‹ Le maître de forges [microforme]Chapitre 15 sur 26 · FLEUR · texte numérisé non relu

FLEUR

lois irritée et inquiète. Le maître de forges se montrait si fier et si grand, que toutes les combinaisons préparées d'avance par elle pour conquérir sa liberté mena- C&ient de manquer misérablement. Philippe venant au-devant de ses désirs avec une bonté inattendue, allait-elle done pouvoir demeurer séparée de Jui? 11 l'adorait et il prétendait essayer de se faire aimer d’elle. Comment, sans injustice et sans cruauté. repousser 6ternellement un homme si loyal ct si généreux? La douceur et la tendresse de son mari lui rendraient, Je lendemain, la résistance impossible, sans brutalité. Elle comprit le danger qu'elle courait, et résolut d'y échapper en brisant résolument tous les liens qui Funissaient à Philippe.

Celui-ci, voyant Claire rester’silencieuse et immobile, s’avanca vers elle. 1] pencha la tête, et sa bouche vint effleurer le front blanc de la jeune femme :

— À demain, dit-il.

Mais en respirant le parfum de cette blonde chevelure, en sentant sur ses lèvres cette chair frémissante, Philippe fut étourdi par une soudaine ivresse. Il cessa d'être maître de lui. Oubliant ses promesses, il ne pensa plus aux susceptibilités du cœur troublé qui palpitait près du sien. 11 vit une femme adorable qu'il désirait follement et qui lui appartenait. Dans un transport irrésistible, il la saisit dans ses bras, et, les yeux ardents:

— Si vous saviez, murmura-t-il comme je vous aime!

Claire, surprise d’abord, devint livide. Elle courba sa taille et, appuyant ses mains sur les épaules de son mari, elle s'efforça de fuir un contact qui lui était odieux.

— Laissez-moi! crinct-elle avec colère.

Les bras de Philippe se desserré regardant la jeune femme blante, le visage décom

? Le)

rent. [1 recula. Et, + QUI était devant lui, tremosé par l'angoisse.

— Comment! dit-il d'une VOIX troublée, vous ne ne donnez même pas Le droit d'effleurer ‘otre front de mes lèvres? Vous me lépoussez avec violence. presque avec horreur! Que se passe-t-il donc en vous? Ce n'est pas là seulement l'effroi de la pudeur? C'est de la répulsion! Vous me haïssez donc? Et Pourquoi Que Vous ai-je fait? Tenez! vos paroles de tout à l'heure me reviennent à l'esprit, et aintenant je crains de les mieux comprendre. Après cette déception dont vous avez souffert, il est resté plus que de l'amertume dans votre cœur. Il y a du regret, peut-être — Monsieur ! protesta

sourdement Claire.

Mais Philippe s'était animé, Colère avait fait monter Je sang uvec agitatior :

Un commencement de à es joues, et marchant

— Madame, les protestations Yagues entre nous, sont Maintenant inutiles. L'heure des explications nettes et franches est venue Vous me donnez par votre at-

titude des soupçons qu'il faut que vous éclaircissiaz,

Pas Son mari sans motifs, Pour Mie traiter comme vous le faites, i] faut.

Philippe s'arrêta, Sa VOIX s'était étr orge, Il était devenu très I

Uue femme ne repousse

anglée dans sa le, et ses mains étaient agie tées d'un tressaillement nerveux. 1] respira avec force, et, se fournant vers sa femme, de facon à ne pas perdre un mouvement de son visage :

— Cet homme, dit-il, qui vous à si lâchement aban-

donnée, est-ce que vous l’aimeriez encore ?

Claire comprit que l’occ

asion de cette rupture tant

désirée par elle se présentait certaine, irrémédiable. Elle

Re . FEU 2 Re à

hésita cependant à la saisir. Philippe, avec sa colère puissante et lucide, lui faisait peur. Elle resta devant lui, les sourcils froncés, incertaine, le cœur bondissant comprenant bien que sa destinée tenait à un fil.

Son silence acheva d'irriter Philippe qui, perdant toute mesure, lui saisit les bras avec force, et, la regardant avec des veux enflammés :

— Vous m'avez entendu? Répondez-moi! Il le faut! Je le veux!

La main de Philippe sur le bras de Claire produisit l'effet d'un doigt posé sur la détente d’une arme à feu. Le coup partit. La hautaine jeune femme, froissée, ct entraînée par cette violence, regarda fixément son mari.

— Eh bien! Ki cela était? dit-elle avec audace.

A peine ces mots étaient-ils prononcés qw’elle les regretta. Le maître de forges s'était dressé formidable. En un instant sa taille grandit, son visage prit une expression terrible, et levant le poing, comme un de ses lourds marteaux à battre le fer:

— Malheureuse! ceria-t-il.

Claire ne recula point d’un pas. Elle baissa le front et laissa tomber ses mains avec abandon comme une martyre prête à recevoir la mort. Philippe la vit, poussa un soupir, fit quelques pas au hasard, saisit avec rage son poing droit de sa main gauche, comme sil eût voulu le briser, pour le punir de s’être dressé menaçant sur une femme, Puis d'une voix plus caime:

— Voyons, dit-il à Claire, mosurez bien vos paroles... Ce que vous m'avez répondu ne doit pas être vrai ?..... C’est impossible! Je rêve, ou bien vous avez voulu m'éprouver. C'est ceia, n'est-ce pas? Oh! ne craignez pas de me l’avouer, je vous pardonne d'avance, quoique vous m'avez fait hien mal... Il ne fant pas abuser d’un

e Cœur comme je mien, vous le saurez un jour. C'est it un cruel jeu, je vous assure...

A Il s'efforça de sourire, mais ses lèvres restèrent erispées. Claire demeurait soinbre et insensible, comme it butée, avec la force d'inertie d'un bloc de Pierre, : — Mais parlez donc! reprit Philippe suppliant. Di. tes-moi quelque chose ! Vous vous taisez ?... C’est done e vrai ?

Elle ne dit Pas une parole, Sabandonnant à Ja dest tinée qu'elle s'était lréparée, avant Yaguement cons- .

uience qu'elle commettait {in crime,

t placable orgueil, décidée à aller jusqu'au bout. Philippe, frappé de stupeur, s'était dirigé vers Ja fenêtre, et, appuyant son front brûlant à la vitn reprendre un peu de Sang-froid. 1] CoMprenait que l’ex- Plication horrible Qu'il avait entamée avec sa femme ne faisait que Coïmencer, I] Claire était décidée I revint verse elle.

ais, dans son im- 6, Il cherchait à

voulut savoir jusqu'où à pousser son audacieuse révolte,

à — Ainsi, c'est le cœur plein d’un consenti à m'épouser? dit-il.

conduite, après l'affront qu’il l'aimez encore! Et Vous osez me le dire! Vous ME Viez donné votre parole d'être femme ler Voilà comment vous avez tenu

autre que vous avez Après lindignité de sa vous à laissé subir vous

io et fidèle,

‘os CMgagements! Et cest sans rougir que vous avez placé

la mienne! A quel degré de vous tombée,

votre main dans }

Cpr'avation iora k dus

— Monsieur, je ne me défend: pas, dit Chain généreux à vous de me fa re souffrir :

— Vous sonffrez! s’écria Phil Ppe.

souffre donc pas? Moi

est-ce

Et moi, je ne

ti Vous aime de toutes les for-

ces de mon âme. Moi qui étais prêt à tont pour vous

ca 1]

plaire et qui ne vous demandais, en échange, qu’un peu d'indulgence et d'affection. Pour satisfaire votre orgueil blessé, pour qu'on ne soupconnât pas votre dépit, vous m'avez sacrifié, spéculant sur ma confiance, riant peut-être de mon aveuglement. Savez-vous que c'est atroce ce que vous avez fait là ?

— Eh! Vous n'avez dont pas vu que depuis quinze jours je suis folle ? s'écria Claire, cessant de se contenir. Mais vous ne comprenez pas que je me débats dans un cercle dont je ne puis sortir? J'ai été entraînée à re que j'ai fait par une fatalité irrésistible, Je dois vous paraître une créature misérable. Vous ne me jugerez jamais aussi sévèrement que je me juge. J'ai mérité votre colère et votre mépris. Tenez prenez tout de moi excepté moi-même... Ma fortune est à vous, je vous F'abandonne. Qu'elle soit la rançon de ma liberté!

— Votre fortune? Vous m'offrez?.….. A moi!.... s'écria Philippe.

I fut sur le point de parler et, dans son indignation, de lui apprendre cette ruine, qu'il avait mis tant de soins et de délicatesse à lui cacher. Quelle vengeance M tirer de la hautaine Claire! Et comme elle était sûre, rapide et cruelle! IT repoussa bien loin cette pensée. 11 la trouva indigne de lui. Et, tout à fait calmé par la satisfaction qu'il éprouva en se trouvant si supérieur moralement à la jeune femme, il put la regarder sans colère.

— En vérité, dit-il froidement, est-ce que vous me prenez pour un homme qui se vend? En vous épousant. dans votre pensée, j'aurais donc fait une spéculation ? Vous vous trompez, madame! vous croyez avoir encore affaire au due de Bligny..

Le coup atteignit directement Claire, et, bondissant,

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conme si, en outrageant le duc, on eût outragée ellemême :

— Monsieur ! cria-t-elle, «

‘n loudrovant Philippe d'un regard.

Mais aussitôt, comme bonteuse,

elle garda L silence.

— Eh bient 1]

’ourquoi vous arrôter ? reprit le maître Défendez-je donc! C'est Le moins que vous Puissiez fair POUr lui... Vous êtes Parfaitement en mesure de l'apprécier, te ressemble tout à fait à

de forges av amertume,

Votre conduila sienne... Calcul et duplin'est pas? Oh! Je Est-{ini,-signé, irrévocubie, quand je suis bien homme qui fât en votre dépendance, si bien épris et bien confiant. Une union avec moi €tait une mésalliance, mais ma docili

cité, telle est votre régle, oi clair sûrement et vous avez choi-

té devait compenser la bassesse de mon origine, Si, par hasard, ;

songeais à me révolter et à faire valoir mes droits, on avait de

quoi me fermer la bouche... Un sac d'écus! Ft, en

ellet, que pouvais-je dire 2 Mari d'une femme si noble et si riche! Moi. un être vulyaire et cupide! Voilà ce que vous avez combiné !

Et quand venez-vous me l'avouer ?Honnêtement sans

toute. une heure avant la cé rémonie? Assez à temps pour que je puisse refuser 'e Marché? Von pas! Vous me laissez comprendre que en arrière, quand tont

quand je ne puis plus me rejeter est fini signé, irrévocable, quand j

e suis bien sûrement votre dupe, et que vous n'avez plus à

craindre que je Vous échappe! Et moi, aveugle

qui n'ai pas vu le pié- Se: Niais, qui n'ai rien soupconné de cette intrigue! Moi tremblant, faire

piquante qui suis venu tout à l'heure, palpitant, ici ma déclaration d'amour! N'étai

je pas plus qu'insencé, plus que gratosane ?

ET PE RE ue: 24 CUiIS- jt

votre fortune,

etai<-

Pas €Ynique et ignohle? Car enfin, j'ai

M5 EE Er prée ms

n'est-il pas vrai? je suis payé! Je n'ai pas le droit Je réclamer !

Et Philippe, éclatant d’un rire effrovable, s’abattit sur le canapé et cacha son visage dans ses mains crispées. Claire ayait écouté sans protester, cette terrible apostrophe. Elle fut plus blessée par les reproches de son mari qu'elle ne fut touchée par sa douleur. Elle s'était mise hors du droit. Et la vérité l'irritait sans l’éclairer. Elle n'entendit pas le cri de soutfrance de Philippe, elle ne retint que l'ironie de ses paroles.

— Monsieur! dit-eile avec hauteur, brisons-là, épargnez-moi d’inutiles railleries. ...

Philippe écarta vivement ses mains, et montrant à a jeune femme un visage inondé de larmes :

— Je ne raille pas, madame, dit-il; Je pteure sur mes espérances trompées, sur mon bonheur perdu. Mais c'est assez de faiblesse. Vous vouliez m'acheter votre liberté, tout à l'heure. Je vons la donne pour rien. Croyez que je ne la troublerai jamais. Euatre nous. tout lien est rompu et rien ne doit plus nous être commun. Toutefois, une séparation publique causerait un scandale que je ne mérite pas de subir et que je vous prie de m’épargner. Nous vivrons l’un près de l’autre, l’un sans l’autre. Mais comme je ne veux point d’équivoque de vous à moi, écoutez bien ce que je vais vous dire. Vous apprendrez un jour la vérité. Vous saurez que vous venez d’être encore plus injuste que cruelle. Et peutêtre aurez-vous alors la pensée de revenir sur ce que vous aurez fait. Je vous déclare dès à présent que ce sera inutile. Je vous verrais maintenant vous traîner à mas pieds en implorant votre pardon que je n’aurais pas pour vous une parole de pitié. J'aurais pu être induigent pour votre colère. T1 me sera impossible d'oublier votre

sécheresse de cœur et votre égoïsme, Adieu.

nous vivrons comme nous |’: avon:

appartement. Voici le mien.

vous n'existez

voulu. Voici votre

À compter d'aujourd'hu:

Z plus pour moi

Claire, sans prononcer une signe d’assentiment.

dernier regard sur la Jeune femme.

une défaillance qui la Jui

parole, inelina là tête et

Philippe, le cœur serré, jeta un

CsSperant un retour.

rendit au mom 1 où il allait la perdre pour toujours, Il ja vit ins. zac Ses Yeux n'eurent Pas Un regard, ses Jévrs Pas üne pa role, I traversa Ja chambre, ouvrit la porte avec lenteur ct

la referma comme à regret

. arrétant encore poi

ter Si un cri, un Sapglot, un SOU pi

à lui, meurtri, humilié, un ] pre nier et offrir de pardonner, pendant Qu'il en était encore temps. [l n'entendit rien.

Alors, se tournant vers cette porte, restait seule l'implacable Jeune fe — Créature orgueille:

Je te briserai.

r, n° lui donnerait ns

rétexte pour revenir le

derrière laquelle mime :

Ise Qui ne veux pas Plier, dit-rl,

Et reprenant le chemin Qu'il avait parcouru une heure avant, le cœur si plein d' espoir, 1! rentra dans «a chambre de garcon.

iMadiuin :

ne

La flamme des lampes avait baissé. Le feu s'était 6 teint, La grande chambre demeura dans une demiobseurité. Claire clouée à la même place, debout devant la haute cheminée, chercha à rassembler ses idées, Elle était sortie triomphante de la lutte,

Elle se Jaissa tomber sur une chaise longue, mais elle dut se relever aussitôt. Des douleurs violentes tiraient les muscles de ses jambes, et elle ne put se tepir immo bile.

Elle souffrit ainsi pendant deux heures, sombre, entétée, ne voulant pas appeler, S'imaginant que si elle ouvrait seulement la porte, son mari croirait qu'elle mandat grâce, et reviendrait,

Les premières lueurs de l'aube la trouvèrent marchant toujours dans sa chambre pour tromper par le mouvsment les douleurs grandissantes de ses jambes. Elle 2° traînait, très pâle, les veux éteints, les deux côtés du front maintenant pris et niartelés, Elle n'en pouvait plus. Elle regarda un instant le ciel qui devenait roc, Elle voulut ouvrir la fenêtre, espérant que l'air pur «di matin la rafraichirait et la calmerait, Sa main défaillante ne put tourner la crémone, et, poussant un cri, elle tomba évanouie sur le tapis,

Vers neuf heures, Brigitte, en approchant de la porte à pas de loup pour écouter si sa maîtresse dormait encore, entendit un gémissement, La fidèle servante eut peur, et, sans hésiter, elle entra. Claire. étendue à la

même place ou elle était tombée, £isait sans mouvement, Elle parlait tout haut d'une voix inintelligible, Son visage était rouge et ses pieds glicés, Brigitte, en un

comment madame Derblay se trouvait ainsi .Par terre, et

comme une plume, Ja déshabil] enfant et, la voyant calmée p;

tour de main, sans se demander

toute vêtue, l'enleva a, la coucha ainsi qu'un 1 l'exquise sensation da bien-être que lui avait Procurée Ta fraîcheur des drap. elle courut chercher Philippe.

Celui-ci S'habillait dans St chambre,

D'un Coup d'œil, la Jurassienne vit le lit dé

fait, lut la tristesse sur le visage de son maître, et, prenant près de l’oreiller 1n mouchoir humide da larmes, elle hocha tristement 11 tête :

— Ah! monsieur Philippe, dit-elle. quel Voilà que vous avez pleuré. Et ele.

malheur !

Le maître de forges devint livide. Îtrembla, L'idée lui vint que Claire s'était livrée à quelque acte de dé sespoir et qu'elle était morte.

— Eh bien ? interrogen-t-;} avec un geste d'effravante angoisse...

Brigitte comprit sa pensée

— Non, dit-elle, mais... si malade!

Philippe n'entendit Pas un mot de plus. Sans pren. dre je temps de mettre ça redingote, courant comme un fou, il s'était dirigé vers la chambre de Claire, Sur k tapis, la robe blanche, les jupons froissés, los petits sou iers à talons cambrés et le corset de satin blane parfumé étaient jetés en désordre,

Pourpre, les veux brillant. sous lours paupières demi. levées, Claire était étendne dons le grand lit à colonnes, Graves, tenant leurs lances, les guerriers de la tapisserie sembiaient veiller sur elle. Philippe put approcher :

elle ne le reconnut pas. Elle souriait ‘doucement, et ses lèvres décolorées laissaient voir ses dents blanches. }] lui prit la main, et la trouva brûlante: Un engourdissement profond succédait à l'agitation incessante de la nuit. Philippe fut épouvanté; il écrivit promptement au meilleur médecin de Besançon qu'il envova chercher en voiture, En même temps, il faisait prévenir à Beaulieu.

Il s'installa au chevet de Claire, plongé dans de désolantes pensées. Allait-elle donc mourir, et tout étaitil fini? Elle souffrait horriblement : c'était visible, Et le délire s'emparait d'elle plus complètement de minuen minute.

Toutes les pensées de rancune du mari tombèrent devant ce triste spectacle. Superstitieux pour la premnère fois de sa vie, Philippe pensa que, si Claire surmontait ce mal, ve serait un signe qu'ile devaient, lui et elle finir par être heurenx, Dès lors, il n'eut plus qu’une idée: la sauver. J1 l’adorait encore follement, malgré ce qu'elle Jui avait fait souffrir, à cause de cela peut-être Philippe passa, assis an pied de ce lit, deux des heures les plus cruelles de sa vie. qui avaient cependant déjà connu beaucoup d'épreuves, {arrivée 4 madame de Beaulieu et d'Octave fut pour lui un immense soulage-

ment, Il s sentit déch ré d'une partie de sa respon-

sabilité, La marquise stupéfaite et épouvantée, fut heureusement Heféience Elle he poussa pas de Cris lents, fé versa js de torrents de larmes et n'invoqua pa Vers fi, bn ein arriva. (C'était un homm jeun re, anCien interne des hôpitaux, très au cou-

rant des progrès de In thérapeutique et parfaitement en

Muation de formules un diagnostic sérienx I n'eut

d'ailleurs pas besoin de clairvovance pour deviner la maladie. Elle s’annonçait d'ellemême par Je délire, par les douleurs à la Nuque et dans le front. par la contracture bilatérale. I] interrogen le pouls at constata cent vingt pulsations, Le thermometre. place: sons l'aisselle, ACCUSA quarante degrés. La fièvre était d'une extrême intensité. Le médecin hocha la tôte e murmurn € mots :

— Très sérieux !

Et" comme la mère, le frôve et le mar: l'interragenient anxieusement du regard, il ajouta

— Méningite...

Et se penchant vers la blanche poitrine de { aire, dans laquelle une respiration haletante sfflait “ouloureusement, il éconta longuement et “Olgneusement, Puis se relevant :

— Quelques troubles au cou: conséquence d'an état nerveux fort grave... Il faud it envaver immédiate. ment chercher douze sangsues ef de la glaci

Suzanne, qui écoutait du seuil de la chambre, fit un signe à Brigitte, et la *eTvante partit en courant. L'aimable enfant. depuis deux heures, atton tait dans le «ae lon, tremblante, agitée, soupconnant un evénerient in-

explicable, et n'osant Pas entrer. Elle se glisxa aupres du lit, ne parlant PAS pour qu'on n'eût pas l'idée de l, loigner, retenant son souffle et regardant avo. terreur le visage rouge et les lèvres pâles de Claire F lui sen hla qu'on étouffait dans cette grande ehambr Et, san: rien demander. guidée par un inst qui fait de to les femmes 4 adorables garcles uies, el HA 8 ponte du Piet ésvrir la fen. L édecin la pa garda du coin de l'a . 864 : # Bien “ Phi Ftttn 1 av Hetne 3 ur, tai était

absorhé, se tourna vers elle avec des veux attendris, et ne pouvant se retenir, il Jui tendit les bras en fondant en larmes. Les nerfs du pauvre garcon étaient trop tendus depuis vingt-quatre heures, Suzanne mêla ses larmes à celles de son frère. Et, se penchant sur son épaule :

— Va, ne crains rien, murmura-t-elie, entre nous denx il ne peut rien lui arriver. Nous la sauverons!

Maïs si Claire pouvait être sanvée, ce ne devait pas être par Suzanne. Philipe demanda à sa sœur, comme un grand sacrifice, de consentir à retourner à son couvent. Le maître de forges . défiait du délire de la jeune femme, Elle parlait avec une affreuse animation. et sans cesse le nom dn due de Blignv revenait eur sos lèvres.

Si Philippe, muet et immobile, dut écouter ces par:les de démence, au moins il voulut que Suzanne les ignrât. Il eut assez de confiance dans l'avenir pour épargner à sa sœur la connaissance de son malheur.

Suzanne pleurant amèrement, mais obéissant comme fonjours aux ordres de son frère, partit pour Besancon. sous la conduite de la fidèle Brigitte. Et Philippe resta soul dans sa maison, en possession complète à: malade adorée. La marquise, dès le premier instant. en voyant avec quelle décision, quelle sagacité et quel! attention de tous les instants son gendre combattait à maladie, le laissa libre d'agir, et se borna à l’assister 1 sa présence. Elle passait toutes ses journées dans la chambre de sa file. Le soir venu, Philippe s'installai! dans un fauteuil auprès du lit, et, dans In demi-clarit d'une lampe placée à l'écart, il veillait.

Le délire n'avait pas cessé, Vainement, le mar avait vu, en pâlissant, le sang de Claire couler gontte à gont-

te, le long de son cou charmant W'açant un silion rou-

geätre sur sa peau blanche, La lt AUI + etait emparé

de ce Pauvre cerveau affaibli. avait mtinué à le trou

Une seule poHsée jucid PEER GUT dans le cerveau de Claire, “Elle avait la Conscience que, pendant qu'elle était étendue Jà, Athénuïs so Warlait. Par une sorte Le double vue, Je jour mé où sa rivale gravit triomphalement les marches 4 Madeleine, couv rtes de fleurs par li magnificence de M. Moulinet, à l'heure exacte où là foule entrait dans l'église sur Jes pas des mariés, Claire eut comme un réve Une iueur de raison passa

dans ses veux, elle ouleva et, d'une voix trés nette, elle dit :

— C’est en ce moment qu'ils se marpnt. ot no] Väls Mourir.

La marquise qui s'était äpprochée essava de lui parler, de Ja tromper; elle ne voulut rien cbtendre, Son délire l'avait reprise, Philippe, épouvanté, envova chercher le médecin qui ne devait venir que je soir. Celui-ci Constat Une élévation nouvelle de la température du Ceres,

Cette jouwrnée-là fut horrible, Philippe attendit dans Wie algoise mortelle l'issue de la crise Il sentait que

Sa Vie se décidais énoant ces heuros interminables. |

Dans s4 tête brisé par fa fatioue et Le chagrin sans text celle pensée tournait. Inpériense con un arrôt : Ni « nous fimirons par être heureux ” Il v crovait, ef atrat donné vol uticrs de sa vte à fui pour pro

ét ch 14 Foi aile, ! SF ét enfin venu, et le calnn Passaiger que

hiiyil thbhortait habitucl Ment à Cire mu éiai RH

UUIL. Les souretls froncés !à Häachoire serrée, ApPpe-

lant toujours le duc avec des accents déchirants, la pauvre femme était étendue dans son lit en désordre. Philippe s'était levé et se penchait vers elle, croyant qu’elle ne le voyait pas. Les yeux de la malade s'euvrirent, et, pleins d’horreur,*se fixèrent sur lui.

Elle fit un effort pour lever le bras et, d’une voix sourr'e :

— Vous l'avez tué, dit-elle; qu'attendez-vous donc our me tuer moi-même ?

Philippe, le cœur déchiré en se voyant st cruellement

méconnu, épuisé par tant d'efforts, Gevint, en un instant fgaible comme un enfant. I} appuya son front au bois sculpté du grand lit et se laissa aller à pleurer amèr”ment. Lentement ses larwies tombèrent goutte à goutte sur le front brûlant de Claire. Ce fut comme une rosée bienfaisante. FE sembla que ces larmes, venues du cœur de Philippe, fussent un philtre souverain. Les traits de la jeune femme se détendirent. Elle soupira

doucement, se soulev® ‘vec peine sur le côté pour écouter. Philippe sanzlta dans l'ombre, sams contrainte, auprès de cet être sus pensée, ne main se posa sur

la sienne, et, en même temps, la voix faible de la malade murmura :

— (jui done pleure auprès de moi? Est-ce toi, mère?

Le maître de forges releva la tête, et vit les veux d Claire dirigés de son côté. I <S'approcha. La jeun femme le reconnut. Une ombre douloureuse passa sur

son front, comme si elle se souvenait Une larme brilla dans ses veux agrandis, et tendant la main vers Fhomine qu'elle avait tant fait souffrir:

Oh! c'est vous? dit-elle... Toujours: vous, gén: reux et dévoué... Oh! pardon! Philippe, pardon!

Lo maitre de forovs tomba à wenoux et haisa passion

nément ces yeux Qui, pour la première fois, l'avaient

regardé sans colère, La jeune femme sourit tristement puis une contraction douloureuse rendit à “ON Visage sa terrible dureté, et le délire S'emiparant d'elle, de nouveau elle se mit à balbutier des mots sans suite

Depuis trois semaines, elle était entre la vie et la Hiort. Cette crise fut la dernière, A partir de cette nuit, la imajadie entra dans une phase nouvelle. L'agitation violente fit places à un en£ourdissement invineible,

— Période comateuse. dit le médecin avec tranquili- 16. Nous avons fait jusqu'ici tout ce qu nous avons PU pour endormir madame. Derblas ; maintenant. nous allons faire tout ce AU NOUS pourrons pour la réveiller.

Philippe comprit bien que Claire, <uf une rechute OÙ complication nouvelle, était Auvee, Mais avee l’ese pérance qu'elle vivrait. Je ÉTA\E souci de réyler son-existence Jui vint, Tant QUO RE jeune femme avait été en danger, il n'avait pensé qu'à la disputer à la mort. Maintenant, il allait falloir la Œsputer à la vie

Claire, retrouvant sa raison, allait, bic probablement retrouver ses répugnances, Dans l'abattement de la

maladie, elle avait pu s'attendrir. avoir un instant do

faiblesse, et demander pardon. KHentrée on posses-;on d'ellesméme, ce montrerait-o re humble et sou. inise ?

Philippe avait appris à connaître caractère altier de sA femme. [1 redouta (RE que retour de son intraitable orgucil. Hi ty mia à [a pensée qu'elle pât creéro qu'il était décidé à profiter de sa convalescence: peur rompre le pacte qu'ils avaient fait n° cette affreuse Bt de noces S'il ParAissait manon: il nité

enant sut les Chsagemeonts : Par luüi-méme, et de

son propre mouvement, 1] pouvait déchoir aux yeux de Claire, et pour toujours. La rigueur lui parut donc nécessaire. Avec la force le caractère qu'il possédait, il était certain qu'il ne s'en départirait point. Il s'était juré à lui-même de briser l’orgueil de sa femme, {| se prépara à tenir son serment.

On était en janvier; l'hiver avait été rude, Le travail de Fusine, suspendu en partie pendant la pértoie aiguë de la maladie de Claire, avait repris son activité. Le bruit des marteaux sonnant sur les enclumes éga à la jeune femme. Sa longue convalescence fut très douce. Elle se reprit à vivre avec délices. Elle éprouva une joie profonde à fixer ses veux sur tout ce qui l'entourait. La grande chambre sévère et un peu sombre, dvec ses panneaux en vieilles tapisseries et ses meubles anciens, Jui plut beaucoup. Tout y était calme, harmonicux et reposé,

Elle passait toutes ses journées en tête à tête avec a marquise, Philippe maintenant ne venait plus que deux fois dans la journée et le soir. [1 s’'informait soisneusement de sa santé, lui demandait s'il pouvait lui procurer quelque chose qui lui fit envie. Et, après être resté cinq minutes assis au pied de son lit, il s'éloignait gravement, Et elle écoutait son pas qui se perdait dans le lointain des appartements, Elle attendait ses visites. les trouvait trop courtes, et commençait à s’irriter lé?rement contre lui.

Elle trouva une occasion de se fâcher et en profit : avec un laisser aller d'enfant. Elle eut la fantaisie d'avoir des fleurs dans sa chambre. Les serres de Beaulieu en étaient pleines, La marquise arriva un jour les bra: chargés d'une botte de Jilas blanc admirable. Philippe se présenta sur ces entrefaites et trouva Claire respirant

les tiges odorantes. I] fit doucement observer que je parfum des fleurs pouvait faire beaucoup de mal à à jeune femme, et, Prenant le bouquet. il e disposa à l'emporter dans le salon.

— Mais je vous assure que je me sens très bien, dit alors Claire avec vivacité, vous POUETIEZ parfaitement me laisser ces fleurs Le — Vous êtes comme toutes le: convalescentes, répondit Philippe en SOuriant, vous vous eXagérez Vos forces... Mais il faut que nous avons la raison pour vous...

— Je vais tout à fait bien, puisque vous vous risquez à me contrarier. reprit la jeune femme avee une moue pleine de coquetterie, Quand j'étais vraiment malade, vous étiez tout autre.

Philippe devint aussitôt très grave, ot. sans répondre, il jeta à Claire un regard triste ot sévère. La jeune femme poussa un soupir, et d'une voix altérée :

— Vous avez raison, dit-elle, EMportez ces fleurs. Ja VOUS remercie,

Ce jour-là, elle fut pensive.

Peu à peu, elle retrouvait la force de réfléchir, Et dans son cerveau raffermi, le souvenir du Passé revenait, Elle prit sur elle de interroger, Elle fut étonnée de ne plus trouver dans SON Cœur la moindre trace de son amour pour le due. Comme UN Mauvais fruit, sa tendresse était tombée, Elle n'avait pas de haine non plus contre Athénaïs. Elle ln plaignait, la devinant destinée à souffrir d'une incurable envie,

Na convalescence fut très longue. Quand elle voulut se lever pour la première fois, elle s'évanouit, et il fallut là reconcher.

I avait juste cinq mois qu'elle était mariée, quand,

Par une belle journée d'avril, elle puf descendre dans le

jardin, soutenue par sa mère et par l'excellente Brigitte.

Elle fit lentement le tour de la pièce d’eau, s’arrêtant de temps en temps pour reprendre des forces, sur les banes de pierre chauffés par le soleil.

À partir de ce jour, l'attitude de Philippe ne changea plus. Doux, aimable et prévenant pour Claire en présence d'étrangers, il se montrait froid, poli et grave quand ils étaient seuls. Sa conduite fut si habilement calculée, que dans son entourage, il passa pour un mari modèle, La marquise n'eut pas le moindre soupçon. Complètement rassurée sur la santé de Claire, elle annonça un beau matin qu’elle partait pour Paris, où son fils Octave, depuis le mois de janvier, était installé. Fidèle à ses théories égalitaires, le jeun? marquis se disposait à jeter son blason aux orties et se faire une bonne clientèle d'avocat.

Claire resta donc en tête à tête avec son mari. Elle le vit juste à l'heure des repas. Après avoir dîné, il la conduisait au salon, s’asseyant cinq minutes, puis se levait, lui disait bonsoir, et se retirait dans son cabinet. Elle eut un soir la curiosité de voir ce qu’il y faisait. Et du dehors, dans la nuit, bien couverte d’un manteau. elle l’épia. Elle vit sur le rideau de la fenêtre éclairée, passer et repasser son ombre, à laquelle le jeu de la lumière donnait une hauteur gigantesque. TI} marchaït de long en large sans s'arréter, lentement, comme pensif.

Claire rentra dans le château et gagna, sur la pointe de pied, la pièce vaisine ( ibaet de travail. Elle s'asait dans Fsbseurité, r raw de Inmière qui passat sous la porte, « ta les éculrs de Philippe foulant sourdement épais tapis. PF marcha ainsi }i

qu'à minuit. Puis quané les derxières vibrations de la

sonner se furent rdues dams le silence, elle lentend't

Ouvrir la porte de sa Chambre et Ja raie de lumière dis parut.

À quoi songeait-il ainsi. Pendant cette marche prolongée et Presque insouciente : Quelles pensées l’absorbaient pendant ces longues heures solitaires? Claire eût donné beaucoup Pour le savoir.

Ayant un désir, elle n'était pas femme à se contenir longtemps, et un soir que Philippe Prenait congé d’elle comme d'habitude :

— Que faites-vous donc, Jui dit-elle, seul. enfermé, si avant dans Ja nuit ?

— Je règle des comptes arriérés. répondit tranquille. ment le maître de forges, Et, fenez, justement. J'ai de l'argent à vous remettre,

En parlant ainsi, il tirait de <a poche une liasse de billets de banque.

— De l'argent ? fit Claire avec étonnement. à moi ?

— <s revenus de votre fortune pendant six mois.

Et Philippe, Posant l'argent sur la table, ajouta froidement :

— Veuillez vérifier, je vous prie, si le Compte est exacti

Claire fit un PAS en arrière ; un flot de Sang lui monta au visage, et le cœur serré, la main tremblante :

— Reprenez, monsieur, S'écria-t-elle. Reprenez, je Vous prie... Je ne dois PAS accepter cet argent...

— Î! faut cependant qe vous le preniez, dit le maître de forges, et, d'un Seste dédaignoux, il poussa les billets de banque devant sa femme.

Celle-ci se redressa prête à Intter, Le geste et l'accent de Philippe l'avaient froissée jusqu'au plue pro- ‘ond d'elle-même. Ses Veux étincelèrent : en un instant

cle redevint lorgneillanse Claire d'autrefois,

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— Je ne veux pas... commença-t-elle en fixant audacieusement son mari.

— Vous ne voulez pas? répéta-t-il avec une sourde ironie.

Leurs regards se croisèrent. Et celui de Philippe était si ferme, si droit et si puissant, que la jeune femme ne put le soutenir.

Pour la première fois, Claire heurtait sa volonté x celle de Philippe. Elle sortit de ce choc étourdie et brisée. Elle fut forcée de reconnaître la supériorité du caactère de son mari, et elle en éprouva une irritation mêlée de joie. Elle conçut pour lui une profonde estime. Et, très attirée par cette nature énergique, elle se mit à l'étudier attentivement.

Quand Bachelin venait dîner à Pont-Avesnes, Philippe passait ia soirée au salon. La jeune femme invita le notaire deux fois par semaine régulièrement. Elle se mit à jouer au whist et fit le mort, comme une douairière. Devant Bachelin, le maître de forges causa, jona mais le convive parti, redevint sévère et silencieux. Malgré ses efforts, la jeune femme ne gagna rien sur la volonté de son mari.

La puissance de Philippe sur lui-même exaspéra Claire. Seule dans sa chambre, elle se laissa aller à de violentes colères. Elle frémissait de se sentir dominée Cet homme était son maître, Il la menait comme il lui plaisait. Et quand elle essayait de se révolter, d'un regard, il savait la faire rentrer dans l'obéissance. Elle le vit froid et dur, comme le fer qu'il travaillait. 1] martelait le caractère de la jeune femme et il était «vident qu'il pourrait, à son gré, lui donner la forme qu'il lui plairait, Claire pleura de honte en constatant son impuissance, Un dernier reste d'orgueil lui permit de

cacher ses tourments à Phil

telle qu’elle devait être.

sans raideur.

Cependant, & elle

Phe. Elle se montra alors

résiynéce sans äertume et digne

Ctait indifférente à Ce qui se passait loin de Pont-Avesnes, ceux des siens qui étaient à Paris, ne lui permettaient Point d'oublier,

La baronne, depuis qu'elle savait son amie rev:

‘nuC à la santé, lui écrivait, avec une Passion intermittente. de

lettres pleines de détails incohérents,

Mais curjiou Par vlle, Claire

eut des nouvelles du duc, de lu duchesse et de M. Mouli-

het.

Athénais avait 1

ait son entrée dans le monde avec un éclat tapageur. Elie a\ait généralement

plu aux hommes, Inais ele avait déchainé

contre elle toutes les feinsarconnières. Le duc ne aucune attention à elle, pres son mariage, il Passait pour être séparé de sa fem me, autant qu'il est possible de l'être.

soins à la belle comte

mes par ses allures libres et

faisait du reste l'rois mois 1e

Il rendait due sse de Canalheilles, une Irlandai- "EUX Feux bleus, profon:

ls et troublants comme la mer.

Quant à la duchesse, elle

firtait avec une de ne de jeunes élégants à bandeau: fr réprochables,

mi-douzai-

SES et à plastrons ir.

ans lequel on ne a voxait nulle part, Elle appelait cette petite phalange de galants “son attelage à six”, Elle le conduisait d'une

ain sûre, sans risquer Verser jamais, La &

cheresse de son eo ur et la pauvreté de son tempérament la mo taient G'illeurs à l'abri d'une süirprise,

La Marquise était enue à Beaulieu, et “ent par son frère, 1 Cet événement.

+ À peu près à la même époque, re.

Suzanne avait été retirée du cou- Claire n'avait point été étrangère

La jeune fille apporta un peu d’ani-

mation dans là inaison, at elle détendit, Ch apparence,

les rapports des époux. Philippe dut jouer la comédie devant Suzanne et sc montrer tendre pour sa femme. à Il s'acquitta parfaitement de cette tâche et ne fit pas naître le moindre soupçon dans l'esprit candide de ia jeune fille. Celle-ci crut son frère parfaitement heureux. Elle ne reconnaissait pas Claire. La fière et sombre mademoiselle de Beaulieu était devenue simple et souriante, Suzanne aima passionnément sa bell:sœur. Elle trouvait en elle une affecticu prévoyante ct douce qui était à la fois d’une mère et d’une amie.

La jeunesse de Claire, comprimée un instant par les inquiétudes, les soucis et le chagrin, repartait vigoureuse comme la sève d’un arbre. Les deux sœurs ne se quittèrent pas. Suzanne avait recommencé, dès sa rentrée à Pont-Avesnes, ses tournées dans les maisons des ouvriers. Claire l'accompagna partout, comme une fée bienfaisante. Elle prit sans scrupule l'argent que Philippe lui avait remis et en usa pour le soulagement des malheureux. On les rencontrait toutes deux, à pied, par’ les chemins de Pont-Avesnes, suuplement vêtues, abritées sous leurs larges ombrelles, suivies du grand grif fon roux de Philippe, et tout le monde se découvrait su” leur passage.

En quelques mois, Claire devint l'idote de cette population ouvrière. On s'était beaucoup occupé d’elle dans les chaumières, au moment de son mariage. Les ouvriers de Pont-Avesnes la connaissait bien, [le avaient vue autrefois passer à cheval, indifférente, absorbée, pensant au duc, et touchant distraitement son chapeau à long voile du pommeau de sa cravache quand on la saluait.

Octave, au mois de juillet, était arrivé à Beaulieu. et alors les parties avaient commencé, Suzanne faisa'

nitvi:

atteler un petit Panier que C| lement elle-même. Le m taient dans les hois de Fr licieuses,

C'étaient d’heureuses journées, Claire oubliait tristesse, Mais, le soir. quand elle se dans sa grande chambre, elle ragements. Elle avait brisé « Elle connaissait mainte prendre qu'il ne re

aire conduisait très habi- ATQUIS Suivait à cheval, et ca.

Ont-A resnes des Promenades dé-

ra 1eWrouvait seule avait de profonds décona vie et sans ressources, nani assez Philippe pour con.- [Il était 3lui avait A lui laissait toute entière,

ures qu'elle passait

viendrait jamais à elle, dèle à la convention conclue rendu sa liberté, et il | Dans les longues he reprocha amèrement de n'avoir pas, autre cerner quel être supérieur ét ser. Elle voyait mainte situation dans le Pays. Elle déconvrait “ec étonnement, une des sonrces tune du maître de forges, vant la rentrée de Suzanne des forges du Nivernais, Elle interrogea alors adroi. tement sa belle. ‘œur, et apprit avec surprise que son mari était en passe de devenir un des princes de l'industrie, cette force dominante du siècle, Elle eut honte d'elle-même, C'était à un pareil homme qu'elle avait offert sn fortune, comme nn dédomma- &ement du mal qu'elle Jui faisait!

Qu'était sa fortune.

confondue dans les vastes Capitaux du maître de forges ?

Une goutte d’eau perdue dans un lac. Elle sentit combien son orgueil avait été à la fois odieux et ridicule. Elle jugea que Philippe devait la mépriser et elle en «- Prouva un violent chagrin.

entre eux, [1

seule, elle se fois, su disait celui qu'elle allait €

pounant Combien était

grande sa ‘haque jour, ànombreuses de la for- Elle ignorait totalement, à-

à Pont-Avesnes, l'existence

Elle sut le cacher cepen-

DRE | CHERE" TES : PH TRS ere SES Enr y

dant, suivant en cela l'exemple que son mari donnait, avec une force d'âme admirable.

Pourtant, la tendresse qu'elle avait our Philippe <e trahisssit malgré elle dans de petits détails. Elle l'accueills avec une joie qui éclatait sur son visage, elle n'avait de regards que pour lui, et s'ingéniait à faire tout ce qui pouvait Jui plaire. Nuzaane lui était précieuse pour ses épanchements.

Un jour que, sur la terrasse, la jeune fille, après déjeuner, s'était amusée à passer doucement un brin de folle avoine sur le cou de sa belle-sœur, celle-ci la saisit par-dessus son épaule et l'attira vers elle. Philippe dégustait une tasse de café de l'air le plus indifférent, suivant des veux le vol des martinets qui se poursuivaient dans le ciel bleu avec des cris de joie aigus. (Claire »vait pris la tete de la jeune fille entre ses mains, et ja regardait avec des veux attendris. Elle poussa un soupir, et, posant doucement ses lèvres sur les boucles lég”res qui frisaient sur le front de Suzanne:

— Chère enfant, murmura-t-elle, comme tu ressembles à ton frère!

Philippe avait entendu. Il tressaillit, Jamais rien de si direct n'avait jailli du cœur de Claire vers le sien. T1 resta un instant jsumobile, puis sans prononcer une parole, il s'éloigna. Madame Derblay essuva une larme qui perlait dans ses veux. Suzanne se jeta sur elle avec une furie d'affection:

— Vous pleurez, lui dit-elle, vous pleurez! Qu'avezvous? Oh! parlez!... Vous savez combien je vous a1me.... Philippe vous aurait-il fait de la peine? C serait san: le vouloir, et il suffirait de lui dire un mot. Voulez-vous que je le lui dise?....

— Non! répondit vivement Claire en sefforeant de

sourire. Je suis un peu énervée., fait pour moi, et je

ricusement. en 1

Philippe est parse, a jouta-t-elle sé conne pour faire CONvictiot Puis se levant :

— Allons faire un tour,

Et elles allèrent dans Je folles, et ri

suis bien heureu ‘gardant Suzanne, entrer plus profondément cette

dans l'esprit de la jeune fille.

dit-elle £älement, parce, courant aut comme S'il ne so Ce fut un des dernie

Coinme deux

fût rien passé,

rs jours relativeme

Claire. Le lendemain, Je duc et |

arrivèrent à Ja Varenne.

L'annonce de leur pr

nt heureux de à duchesse de Bligny

ésence mécontenta Ja Jeune femme, Elle espérait ne plus jamais les revoir, Elle re. marqua que Philippe l'observait à Elle s'efforça de se faire un visa Le soir même, Philippe, aprè rée, aborda la discussion de habitants de la Varenne, — Le duc de Bligny est votre près votre frère, dit-il d'une lupture apparente Vous vous ê

vec plus d'attention.

ge Hinmuablement calme, S que Suzanne se fut reti.

s relations à établir avec Jes

plus proche parent, avoix tranquille, Aucune n'a eu lieu entre lui et voire famille, tes même appliquée à maintenir

les bons lapports au moment de

notre mariage je ne pense pas qu'il serait habile aujourd'hui de modifier cette facon d'agir. Si le duc et la ducehsse de Blignr se présentent ici, je suis d'avis qu'il faut les re rents, c'est-ñ-dire de vons pas,

eVOIr comme vos panotre mieux. Si nous ne les rece.

nous nous exXposons

à des commentaires que je désire éviter,

Cependant je ne prétende Poser Ma manière de voir.

que qui que ce soit dans | sont voe désirs,

pas vous im- Vous êtes plus intéressée a question. Dites-moi quels je m'y conformerai.

Claire resta un instant silencieuse,

L'intervention

nouvelle du duc et d’Athénaïs dans sa vie lui parut être le signal des plus grands dangers. Elle eut linstinct que le malheur complet, irrémédiable, entrerait avec eux dans sa maison. Elle fut sur le point de parler, d'ouvrir son cœur, de demander grâce, peut-être. Elle n'osa point, et, aveuglement, accepta tout ce qu'avait résolu Philippe.

— Il faut les bien accueillir, vous avez raison, dit-elle et je vous remercie de vous imposer cette contrainte. La présence du due me sera aussi pénible qu'à vous; je vous prie de n’en pas douter.

Philippe fit un signe de tête qui ne voulait dire ni oni ni non, et la conversation en resta là.

+ mt |

ul

Le duc n'était pas venu de Varenne. 1] ne pouvait pas Parisien dans âme, les Platanes des boulevards et Marronniers des Champs-Elysées lui semblaient une ver dure suffisante. Son cercle, où ;] mic et Ia plupart de ses soirées vie, 11 n'était en aucune lait la lecture.

Lorsque son Les

son plein gré S'installer à Supporter Ja Campagne,

les

Passait ses upr'és- » formait le fond de <a façon contemplatif et détese

iu-père le conduisit avec orgueil dans la serre de Ja Varenne et lui montra une superbe colle. tion d'orchidées, que son jardinier, Moulinet parlait avec déférence, avait Connencé à grand frais, le duc jeta un regard distrait sur | uement rangés, Murmura un: “ Très JoH ” indiffé. rent. Puis, du bout des doigts, détachant de sa tige une fleur Merveilleuse, il Ja passa à

— Vous savez que c'est une fleur

un honime auquel

# pots symétrie

sa bontonnière, de quinze louis que ous venez de cueillir ? dit en souriant l'ancien Juge au tribnal de commerce,

— Ah! fit le due avec tranquillité.

Eh bien ! maj Je ne la trouve pas

trop chère pour moi, Moulinet regarda son gendre de travers

rien dire, Au fond il] le craignait,

façon de Je toiser qui lui imposait, Ayant peu réussi avec ses serres,

mais il n’osa Le duc avait une

il espéra faire plus l'avait réuni là une douzaine de chevaux de selle et d'attelage, dont

d'effet avec ses écuripe.

son Cocher lui a-

vait dit grand bien et qu'il avait payés en cosequence.

La duchesse accompagna son père et son mari aux écuries. Elle foula de son petit soulier 1a bordure de paille soigneusement tressée des litières, regaräant chaque cheval en liberté dans son box, au haut duquel une plaque était préparée pour le nom. L'aménagement de: écuries obtint les suffrages du due, mais les chevaux fe laissèrent froid. Le premier cocher quêta vainement des compliments. Le due trouva d'un coup d'œil le défaut de chaque bête, et donna fortement à réfléchir à M. Moulinet.

Le soir, il y eut une explication sérieuse, de laquelle il résulta, pour le cocher, qne le ge dre de M. Moulinet s’y connaissait trop bien pour qu'il fût désormais possible de faire payer six mille francs des chevaux qui nn valaient pas plus de dix-huit cents. Le due résuma son opirion d’une façon qui acheva de lui conquérir l'estim de l’homme d'ecurie.

— Volez votre maître, mon brave, dit-il, c'es out naturel, mais ne l’enrossez pas!

Ayant faft visiter au duc ses serres et ses écuries saus plus de sutcès pour les unes que pour les autres, lancien ju, au tribunal de commerce se trouva au bout des distractions qu'il réservait à son gendre. Celui-ci, entre sa femme et M. Moulinet, s'ennuva d'une façon supérieure. La solitude lui devint précieuse. Et il s'enfernia chaque jour, après le déjeuner, dans le fumoir. Là. étendu sur le large divan de cuir havane, il dormi à poing fermés. Au bout d’une semaine de cette exi-tence, ne pouvant plus y tenir, sentant les impertinences se presser bourdonnantes et irritées sur ses lèvres, la duc alla annoncer à sa femme et à son beau-père qu'une affaire pressante l'aspelait à Trouville, quant

Athénaïs offrit d'aller ‘ Cette proposition

elle lui fi. desagréable.

Peu à peu effacé de

so] f rges y

était resté fort nue à peu ] au mari, De quoi? I] eût Peut-être de ce qu'il Claire lui avait fait ce qu'il “était tout | il était à appeler le

subi

“Torgerop*”, Il fut Cependant curie né co

Et i]

u Mariage conclu lai aCCOMNagna Derblav, sans se f:

Part Jui: “ Mon Vo\age n jour, Et je pu

témoigne vre (aire,

Je lui dois bic Pendant le trajet de due se montra taciturne,

lant avec une abondance

Hinet, et se montrant pathie avait brt lendemain à qu appelait à Trouville.

Mais il s’enfe Seulemer

luna une partie de I ‘MT poussent à L rêverie.

“ers le plafond Jes spir Au travers de leurs anneaux me fugitive.

Dans ane

SUrpri le de

ès indifférente, AVait été

‘opposé de sa pr instinctivement hostile

son beau-père et aire trop tirer

Pont-Av nes

le meilleur ISQUement cessé.

4 parler de cette 1

ma plus que il ne dormit pas.

à journée, ces cigarettes du

Il regarda monter ] ales bleues,

demi ‘bscurité, |

ire Visite ü Ponte Avesnes.

PL au premier

abord, L: Souvenir le

Claire s'était CŒUT, inaïs cel

ui du mai net.

La femme ils j|

tre Ge lui était dova.

avait ourdé laDeune été bien CMharrassé de le dira, lice de l'affront que publiquement. Peut-êtra de

Pre nature, Enfin à celui

com]

qu'il continuait

x de voir Comment avait tour-

is deg Conditions; bizarres, St femme chez M.

l'oreille.

I se disait a ‘en sera

retardé que r quelques Conrds n cela,”

d'un à cette pau-

à Ja Varenne, À diner, il fus trop gai, par.

Phisantant M. Moufils du m inde.

ébrile,

Son a- Il ne sonvea plus le ameuse affaire pressante Junais dans Je fumois, Etendu sur Je divan, il Levant entement semblant Poursuivre, légers et flottants, une for-

y 30 el e Visage ul

ER PEN UNE es PORC isseperee rennes

Clhüre, telle qu'il venait de la voir, lni apparaissait, 1] fermait les veux et il la vovait toujours.

Obsédé par cette vision, il voulut lui échapper par le mouvement, Il fit <eller un de ces chevaux que M. Moulinet avait payés si cher et qui valaient si peu d’argent. Et, par le parc, il s'en alla, laissant flotter ie: renes sur le cou de sa monture.

Necouant son engourdissement, le due fit sentir l'éperon à son cheval qui partit an galop. Sans s’en apercevoir, il était sorti du pare et, maintenant, il courait en pleine forêt. Toujours le fantôme charmant qui hantait son esprit, fuyait devant lui, l'entraînant à sa suite.Son cheval avait conduit à la lisière de la plaine, Un grand mur bas, par-dessus lesquels les branches alourdies se penchaient, attira son attention. Une large coupée, bordée par un profond sant de loup, s’ouvrait de la masce épaisse des arbres. Le duc machinalemént se dirigea de ce côté. Un large tapis de gazon se déroulait devant les veux, et, tout au bout, une vaste con:truction blanche s'élevait Le due tressaillit, 1 venait de reconnaître Pont-Avesnes,

Ainsi, le hasard le rainenait vers celle qu'il s'effo”cait de fuir. La fatalité voulait-elle done réunir ceux qu'elle avait séparés ? |

Bligny se prit à sourire. T1 se rappela ce qu'il avait dit au baron, le soir du mariage: “ Depuis Vuleain, le: forgerons n'ont pas de chance!” Il oublia ce terrible marteau dont son interlocuteur l'avait menacé, D'ailleurs, était-ce la crainte qui pouvait empêcher le due «' chercher à satisfaire une de ses fantaisies? Et, sa rsolution étant prise désormais, l'esprit soulagé, il rentra à la Varenne.

Rien ne pouvait être plus menaçant pour le repos

infligé. I] pressentit qu'Athénaïs était d son rôle dans cette dangeureuse “ail se livrer entre la duche Jui.

de M. Derol: que les intentions mn Prise entre la gravité { line de Gaston. |

UVeles du due, froide de Philipyn et la crüce ce a jeune mme d Vait

as, Sinon dans un [l'était évident que

dre dans un SÉTICUX langer, le maître de for

grand embarr

ses en montrant au due une si trans ill cordialité, avait une arrière pensée. Rien n'oût été Plus aisé pour Jui que d'élo #ner peu à peu les parents de Sa lemme et de restreindre les relations intimes

+ Qui S'établirent dès L jours, en

Purs et simples rapport.

Philippe n'était pas facile décidé s'exéeutait habituelle donc il se livrait ainsi à l'e et de la duchesse,

* premiers de bon voisinage, 4 à entamer, et ce qu'il avait point. Ki nvahissante tendres c'est qu'il entrait cans ses leur ouvrir sa maison toute Pendant les longue au pied du lit de C1 ur tous les événem

ment de puint en

se du duc L projets uo grande.

S heures que Philippe avait passées aire Mourante, il avait appris un nES qui avaient pré Il s'était rendu compte de Athénaïs avait poursuivi

\é son Mariawe, l'acharne, 3 avec lequel sa rivale, Il fit à la duchewe “a part de responsabilité. ft plus il la trouva CON pable, plus il fut porté à excuser Claire. Cependant i] jugea nécessaire de ne pas se départir de

la rigueur xvec laquelle ii ax

ait jusqu'à ce jour traité sa fe

La lutte qu'il avait engagée avec ner par sa victoire à lui.

gueilleusee Claire une revanche terrible de ]

nime.

‘ie devait se termi- Î fallait qu'il fit subir à l'oripreuve décisive, ef qu'il prit une ‘affront immérité qu'elle lui avait lestinée à jouer partie, La bataille de.

Sse 6 Claire, entre le due ot

[1 la prévit acharnée. pleme d'embches perfides 7

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