‹ Le Maître de la merChapitre 11 sur 17 · LE VENIN DES PAROLES · texte numérisé non relu

LE VENIN DES PAROLES

n Taïpi, pallacide d'Ammon, prie Harmakis, dieu a grand, seigneur de Toser, qu'il accorde à son « frère affectionné la respiration agréable du vent n du Nord et la vue quotidienne du lever du soleil. » — Cette prière, gravée sur une stèle funéraire, dit bienlevœu primordial des hommes d Egypte : lajoie nécessaire qu'ils ont toujours souhaitée avant toute autre, pour eux-mêmes etpour ceux qu'ils aimaient : V voir se relever chaque matin, dans sa gloire exacte et sa bonté créatrice, le Père de toute vie. Son retour au ciel d'Egypte a la régularité d'une loi l'amour; son bienfait y est si ponctuel, si visiblement efficient pour tous les besoins de ses créalares, qu'elles adorèrent en lui le Dieu Unique; ses rares défaillances les troublent comme un désordre cosmique, une. trahison de la confiance que les enfants ont mise dans ce père.

Ironie du sourire des choses! Le dieu réjouis-

sant montait sur son trône du Mokattam ; la première caresse de sa lumière vivifiante inondait tous les êtres de cette volupté sereine, indicible, qu'on ne saurait faire comprendre à ceux qui ne l'ont point sentie là; Louis de Tournoël en recevait le baptême au balcon de sa chambre ; il respirait pour la première fois cet air subtil, où se combinent la sécheresse du désert et la douceur du Nil : air si pur qu'il semble que les miasmes du chagrin n'y puissent pas subsister; et ces bénédictions du matin d'Egypte qui transportent l'étranger dans une vie supérieure, qui lui font croire qu'il n'a pas vécu avant de les avoir connues, le jeune homme les accueillait avec des malédictions.

Son cœur n'était que nuit et orage. Il n'avait pas songé une minute à révoquer en doute les paroles de Mme de Banneleuse, à contrôler ces révélations accablantes : elles répondaient trop bien à ses pressentiments. Gela devait arriver. La fascination exercée par cet homme devait vaincre la volonté de Millicent. Par instants, Louis acceptait l'écroulement comme une fatalité prévue, à peine étonnante; puis revenaient les élancements de la dou- .eur et de la colère, l'épouvante du cœur devant sa chère habitude tuée, l'horreur du vide soudain dans une vie où il n'y a plus rien; et aussi les révoltes furieuses de l'amour-propre. Elle ne lui avait donc résisté que pour se livrer sans lutte à cet odieux manieur d'argent! La créature idéale qu'il avait placée si haut, dont il avait respecté les divines pudeurs avec une adoration attendrie, elle tombait comme la plus vile, sur un tas d'or! Menteuses, ses paroles; menteuses, ses lettres, cette dernière lettre hypocrite, où elle s'excusait de répondre à un appel dont elle ne pouvait ignorer

les suites! Il cherchait et ne trouvait pas les mots, les reproches qui eussent soulagé tout Thomme blessé, meurtri dans chaque fibre de sa chair. Stupidement, à haute voix, comme un enfant qu'on frappe, il répétait : Lâche! lâche! lâche!... Instinctive et première injure que l'homme désarme jette à la femme qui le fait souffrir, comme un aveu de sa propre faiblesse, un hommage encore au pouvoir de cette femme. Il cherchait mieux, un pire outrage, pour traduire le mépris, la haine ; et dans sa gorge serrée râlait l'invective monotone, humiliante pour lui-même, encore chargée de honteux amour : Lâche ! lâche !

Le globe d'or montait, doucement, dans le ciel tissé de roses délicates. Il disait: Paix des éternités heureuses sur la vallée nourrie par le fleuve ; joie de la souple vie qui recommence ses mouvements harmonieux. — Sous les palmes immobiles, lustrées par la chaude affusion des rayons, le jardin de l'hôtel s'animait. Des calèches se rangeaient devant le perron de la terrasse ; les larges bouffants de gaze blanche au bras des sais mettaient comme un battement d'ailes autour de ces voitures. Plus loin, les petits fellahs en chemise bleue ameutaient leurs bourricots, criaient, se disputaient les touristes fidèles à l'ancien mode de locomotion. Les figures de bronze clair s'illuminaient d'un fin sourire : figures qu'on retrouve identiques sur les images de bois et de pierre peinte où sourient de même leurs ancêtres six fois millénaires. Avec de-^ grâces câlines de petits singes, ils s'emparaient des étrangers qui sortaient de l'hôtel : bourgeois septentrionaux, éblouis comme les spectateurs d'une féerie de théâtre; jeunes couples voyageurs, encore attendris de leur nuit; misses en légères toilettes

estivales, le plaisir aux yeux, le rire aux lèvres. Et le babil de tout ce monde disait : Vite dehors, dans la lumière, les corps et les âmes; allégresse pour tous, oubli des soucis; vite au plaisir, les heureux, aux enchantements des yeux et de l'esprit dans la ville des génies! — Mme de Banneleuse traversa le jardin, suivie de ses tarbouchs, escorte galante qui l'emmenait déjeuner aux Pyramides.

Louis eût voulu qu'on lui redit l'atroce vérité ; qu'on lui en fît subir longuement le martyre, avec le raffinement des moindres circonstances. Mais à qui se fût-il adressé ? Mme de Lauvreins était absente ; Moucheron naviguait dans la mer Rouge avec son « patron » , — avec celle qu'ils enlevaient! Sauf l'évaporée qui disparaissait au tournant de l'Ezbekîyé, personne au Caire ne pouvait le renseigner. — A quoi bon? concluait-il en manière de consolation : la Banneleuse ne m'at-elle pas tout dit en deux mots? Partie avec lui, morte pour moi. Qu'ai-je besoin d'en savoir davantage? — Après les premières heures de torture et de prostration, il se leva du divan où il gisait inerte ; il se ressaisit, il fit son sacrifice, — il crut qu'il le faisait. Un seul remède à sa peine : se reprendre plus fortement que jamais à la passion intellectuelle dont cette lamentable folie l'avait diverti; se reprendre au devoir immédiat, refuge habituel des esprits disciplinés par la règle militaire. Pour l'instant, il n'avait devant lui que la caricature d'un devoir : la mission ridicule qu'un ministre lui avait donnée sans y croire. Louis n'en attendait rien de sérieux; n'importe, il fallait s'en occuper sur l'heure, voir si d'aventure elle rendrait quelque chose. Il sortit, se fit conduire à la mosquée El- Azhar.

L'impression qu'il reçut en entrant dans la grande cour fut assez forte pour réveiller son attention. L'officier avait sous les yeux un microcosme de ce monde musulman, objet de son étude et de ses réflexions depuis plusieurs années. Il pénétrait dans le cerveau de cet Islam dont le coeur est à la Mecque. On sait qu'El-A.zhar, fille et dernière héritière des grandes écoles de Bagdad, de Cordoue, de Samarkande, demeure pour l'Islam ce que fut pour la chrétienté du moyen âge notre Sorbonne : l'université type, vénérable et fameuse entre toutes. Le fait seul d'avoir étudié dans ce foyer des connaissances humaines confère à un docteur mahométan, dans tous les pays soumis au Croissant, un prestige qui le désigne pour les plus hautes fonctions cléricales ou judiciaires. Des croyants de tous les rites y viennent de toutes les terres islamiques, des capitales et du désert; ils y vivent comme vivaient nos étudiants de la rue du Fouarre, sordidement, libres et privilégiés sous la juridiction universitaire ; ils y reçoivent la même pâture corporelle et spirituelle que recevaient nos clercs, à cette seule différence près que l'enseignement scolastique a sa source dans le Koran au lieu de l'avoir dans les Saintes Ecritures : théologie, droit canon et droit civil, grammaire, rhétorique, mathématiques. Sept à huit mille étudiants de tout âge et de toute condition, pauvres hères pqur la plupart, grouillent sous les arcades de la kebla, sur le parvis de marbre de la grande cour intérieure : Arabes, Turcs, Persans, Maugrabins, Algériens, Gircassiens au front pâle, Hindous au teint brûlé, 2subiens cuivrés, nègre? du Soudan; échantillons de toutes les races qui font les cinq prières, de Tiflis à Zanzibar, du Maroc jusqu'à la Chine.

Tournoël les voyait circuler dans le costume uniforme du séminariste musulman, robe noire et turban blanc. Les sombres silhouettes se détachaient en vigueur sur le dallage de mosaïque, dans la cour inondée d'une lumière crue. Les uns faisaient leurs ablutions à la fontaine; d'autres, sous la voûte du porche, livraient leurs crânes tondus aux rasoirs des barbiers ; ils se rassemblaient ensuite dans les travées de la kebla, cette partie couverte de la mosquée où les arcs persans reposent sur une forêt de colonnes antiques : ils s'y joignaient aux divers cercles, auditoires composés de vingt, trente, cinquante disciples, accroupis en rond autour de la chaire où un professeur renommé lisait d'une voix nasillarde le texte de sa leçon. Quelques-uns tiraient de l'écritoire de cuivre passée à leur ceinture le calame de roseau ; ils écrivaient sur le rouleau de papier soutenu par la paume de la main gauche; la plupart suivaient la leçon sur leurs exemplaires calligraphiés, avec un balancement rythmique de la tête et du corps. Inséparable pour le musulman de l'état d'oraison ou de l'application à une étude, cette oscillation perpétuelle les faisait ressembler à de jeunes cyprès agités par le vent.

Aussi machinal était le mouvement de la pensée, dans ce cerveau de l'Islam jadis fertile, maintenant ossifié, uniquement empli de formules littérales : vivace encore dans sa décrépitude, Tournoël le savait par expérience. Il regardait la houle blanche des têtes enturbannées, dans la pénombre des arcs de marbre; il écoutait la cadence monotone des paroles figées; de cette poussière de mots puissants une étincelle pouvait encore jaillir, déchaîner au loin l'incendie, balayer sur tout le continent

africain le frêle édifice de notre civilisation. Il songeait qu'il avait sous les yeux, exactement reproduit dans les moindres détails, le premier laboratoire où elle naquit, notre civilisation chrétienne : la fig^ure ressuscitée de l'université du moyen âg^e. Personnel, coutumes, genres d'études, médiocres besoins du corps et de l'esprit satisfaits de même, tout ce qui fut la vie de nos aïeux sur la montagne Sainte-Geneviève continue, semblable et immuable, chez cette sœur aînée d'Orient.

Des quartiers spéciaux sont affectés dans la mosquée El-Azhar aux diverses nations; nos clercs vivaient de même, séparés par provinces, par « langues » . On y reçoit et on y héberge de pieux voyageurs, passants qui ne figurent pas sur les contrôles universitaires. Tournoël n'eut pas de peine à découvrir le collège des Soudanais — es Soudaniyn — dans une chambre surélevée en manière de tribune, à l'angle méridional de la kebla. Il y trouva quelques personnages accroupis sur des nattes, à l'écart des étudiants, dont ils se distinguaient par làge et le costume : c'étaient les pèlerins Senoussis. Quelques-uns venaient de Djarboub, l'ancienne résidence de Si Mohammed el Mahdi ; d'autres de l'oasis de Koufra, où le cheikh a transporté le siège de sa puissante confrérie. Ces Tripolitains étaient sortis du quartier de leur nation pour aller entretenir leurs affiliés soudanais. Parmi ces derniers, l'officier reconnut trois ou quatre figures, des gens du Ouadai avec lesquels il avait pris contact à Abecher. Il s'approcha, les salua, lia conversation avec eux : durant ses deux années de séjour dans leur pays, il avait acquis la pratique du mauvais arabe qu'ils parlent. Ces hommes l'accueillirent avec la grave politesse de leur race; leurs

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visages impassibles ne marquèrent pas plus de surprise que s'il les eût quittés la veille, en leur donnant rendez-vous à cette place. Mais, tandis que sortaient de leurs bouches les formules civiles des /souhaits, leurs regards disaient : « Si tu reviens chez nous avec tes fusils qui portent la mort plus loin que les nôtres, nous nous courberons de nouveau devant toi, puisque ce sera la volonté d'Allah ; ici, seul et désarmé, tu n'es qu'un chien maudit, trop heureux qu'on ne te mette pas en pièces sur le sol sacré que tes pieds souillent. »

Tournoël essaya de les faire parler sur l'objet de leur voyage, de leur réunion; les uns se renfermèrent dans leur mutisme habituel, d'autres lui débitèrent des fables dont il ne fut pas dupe. Ses prévisions se vérifiaient dès la première tentative : il ne tirerait rien de ces prétendus amis, dans un milieu où ils ne reconnaissaient plus son ascendant ; il ne pourrait nouer avec eux aucune négociation utile. Un vieillard, qui paraissait jouir d'une autorité particulière dans le cercle des Soudanais, laissa tomber cette parole :

— On nous disait tout à l'heure que tu ne reviendrais plus sur notre terre.

— Je m'apprête à y retourner, fit vivement l'officier. Qui a pu vous conter pareilles histoires?

— Ueffendi qui cause là avec un de nos frères Louis se retourna, regarda dans la direction

indiquée par le vieillard : il aperçut derrière un pilier, en conversation avec l'un des moqaddem, son compagnon de traversée sur le Péluse, Joseph Yabeç. L'ex-légionnaire paraissait fort à son aise dans la société des Arabes et dans l'usage de leur langue. Il ramena son interlocuteur vers le groupe; embarrassé à la vue de Tournoël, il s'arrêta, hési-

tant à l'aborder, Louis salua froidement, prit congé des Soudanais, s'éloigna. Le seul bénéfice qu'il emportât de sa visite à El-Azhar était d'avoir appris qu'on travaillait là contre lui.

Lorsqu'il se retrouva seul, perdu dans le lacis des rues arabes, la brûlure des plaies du cœur et laffreux sentiment du vide lui furent de nouveau insupportables. Il se souvint alors qu'il y avait fjLielque part, dans cette ville inconnue, une âme (le secours, une main qui serrerait la sienne avec une chaude sympathie; il appela l'un des petits àniers qui le poursuivaient de leurs offres de service, enfourcha le baudet, jeta au garçonnet le nom de la modeste auberge où il savait que le Père blanc avait pris gîte.

Le religieux vaquait à ses apprêts de départ. Il accueillit Tournoël avec un sourire de bienvenue :

— Eh bien! vous avez déjà couru tout le Caire? C'est aimable à vous de sacrifier la visite d'une mosquée pour venir me dire adieu.

Louis dit comment il était allé tout droit à El- Azhar et ce qu'il y avait vu de peu encourageant. A l'air du visage, au ton des paroles, le missionnaire comprit qu'il avait devant lui un affligé ; l'amertume et l'irritation qui se trahirent dans quelques phrases générales, échappées au jeune homme, permirent au Père Abel de sonder la profondeur de cette affliction. Il se rappela ce qu'il avait observé à bord du Péluse : le contraste significatif entre le scepticisme de l'officier sur le but politique de son voyage, et l'ardente impatience, la joie passionnée qui lui gonflaient le cœur en vue de la terre d'Egypte. Le changement subit de ce cœur désolé ne provenait certes pas de la déception très prévue qu'il était allé chercher à El-Azhar; son

chafjrin avait une autre cause, d'autre nature. Le religieux ne sollicita pas des confidences qui se refusaient; mais il était prêtre, et, comme tous ceux de son état, lucide médecin d'âmes, expert au diagnostic rapide de toutes nos misères. Mieux et plus vite que tout autre, le prêtre sent l'odeur empoisonnée de ces passions qu'il n'a pas souffertes. Après un quart d'heure de causerie, le Père Abel était fixé. — " Sauvez-moi de moi-même! » — C'était le service qu'attendait, sans le demander, ce blessé qui venait à lui.

— Cher capitaine — s'écria-t-il inopinément, comme frappé par une idée — si je vous faisais une proposition? Tout occupé comme vous l'êtes de votre grand dessein, contrarié comme je vous vois de perdre ici votre temps, vous ne me paraissez guère en train d'étudier l'architecture des Fatimites, ni devons divertir aux amusements du Caire. Si je vous emmenais pour quelques jours là où vous pourriez peut-être avancer vos affaires? — Je vous ai dit mon programme : je pars tout à l'heure, je vais d'abord à Khartoum ; j'y porte des consolations spirituelles à quelques-unes de mes ouailles, transplantées sur le haut Nil : des chrétiens de nos missions de l'Ouganda, engagés l'an dernier dans les services auxiliaires des troupes anglaises, et qui sont venus s'échouer à Khartoum. Plusieurs d'entre eux s'y sont fixés à l'expiration de leur contrat de louage; la ville renaît de ses ruines, ils espèrent y i faire prospérer de petits commerces. Deux de mes chrétiens sont allés s'établir à El-Obéid, au Kordofan : deux de nos meilleurs sujets, intelligents, actifs; entrepositaires de marchandises de traite, ils sont en relations avec les trafiquants du Darfour, du Ouadaï, avec tous les caravaniers de l'intérieur.

Je les ferai venir à Khartoum : je veux réorganiser en passant l'essaim de ma ruche, resserrer entre mes néophytes le lien religieux ; il se relâcherait, si je n'y veillais pas. Ce devoir accompli, je gagnerai Lado, d'où je rejoindrai à l'Ouganda ma chère mission de Notre-Dame du Bon Conseil. Vous causerez à Khartoum' avec les noirs de ma petite Église; ils nous sont dévoués; ceux d'EI-Obéid, ou d'autres, pourront peut-être vous fournir des renseignements utilessur l'intérieur, porter desparoles, vous servir en quelque manière. Qui sait? En Afrique comme partout, on ramasse parfois la clef que l'on cherche à l'endroit dont on ne s'avisait pas, les plus humbles mains la détiennent. Vous pousserez des reconnaissances sur un des fronts d'attaque de votre objectif. Qu'en dites-vous? Je vous enlève?

— Pourquoi pas? dit résolument Tournoël.

Le Père Abel lui offrait un moyen de tromper le chagrin, de fuir la douloureuse solitude, de rester quelques jours près du compagnon dont la parole opérait comme un cordial salutaire; et, peut-être, d'élucider un problème qui l'avait souvent occupé, les approches du Ouadaï par l'est ; de s'employer ainsi à la tâche où il voulait plus que jamais s'absorber. — Il décida brusquement de partir, sans même attendre le retour des Lauvreins et le supplément d'informations qu'il pourrait tirer d'eux.

On ne s'en étonnera point, ni non plus de la facile créance qu'il accordait aux propos de Mme de Banneleuse, si l'on songe à l'obsession qui était née, qui avait grandi avec son amour. Malgré tout, le nom et l'image de Mme Fianona s'associaient, dans le souvenir qu'il gardait de leur première rencontre, à l'accusation catégorique portée par Olivier

de Félines, à ce mot méchant qui l'avait prévenu, le soir même où il allait faire la connaissance de Millicent. Certains mots travaillent ainsi dans le fond du cœur, ruinent tout ce qu'on y édifie audessus d'eux; d'autres les corroborent plus tard, font lever la graine d'où sortiront les fruits vénéneux qu'elle contenait en germe. — Les paroles indiscrètes de Mme de Banneleuse avaient achevé le travail commencé par Félines.

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