L EMPIRIQUE
Dans les Mémoires d’un octogénaire (par le baron de Lamothe Langon), on lit l’amusant récit d’une visite faite à Cagliostro, par deux étudiants en médecine pour le mystifier et le déconsidérer. Cagliostro les reçoit, les écoute, puis gravement dit à l’accompagnateur en désignant le pseudo-malade : « Je garde votre ami chez moi, à la diète absolue, pendant quinze jours ; c’est nécessaire pour sa guérison. »
Effroi du malheureux qui se refuse énergiquement et sollicite seulement un diagnostic.
— Rien de plus simple, répond Cagliostro, et il écrit sur un papier : « Surabondance de bile chez messieurs de la Faculté » ; puis il le tend à ses solliciteurs.
« Les étudiants déconcertés balbutient, s’excusent tant bien que mal. Cagliostro, bon homme, les met à l’aise, les invite à déjeuner, et depuis ils se rangèrent parmi ses plus fervents admirateurs (i). »
On suscita, par dénonciations calomnieuses, et on obtint, en faisant agir de fortes protections (2), une enquête de la police secrète de Paris. Là encore, déception : Desbrunière, l’agent de police, venu incognito et en ennemi, repartit respectueux, presque converti.
Sachi essaya de la concurrence : pendant son court service auprès du comte, en rapport avec son droguiste, portant les ordonnances, pouvant soustraire médicaments ou formules, il avait réuni quelques renseignements sur la composition probable du baume (vin d’Egypte), qui guérissait tant de malades. Il en fit une contrefaçon qu’il vendait cher et facilement, sous le nom de Gouttes jaunes ou Baume du comte de Cagliostro (3).
Cagliostro aurait passé sur le discrédit que cela pouvait jeter sur lui; mais le danger couru par les malades ne pouvait le laisserindifférent ; il fit afficher dans la ville la note suivante :