ACTE III : SCÈNE IV
Claire. Oui I Et il me faut subir toutes les conséquences de ma défaite: supporter la présence de cette Athénaïs qui se jette effrontément à la tête de mon mari ... et ne pouvoir rien pour le lui arracher, n’avoir aucun droit de me défendre ... 5 Oh I mais qu’elle prenne garde I Si elle me pousse à bout ... je ferai quelque folie qui nous perdra l’une ou l’autre.
La Baronne. Non, non, point de folie : de la sagesse et de l’habileté I Tu as commis une faute : il faut la 10 réparer.
Claire. Et comment ? '
La Baronne. N’as-tu jamais eu la pensée d’aller à ton mari, et d’essayer de renouer les liens brisés ?
Claire. Je n’ai point osé . . . Songe que, vivant côte à 15 côte, nous sommes plus séparés que deux étrangers.
. . . Aller à lui, après l’avoir repoussé?
La Baronne. Il le faudra cependant. Un homme tel que ton mari n’aime qu’une fois, et pour toute la vie. Mais c’est un être de volonté, et tu ne le 20 désarmeras qu’en t’humiliant devant lui.
Claire, avec élan. Oh I j’y suis prête I . . . Mais s’il allait voir dans ma démarche un caprice nouveau ?
Le baron paraît au fond et ramasse des cailloux sur
la terrasse, 25
La Baronne. Aussi faut-il attendre une occasion favorable. Si elle ne se présente pas, nous la ferons naître. Et, tout d’abord, pour faire diversion, je vais aller me mettre entre notre chère duchesse
Moulinet et ton mari . . . Tiens, regarde le baron • • . qui ramasse des cailloux, comme le petit Poucet . . . Voilà un mari stylé ! . . . Baron, votre bras I
Le Baron, descendant, des pierres à la main, A vos 5 ordres, chère amie . . . C’est très curieux: les terrains de Pont-Avesnes doivent contenir de l’alun. Il faudra que j’en parle à M. Derblay.
La Baronne, avec attendrissement. Oui, baron, oui, vous êtes un ange, vous 1 Et qui plus est, un ange lo savant.
Le Baron. Oh I c’est trop !
La Baronne. Baisez ma main.
Le Baron, tranquillement. Avec plaisir.
La Baronne, à Claire, A tout à l’heure.
Le baron sort en causant avec la baronne ; ils rencontrent le duc qui vient de la droite; ils s'arrêtent un instant avec lui, puis disparaissent à gauche.