‹ Le maître amour; comédie dramatique en 4 actesChapitre 10 sur 36 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Jean Vain^et et ses Parents

M. Vaingret. — La petite Lucie est en larmes et nous lui en avons fait dire le pourquoi. Eh bien, que signifie votre attitude î Il nous faut une explication, cette fois.

Jean. — Vous tombez mal ..

M. Vaingret. — Hein 1 Quoi ?

Jean — Je suis très énervé. Mon huiiivui ii\st pas dt-i. uiinr des explications de ce genre. Mais je suis capable de tout autre chose. J'ai commencé ma libération ; eh bien, qu'elle soit complète !

M. Vaingret. — Qu'est-ce qu'il raconte ?

Jean {s'animant). — Je dis que je n'ai rien à justifier 1 Je dis que

je ne suis plus sous tutelle. Je dis que vos projets, vos promesses, ne me lient pas! Ce que j'ai résolu moi-même, cela seul peut m'engager.

Mme Vaingret. — Voilà où nous en sommes !

M. Vaingret. — Je vois en vous la haine de vos parents ! Votre plaisir est de résister à tout ce que nous voulons, de défaire tout ce que nous entreprenons pour pallier vos fautes. Vous vous moquez des intérêts communs du nom, de la famille, du patrimoine, et votre système est de mépriser tout le monde !

Jean. — Voilà le ton de votre hostilité 1 Laissez-moi vivre !

M. Vaingret. — C'est bien cela I Monsieur prétend en faire à sa guise ! Mais vous croyez-vous seul sous le soleil ? Si vous consentez à vivre en privilégié de la fortune, si vous acceptez cela de votre entourage, il est juste qu'en retour vous nous donniez des satisfactions. Le monde. Dieu merci, n'est pas composé que d'artistes !

Mme Vaingret. — Ecoute-nous, Jean...

Jean. — Vous êtes incapables de me comprendre !

M. Vaingret. — Evidemment ! Vous rêvez éveillé, vous invoquez toutes sortes d'imaginations, la Beauté, la Liberté, que sais-je, et parce que ces chimères ne viennent pas au rendez-vous, vous vous indignez... Et, comme il faut bien que ça retombe sur du réel, c'est nous qui sommes la bête noire 1 •

Mme Vaingret. — Jean, quand nous te disons que le métier de sculpteur n'est pas de ta condition, c'est...

M. Vaingret. — C'est pour que tu y renonces, ou que tu ailles l'exercer ailleurs, et non plus ici, sous nos yeux, comme un défi .. Tu as entendu ? - Quelle est ta réponse ? Ta rengaine ? Que pétrir la terre, ça domine tout, y compris le respect dû à tes père et mère ? Quoi, enfin ? ..

Jean. — Rien. J'entends que l'heure est venue où doivent se régler les conflits qui nous déchirent. La lutte ne me convient plus. (S'exaltant) Sans relâche, vous insultez à mon art, qui m'impose, et vous savez combien ces outrages me font mal. Le résultat, le voici : je suis à bout, je ne résiste plus. Adieu ! Je vous cède la place... Entrez-y en vainqueurs. Mais sachez qu'il y a des cadavres sous vos pas ! (7/ met son chapeau et prend dans un tiroir quelques papiers qu'il empoche)

M. Vaingret. — Ma parole, il est fou !

Mme Vaingret. — Jean, pas de coup de tête !

M. Vaingret. — S'il croit nous faire peur...I

Jean {passant à droite). — Saccagez tout 1 Brisez la, l'imaee de mon Idéal, foulez-ln aux pieds, riez, triomphez I II y a des cadavres ici, vous dis-je : ceux de nos affections et ceux de mes rêves !

M. Vaingret. — Il déclame bien I

Mo>« Vaingret. — Que vas-tu devenir, Jean I

Jean {ouvrant la porte de droite). — Un homme plus libre, en tout cas I Ici, vous êtes les maîtres, mais moi, je vous échappe ! Mes chaînes sont tombées ! Je suis libre, libre...! (// sort en courant. A/"** Vaingret veut entraîner son époux)

Mme Vaingret. — Jean !... Ramenons-le 1

M. Vaingret. — Pas la peine ! Il reviendra. Et alors...! {Le geste de serrer un nasitort achève sa pensée)

\Ime Vaingret. — Mais... le cousin... que lui dirons-nous ? {Willie sort de sa cachette.)

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