ACTE II ; SCÈNE IX
ou plus tard, que je ne puisse entendre aujourd’hui ? Ma vie et la vôtre ne sont-elles pas désormais inséparables? Notre chemin est tout tracé. A vous d’être confiante et sincère, à moi d’être dévoué et patient. J’y suis prêt, je vous l’assure, s Etes-vous dans les mêmes dispositions ?...
Claire, avec embarras, Laissez-moi vous dire que la confiance ne se gagne pas en un moment. Voilà deux heures seulement que je suis mariée. Ma vie, hélas I date de plus loin. Cette vie, on me la lo faisait heureuse I J’avais le droit de penser tout haut, j’étais libre de me taire. Je n’ai jamais été forcée de mentir. Mes peines, et j’en ai eues, vous le savez, on les devinait. On comprenait que le souvenir ne pouvait s’en effacer instantanément. 15 J’ai été très gâtée. On ne m’a jamais demandé de sourire quand j’avais le cœur triste . . . S’il faut que je me résigne à dissimuler auprès de vous, laissez-moi le temps de m’habituer à cette contrainte. 20
Philippe, vivement. Je vous en prie, n’ajoutez pas un mot. Vous me faites injure !... Vous n’aurez jamais, sachez-le, d’ami plus tendre et plus dévoué que moi. En vous épousant, j’ai pris ma part de vos peines et je prétends vous les faire oublier. Si 25 le passé vous a déçue, espérez tout de l’avenir. Loin de moi la pensée de vous imposer mon amour.
Ce que je vous demande, c’est de me laisser essayer, à force de soins et de tendresses, de vous
conquérir sur vous-même. Voilà toute mon ambition. Et puisque vous avez besoin de repos, de solitude, restez chez vous, libre, rassurée, comme vous l’étiez hier. Je me retire. C’est bien là, S n’est-ce pas, ce que vous souhaitez? . . . Qu’il soit fait selon votre désir I (^Philippe s'approche de Claire et doucement va pour V embrasser sur le front.) A demain I . . . {Puis malgré lui, en respirant le parfum de ses cheveux, la tête lui tourne, lo et il la prend dans ses bras.) Si vous saviez, pourtant, comme je vous aime I Claire, le repoussant avec colère. Laissez-moi I Pliilippe, il reste un instant stupéfait. Claire !... Claire, avec force, reculant. Ah I ne m’approchez pas ! 15 Philippe. Vous me repoussez avec violence, avec horreur? Que se passe-t-il en vous? {S'animant.) Ce n’est pas là seulement l’effroi de la pudeur . . . C’est de la répulsion I Tenez, vos paroles de tout à l’heure me reviennent à l’esprit, et maintenant je 20 crains de les mieux comprendre . . . Après cette déception, dont vous avez souffert, il est resté plus que de l’amertume dans votre cœur. Il y a du regret peut-être !
Claire, sourdement. Monsieur . . .
25 Elle veut s'éloigner,
Philippe, se jetant devant elle et l'arrêtant avec autorité. Oh I écoutez-moi. L’heure des explications nettes et franches est venue . . . Vous me donnez, par votre attitude, des soupçons qu’il faut que