‹ Le maître de forges [microforme]Chapitre 16 sur 26 · EL · texte numérisé non relu

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et de redoutables surprises. 11 n'était pas impossible qu'elle se dénouût par la mort d’un homme.

Philippe n'eut pas une hésitation. Apès tout, qu'avait-il à perdre? Sa vie était compromise et son bonheur perdu. 1} ne pouvait que gagner à tenter l'aventure. Seulement, prudent autant qu'il était résolu, i! voulut prendre ses précautions et faire tout pour s’assurer le succès. Trouvant Claire trop isolée, puisqu’en apparence il ne pouvait prendre sa défense, il pensa à lui donner une fidèle alliée, 1} invita la baronne à ve. nir ave son mari passer quelques semaines auprès d'eux. Les forces se trouvant ainsi équilibrées et les deux pa’tis en présence, il] n'y avait plus qu’à attendre l’engagement.

Dès les premiers jours, il fut facile de voir que la duchesse de Bligny avait formé le projet de révolutionner ce petit coin paisible de la province, La Varenne devint un centre joyeux qui retentit sas cesse des éclats de la fête par laquelle Athénaïs fut jalouse de signaler sa présence, Etant implantée depuis peu dans le par. elle prétendit en devenir Ja souveraine incontestée, à loree de faste, d'entrain et d'excentricité,

Elle avait fait venir de Paris deux de ses suivants, le gros La Brède et le petit du Tremblays, 1 paire de tru:teurs la plus brillante de son famenx attelage à six. “ La Brède et du Tremblays, avait-elle dit en riant. e: suffira pour Ja campagne. On les attellera en poste, ot, avec beanconp de grelots, ils feront illusion! ,,,°

En effet, La Brède et du Tremblays, ces deux insépurrables qui, assez ternes pris l'un de l'au:re, étaient sur- Prenants une fois en groupe, leurs doux nullités se faisant valoir, de même que deux négatives valent une «1 firmation, étaient arrivés avec un cotillon, un law.-

)ossible

» qu'an bonl’avenolu, :i!

s’assusqu’en ensa à à ved'eux.

X pa'ngage-

la duonner ne de.

éclats gnaler pars

tée, à

tennis et un polo dans leurs bagages, Ii comme si le diable de Paris était sorti de leurs vaient-ils mis le pied à la V venue enragée,

Besançon trouva un orchestre de dix Musiciens à fou nir à la duchesse, car on dansa tous je teau. La jeune jurassienne apprit avec stupeur que madame de Bligny avait l'intention de divertir tout 1. pays. De tous les châteaux environnants, | les briskas, les chars à bancs, tout

valises, à peine a-

arenne, que {a vie Y était de-

$ samedis au cha

es berlines, eune carrosserie bizarre, dont certains modèles remontaient à ] se répandirent sur Ja route de la Varenne avec un bruit de ferrailles. Les hobereaux hauts en

a Restau ation,

couleur, aux muscles durs comme les rochers de le

urs Montagnes, se mirent à lancer les balles du lawn-tennis, galop sur les pelouses la boule du polo, de grands Coups de râteaux sur la tête, et à valser des soirées entières avec une vigueur infatigable, L'ancien juge au tribunal de commerces s'était 6 ER voyant sa fille remuer avec cette

à pousser :14 en se donnar:

panoui ardeur passionnée la haute société de Son arrondissement, Le candidat :e dit: “Autant d'invités, autant d'électeurs, 1] poussa donc la duchesse dans cette voie, en lui ouvrant des crée Mits illimités, Et pendant que les flles et les dansaient, lui, il entreprit les pèr linet eut Cependant un souci : ni le préfet, ni le général Commandant Ja place de Besançon, ne rées de là Varenne. Peut-être le milien parut} {trop aristocratique an représentant de | Quant au chef de l'administration Militaire, il venait d'être réprimandé Pour avoir toléré que la tât les armes à Ja procession.

fetimes * el les maris. Mou-

Vinrent aux soi.

‘administration civile,

£arnison po-- Il crut prudent de sgh

tenir de montrer ses étoiles dans les salons de la ducehsse.

— Qu'est-ce que cela peut te faire que le préfet ne vienne pas, demanda Atlénaïs à Moulinet très inquict, si tous ses administrés sont pour toi? Fais-le empoigner par le Courrier. Qu'on raconte une histoire bât sur son compte! Tiens, veux-tu que je te fasse faire l'article par La Brède? Ce sera drôle. Quant su général, c’est un zéro: ses soldats ne votent pas!

Athénaïs avait un bien plus grave sujet de mécompte que son père. Madame Derblay s'était fait excuser de iv pas venir aux soirées du samedi. Elle se disait encore trop souffrante pour veiller. La duchesse, dont !e seul but en donnant ses fêtes, avait été de contraindr” Claire à y assister, dévora difieilement sa rage. Elle eut des mouvements d'humeur qui troublèrent la gaieté de son entourage.

Claire vint dîner une fois à la Varenne, et son attitude fut composée par une extrême habileté. La pétulante et envahissante duchesse, auprès de cette noble et élégante femme, parut ce qu'elle était en réalité: une ptite personne assez mal élevée, faisant et disant tout cc qui lui passait par la tête, avec une audace de parvenue millionnaire, On put fuire la différence, et tout l’avantage fut pour Claire.

Athénaïs le sentit, et elle se promit de terribles ;vprésailles, Cette jeune femme brune, au visage charmant, à l'œil vif et au sourire gracieux, était tout ec: qu'on pouvait rêver de plus mauvais sur la terre.

Ce qui irrita surtout la duchesse, ce fut le bon acco“l qui parut exister entre monsieur et madame Derblar. Le mari était nrévenant, tendre et rttentif: la femimo était pleine de déférence et d'affection. 11 n’y avait pa:

ehs-

y De lit, poibêt »

aire enc-

pie de ent le dre Sile

leté

{titu-

à se tromper au sourire de ‘aire.

auprés d'elle, et qu'il la protége elle aimait. Et certainement went le maître de

4u2nd Philippe était ait le toute son autorité :

elle était aimée. Coinforges n'eût-i] pas ré aussi parfaite, réunissant, la grâce physique et Ja l'avait-il pas épousée ]

adoré une créatudans un ensemble exquis, beauté morale 2 At amour? | humiliantes étrangetés de la femme ruinée, et abandonnée par le Gue, plement, heureux de Pouvoir ja posséder ment elle eût été un trésor!

Ainsi, il était dans la destiné de Claire d'être toujours aimée, Tandis que Le sort avait décidé qu'At} laisserait les hommes indif'érents, courtisait. Mais qu'étaient-ce galanteries de salon,

D'ailleurs, n> ’assant sur toutes Les situaticn, acceptant un»

Et cela sim

» COMME si vraie

1énaïs Sans doute on la que ces adulations, ces Ces Passagers erprices qu'elle ins- Pirait, comparés à l'amour sincère, Profond, inaitérable, que Claire avait le don de faire naître ?

Dans l'emportement de sa jalousie, Athénaïs S'occupa Particulièrement de M. Derblay. Elle se pour Jui plaire, et l'accapara pendant soirée,

fit sérieuse une partie de lu

Elle Gprouva aussitôt une joie diabolique en voyar.# Claire s'assombrir, s’agiter et suivre avec angoisse jo Manège auquel elle se livrait, Athénaïs lut Ja soufrance sur le front de celle qu’elle haïssait et. comprit qu'elle venait de découvrir le défaut de la euifasse, pur lequel i] lui serait possible d mortel,

dès lors, eli

e frapper un Cou)

A la vérité, l'attitude de Philippe avait été celle d'un homme bien élevé, qui se voit l'ahint A distinctions [! accueillit avec

tres wecentuées de ia

flatteuses d'une maîtresse de maison.

une aisance parfaite les avances

duchesse, If lui laissa prendre son bras pour parcourir les salons, et causa avec grâce. Il fut juste assez empressé pour paraître très agréable, et juste assez froid pour qu'on ne pût pas dire qu'il avait été avec la duchesse autrement qu'avec toutes les autres femmes.

Cependant, si maitre qu’il fût de lui, un owservateur attentif eût pu découvrir qu’il était en proie à un trouble violent. Pendant que la duchesse, faisant la roue comme un jeune paon, s'était emparée de lui, et lui montrait le salon, les serres, il avait vu Bligny s'approche: doucement de Claire, se pencher par-dessus le dossier du fauteuil, et parler en souriant. (était la première fois qu'il voyait Gaston et Claire l’un près de l'autre, échangeant leurs pensées sans témoin. Il frémit, et un: rougeur ardente monta à ses tempes.

— (Qu'avez-vous donc? demanda la duchesse.

Et elle se mit à sourire.

— L'odeur violente de ces arbustes et lu chaleur de ia serre n'étourdissent, répondit le maître de forges, reprenant son calme. Rentrons dans le salon, si vous 1° voulez bien ?

Et, conduisant la duchesse à pas 'ent:, il revint, t°: nant sous son regard le duc et Claire, qui continuaient à causer.

Depuis le dîner, le duc n'avait point paru. FF avait emmené ses convives dans le fumoir et les avait mis ‘1 face de la collection la plus variée de cigares et de cigarettes. Au bout d'une demi-heure, il avait prétexté ses devoirs de maître de maison et avait laissé les fumeurs au milieu d'un nuage épais. [1 voulait se rapprocher de Claire. Mais, connaissant le caractère emporté de la jeune femme, il ne se hasarda pas à l’aborder en fa

Peut-être eût-il mieux valu s'abstenir encore et lai -

ser le temps consolider Je terrain avant de SV aventurer Mais Bligny en était venu à ce de ne pouvoir retarder ] ces. [l s'avançca donc,

point de exnique égoïsine à satisfaction d'un de ses capr'parlant à <es amis, f courtes stations auprès des fe un oiseau de proie, les cercles Qu'il écrivait autour de Claire. I était arrivé ainsi derrière elle. I] fit un pis et, se penchant vers

tiède parfum.

aisant «2 ines resscrrant, comm

la jeune femme. dont il aspira ie

— Vous sentez-vous tout à fait bien ce soir 2 lui dit-,l

d'une voix caressante. Je viens presque en tremblant vous demander de vos nouvelles,

car je crains d'être a:

sez malheureux pour

‘ue vous ne me voyiez pas m'a pprocher sans déplaisir.

Claire se retourna vivement. et regardant le due bien en face :

— Et pourquoi vous vérrais-je avec déplaisir répondit-elle hardiment Serais-je venue chez vous,

si j'avais à votre égard les senti ments

que vous m'attribuez ?

Le duc hocha mélancoliquement la tête :

— Voilà la première fois que nous avons le loisir de parler librement, depuis votre mariage, reprit-il, et je vois bien que nous n'allons pas encore dire Ja vérité, Ca “era une des douleurs de ma vie, n'étant mal conduit CNVErs vous, de ne pouvoir vous expliquer les raisons qui peuvent pent-être me faire absoudre.

— Mais vous n'avez pas besoin d'absoiution, moi, dit Claire avec tranquillité... , reproches ?

Crovt mn ‘os ai-je fait des Et crovez-vous vraiment qu: vous en m'ritez? Laissez-moi vous dire que ce serait faire preuve d'une étrange fatuité.

— Vous sonlagez ma conscience d'un poids très lonur] reprit le

> duc, Mon mariage a été une des fatales né-

cessités de l'existence parisienne. Je me suis trouvé un jour dans une telle situation qu'il m'a failu choisir ectre mon bonheur et mon honneur. J'avais deux dettss à acquitter. Mais, en satisfaisant à l’une. il fallait manquer à l'autre. Jai sacrifié mon amour, pour sauver mon nom. Voilà, Claire, ce qu'il me fallait vous apprendre...

— En d'autres termes, M. Moulinet vous a tiré d’une affaire épineuse, et vous, par reconnaissance, vous avez épousé sa fille... avec plusieurs miliions de dot!..... Allons, due, la pénitence est douce, comme dit la chanson... Et de plus, si je vous ai bien compris, vous avez, pour vous soutenir dans cette épreuve, le sentiment du devoir accompli... Vous devez donc être heureux... Et vous m'en voyez charmée…. 2

Sous l’aiguillon de ces ironiques paroles, le duc tre-saillit :

— Et vous? dit-il brusquement, êtes-vous heureuse ?

— Vous êtes le seul qui n’ayez pas le droit de me le demander! riposta fièrement Claire.

Au mème moment, la duchesse revenait avec Philippe Le duc, d’un mouvement de tête montra à la jeune fenme son mari au bras d'Athénaïs. Et voyant Claire se troubler et pâlir, il lui jeta un regard profondément railjour

— Vous méritiez d’être mieux aimée, dit-il.

Et, s'étant incliné, il s’éloigna lentement.

Claire frémit à la pensée que le due avait pu deviner son secret. Aïnsi, il mettait en doute le bonheur qu'elle avait voulu affirmer au prix de tant de dissimulation. Elle pressentit quels dangers elle aurait à courir si le duc était assez mal inspiré pour s'occuper d'elle. Comment pourrait-elle continuer l’œuvre de la conquête d>

ui tes anver ap-

n°2 vez

son mar:? Comment pourmit-elle

empécher son mari de s'émouvoir des pour

suites du duc? Et elle-mên: 3, aux prises avec ce dangereux assaillant, comment trouverait-elle la liberté de combattre ja duchesse, dont elle voyait déjà l'audacieuse Coquetterie enlaçant Philippe ?

Elle résolut de fuir. Et faisant à son mari un si. gnce qui l’amena aussitôt auprés d'elle, elle Je pria de ‘aire demander la voiture.

Puis coupant court aux Caressantes protestations d'Athénaïs et adressant un froid salut au duc, la jeune femme entraîna Phil tant de précipitation Ines.

ippe avec auque si le château eût été en flam-

Quand ils furent dans leur coupé, roulant sur la route sonore, dans une nuit transparente et douce, Claire sè crut sauvée. Elle ne Craignit pas d’i

«> Se tournant vers lui:

— Comment avez-vous trouvé la duchesse ?

— Charmante... +: répondit distsaitement

— Nous ne retournerons plus Ciaire. Je souffrirais trop.

Ils ne retournèrent point à la Varenne.

à M. Moulinet, au duc et à la ducehsse, dans laine zaine suivante, le diner qu'ils avaient

iterroger Philippe

Philippe.

à la Varenne, se dit

[ls rendront

reçu, et opyoserent des refus persistants aux envalissantes politesses de leurs voisins.

La vieille marquise fixée sur les hauteurs de Beaulieu comme une tourterelle solitaire ot plaintive, n'avait pas mis les pieds chez sa nièce par alliance,

L'absence de M. et de Madame Derblay commençait à être remarquée. Les commentaires allaient leur train. Et la baronne de Préfont, cette bonne langue. étant arrivée chez Claire, Athénaïs prévorait le moment où on allait croire à une brouille entre la Varenne et Pont-Avesnes. 1]

fallait à tout prix briser lg glace qui s'épaississait, en sienaçantes banquises, entre les deux jeunes ménages. Un divertissement presque publie, auque' serait conviée toute la bonne société du pays, pouvait seul servir de prétexte.

Ce fut La Brède qi, saus y mettre de malice, comme tous les hommes inspirés, fournit à la duchesse l’occasion tant chercheé. Il proposa un ra!lye-paper à courre dans les bois de la Varenne et de Pont-Avesnes. On convoquerait les autorités civiles et militaires. LE ?s ofticiers de la garnison recevraient des invitations et toui le monde suivrait la chasse, soit à cheval, soit en voitur.…. Un gigantesque lunch serait préparé au rond-point de: Etangs. En un mt on donnerait une fête sportive, dont il serait parlé jusque dans les journaux de Paris.

Peu s'en fallut qu'Athénaïs n'en'rassât La Brède pour cette trouvaille de génie. Et lançant son père en avant pour les invitations, mettant toute la maison à couper des petits papiers, la duchesse alla elle-même à Pont- Avesnes ct revint, rayonnante, avec une réponse favorable.

Le rond-point des Étangs est situé à la ‘isière des bois de Pont-Avesnes et de ceux de la Varenne, de mares, couvertes de jones et de plantes feuilles, étendant leurs tiges luisantes à | “aux, comme des serpents endormis,

Une suite aux larges a surface des se prolonge pendant quatre où cinq cents mètres et a donné son nom au rondpoint. Les basses branches des chênes se penchent comme avides de fraîcheur. Et les feuilles tombées tous le; ans à l'automne ont fait. en pourrissant le long des be: xes, Une épaisse vase dans laquelle les sangliers vienner: le matin se rouler avec délices. Der barrières peintes en blanc, coupant, en temps ordinaire, les chemins de j4 forêt, en forment un carrefour large de deux cents mètres, couvert d’un gazon épais et moelleux comme du velours. :

M. Moulinei, amant passionné de la belle nature. séduit par la beauté du paysage, a d'shonoré le site er ÿ faisant construire un kiosque chinois.

Au milieu de ce vaste carrefour, nine table dressée en plein air, servie par des valets de pied en grande tenu, offrait aux invités de Ja duchesse tous les reconfortants désirables avant lentreprendre une longue chevauchée, Depuis une heure, La Brède, hardé de son fidète du Tremblays, pareourait les taillis, semant les petits pa. piers qui devaient indiquer la piste, prenant de l’avance, coupant ses voies, multipliant les contre-pieds, prépa rent les défauts avec une confiance éreintante.

Par toutes les routes conduisant au rond-point, arr:vaient les breaks et les calèches. Les toilettes claires des femmes s’abritant sous leurs ombrelles multicolores, les dolmans bleus et les pantalons rouges des hussards

\ faisaient des taches gaies sur la vrdcre des arbres. Lo: chevaux, tenus en main par les gardes habillés de drap vert, la tête couverte de la cape ronde, tendaient ver; le sol, couvert d’herlxks fraîches. leurs bouches gourmen des; les étriers sonnaient entre-choqués, un henniss»ment elair éclatais, et les bouchons du champagne -antaient gaiement, laissant couler la mousse dans les verres.

Serrée dans son amazone noire à jipe courte, agitant, dans sa main gantée, une eravache dont le pommeau «tait orné d’un énorme œil-de-chet, Atlénaïs, avec une gaieté, une aisance et une grâce surprenantes, faisait le: honneurs de la forêt à tous les arrivants.

Claire et la baronne, comme si elles cussent endoss: un uniforme, portaient l’amazone de drap bleu avec chapeau rond orné d’ine plume noire. Elles étaient adorables ainsi. Madame de Préfont, élesante dans sa petite taille, Claire, élancée et superbe, ses belles épaules et sa poitrine admirable moulées par l'étoffe simple et sans une broderie de son corsage.

Suzanne, servie par Octave, trempait un biscuit dans un verre de malaga, ne perdant pas de V’œil sa ponette, dont son frère, avec une attention paternelle, resserrait la sangle et examinait la gourmette, pendant que Bachelin, dételant tranquillement son cheval à deux fins, si. dait un garde à lui passer la selle qu’il avait apportée dans le coffre de son cabriolet. Le soleil dorait les bois jetant une lumière éclatante eur ce brillant tableau L'air était léger ct frais. T1 faisait Fon vivre.

— Monsieur Derblay!..., s'écria suhitement Athénaïs, laissant le préfet tant désiré, avec qui elle causait.

Et comme Philippe venait à eile, posément, sans: précipitation :

— Est-ce que vous ne CroVez pas lé moment venu le pons mettre en marche? Il + a au moins nne heure que ces messieurs sont partis avec leurs papiers, et s'ils ont été à une honne allure, il va falloir galoper ferme pou: les rejoindre.

— Mon Dieu, madame, répondit Philippe, je vous a. Vouerai que je suis peu au courant de co genre d'exercice. Je craindrais de donner un avis. Adressez-vous plutôt à Pontac qui, en sa qualité de ionvatier, doit être ferré sur la matière...

Et, du geste, Philippe désignait un sr nd jeune homme vêtu d’un habit de veneur galenn: a argent du style le plus pur, coiffé d'un tricorne. avant le couteau de chasse au flanc ct Ja trompe à la Dampierre à l'épaule. Comme s'il n’eût attendu qu'une occasion de se produire le vicomte de Pontac s’avança au milien du rond-point et s'inclinant devant madame de Blionv avec une raideur anglaise :

— Duchesse, je suis à vos ordres, dit-il. Et si vous voulez me confier Ja direction de la chasse. je me fai: fort d’avoir mis avant deux heures, MM La Brède et du Tremblays sur leurs fins. Vous piait-il que nous sonnions le départ? J'ai là mon picneur. ... Ho! Ho!

Bistocq !

Un grand diable, vêtu d'une veste galonnée, gaiétré de cuir fauve, un nez rouge éclatant au milieu de sa fac tannée comme une fraise sur du terieau, sortit d'un groupe de domestiques, traînant la jambe et tirant der-

ière lui une bique de chr-1. mal peignée, dont la bride

ess Né nr + at UT ee voor : = dE PE LAE FR RREE D Sn

était passée sous son bras. Arrivé À six pas de M. de Pontac, il s'arrêta, et, prenant la position du soldat sans armes, il mit la main à la visière de sa cape, et attendit qu'on lui demandât son rapport.

— Désirez-vons que je l'interroge? demanda le vicomte à la duchesse

— Mais, sans dou... répondit Athénaïs, très enchantée de la 5 lennité du procédé,

— Ma chère, regarde-la donc! murmura la barone entre haut et bas, se donne-t-elle des airs de souveraine! Et Pontac, qui prend an sérieux son tôle. Tout ça pour courir après des petits papiers! Est ce amusant ?

— Le lancer se fera à la Héronnière, disait Bistocq ; c'est là que commence Ja piste. T1 y a un morceau de Papier large comme ma main. Pas besoin de b. ce! Ces messieurs ont sans doute peur qu’on ne les trouve pas assez facilement! . Ils auraicnt dû re un journal... Les animaux. -..CXCUSEZ.... Ce , sejours se sont donné de l'air par la futaie, ils ont sauté : Pavé- Neuf, ont pris la plaine à Ja Vente-au-Sergem, son: rentrés en forêt à Belle-Empleuse, se sont forlongés au pied de la côte de la Haie, ont pris leur contre-pied à 1: Boulo tière.

— Halte! dit M. de Pontac en riant, si on te laissait aller, tu nous donnerais tout l'itinéraire de la chasse.

— Ÿ aurait des chances! fit le piqueus en clignant 4 l'œil. Faut pas croire qu'une persone naturelle peut imiter comme ça les cerfs... I] n’y a que par la tête que Sa soit facile! murmura-t-il avec un sir goguenard. Et encore, pour y arriver, il faut se mettra deux!

La duchesse se mit à ri re, et se tournant vers Pontac :

— Îl est drôle, votre ! mhemr:e, dit-el'e, Papa, donne done un louis à ce brave garçon... Grâce à ui, La

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