Scène VI
Claire, Le Duc.
TL s* approche doucement de Claire.
Le Duc. Quand on a aimé profondément, on n’oublie jamais.
Claire se retourne vivement,
Claire. Que venez- vous chercher ici ? S
Le Duc. Vousl [Claire remonte vers la terrasse; le duc V arrête.) Oh I restez, je vous en prie. Depuis quinze jours, vous semblez vouloir m’éviter.
Claire, avec dédain. Moi ?
Elle redescend, comme pour le braver. lo
Le Duc. C’est la première fois que je puis librement vous parler.
Claire. Nous n’avons rien à nous dire.
Le Duc, très doucement. Pourquoi essayez-vous de dissimuler avec moi ? Espérez- vous me cacher votre 15 chagrin ?
Claire, froidement. Je n’ai pas de chagrin.
Le Duc. Je serais heureux si je pouvais vous croire . . • Mais en m’écoutant . . . Tenez, en ce moment même, vous avez des larmes dans les yeux ... 20 [E observant.) Pardonnez-moi mes paroles . . • mais depuis ce matin, je vous vois nerveuse, inquiète . . . Tout à l’heure . . . vous aviez peine à surmonter votre trouble ... et vous n’avez pas cessé d’observer votre mari . . ,
Claire. Eh bien ?
Le Duc. Eh bien I . • . M. Derblay était tout à la duchesse ... et vous paraissiez souffrir . . . J’en ai conclu que le bon accord, que vous prétendez 5 exister entre lui et vous, n’est pas réel, et qu’il n’apprécie pas à sa valeur le trésor que le hasard, ou plutôt ma mauvaise fortune lui a donné . . . Alors mille petits faits, autrefois négligés, se sont groupés dans mon esprit, et je suis arrivé à la cerlo titude que vous n’avez pas, quoi que vous en disiez, tout le bonheur que vous méritez.
Claire, avec force. Si cela était, vous seriez le seul qui n’auriez pas le droit de vous l’avouer et de me le dire !
15 Le Duc, avec passion. Claire I . . . Croyez- vous donc que l’on commande toujours à sa raison et à sa volonté? Tout me conseillait de rester loin de vous. Je le devais pour votre repos. J’y étais résolu; et j’ai fait tout pour vous oublier . . . 20 Mais ce pays, où vous viviez, m’attirait malgré moi . . . On disait que vous étiez heureuse, et je m’en réjouissais . . . J’ai espéré que je vous reverrais sans danger . . . Heureuse, voyez- vous, je vous aurais adorée de loin, sans une parole, sans un 25 regard qui pût troubler votre bonheur. Mais vous souffriez 1 . . . Alors je n’ai plus été maître de moimême, et j’ai compris qu’il n’y aurait jamais au monde, pour moi, d’autre femme que vous î
Claire. Vraiment? . . . J’admire votre impudence!