ÉVERARD, PÉR1NETTE, ÉLISE
ÉLISE, venant s’appuyer snr Éverard.
Mon ami, il ne faut pourtant pas que vous jugiez tout à fait mon cœur d’après mes lèvres! Écoutez une histoire : Il était une fois une petite orpheline qui avait perdu sa mère et que son père avait délaissée. Mais la Providence mit auprès d’elle un ami, un guide, un maître, dont la bonté lui épargna toute souffrance, dont la douceur lui enseigna toute tendresse. Et il arriva qu’au lieu de pleurer, l’orpheline riait souvent, parce qu’elle était heureuse, et puis parce qu’elle voulait dérider
SOn ami... (changeant de ton et redevenant rive et gaie) et enfin parce que
je vois bien que vous me cachez vos peines; alors, moi, tant pis! je ne vous montre que ma joie. Et maintenant que je vous ai dit votre fait, dormez bien; j’obéis à Périnette, et je me sauve. Adieu !
ÉVERARD
Mon Élise!... Oui, maintenant je peux vous laisser aller, vous avez contenté mon vieux cœur... Je dis vieux, non, il est jeune, Élise, il a dix-sept ans! le cœur a toujours l’âge de ce qu’il aime !
PÉRINETTE, emmenant vers la porte Élise, qu'accompagne Éverard.
Oui, viens, Élise. Regarde, il est tout fatigué, tout pâli. Comment avez-vous vécu ces temps-ci, monsieur? car vous êtes plus distrait qu’un enfant! Avez-vous mangé seulement cette après-midi?
ÉVERARD
Sans doute, Périnette, sans doute.
Où ça, voyons?
ADijon, je crois.
PÉRINETTE
ÉVERARD
PÉRINETTE
ADijon! Eh bien, c’est de bon matin, alors! Quand je disais ! Mais vous devez tomber de faim, monsieur !
LE MAITRE D’ÉCOLE
ÉVERARD
Du tout, du tout!
ÉLISE
Eh! si fait, mon ami! Ehl vite, Périnette, servons-le vite!
(Elle* <oot la buflot et «errent rapidement à souper à Rterard.)
Elle va me servir!... Oh! c’est vrai, au moins, que j’ai grand’faim !
ÉLISE, le conduisant à table.
Là ! mettez-vous là ! Mangez et buvez bien doucement, pendant que nous vous dirons, nous, ce qui s’est passé en votre absence. Et d’abord, vous ne savez pas? huit ou dix jours après votre départ, mon père arrivait au château.
ÉVERARD, arec effroi.
M. Dellemare!... Mais il est reparti presque aussitôt, selon son habitude?
PÉRINETTE
Non, il est resté cette fois.
ÉLISE
Et même il est venu ici tout à l’heure pour vous voir.
Lui! ici!
ÉVERARD
PÉRINETTE
Avec son associé de Paris.
M. Varade !
ÉVERARD
PÉRINETTE
Et il a dit qu’il reviendrait.
ÉVERARD, se levant loot agité.
Non! qu’il ne vienne pas! qu’il ne vienne pas !
ÉLISE
Pourquoi? qu’avez-vous donc, mon ami?... Ah! oui, vous blâmez mon père d’avoir été pour moi un peu négligent.
ÉVERARD
Je ne le blâme pas! je ne vous ai pas appris à le blâmer,