L'ANNONCIATION DU LOUVRE
Par contre, on a repris à Hubert van Eyck, pour la restituer au Maître de Flémalle ou à Roger, Y Annonciation du Louvre (n° 2002 du catalogue).
M. Durand-Gréville qui croyait, non sans prudentes réserves, restituer l’œuvre à Hubert van Eyck, décrit ainsi la Vierge : « Les yeux rapprochés, le nez long, la bouche petite aux lèvres légèrement charnues, le cou de Junon, le creux de la gorge délicatement marqué. » N’est-ce point la description du type des Vierges de « Flémalle »? Il ajoute : « Tous les objets de nature morte dans cette Annonciation sont d’une vérité surprenante. Il y a là des appliques de métal que le maître de Flémalle a imitées... » L’observation paraît juste si l’on compare cette peinture avec Y Annonciation de Mérode,
ce que M. Durand-Gréville aura sans doute fait, mais les rapprochements sont autrement nombreux et intéressants si on la confronte avec la Sainte Barbe. Les deux intérieurs sont pareils; mêmes bancs gothiques avec des coussins devant la cheminée, même cheminée aux montants incurvés de pierre blanche, mêmes fenêtres aux volets cloutés ouverts et au vitrail losangé dans le dessus, même applique en fer forgé, analogues petits meubles portant d’identiques aiguières de cuivre, de forme spéciale, dans un bassin; des deux côtés un fin paysage entrevu. Mais il y a plus encore : c’est sur la saillie du montant de la cheminée, une identique fiole, avec sur la panse un identique reflet du jour, et sur le mur, une ombre identique. Il faut bien dès lors admettre sans possibilité de doute que si les deux peintures n’ont pas le même auteur, celui qui a fait la seconde a eu la première sous les yeux pendant assez longtemps. Celle attribuée au Maître de Flémalle est de 1438, mais l’autre? En l’absence de tout élément, il est peut-être imprudent de faire du Maître de Flémalle un imitateur d’Hubert van Eyck. Hubert van Eyck est-il pour quelque chose d’ailleurs dans Y Annonciation du Louvre? Cela reste à démontrer. L’ange, sans doute, avec sa lourde chape de velours frappé, fait penser à l’art des van Eyck. Mais...
On connait toute une série de Madones dans un
cadre rond, peintures charmantes de mérites divers qui peuvent dériver d’un original du Maître de Flémalle. M. James Weale (19bis) en signale une de la collection Nicholson qu’il attribue à J. Daret (?). Il en cite d’autres aux Musées de Dijon et de Bruxelles et dans diverses collections particulières d’Europe et d’Amérique. La meilleure serait à Philadelphie dans la collection Johnson. On pourrait ajouter à son énumération celle de la collection Renders attribuée à Roger, et un exemplaire excellent (la Vierge seule, cheveux roux, une Madeleine ?) au Musée de Barcelone, dans les Inconnus de l’Ecole flamande.
Il est enfin un groupe d’œuvres dont l’attribution traditionnelle à Roger de la Pasture fut contestée. M. L. de Fourcaud, dans l 'Histoire de l'Art, publiée sous la direction de M. Michel, en dit : « Les critiques croyaient naguère devoir mettre sous le nom de Roger des panneaux où se trahit une préoccupation de la vie familière autour des sujets sacrés... Ne convenait-il pas de voir sa main en la petite Annonciation, si humble, si douce, si près de la vie flamande, du Musée d’Anvers? Mais en ce cas, c’était sa main encore qu’il seyait de reconnaître dans une autre Annonciation, très précieuse, du Louvre, dans la Visitation de Turin, dans les Vierges du Belvédère de Vienne et de la collection North-
brook. Ce groupe a des traits de ressemblance marqués avec les créations du Tournaisien. Seulement, toute vérification faite, il en présente qui le rapprochent bien davantage encore des conceptions d un autre maître de l’époque : le Maître de Flemalle. » Il faudrait y rattacher encore une Sainte-Catherine de l’Académie de Venise qui a probablement inspiré la fameuse Sainte-Barbe de Palma. On serait d accord aujourd’hui pour considérer ces tableaux comme les œuvres de jeunesse de Roger.