ACTE III
DELLEMARE.
Allons! monsieur, répondez à cette jeune fille! ou, mieux encore, parlez à sa place, parlez pour elle ! N’est-il pas tout naturel que l’instituteur plaide la cause de son élève devant;., le père.
f. ÉVERARD.
Eh bien! oui, je parlerai. J’avais voulu laisser dire et laisser agir les âmes jeunes et pures. Mais puisqu’ici on ne sait pas les entendre, je parlerai. Tout à l’heure à vous, monsieur; mais d’abord à elle.
DELLEMARE.
A voix haute et devant moi, songez-y !
ÉVERARD
Oui, j’y songe. — Élise, écoutez-moi, comprenez-moi. Pour vous apprendre d’abord à marcher et à parler quand vous étiez petite, et puis à aimer, à penser, à vouloir, quand vous avez grandi, je me suis tenu dix-sept ans à vos côtés. Mais voici déjà l’heure venue où, dans le trouble et dans la peine, vous ne pouvez plus compter que sur vous seule... Réduite à vous seule, vous entrez dans la vie, pauvre petite ! Mais si j’ai réussi, si mon amour et mon zèle ont fait de vous l’âme fière et vaillante que j’espère, pleine de tendresse, mais aussi de dignité, pleine de douceur, mais aussi de courage, — alors c’est bien, je suis tranquille ; vous n’avez besoin- de l’aide de personne; votre cœur vous suffira, votre cœur vous sauvera; je vous remets et je vous confie à vous-môme !
DELLEMARE.
Monsieur !
ÉVERARD
C’est tout, monsieur, j’ai fini. — Maintenant, Élise, adieu.
ÉLISE
Mon ami ! mon ami !
ÉVERARD, la reconduisant.
Allez. Je veux vous voir rentrer chez vous, (sur ie «euii.) Je VOUS dis adieu, je VOUS laisse à Dieu. (Élise sort. A lui-même, la regardant s'éloigner.) Ne saigne plus qu’en dedans, mon cœur !
LE MAITRE D’ÉCOLE