‹ Le maître de forges [microforme]Chapitre 6 sur 26 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

— Je serai Modeste et ne ME parerai pas des plus du paon… Co £ibier n'a Pr: été tué par moi,

— Et par qui done ?

= Je n’en sais rien, Vraiment !. PPuYa le marquis A Voyant sa sœur faire un geste d'étonnement. Dnagine-toi que je m'étais égaré sur les terres de Pont. Avesnes, quand j'ai rencontré un autre chasseur qui m'a fait des observations € m'a demandé NI j'étais, Le Montrant assez raide de formes CÛ assez vif de ton. Mais aussitôt qu'il a su Mon nom, il est devenu non seulement COnGiliant, mais même aimable CU m'a fait Prendre, Presque de force, ce QU'IT avait dans Son carnier,

— Voilà qui est Sigulier dit mademoiselle de Beaulieu. Cet homme a-t-j] voulu se MOquer de toi ?

— Ma foi Ron, je ne le crois Pas; il semblait plutôt aVoir à cœur de m'être agréable. Et, sn politesse faite, il s’est sauvé à toutes jambes POUr n'ôter Jos moyens de la refuser,

— Monsieur Ja Marquis veut-il me Pérmettre de Jui Poser une question 2 dit maître Bachelin QUI avait écouté ce récit avec attention.

— Faites, je vous prie, mon cher Maître,

— Eh bien! Comment était Ja Chasseur cn Question ?

— ‘n grand gaillard, très brun, coitfé d'un vien feutre gris et vêtu d ne blouse.

ET ea

— Ah!ahl C’est bien cela! fit le notaire à voix basse. Je suis, monsieur le marquis, à même de vous renseigner sur votre donateur mystérieux, C’est tout simplement M. Derblay.

— M. Derblay? s'écria le marquis, affublé d’une blouse, comme un paysan et coiffé d’un chapeau défoncé comme un contrebandier ? Impossible !

— N'oubliez pas, monsieur ie marquis, reprit maître Bachelin avec un sourire, que nous sommes, nous autrc; des chasseurs rustiques. Moi, qui ai la prétention le me montrer vêtu décemment, dans la vie ordinaire, si vous me rencontriez en chasse, au coin d’un bois, je vous ferais peur. C’est M. Derblay, soyez-en sûr. Et si je ne le reconnaissais au portrait que vous venez de tracer de lui, et qui est frappant, l’offre aimable qu’il vous a faite suffirait pour dissiper mes doutes. C’est bien lui!

— Alors ! je suis gentil, moi! Je lui ai dit, en parlant de lui-même, qu’il était un voisin incommode.. et toutes sortes d’autres choses désobligeantes. Mais il va falloir que j'aille lui faire des excuses! |

— Vous n’aurez pas à prendre cette peine, monsieur le marquis, et si vous voulez annoncer ma visite à madame votre mère, je vais, devant elle, vous donner connaissance de certains faits, qui modifieront, j'en suis certain, l'opinion que vous vous êtes faite de M. Derblay.

— Ma foi, je ne demande pas mieux, fit Octave en se débarrassant de son harnais de chasse. Ce maître de forges a l’air d’un aimable compagnon.

Tout en parlant, le marquis était entré dans le salon. s’était approché de madame de Beaulieu, et lui ayant baisé respectueusement la main :

— Maître Bachelin est là, ma mère, et voudrait voue voir,

— Que n’entre-t-il? dit la marquise avec vivacité. Voilà dix minutes que je vous entends bavarder sur le Perron. Bonjour, mon cher Bachelin...

Et comme le notaire se Courbait autant que sa taille replète pouvait le lui permettre :

— M'apportez-vous de bonnes nouvelles ? ajouta la marquise.

La figure de Bachelin changea d'expression. De sOuriante qu’elle était, elle devint soucieuse, Et éludant là question que sa noble cliente lui posait, le notaire répondit d’un ton sérieux :

— Je vous apporte des nouvelles, oui, madame la marquise.

Et comme s’il eût été pressé de passer à un autre ordre d’idées :

— Je suis allé ce matin à Pont-Avesnes et j'ai vu M. Derblay. Toutes les difficultés qui se sont élevées envous et lui, au sujet de vos limites Communes, sont aplanies. Mon honorable ami accepte toutes les conditions qu’il vous plaira de dicter. Il est heureux de se mettre à votre discrétion.

— Mais, sil en est ainsi, dit madame de Beaulieu àvec un léger embarras, nous n'avons pas de conditions à dicter. Du moment qu'il n’y a pas de lutte, il n’y a ni Vainqueur ni vaincu, L'affaire sera soumise à votre arbitrage, mon cher Bachelin. Et tout ce que vous ferez sera bien fait.

— Voilà une résolution qui m'enchante, et je suis heureux de voir la paix rétablie entre usine et le chàteau. Il n’y a donc plus qu’à signer les préliminaires.

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Dans ce but, M. Derblay à l'intention de se présenter à Beaulieu avec sa sœur, mademoiselle Suzanne. pour vous offrir ses hommages, madame la marquise, si toutefois vous daignez l’autoriser. ……,

— Certainement ! Qu'il vienne! Je serai très contente de le voir enfin, ce cyelope qui noircit toute la vallée. Ah çà! mais je suppose que ce n'esi pas seulement ce traité de paix qui gonfle ainsi votre portefeuille, dit madame de Beaulieu en montrant la serviette du notaire, Vous m'apportez sans doute quelques documents nouveaux pour notre procès d'Angleterre ?

— Oui, madame la marquise, oui, reprit Bachelin &vec un trouble plus accentué. Si vous voulez bien nous allons parler affaires...

Et d'un coup d'œil suppliant, le notaire montrait à la marquise, son fils et sa fille. Madame de Beaulieu comprit. Une vague inquiétude lui serra le cœur. Qu'avait donc de si grave à lui apprendre son homme de confiance, que le huis clos lui parût nécessaire ?

Mais c'était une femme résolue que la marquise. Son hésitation fut de courte durée. Et se tournant vers son fils:

— Octave, dit-elle, vois donc si les ordres ont été donnés pour qu’on aille au chemin de fer chercher nos cousins qui arrivent À cinq heures,

À ces mots, Claire leva la tête. Son frère trossaillit. L'intention de la marquise était évidente. Elle prenait un prétexte pour éloigner son fils. Il y avait entre ces trois êtres, qui se chérissaient si tendrement, une préoccupation mystérieuse qu'ils essavaient de se cacher mutuellement. Claire et le marquis, sans faire de questions, adressèrent à leur mère un sourire, ct s'éloignèrent chacun dans une direction opposée.

Mademoiselle de Bea lies lenteine descendit sur la terrasse, La pensée qu: Juchelin ’pportait des nou-/ velles du duc de Bligny lui était soudainement venue. Et, profondément émue, sentant ses idées tournoyer dans son esprit sans qu'elle pût en fixer une seule, elle marchait sous Les grands arbres, n'ayant plus la notion du temps, livrée à un trouble profond.

Dans le salon, Ja uarquise et Bachelin étaient restés tn présence. Le notaire ne füisait plus d'efforts pour donner à son visage une EXpression souriante, I] était Maintenant rave ct recueilli. Madame de Beaulieu resta un moment siler cieuse, comme si elle eût voulu jouir jusqu’à Ja dernière minute de la tranquillité qu'elle avait encore : Puis, prenant sa résolution :

— Eh bien! mon cher Bachelin, qu'avez-vous à m'apprendre ? ‘

Le notaire secoux tristement sa tête blenche :

— Rien de bon. madame la marquise, répondit-il, jit c'est pour moi, vieux serviteur de votre famille, un sujet de vive affliction, Le gain du procès engagé, de son vivant, par feu M. e marquis de Beaulieu, votre époux, contre ses collatéraux d'Angleterre, est gravement coinpromis,

— Vous ne me dites Pas toute la vérité, Bachelin, interrompit la marquise, S'il Y avait encore une lueur d'espoir, vous ne seriez pas si abattu. Parlez, je snis forte, je puis tout entendre. Les tribunaux anglais ont décidé, Le proces est perdu 2.

Le notaire n'eut pas le courage de répondre. 1] fit un geste qui équivalait au plus désolé des aveux. La Marquise se mordit Jos lèvres, une larme brilla au bord de ses cils, aussitôt séchée par le feu qui lui montait an visage. Bachelin Consterné se mit à inarcher à pas

pressés dans le salon. Il avait oublié tout respect. [1 ne se souvenait plus du lieu révéré où il se trouvait. £t entraîné par son émotion, gesticulant comme lorsqu'il étudiait une affaire dans son abinet, il disait:

— La cause avait 6té mal engagée! Ces solicitors sont des ânes! Et avides! Ils vous écrivent une lettre, c’est tant.... Vous leur répondez, ils lisent la réponse, c’est tant.... Si le marquis m'avait demandé conseil, encore! Mais il était à Paris. Et son avoué Va mal dirigé. ... Encore des ânes, ces avoués de Paris! Des gaillards qui ne savent que pousser au papier timbré!

IT s’arrêta brusquement, et frappant dans ses 1acins: Voilà un coup terrible pour la maison de Beaulieu !

— Terrible en effet, dit la marquise, et qui entraîne la ruine de mon fils et de ma fille. Il ne faudra pas moins de dix années d'économies pour que, sur ma fortune, je rétablisse nos finances,

Bachelin avait cessé d’arpenter le salon. Son calme était revenu, et maintenant, il écoutait madame de Beaulieu avec un respect attendri. I savait que la perte du procès était irrémédiable. 11 venait de recevoir le jugement. Et aucun recours, aucun appel n'étaient possibles. La dédaigneuse incurie du marquis avait permis à ses adversaires de prendre de sérieux avantage:, et désormais la lutte était insoutenable.

— Un malheur arrive bien rarement seul, reprit la marquise. Vous devez avoir d’autres mauvaises nouvelles à me faire connaître, Bachelin. Pendant que j’v suis, dites-moi tout, ajouta madame de Beaulieu avec un sourire résigné. Je ne crois pas pouvoir être plus gravement atteinte que je ne le suis.

— Je voudrais partager catte confiance, madame la

à vous apprendre ne me Mais je connais la délicatesse ains que, des deux malheurs, ce d'argent Qui vous paraisse le moins sen.

-æ dé

Marquise, (Cle que J'ai encore

Däraitrait pas si pénible.

de votre cœur et je cr soit la perte sible, …. ‘

La marquise pâlit, et une agitation extrême s’empara delle. Elle Pressentit ce que son homme de confiance allait Tui dire. et, incapable de ge contenir :

— Vous avez des nouvelles du due de Bligny ?

s’écriat-elle,

— J'avais été cha rgé ] rir des faits et gestes de notaire,

AT VOUS, madame, de m’enquémonsieur votre neveu, dit Je de dédain bien Caractéristiqne * de l'aristocratie. J'ai suivi actions, Et voici les rensei- Snéments qui m’ont 6 . transmis: M. Je due de Bligny est à Paris depuis six semaines, — Depuis six semaines ! répéta la mar Peur. Et nous Pignorions!

— Monsieur votre neveu se & ait bio gardé de vous le faire savoir. “s

— Et il n’est pas venu’! Et il ne viendra pas encore, connaissant le revers qui nous atteint ! Cor il le connaît, n'est-il pas vrai ?

avee une nuance chez ce fervent ador de point en point vi

quise avec stu-

— T] l’a Connu, madame la n Madame de Beaulien fit un prise. Et avec un accent de

— Ah! vous avez raison, Bachelin. voici qui me ton. che plus cruellement que la perte d’argent. Te dne nous abandonne, T1 n’est pas venn et ne viendra pas, j'en avais Je Pressentiment. (Co QT vantait 4 nons, était ne fortune, La fortune à disparu, Je fiancé

s'éloigne, Ta rgent, c’est le mot dordre de cette époqne

larquise, et des premier: !

geste de douloureuse surprofonde affliction :

vénale et cupide. La beauté, la vertu, l'intelligence, tout cela ne compte pas! On ne dit plus: place au plus digne, on crie: place au plus riche! Or, nous voilà presque pauvres, on ne nous connaît plus!

Bachelin avait écouté avec tranquillité Ja violente apostrophe de cette mère uleérée. Malgré Jui, le notaire ne pouvait dissimuler un secret contentement. Il était redevenu très rouge, il frottait machinalement ses m° ins derrière son dos.

— Madame la marquise, dit-il, je crois que vous calomniez notre époque. Certes, les idées positives dominent et la cupidité naturelle à l'espèce humaine a fait de notables progrès. Mais il ne faut pas condamner en bloc tous nos contemporains. Il y a encore des hommes désintéressés, pour qui la beauté, la vertu ct Pintelligence sont des biens que font une femme enviable entre toutes. Je ne dis pas que, de ces hommes-là. j'en connaisse beaucoup. Mais j'en connais au moins un. Et, en l'espèce, un seul suffit.

— Que voulez-vous dire? demanda la marquise, étonnée.

— Simplement ceci, poursuivit le notaire, qu'un galant homme de mes anis n'a pu voir mademoiselle de Beanlieu sans devenir éperdument épris. La sachant engagée avec le due, il n'aurait point osé faire connaître ses sentiments. Mais qu’il la sache libre, et il parlera, si vous daignez l'y autoriser,

La marquise regarda fixement Bachelin.

— C'est de M. Philippe Derblay qu'il s'agit, n’estal pas vrai ?

— Oui, madame la marquise, de lui-même, répondit hardiment le notaire.

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