‹ Le Maître dit de FlémalleChapitre 17 sur 22 · LES LIVRES D'HEURES · texte numérisé non relu

LES LIVRES D'HEURES

La comtesse de Hainaut, que l’on voit intervenir en 1432 en faveur de Robert Campin, condamné, est Marguerite de Bourgogne, veuve de Guillaume IV, comte de Bavière Hainaut, neveu du düc de Berry, mort en 1417, laissant pour héritière sa fille, la fameuse Jacqueline. C’est pour ce prince que furent illustrées les Heures de Turin (38), si importantes pour l’histoire des van Eyck.

Nous savons donc, par un document, que la comtesse de Bavière Hainaut est intervenue en faveur du peintre Campin. N’est-il pas raisonnable, dès lors, de penser que cette intervention est due à l’estime dans laquelle elle tenait son talent? Les cours de Bavière-Hainaut et de Berry étaient favorables aux artistes et l’on garde de précieux livres de miniatures exécutés pour elles. Les Très Riches Heures , les Heures de Turin sont des documents inestimables pour l’histoire de l’art. N’est-il pas raisonnable encore de supposer que Campin, connu et apprécié

par ces Princes, a pu travailler pour eux, comme l’ont fait les van Eyck?

Cherchons. Dans les Heures de T urin (39) se trouve une Descente de Croix (p. XXI) qui reproduit, trait pour trait, la partie centrale de la Descente de Croix perdue du Maître de Flémalle, dont la copie de Liverpool nous a gardé la composition.

Dans les Heures de Milan (40) , recueil assez inégal dû à divers artistes, M. G. Hulin de Loo reconnaît la main d’Hubert van Eyck dans quelques miniatures de qualité supérieure. Parmi celles-ci, il en est une asez différente des autres, à laquelle les analogies relevées par M. Hulin (architectures, forme des nuages, des vagues) ne s’appliquent point. Elle est d’un caractère tout spécial, d’un réalisme familier, à la fois noble, intime et émouvant : c’est la Naissance de saint Jean-Baptiste.

Dans une chambre spacieuse, sur un lit aux lourds rideaux rouges, est étendue l’accouchée. Elle tend à une servante le bébé délicat. Deux autres femmes sont dans la chambre. Il semble qu’on y entend le silence, tellement cet intérieur a une atmosphère familiale et recueillie. Tout contribue à donner dans cette opulence tranquille, un sentiment d’intimité. Le coffre-banc entrouvert laissant voir des objets de toilette, des patins ou socques de bois près du coffre (les mêmes que dans la Descente de Croix!), le petit

meuble avec un panier, un chandelier, une aiguière, le rouet devant un escabeau triangulaire, un chien mangeant dans une écuelle, un chat et, dans le fond, éclairant la chambre, une fenêtre aux carreaux losanges avec des armoiries, et à côté de la fenêtre, une porte ouverte au-dessus de laquelle sont des aiguières de cuivre, laissant voir Zacharie lisant dans la clarté d’une autre fenêtre latérale.

Est-ce qu’il ne suffit pas de décrire ce bijou pour évoquer irrésistiblement le Maître de Flémalle?

Sans doute, M. Hulin de Loo y a pensé comme nous, mais en 1911, il croyait que Flémalle était Daret, encore enfant à l’époque de la miniature. Maintenant que Flémalle est reconnu être Campin, la question des dates n’est plus une objection. M. Hulin de Loo maintient néanmoins son opinion.

Il est possible que l’exploration des manuscrits illustrés du début du XVe siècle nous réserve d’autres découvertes ; malheureusement leur étude est beaucoup plus dificile que celle des tableaux.

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