‹ Le maître de forgesChapitre 44 sur 119 · Scène IX · texte numérisé non relu

Scène IX

Claire, Philippe.

Philippe, restant éloigné^ timide. Voulez-vous me 5 permettre de m’approcher de vous? Pour la première fois, nous voici seuls, et j’ai, pour vous, bien des choses dans le cœur. Jusqu’ici, je n’ai pas osé parler . . . J’aurais mal exprimé mes sentiments. Toute ma vie s’est passée dans le travail. lo . . . Aussi je vous supplie d’être indulgente . . .

Ce que je ressens, croyez-le bien, vaut mieux que ce que je dis . . . Bien souvent vous m’avez vu venir à vous, balbutier quelques paroles, puis garder le silence. J’avais peur de vous paraître is trop hardi ou trop timide, et cette crainte me paralysait. Alors, je me bornais à vous écouter, et votre voix était douce à mon oreille, comme un chant. Je me perdais dans votre contemplation, oubliant tout pour vous suivre des yeux, quand 20 vous marchiez sur la terrasse, dans un rayon de soleil. Vous êtes entrée ainsi profondément en moi: je vous ai adorée. Vous êtes devenue ma pensée unique, mon espérance, ma vie , , . Aussi,

jugez de mon ivresse, maintenant que je vous vois là, près de moi, tout à moi.

{IL prend la main de Claire,)

Claire, fait un mouvement et retire sa main. Par 5 grâce, monsieur I

Philippe, étonné. Qu’avez- vous ? Suis- je assez malheureux pour que mes paroles vous déplaisent ?...

Claire, doucement. Ne me les dites pas, en ce moment. Vous le voyez, mon trouble est profond, lo Philippe. Mais oui, vous êtes pâle, tremblante • . . Est-ce donc moi qui en suis cause ?...

Claire, après un silence, à voix basse. Oui.

Philippe. Rassurez- vous, je vous en supplie. Ne sentez-vous pas que mon seul désir est de ne ï5 point vous déplaire ? . . , Que faut-il que je fasse? Exigez . . . Tout me sera facile. Je vous aime tant I

Claire, avec un triste sourire. Si vous m’aimez . . . alors . . . soyez bon, et . . .

20 Philippe, doucement. Pourquoi ne pas dire toute votre pensée? Désirez- vous que je vous laisse? Vous plaît-il de m’imposer cette épreuve. Je m’y soumettrai, si c’est votre volonté.

Claire. Eh bien, oui, je vous en saurai gré. Les émo- 25 tions de cette journée m’ont fait mal. J’ai besoin de calme. Il faut que je me recueille. Et je vous expliquerai demain, plus tard, plus en possession de ma pensée, plus sûre de moi-même . . .

Philippe, affectueusement. Que me direz-vous demain,

Page 1