ACTE I
ÉLISE, se levant , comme sans l’entendre.
Ohî comme j’ai couru pour venir! — Tiens, j’apportais des fleurs à mon ami, je vais les -arranger. (Elle v* au dressoir et dispose
les fleurs dans un vase, en chantant : )
Là-bas , sur les hautes roches,
Pris du Piémont...
FABIEN, la contemplant , à pari.
Qu’elle est charmante!
Sais-tu, Périnette, je me crois bien plus chez moi ici que là-bas! Ici je respire, ici je laisse et je retrouve ma gaieté; je revenais. l’y chercher ce soir; mais c’est mon ami qui doit me la rapporter.
PÉRINETTE
Oui, et en attendant, adieu!
ÉLISE
Encore! il faut donc en venir aux grands moyens! (eh« lem-
brasse.)
PÉRINETTE
Ah! chère enfant gâtée 1 si bonne, si vive, si riante! il me semble revoir ta mère !
ÉLISE
Ma mère! me voilà sérieuse, Périnette... — oh! mais heureuse tout de même ! Parle-moi de ma mère, (mie a repria aon
tabouret auprès de la chaise de Périnette.)
FABIEN, reprenant le sien de l'autre côté.
Parlez-nous de nos mères, Périnette. Nous ne les connaissons que par vous.
ÉLISE
Mon ami ne me dit jamais rien de la mienne.
PÉRINETTE
Oui, vous me tentez avec ma première jeunesse! — Ah ! quand elles vivaient, les chères créatures, le temps n’était pas lourd à porter! Moi, pauvre fille de campagne, elles m’aimaient toutes deux et me soutenaient et me conseillaient. Je n’en ai plus revu de si bonnes et de si belles!
LE MAITRE D’ÉCOLE
FABIEN
Elles étaient à peu près du même âge, n’est-ce pas?
PÉRIKETTE.
Votre mère, monsieur Fabien, était l’aînée. D’âge et de caractère. Raisonnable et forte, et avec ça toute indulgence. La mère de celle-ci avait l’air plus tendre et plus faible; elle riait et jouait, et chantait comme Élise. Elle a bien souffert et bien pleuré aussi !...
FABIEN
Elles se voyaient souvent, dites?
PÉRINETTE
Elles vivaient, comme on dit, la main dans la main.
* ÉLISE
Et elles s’aimaient bien?
PÉRINETTE
Comme deux sœurs !
FABIEN et ÉLISE,
embrassant ensemble Permette, chacun sur une joue, d’un meme mouvement spontané.
Bonne Périnette!
PÉRINETTE, à part.
Jésus! m’est avis que je viens de recevoir là deux'baisers d’amoureux !