LA VIERGE A L'ECRAN D'OSIER
Le Maître de Flémalle n’est guère représenté au Musée de Bruxelles. On doit amèrement regretter qu’on ait sottement laissé échapper, il y a quelques années, l’occasion de posséder une œuvre capitale
et caractéristique : La Vierge à l'Ecran d'Osier, qui fit partie de la collection Somzée, fut vendue à M. Salting et passa à la National Gallery (n° 2609).
La Vierge assise sur un banc, offre le sein à l’ Enfant-Jésus. Elle est vêtue d’une ample robe blanche qui fait autour d’elle de larges plis. Elle est, comme la Vierge de Y Annonciation, près de I’âtre, et un écran d’osier, arrondi au sommet, la protège contre les ardeurs du foyer, faisant autour de sa tête une sorte d’auréole. Sur le banc, un coussin rouge, un livre ouvert. A gauche, la fenêtre aux volets cloutés, ouverte, permet d’apercevoir une vue de ville, exquise, avec une série de petits personnages admirablement observés, notamment un couvreur qui grimpe sur un toit. L’œuvre, comme peinture, est d’une qualité remarquable, d’une tonalité générale gris-vert un peu froide.
Le type de Marie est très particulier. C’est plus encore que celle de Y Annonciation de Mérode, une femme robuste et placide, jouissant de son aisance et du luxe de sa belle robe cossue et de son intérieur confortable; le front est vaste, le nez est énorme; le modèle devait avoir une apparence massive et bovine. Ce genre de visage ne se voit guère que chez le Maître de Flémalle; il serait curieux de rechercher si on le rencontre dans la réalité, et dans quelle région.
Une copie ancienne et simplifiée de la Vierge à l'Ecran , envoyée par Mme Reboux de Roubaix, a figuré à l’Exposition de Charleroi en 1911 (12).
Lors de l’Exposition des Primitifs français, M. Bouchot avait essayé d’annexer le Maître de Flémalle, sous le prétexte de l’existence d’un écran d’osier derrière le duc de Berry, dans la Miniature inaugurale des Très Belles Heures , où il y a, en effet, un écran d’osier, mais tout différent.
A ces Madones placides, présentées dans l’intimité de leur chambre et de leurs soins maternels, il faut rattacher une Sainte-Vierge à la Toilette de l Enfant- Jésus du Musée de l’Ermitage à Leningrad, dont une variante postérieure existe dans la Collection Cook de Richmond, exposée à Bruges en 1902 sous le n° 24. Aucune de ces œuvres, nous semble-t-il, ne peut être retenue comme étant du Maître de Flémalle lui-même. Celle de la collection Cook est extrêmement intéressante, et par ses détails familiers, le soufflet et la pincette près du foyer, la corbeille à linge, la promenette (13) du bébé, les ombres portées, les grands plis cassés de la vaste robe, rappelle le Maître de Flémalle, tandis que la Vierge, l’Enfant à la Chemise diaphane, et surtout la frise d’amours sur la cheminée font plutôt penser à un contemporain de Gérard David.
Ajoutons-y celle de Turin, atribuée, je ne sais
pourquoi, à Lucas de Leyde et à Petrus Christus. La Vierge et surtout l’Enfant qui a l’air abruti, sont assez faibles, mais l’intérieur est de premier intérêt et tout à fait dans la manière du Maître de Flémalle. Voici la cheminée de pierre aux montants incurvés où le feu brûle sur des chenets de fer, le lit aux amples rideaux, l’escabeau triangulaire, le lustre de cuivre, le banc gothique, l’armoire avec les aiguières, tout un intérieur délicieusement intime et maternel, et surtout la vue de ville avec de minuscules personnages admirablement expressifs.
A comparer avec Y Annonciation du Louvre , dont nous parlerons par la suite.