‹ Le maitre de forges, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 26 sur 37 · V »*'A V # * CÉCILE · texte numérisé non relu

V »*'A V # * CÉCILE

Eh bien ! moi , j'ai voulu vous voir avant votre départ ; je mesuisdit: Je ne verrai plus ce bon Hubert, qui a eu tant de complaisance pour moi quand j'étais petite, qui me faisait sauter sur ses genoux , quand je venais le déranger à sa forge... et qui médisait : voyez, mam'zelle Cécile, comme vous vous salissez; moi, je riais, et je vous priais de me faire un petit moulin.

HUBERT , souriant.

C'est vrai , vous étiez si espiègle!

CÉCILE

Etpuis, j'aurai toujours gravé là.., (Elle porte la main sur son cœur.)

Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Brussel

HUBERT

Quoi donc?

CÉCILE

J'avais six ans à peu près.

Air : De V Angélus.

Près du grand fourneau je jouais:

La flamme atteint bientôt ma robe; Mais au péril que je courais, Soudain votre bras me de'robe.

Vous étoulfez dans votre tablier

Le feu qui déjà me dévore

Hubert, pouvez-vous l'oublier ? Pour moi, je m'en souviens encore, Cécile s'en souvient encore.

HUBERT

C'est que vous étiez en danger.

CÉCILE

Ainsi, vous allez nous quitter ; est-ce que vous ne viendrez pas quelquefois nous revoir ?

HUBERT

Revenir ici... non ) quand on se quitte mal. ..

CÉCILE

Et pourquoi se mal quitter ?

HUBERT

Pourquoi ?

CECILE

Il n'y a que l'homme qui a des torts qui n'ose pas se montrer.

HUBERT , à part.

C'est vrai. ( Se faisant violence.) Tenez, mam'zelle Cécile , ne me parlez pas comme ca avec amitié , vous me faites mal... Oui, j'aimerais mieux que vous me disiez des sottises, que vous m'appeliez brutal, ingrat, mauvaise tête.

{Mi

CÉCILE, souriant.

Ah î pour mauvaise lête, je ne dis pas ; mais vous n'avez pas un mauvais cœur !

Eh bien î si : je suis mauvais père , mauvais mari j je fais dans ce moment-ci du chagrin à ma fille , à ma femme.... mais .ça ne peut pas être autrement.

CÉCILE

Pourquoi, Hubert?... Vons ne répondez pas?

HUBERT

Air : Des Scythes et des Amazones.

Souvent le vin m' fait perdre la mémoire , Je n'me souviens ni du mal ni du bien. Si j'n'avais pas l'malheureux de'faut d'boire, Je vous re'ponds que je m'conduirais bien, Et que jamais on n'me reprocherait rien. Quand j'suis à jeun , j'promets monts et merveilles , J'dis : soyons sage et n'quittons pas l 'marteau ; Mais quand j'ai bu trois ou quatre bouteilles, Via, mam'zelle, tous mes projets dans l'eau.

Et les autres, que j'ai entraînés , qui me reprocheraient ma conduite ; v'ia l'malheur, c'est que quand ou a pris le mauvais chemin, on ne peut plus s'en retirer... Adieu, mam'zelle Cécile.

CÉCILE

Vous partez , Hubert. .. ( Elle va à lui et l'arrête.) Je sais tout, vous n'êtes pas coupable, vous n'êtes que faible... Avec moi vous ne devez pas avoir de secret... on a abusé de votre bonne foi j vous avez reçu des avances que vous avez eu le malheur de dépenser ( mouvement d'Hubert ) ; on me l'a dit... Je suis sûre que si vous pouviez les rendre, vous vous dégageriez sur-le-champ.

HUBERT , vivement.

Qu'est-ce qui vous a dit ça , mam'zelle ?

CÉCILE

Vous en convenez ! Eh bien , tenez^renez cette bourse. . . c'est à moi , ce sont mes petites épargnes ; vous pouvez vous

dégager avec honneur, et tout le monde ignorera que vous m'en devez les moyens. ( Elle lui met la bourse dans sa poche, et elle sort en disant :) Adieu, Hubert.

HUBERT

C'est un ange! (Il jette son bonnet par terre. ) Chienne de tête ! *!*«*•* &éè*uitCJL ^J

Page 1