ACTE III : SCÈNE I
Bachelin. Moi I Oh rien I Je vois assez mal, même avec des lunettes . . . (^Athénaïs rit aux éclats») Mais la duchesse est très gaie . . . elle met tout à l’envers ... et je suis un vieux maniaque; je n’aime pas qu’on change mes habitudes. 5
Le Baron. De tout cela je ne présage rien de bon 1
n remonte,
Athénaïs, au bras du général. Oui, général, nous dansons à la Varenne, tous les lundis ... Si le cœur vous en dit ... 10
Le Général Madame la duchesse, ces plaisirs-là ne sont plus faits pour moi, mais je vous amènerai mes jeunes officiers.
La Duchesse, gaîment. Parfaitement, général. Et la musique militaire même, si vous voulez . . . Mon- 15 sieur de Pontac, vous m’aviez promis de me pré •senter madame de Lavardens, votre sœur ?
Pontac. Mais, duchesse, quand il vous plaira.
Athénaïs. Eh bien I il me plaît. •
Elle remonte avec le général,
Le Préfet, suivant Athénaïs des yeux. Charmante femme I
Moulinet, gracieux. Ma fille, monsieur le préfet.
Le Préfet, saluant. Monsieur.
Le Baron, au préfet. M. Moulinet, ancien juge au 25 tribunal de commerce, un de nos grands industriels.
Le Préfet, très solennel. Ah I monsieur, enchanté I Vos produits à bon marché ont fait une révolution dans l’alimentation populaire • . • Grâce à vous, le
chocolat, denrée exclusivement réservée à la classe privilégiée, a pénétré dans la classe ouvrière.
Le Baron. Le chocolat démocratique.
Moulinet. Je ne m’en tiendrai pas là, monsieur le 5 préfet , . . Je le rêve presque gratuit.
Bachelin, au baron. Et surtout, obligatoire.
Le préfet remonte et arrête près de Claire et de Suzanne,
Moulinet. Voilà une bonne connaissance que j’ai faite lo là! . . . {Auharonetà Bachelin,) La charmante réunion I Quelle métamorphose ici en six mois î Tout est gai, souriant: on sent que la joie habite cette maison.
Le Baron. Mais vous-même, monsieur Moulinet, vous 15 êtes radieux.
Moulinet. C’est vrai, monsieur le baron, ce luxe, ces fêtes, tout cela m’enchante. Je me sens dans mon véritable élément . , , J’étais né pour la haute vie. • Mes goûts protestent contre l’injustice de mon 20 origine.
Le Baron. Votre bonne grâce et votre aimable esprit l’ont depuis longtemps fait oublier.
Il remonte vers Suzanne et va avec elle sur la terrasse.
Moulinet, à Bachelin, Quel homme exquis que ce 25 baron I Voilà un gendre comme il m’en aurait fallu un I
Le Duc, bas, à Claire, Claire, pourquoi avez-vous l’air si triste ? Un jour comme celui-ci devrait être pour vous un jour de joie.