverser cette grande mer de fureur et d’angoisses, et quelle nous fasse arriver 5 son rivage ultérieur ! Sois maintenant, Mâdhava, une barque pour nous, qui désirons franchir ces eaux d infortune. 2,959.

» Le maître de char, qui se hâte à la mort de l'ennemi dans la bataille, Krishna, n’y arrive point aussi vite que le cocher, qui déploie ses efforts dans le même dessein.

» Daigne nous sauver des afflictions, guerrier aux longs bras, comme tu défends dans toutes les infortunes, Djanàrddana, la postérité de Vrishiii. 2,960—2,961.

« Deviens une barque pour nous, ô toi, qui portes la conque, le disque de guerre et la massue ; retire les Pàndouides submergés dans cette profonde mer des Kourouides, où nous manquons d’une planche de salut I 2,962.

» Adoration à toi, souverain des Dieux, des Immortels, éternel, sans vieillesse, Vishnou, DJishnou, flara, Krishna, Yalkountha, le plus grand des hommes. 2,963.

» Nârada nous a raconté que tu étais dans les temps antiques, et le plus saint des saints, et le donateur des grâces, le Dieu à l’arc Çârnga, la vertu par excellence. Fais donc, Mâdhava, que cette promesse soit une vérité. » a 11 n’existe pas on archer semblable au Prithide Dhanandjaya, lui répondit Krishna; il n’est pas un être de telle sorte dans les mondes, compris ceux des Immortels eux-mêmes. 2,964 — 2,965—2,966.

» Plein de vigueur et de courage, doué des astras, muni d’une grande force, enivré des batailles, toujours

LE M\HA-BHARATA.

bouillant de colère , resplendissant , le premier des hommes, 2,967.

» Jeune, le favori de la fortune, aux épaules de taureau , aux longs bras, aux vastes forces, à la démarche d’un roi des lions, il immolera tes ennemis. 2,968.

» Et moi, j'agirai de telle sorte que, s’élevant comme un feu, Arjouna, le fils de Kounti, consume les armées du Dhritarâshtride. 2,969,

» Arjouna, eu ce jour, va plonger (1) de ses flèches dans une route, où il ne reparaîtra plus aux regards, cet homme vil, artisan d’iniquités, meurtrier du fils de Soubhadrâ. 2,970.

» Les vautours, les faucons, les chacals irrités et les autres, qui mangent les restes de l’homme, dévoreront aujourd’hui ses chairs. 2,971,

» Tué dans le combat, il s’en ira dans la grande ville d’Yama, lui et tous les Dieux, avec Indra, qui oseront, Youdhishthira, prendre sa défense ! 2,972.

» Victorieux du Sindhien, Djishnou reviendra vers toi, sire; sois donc sans inquiétude, libre de chagrin, et jouis avant tout de ta félicité. » 2,973.

Tandis qu’ils s’entretenaient ainsi, Dhanandjaya se montra à leurs yeux, amené par le désir de voir le monarque, le plus grand des Bharatides, et la foule de ses amis. 2,974.

Le plus grand des Pândouides, s’étant levé, embrassa avec affection Arjouna, debout, entré dans cette brillante enceinte et qui s’était incliné devant lui. 2,976.

Lorsqu’il l’eut serré dans ses bras, qu’il eut déposé un

(l) Kshépsyatuif édition de Bombay.

DRONA-PARVA.

baiser sur sa tète, il dit, en souriant, ces mots, après qu’il eut prononcé les plus grandes bénédictions : 2,976.

a Évidemment, Arjouna, une grande victoire t’est réservée, pour sûr, dans la bataille, à en juger par ta splendeur, qui est d’une telle beauté, et par ce langage propice de Djanârddana. » 2,977.

Alors Djishnou lui fît cette grande réponse admirable et sublime! a Je t’ai vu : puisse la faveur de Kéçava faire descendre la félicité sur toi! » 2,978.

Ensuite, pour relever le courage de ses amis, Dhanandjaya de raconter la rencontre, qu’il avait faite de Tryauibaka dans la forêt, tel qu’il s’était montré à ses yeux.

Tous, saisis d’admiration, ayant touché du front la terre, adorèrent Vrishânka et s’écrièrent : « Bien ! c’est bien! » 2,979 - 2,980.

Congédiés par le fils d’ Yama, tous ses amis joyeux sortirent, pleins de colère, à la hâte pour le combat. 2,981.'

Aijouua, Atchyouta et Youyoudhàna s’inclinent devant le monarque et sortent, remplis d’allégresse, du camp d’Youdhishthira. 2,982.

Les deux inailrontables héros, Youyoudhàna et Djanârddana, de s’en aller, réunis sur un même char, au quartier d’ Arjouna. 2,983.

Arrivés là, Hrishlkéça de préparer, comme un cocher, le char, qui avait pour enseigne le plus grand des singes, ce char du plus excellent des héros sur le champ debataille.

Cet éminent véhicule, construit eu forme de l’auteur du jour à l’heure où il est enfant, brillait d’un vif éclat d’or passé au feu et résonnait d’un bruit égal au fracas du nuage. 2,98A — 2,985.

Le tigre des hommes, qui marchmtà la tête des hommes

armés, annonça au fils de Prilhâ, qui avait accompli les cérémonies de chaque jour, que son char était prêt.

Puis, le plus éminent des héros (1) dans le monde, Rirlti vêtu d’une cuirasse d’or, tenant son arc et sa flèche, décrivit un pradakshina autour de son véhicule ;

Et, semblable au soleil flamboyant, qui s’élève sur le mont Oudaya, il monta sur son grand char, comblé de bénédictions par des hrahmes aux sens vaincus, vieux, chargés d’années, de savoir et de pénitence, après que des formules de prières belliqueuses et triomphantes eurent charmé ce char sublime. 2,988—2,989.

Environné d’or (2), le plus excellent des maîtres de chars resplendissait sur son char d’or comme l’auteur du jour lumineux et pur au-dessus du Mérou (S). 2,990.

Youyoudhâna et Djanârddana y montèrent derrière le Prithide, tel que les deux Açvins derrière le.Dieu Indra (4), qui s’avance vers le sacrifice de la nuit. 2,991.

Govinda, le plus excellent des hommes, qui manient les rênes, prit en main les guides du char, de même que Mâtali conduisit Indra (5), marchant à la mort de Vritra.

Accompagné de c' s deux héros et monté sur le char éminent, le Prithide semblait aux yeux Lunus, escorté de* planètes de Boudha et de Çoukra, qui vient dissiper l’obscurité. 2,992—2,993.

Désireux d’arriver à la mort du Sindhien, l’iramolateur des héros ennemis s’avançait de l’air, avec lequel marchait.

(1) Varat poumAn^ édition de Bombay.

(3-3) Kàntchanni.,, MeraAu, texte de Bombay.

(4) Çaryatés.,, yaihen*ham^ mèroe édition.

(5) Kd«aiyi,fya, même texte.

DRONA-PARVA.

dans les plaines de Tàrakàmaya, Indra, accompagné du soleil et du souverain des eaux. 2,09A.

Ensuite les bardes célébrèrent l’héroïque Arjouna, qui s’élançait au combat avec des louanges brillantes, de bon augure, et le son des instruments de musique. 2,995.

Ce jour très- saint, mêlé à des bénédictions de victoire, ces chants des ménestrels et des poètes, auxquels se mariaient les accords des instruments de musique, les remplissaient de joie. 2,996.

'Un vent faible et doux, promenant des senteurs pures, soufflait derrière lui, réjouissant le fils de Prithâ et desséchant de terreur ses ennemis. 2,997.

Dans le même instant, se manifestèrent, sire, des présages nombreux, divers, resplendissants et victorieux.

Dès qu’Arjouna vit ces prodiges si opposés des Pàndouides et des tiens, vénérable monarque, il décrivit un pradakshina pour la victoire ; 2,998 — 2,999.

Et dit ces mots à Youyoudhâna au grand arc : « Maintenant, Youyoudhàna, je vois que la victoire m'est assurée dans la bataille. 3,000.

» A voir de quelle manière ces augures manifestent leui-s signes, il est certain, béros de Çini, que je parviendrai aux lieux, où se tient le monarque du Sindhou.

» 11 attend que ma vigueur l’envoie au monde d’Yaina, où il désire aller. Comme la mort du Sindhien est ma principale affaire, de même c’en est une bien grande pour toi que la protection du roi Dharmarâdja. Sauve -le donc aujourd’hui, guerrier aux longs bras. 3,001-3,002-3,003.

» Qu’il soit défendu par toi comme il est défendu par moi I Je ne vois personne dans le monde, qui puis e remporter une victoire sur toi dans le combat. 3,004.

sso

LE MAHA-BHARm.

U Le souverain des Iinniorteis lui-même ne te vaincrait pas dans une bataille 1 J'ai mis en toi la même confiance, que je lais reposer en Pradyoumna au grand char. 3,005.

B Que je puisse immoler le héros du Sindhou ! 11 ne te faut pas mettre d'indüTéreuce ici, mais étendre sur moi, éminent Sàtlwatide, un peu de ta bienveillante attention.

B Tu dois faire autour du Vasoudévide une garde attentive de toute ton âme ; car, où se tient avec moi-même le Vasoudévide aux longs bras, rien ne peut, assurément, dépérir I » L’immolateur des héros ennemis, Sâtyaki, répondit : « Oui ! B à ces mots du fils de Prithâ, et se rendit là où était le monarque Youdhishthira.

MORT DE DJAYADRATHA.

a Quand le lendemain fut arrivé, s’enquit Dhritatâshtra, que firent ces hommes, tourmentés par la douleur et le chagrin ? Ou qui des miens combattirent, après qu Abhimanyou fut tué 7 3,010.

» Comment mes Kourouides, lorsqu’ils eurent commis cette cruelle action, purent-ils être, dis-moi, à l’abri de la crainte, eux, à qui les exploits du Prithide étaient bien connus? 3,011.

» Comment virent-ils s’approcher dans le combat ce tigre des hommes, consumé par la douleur et le chagrin, irrité comme la mort, qui met fin à toutes choses? 3,012.

» Que firent les miens à la vue de ce guerrier, affligé de la mort de son fils, qui avait pour enseigne le roi des singes et qui agitait son grand arc dans le combat?

a Quelles mesures a-t-on prises dans la bataille à l’égard de Douryodhana? J’ai entendu ici, Sandjaya, de grandes lamentations; je n’ai pa.s entendu un seul .accent d’allégresse. 3,013 — 3,014.

âge

» On n’entend venir maintenant de la demeure du Sindhien aucun de ces mots, qui doivent être acceptés par le cœur, aucune de ces paroles, qui donnent du plaisir à les entendre. 3,015.

» Dans le camp de mes fils, où mon oreille était frappée du bruit continuel des troupes de ménestrels et des bardes, qui répétaient leurs éloges, et du piétinement incessant des danseurs, on n' entend que les voix de gens éplorés. Je n’entends plus aujourd’hui envoyer ces cris de joie dans les airs. 3,016 — 3,017.

» Jadis, Sandjaya, j’entendais de mon trône le camp de Somadatla, le fils de Satyadhriti, jeter, mon enfant, les plus hautes clameurs, 3,018.

» Maintenant, dépouillé de ma vertu, je ne les entends pas. Je vois le camp de mes fils, privés d’énergie, ne disant aux échos que des cris de détresse. 3,019.

I) Je n’entends plus résonner avec les accents, quelles avaient autrefois, les voix de Vivinçati, de Dourmoukha, de Tchitraséna, de Vikarnaet des autres, mes fils. 3,020.

» Ces paroles de brahmes, de ksbatryas, de vaiçyas, ses disciples, qui, assis au-dessous du fils de Drona au grand arc, le suprême asile de mes fils, éclataient, jour et nuit, dans la joie des sacrifices divers, des chants, des concerts de voix et d’instruments de musique, au milieu des conférences, des entretiens et des controverses,

» Quand il était servi par de nombreux Kourouides, fils de Pândou et Sàttvvatides, on n’entend plus maintenant, cocher, tout ce bruit, comme autrefois, dans la demeure de ce pieux rejeton de Drona. 3,023.

» On n’entend plus aujourd’hui les voix de ces chan-

DRONA-PARVA. '

très et de ces danseurs, qui se tenaient continuellement auprès du (ils de Drona au grand arc. 3,023.

1) Ces hantes clameurs, qui remplissaient autrefois le camp de Vinda et d’Anouvinda, maintenant on ne les entend plus dans les habitations des KaSkayains. 3,025.

» On n’entend plus aujourd’hui ces troupes d'histrions et ce grand bruit d’hommes, ivres d'une joie continuelle, mon fils, qu’ils témoignaient par des chants et le son de leurs mains, qui battaient la cadence. 3,026.

» L'harmonie des sacrificateurs, qui, assis au-dessous du Soniadattide, le trésor de toute science, pinçaient les sept cordes de la lyre, ne se fait plus entendre maintenant. 3,027.

» Le bruit de la corde des arcs et celui des chars, des épées, des leviers de fer ont remplacé, dans la maison de Drona, le murmure de la récitation des Védas, que je n’y entends plus aujourd’hui (?). 3,028.

» Ce concert de chants, entonnés par des bouches d’hommes, nés en différentes contrées; et ce grand bruit des échos, qui redisaient les sons des instruments de musique, ne se fait plus entendre maintenant. 3,029.

» Après que le désir de la paix et sa compassion pour tons les êtres eurent amené ici d’Onpaplavya l’impérissable Djanârddana, 3,030.

» Je dis alors, cocher, à l’insensible Douryodhana : « Calme- toi, mon fils, à l’égard des Pândouides, par ce message du saint Vasoudévide. 3,031.

» Je pense que tu es tombé entre les mains de la mort ; ne va pas outre, Douryodhana. Si tu repousses Kéçava, quand il sollicite la paix, quand il parle pour ton bien, la victoire n’est pas pour toi dans la bataille. » Mais il a

3Sà LK MAHA-BHARATA.

rejeté le Dâçàrhain, ce plus émineot de tous les archers.

» Le défaut de conduite l’empècha de suivre mes conseils, lorsque je lui parlais de soumission et d’obéissance; et l’insensé, me délaissant aussitôt, se rangea au sentiment de ces deux hommes , Douççâsana et Karna. Certes! je n’ai pas désiré le jeu, et Vidoura n’en a pas fait l’éloge. 3,034— 3,035.

» Le roi du Sindbou n’a point désiré le jeu; Bhishma ne l’a pas désiré, ni Çalya, ni Bhoùriçravas, ni Pouroumitra, non plus que Djaya lui-même. 3,036.

» Le jeu ne fut pas désiré, Sandjaya, par Açvattliâman, Kripa et Drona. Si mon fils avait suivi l’avis de ces personnes, il coulerait une longue vie dans une tranquillité profonde, avec ses parents et ses amis I Doués de paroles obligeantes, tenant au milieu de leurs familles des conversations douces et aimables, 3,037—3,038.

Il Les Pândouides instruits, estimés, de noble race, auront comme héritage le bonheur. En tous lieux , l’homme, qui tient compte de la vertu, a toujours la félicité pour son partage. 3,080.

a Vivant ou mort, il obtient une grâce éminente. Accomplissant ce dont ils sont capables, les Pândouides méritent de régner sur la moitié même de la terre.

Il Ce globe, qui a pour limites les mers, appartint à leur père et à leurs aïeux : donc, il est aussi leur domaine. Ces fils de Pândou resteront dans la route du devoir, dont ils reçoivent les ordres. 3,040 — 3,041.

Il Mes parents, ce sont les hommes, de qui, mon fils, les Pândouides écouteront la voix, tels que Çalya, Somadattaet le magnanime Bhishma, Drona, Vikarna, Vâh-

DRONA-PARVA.

llka, Kripa et les autres vieillards à la grande âme, de la race de Bharata. 3,042 — 3,043.

» Ils agiront dans le bien (1) de la parole des hommes, à qui ton intérêt, mon fils, inspire de parler. Est-ce que tu estimerais celui d’entre eux, qui oserait parler d’une autre manière? 3,044.

» Krishna n’abandonnera point la vertu ; et moi , certes! j’ai adressé à tous les héros de la famille une parole associée au devoir. 3,045.

» Les Pûndouides, qui sont la vertu elle-même, n’agi ront pas autrement qu’eUene pretcril : c’estainsi, cocher, que je parlai souvent à mon fils, en gémissant. 3,046.

» Mais l’insensé ne voulut point m’écouter par l’opposition, je pense, qu'y mit la mort. Dans un parti, où se trouvent Vrikaudara, Arjouna et Sâtyaki, le héros de Vrishni, Outlamaâudjas le Pântchâlain, l'invincible Youdhâmanyou, Dhrishtadyoumna l’inaffrontableet Çikhandt, à qui la défaite est inconnue, les Açmakas et les Katkayains, Kshattradharman, le fils de Somaki, les Tchédiens, Tchékitâna et l’auguste fils du roi de Kaçi, les Draâupadéyains, Virâta, Droupada au grand char, les deux jumeaux, ces tigres des hommes, et le meurtrier de Madhou, conseiller d’Arjouna ;

» Qui jamais oserait combattre avec eux, s’il désire conserver la vie dans ce monde? Ou qui soutiendrait mes ennemis, déchaînant un astra céleste? Si l’on excepte Douryodhana, Kama, Çakouni leSoubalideetDouççâsana, qui fait le quatrième avec eux! Je ne vois pas un autre ici, qui soit le cinquième. 3,061 — 3,062.

(I) liMitioa de Bombay.

» Il n'est pas de défaite pour ces hommes, qui voient monté sur le char Viçvakséna même, ses traits à la main, et Arjouna combattant, revêtu de ses armes. 3,053.

» Ce Douryodliana, il ne perdra point le souvenir de leurs gémis.sements I Ainsi, tu dis que ces deux tigres des hommes, Bhlshiua et Drona, ont succombé. 3,0ôA.

» Maintenantqu'ils ont vu les paroles, qu’a prononcées Vidoura à la vue longue, porter un tel fruit, mes fils, je pense, sont dans l’allliction. 3,055.

» Maintenant qu’ils ont vu mon armée, qu' Arjouna et Çatnéya ont vaincue; maintenant qu'ils ont vu ces bancs de chars vides de leurs maitres, mes fils, je pense, sont dans l’allliction. 3,056,

» Dhanandjaya incendiera mon armée comme un grand feu, excité par le vent, aux jours où l’hiver s’est enfui, consume une forêt de bois sec. 3,057.

a Raconte-moi, Sandjaya, car tu es une personne habile, toutes les offenses, que l’on a faites au fils de l’rithâ, quand fut arrivé le temps du soir. 3,058.

B Après la mort d’Abhimanyou, comment fut votre âme? Les miens ne pourront jamais supporter dans la guerre les exploits de cet archer â l’arc Gândiva, et l’excellence, mon fils, de ce héros, qu’ils ont offensé. Qu'est-ce que Douryodhana, qu’est-ce que Karna ont dit qu’il y avait à faire? 3,069 — 3,060.

• Les choses étant de cette manière, Sandjaya, que firent Üouççâsana et le Soubalide dans l’assemblée de tous ces guerriers, mes fils? 3,061.

» Raconte-moi, Sandjaya, la conduite bien ou mal réglée, que tint dans le combat, mon fils, ce lâche et insensé, tout à fait dépourvu de sens politique, ambitieux

Diqili" bv Googli

DRONA-PARVA. SS7

d’un royaume, esclave de la cupidité, l’âme détruite par la colère et l’esprit égaré par les erreurs de la passion. »

Eh bien I lui répondit Sandjaya, je vais te narrer tout, doué de la vue des choses éloignées, comme si elles étaient présentes; veuille donc m’écouter, immobile d’attention ; ton manque de science politique est grand. 3,06A.

Cette plainte stérile de toi, sire, est semblable à un pont jeté sur une rivière, d’où l’eau est absente : ne te désole pas, éminent Bharatide. 3,065.

11 est impossible de surmonter ce destin, que nous fit la mort : ne t'afllige pas, ô le plus vertueux des Bharatides ; cette infortune remonte à des temps éloignés.

Si jadis tu avais détourné du jeu Youdhishthira, issu de Kounti, et tes fils, ce malheur ne fût pas tombé sur toi! 3,066—3,067. '

Ensuite, quand survint le moment de la guerre, si ta majesté avait étouffé leur courroux, ce malheur ne fût pas encore tombé sur toi ! 3,008.

Si jadis, à l’instant où Douryodhana allait soulever les Kourouides, il s’était dit ; « Je ne puis faire cela, je me sens lié! » tu n’aurais pas été précipité dans cette infortune! 3,069.

Les Pàndouides, les Pântchâlains, les Vrishnides et tous les autres, qui sont les rois des hommes, n’auraient pas été victimes des égarements de ton esprit. 3,070.

Si, après avoir accompli les devoirs d’un père et raffermi ton fils dans la bonne voie, tu avais coulé ta vie avec justice, tu ne serais pas tombé dans cette infortune! 8,071.

Mais toi, l’homme le plus instruit du monde, aban-

- via 22

t,K MAHA-BHARATA.

donnant le devoir éternul, tu as préféré suivre le sentiment de Douryodhana, de Karna et de (Jakouni. 3,072.

De-là, toutes ces plaintes, que j'ai entendues sortir de ta bouche, sire, quand tu es entré dans la substance des choses, comme du miel, mêlé avec du poison. 3,073.

Krishna jadis ne faisait pas du roi PAndouide, ni de Bhlshma, ni deDrona lui-même autant de cas, monarque des hommes, qu'il avait d'estime pour toi-mëme. 3,07A.

Il ne savait pas alors que tu étais tombé en b<as du devoir. Mais Krishna désormais ne professe plus la même estime pour ta majesté, maintenant que tu souffres les invectivesadressées aux Pândouides. Les conséquences en sont retombées sur toi, qui désires un royaume pour tesfds. 3,075—3,076.

Le trône de ton père et de tes ayeux lut alors plein de pensées incertaines, monarque sans péché ; mais tu reçus en ce moment la terre entière, conquise par les fils de Prithâ. 3,077.

Le royaume et la gloire des Kourouides furent la conquête du fils de Pândou. Ils ont encore accompli, ces vertueux PAodouides, une action supérieure même à toutes ces œuvres ; c'est qu’ils sont venus filialement vers toi, malgré ta grande stérilité de cœur. Et tu les a rejetés de tes bras paternels et chassés de ce royaume-ci avec l’avidité d'un vautour, qui se précipite sur un morceau de chair.

Mais aujourd'hui que le temps de la guerre est venu, tu blâmes tes fils, sire, et tu vas sans cesse répétant que rien de ce qui se fait maintenant n’est arrivé par ta faute !

Les rois, qui combattent, ne peuvent sauver leur vie dans la bataille ; elles éminents kshatryas, qui combattent, sont entrés au milieu de l'armée des Pândouides.

DRONA-PAllVA.

Est-il un autre que les enfants de Kourou, qui puisse combattre cette année, que sauront défendre Krishna et Arjouna, Sàtyaki et Vrikaudara? 3,082.

Qui a Goudâkéça pour combattant, Djanârddana pour conseiller, Sàtyaki comme protecteur, et Vrikaudara comme un second protecteur ? 3,083.

Quel archer, soumis au devoir d’un mortel, soutiendrait un combat contre eux, si ce ne sont les Kourouides ou les j!>riaces, qui suivent leur puissance ? 3,08A.

Les Kourouides font tout ce qu’il est possible de faire avec des héros livrés au devoir du kshatrya et des monarques, de qui les sujets sont dévoués. 3,083.

Écoute dans la vérité ce que fut toute cette guerre, infiniment encombrée des plus éminents guerriers, que soutinrent les Kourouides à l’encontre des fils de Pàndou.

Qand cette nuit se fut écoulée, Drona, le plus vaillant de ceux, qui portent les armes, se mit à ranger toutes ses armées. 3,086 — 3,087.

Alors on entendit différentes voix de guerriers irrités, en fureur, qui se menaçaient et désiraient la mort les uns des autres. 3,088.

Les uns brandissant leurs arcs, ceux-là touchant leurs cordes, ils criaient en gémissant : « Où est maintenant Dbanandjaya? » 3,089.

Les autres faisment vibrer d'étincelants cimeterres au tranchant aiguisé, tirés hors du fourreau ; ceux-ci de jaunes épées, semblables à l’atmosphère. 3,090.

On voyait des guerriers par milliers, l’esprit attaché au combat, qui tentaient les feintes de l’épée, pendant que ceux-là s’escrimaient avec la science de l’arc. 3,091.

Oints de sandal, parés de diamants et d’or, ceux-ci.

LE MAH \-BHAR\TA.

tenant levées des massues environnées de clochettes, adressaient des questions au fils de Pândou. 3,092.

Doués de la vigueur des bras, d’uutres , qu'enivrait l’orgueil de leur force, encombraient l’atmosphère de leurs pilons, semblables aux drapeaux arborés d'Indra. 3,093.

Ornés avec différents bouquets de fleurs, d’autres vaillants guerriers, l’esprit attaché au combat, se tenaient c.k et là, armés de traits variés. 3,094.

(I Où est Arjouna? Où est Govinda? Où est l’orgueilleux Vrikaudara? Où sont leurs amis? » criaient-ils alors, en les provoquant au combat. 3,096.

Ils soufflent dans leurs conques, ils excitent eux-mêmes leurs chevaux; Drona s’avançAit au galop çà et là, rangeant les siens. 3,096.

Tandis que toutes les armées attendaient, pleines de la joie des batailles, le Bharadwâdjidc, grand roi, parla en ces termes à DJayadratha : 3,007.

n Toi et le Somadattide avec Karna au gr,and char, Açvatthâman, Çalya, Vrishaséna et Kripa même, 3,008.

» Cent mille chevaux, six myriades de chars, quatorze milliers d’éléphants dans l’ivresse, vingt-et-un mille hommes de pied, revêtus de la cuirasse, restez, sans vous approcher de moi, à la distance de trois fois un gavyoùti (1). 3,099 — 3,100.

» Placé ici, les Dieux mêmes, conduits par Indra, ne sont pas capables de te vaincre, combien moins les Pândouides réunis: rassure-toi donc,roiduSindhou. n 3,101.

Raffermi par ces paroles, le royal Sindhien, Djayadra-

(1) Mijurc itimSraire île Jeux lieux , luesurées ehaeutie par 4,000 coudées.

DRONA-l’ARVA.

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tha, environné de grands héros attachés h lui, déployant leurs efforts, revêtus de cuirasses, montés sur des chevaux, le lacet à la main, s'avança avec les Gàndbàras. Tous étaient décorés du chasse-mouche e( portaient des aigrettes de fleurs; tous étaient parés d’or. 3,102 — 3,103.

Sept mille chevaux du Sindhou, Indra des rois, et trois mille autres bons porteurs, accompagnaient Djayadratha.

Ton fils .Youdhyamàna, diflicile à supporter dans les batailles, se tenait en avant de toutes les armées, avec un millier et demi d’éléphants, enivrés, bien fleuris, cuirassés, aux formes épouvantables , aux actions terribles , montés par d'habiles cavaliers. 3,104—3,105—3,106.

Ensuite Douççàsana et Viltarna, tes deux fils, se mirent à la tète de l’armée pour le succès des affaires du monarque de Sindhou. 3,107.

L’ordre de bataille, créé par le Bharadwâdjideen forme de char, muni de ses roues, était long de quatorze gavyoûtis, et, dans sa deuxième moitié, il était large de cinq. 3,108.

Cette disposition, Drona l’avait faite lui-même avec des troupes de fantassins, de chevaux, d'éléphants et de chars, avec des héros et des rois divers, placés çà et là dans cet ordre de bataille. 3,109.

Dans la seconde moitié la disposition affectait la forme difficile à enfoncer du calice d'un lotus; et, dans la corolle de cette fleur, se cachait encore un ordre de bataille en forme d'aiguille. 3,110.

Quand il eut arrangé de cette manière son ordre de bataille, Drona au gr.and arc .se tint, revêtu de sa cuirasse, à la pointe de l’aiguille. 3,111.

. Après lui, marchait le kàmbodjain Djalasaudha, der*

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