‹ Le maître de forges [microforme]Chapitre 12 sur 26 · ED · texte numérisé non relu

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Un flot de sang gonfla son cœur, pendant que soc beau visage devenait blème, et qu'un soupir douloureux expirait sur ses lèvres.

Athénaïs assista à ce brusque changement “ une joie furieuse, Elle se Célecta des tortures de Claire, Elle compta avec ivresse les battements désordonnés de ses tempes. Elle jouit souverainement du plaisir de rendre en une seule fois à la fière jeune fille, toutes les humiliations dont elle l'abreuvait depuis un quart d'heure. La voyant immobiie, glacée, elle craignit de la vois s'évanouir et lui échapper. Elle avait encore à lui faire subir la seconde moitié de sa féroce confidence.

— Tu he me demandes pas le nom de mon fiancé ? ditelle à Claire, chancelante, le regard fixe, et les oreilles pleines de bourdonaements.

— Non, balbutia mademoiselle de Beaulieu, inconsciente de ce qu'elle répondait, abimée dans ses douloureuses réflexions.

— Il faut cependant que tu le connaisses, C’est un devoir pour moi de te le dire, reprit Athénaïs. Et, prenant bien son temps, comme si elle eût voulu choisir la place où elie allait frapper:

-— C'est le due Ge Blignv!

Claire s'attendait au coup, elle n'avait plus aucune lusion, elle était sûre de la trahison du duc. Cepen-

dant ce nom de Bligny qui devait être le sien, prononcé par Athénaïs, la fit tressailiir douloureusement, Elle demeura immobile, n'osant pas faire entendre sa voix dont elle redontait l’altération, les marn: tremblantes, la bouche aride, les yeux cernés d'une somble meurtrissure, épuisant jusqu'an fond’ la coupe amère de ses désillusions.

— M. de Bligny est ton parent, poursuivit Athénaïs, exaspérée par la morne impassibilité de sa rivale, ton ami d'enfance, On m'a même parlé de certains projets d'union entre vous, J'avais à cœur, tu le comprends maintenant? de venir à toi. loyaleinent, de t'avertir et de te consulter.

Dans le: paroles faussement généreuses (’Athénaïs, mademoiselle de Beaulieu vit Iuire comme 4n rayon d'espoir. Peut ître les choses n'étaient-elles pas aussi avancées qu'o) oulait le lui faire croire. Elle reprit vourage et résolut de se défendre Jusqu'au bout,

— Me consulter? dit-elle, et sur quoi donc ?

— Mais sur la véritable situation du due vis-äevis de toi, répondit mademoiselle Moulinet avec bonhomic. Tu comprends que s'il était vrai que vous fussiez pro- "nis lun à l’autre, tu aurais pu m'accuser de t'avoir enlevé ton fiancé, Le duc m'a demandée en mariage, mais moi, je ne l'aime pas: c'est à peine si je le connais. Uni où un autre, que m'importe ?.. Voyons! sois franche avec moi. L’aimestn? Mon mariage avec Jui te froissera-t-il, te déplairait-il seulement? Dis un seul mot et je n'engage à rompre...

Peut-être si Claire avait courageusem pt avoué son amour, Athénaïs se fût-eile donné la suprême satisfaction de jouer la g'nérosité, et eût-elle renoncé, pour écraser Mieux mademoiselle de Beaulieu, à son rêve d'ambition. En une seconde. Ja destinée des deux Jeunes filles devait se décider. Mais de tout ce que mademoiselle Moulinet lui avait dit. Claire n'avait retenu qu'une phrase: “Le due m'a demandée en mariage,” Une rougeur brûlante Ini monta an front. Et, prête * mourir plutôt que d’avouer sa tendresse pour le due, elle sut, par un miracle de volonté, commander à son

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regard, à sa Voix, et <e faire une attitude dégagée «4 tranquille.

— Je te remercie, dit-elle avec un froid sourire, Mais sois assurée que je ne suis Pas une femme qu'on abandonne et qu'on dédaigne, $; le duc était engagé en

VErs Moi, ne crois pas qu'il en épouserait un autre, Non! Quand on et enfants, entre cousine, cest de règle: la famille vous finance CE Vous marie entre deux sourires. (Ce sont jeux du Prentier âce, mais on grandit vite, la raison vient. et les Cxigences de Ja vie bouleversent tous ces projets, Le duc a demandé ta main, dis tu? Epousee, 11 ût été vraiment regrettable que VOUS N'eussiez pas été unie. Vous êtes dignes l'un de l'autre,

Tres heureusement, la baronne, inquiète de ne pas voir reparaître les deux jeunes filles. et SoUpconnant

que perfidie 4 Athénaïs, s'était mise à la recherche, entra et, d'un coup d'œil, voyant Claire pâle et bri- Sé Athénaïs debout et 'aYonnante, elle pressentit ce qui s'était passé.

— Eh bien! que faites-vous done là, enfermées toutes deux, dit-elle, q ‘puis une demi-heure 2

Et, anxieuse, se penchant vers Claire :

— Qu'y a-t-il2

Mademoiselle de Beaulieu ne répondit pas. D'un regard navrant, elle montra a tale qui rajustait froideent ses gants comme 2 duclliste qui vient de tuer son adversaire, (Co SUppliant appel à l'aide bouleversä la baronne. Elle sentit une terribie colère ni monter à la tête, ses petites oreilles devinrent rouges Com me du feu, ot, marchant Sur mademoiselle Moulinet. avec un geste menaçant, elle lui Montra la porte en come Mmençant cette phrase significative:

— Tu vas t’en aller...

Athénaïs, avec une grande présence d'esprit, coupa si nettement court à l’injure, qu’elle eut le droit de paraître ne pas l'avoir comprise.

— Oui, je vais m'en aller... retrouver mon père sur la terrasse, dit-elle. Puis se tournant vers Claire:

— À tout à l’heure,

Et, sans se presser, marquant ainsi qu'elle quittait, de son plein gré et victorieuse an champ de bataille qui lui appartenait, elle sortit,

te

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