‹ Le maitre d'ecole drame en cinq actesChapitre 14 sur 97 · ÉVERARD, PÉR1NETTE, ÉLISE · texte numérisé non relu

ÉVERARD, PÉR1NETTE, ÉLISE

ÉLISE, venant s’appuyer snr Éverard.

Mon ami, il ne faut pourtant pas que vous jugiez tout à fait mon cœur d’après mes lèvres! Écoutez une histoire : Il était une fois une petite orpheline qui avait perdu sa mère et que son père avait délaissée. Mais la Providence mit auprès d’elle un ami, un guide, un maître, dont la bonté lui épargna toute souffrance, dont la douceur lui enseigna toute tendresse. Et il arriva qu’au lieu de pleurer, l’orpheline riait souvent, parce qu’elle était heureuse, et puis parce qu’elle voulait dérider

SOn ami... (changeant de ton et redevenant rive et gaie) et enfin parce que

je vois bien que vous me cachez vos peines; alors, moi, tant pis! je ne vous montre que ma joie. Et maintenant que je vous ai dit votre fait, dormez bien; j’obéis à Périnette, et je me sauve. Adieu !

ÉVERARD

Mon Élise!... Oui, maintenant je peux vous laisser aller, vous avez contenté mon vieux cœur... Je dis vieux, non, il est jeune, Élise, il a dix-sept ans! le cœur a toujours l’âge de ce qu’il aime !

PÉRINETTE, emmenant vers la porte Élise, qu'accompagne Éverard.

Oui, viens, Élise. Regarde, il est tout fatigué, tout pâli. Comment avez-vous vécu ces temps-ci, monsieur? car vous êtes plus distrait qu’un enfant! Avez-vous mangé seulement cette après-midi?

ÉVERARD

Sans doute, Périnette, sans doute.

Où ça, voyons?

ADijon, je crois.

PÉRINETTE

ÉVERARD

PÉRINETTE

ADijon! Eh bien, c’est de bon matin, alors! Quand je disais ! Mais vous devez tomber de faim, monsieur !

LE MAITRE D’ÉCOLE

ÉVERARD

Du tout, du tout!

ÉLISE

Eh! si fait, mon ami! Ehl vite, Périnette, servons-le vite!

(Elle* <oot la buflot et «errent rapidement à souper à Rterard.)

Elle va me servir!... Oh! c’est vrai, au moins, que j’ai grand’faim !

ÉLISE, le conduisant à table.

Là ! mettez-vous là ! Mangez et buvez bien doucement, pendant que nous vous dirons, nous, ce qui s’est passé en votre absence. Et d’abord, vous ne savez pas? huit ou dix jours après votre départ, mon père arrivait au château.

ÉVERARD, arec effroi.

M. Dellemare!... Mais il est reparti presque aussitôt, selon son habitude?

PÉRINETTE

Non, il est resté cette fois.

ÉLISE

Et même il est venu ici tout à l’heure pour vous voir.

Lui! ici!

ÉVERARD

PÉRINETTE

Avec son associé de Paris.

M. Varade !

ÉVERARD

PÉRINETTE

Et il a dit qu’il reviendrait.

ÉVERARD, se levant loot agité.

Non! qu’il ne vienne pas! qu’il ne vienne pas !

ÉLISE

Pourquoi? qu’avez-vous donc, mon ami?... Ah! oui, vous blâmez mon père d’avoir été pour moi un peu négligent.

ÉVERARD

Je ne le blâme pas! je ne vous ai pas appris à le blâmer,

Page 1