‹ Le maître de forges [microforme]Chapitre 19 sur 26 · VOIE · texte numérisé non relu

VOIE

La réponse était ambiguë, Claire fronca légèrement le sourcil.

— Cet intérêt, si vous aviez occasion de le lui prouver ?

— Îlest probable que je la saisirais

C’était à ce point précis que Claire vai voulu amener son mari, en lui tendant le piège de se: questions. Ii n'y avait plus qu'à indiquer le but de cet entretien. Emportée par la fièvre de la lutte commencée, la jeune femme n'hésita plus,

— Eh bien, dit-elle, cette occasion vier.t de « présenter: désirez-vous Ja connaître? Je dois vous dire qu'elle est sérieuse et qu’en cette circonstanre, 1! ne s’agit pas que de mon frère...

— (Que de détours! interrompit le maître de forge. Ce que vous avez à me demander vous paraît-1} si difficile à obtenir ?

Claire regarda son mari bien en face, comme si elle avait voulu ne pas perdre un mouvement de en physionomie, puis, hardiment :

Jugez-en, dit-elle. Octave aime votr> sœur et m'a chergée de vous la demander pour lui.

Philippe laissa échapper une sourde exclamation. Sou visage était devenu sombre, Pour dissimuler son trouble, il fit quelques pas vers la fenêtre, devant laquelle il resta silencieux, soulevant de la main le store léger.

Claire, dévorée par l'anxiété, marcha au-devant de son mari, et le voyant pensif et absorbé :

— Vous ne me répondez pas? dit-elle

Philippe se retourna et, parlant lentement, comme si ce qu'il avait à dire lui coûtait :

— de suis désolé pour votre frère, nai: ce mariage est impossible,

FRE pee mme nr mme

— Vous refusez? s’écria Claire, en proie à un trouble horrible.

— Je refuse, répéta le maître de forg:s froidement.

— Pourquoi ? :

Philippe regarda sa femme, comme s'il eût voulu lui faire entrer sa réponse jusqu’au fond du cœur:

— Parce qu'il v a déjà une personne: malheureuse dans ma famille, du fait de la vôtre, et que je trouve que c'est assez!

— Prenez garde, reprit vivement Claire de faire piu: sûrement le malheu: de Suzanne en la refusant à mon frère.

— Comment cela? dit le maître de forges avec un? soudaine animation.

— Elle Paime.

— Elle l'aime, répéta-t-il. Cela est en effet un grar!l malheur, Mais ma décision n’en sera pas changée. 5 la veille du jour où je devais vous épouser, quelqu'un i'en avait empêché, quitte à me briser Le cœur, il m'aurait rendu un immense service. La cruelle expérien’” que j'ai faite, au moins, aura servi à querque chose. Ni ma sœur doit pleurer, elle pleurera libre, et elle ne verra pas comme moi, devant elle, un aveni* irrémédiabl:ment perdu.

Claire fut si rudement atteinte qu'elle ne put conserver son sang-froid.

— C’est une revanche que vous cherchez dit-elle ave violence.

— Une revanche fit le maître de forges avec hauteur. Croyez-vous qu’il me convienne d’en accepter une? Non! C’est une précaution que je prends, et tout me la conseille.

Claire se laissa tomber sur son fauteuil. Elle sentait

ble

À he

Page 1