‹ Le maître inconnuChapitre 5 sur 14 · OS · texte numérisé non relu

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Jlamljcrg, dont lYvêiiiie protégeait les arlisics ; puis enfin il «ml revenu dans sa ville natale. On commençait h le porter awiiuei à Munich. On en voulait faire un maître à opposer auK plus bineuKi mais le bruit qu'on en menait ne retentissait patenciirt au delà deii murs de la ville. Son mérite était sujet i contestations. Des artistes assuraient, que le vieux Haeadd luiavaililit^ « Tu ne feras jamais que de la musique bonne pour les p<lii*! comtesses de Vienne qui ont toutes des vapeurs et des muide nerft. • Tarlini lui avait promis un avenir liillanl, Mm"" joueur de clavecin et non comme compositeur.

• Ce jeune homme s'appelait Nallianaël, et selon toute appi- ' lence, Haendel et Tarlini ne se trumpaicnl guère sur son coniplc, puisque ce prénom ne m'a point r&\élé qui ce peut Etre. J'i"raia su deviner i^on nom de famille, si la rêputatiou ia person- D^e eût été aussi grande que le souhaitaient ses compatnMes Au dire du baron, Nalhauaèl avait les dehors les plus aiaubki du monde, un vi^ge doux, des manières excellentes, et I expérience que donnent les voyages. Il faisait beaucoup de frais m compagnie, toujours prËI i jouer ce qu'un lui demandait, iui^uvisanl, accompagnant et presque également habile sur le clavccui, le violon ol la harpe. Uais il avait aussi un singulier travers qu'on lui découvrit plus lard : il ne pouvait jouer ou improvitti malgré son talent, s'il n'avait avec quelque personne de son auditoire une sorte d'alliniti sympathique. {Ue peur d'erreut. jevws rapporte les termes dont s'est servi le baron.) Quand il voulait e^primcr par la musique les accents d'une passion ou d'un sentiment quelconque, il lui fallait parmi les assistanls un auditeur dont rimo olfrit, comme un miroir, le reOet de cette passion ou de ce sentiment, ou sans cela, il n'avait pas la moitié autant d'inspi ration, d'idées et de chaleur. Soii par Ijasard ou par pré-

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connaiSEeur qu ii eiaii. nus lani, usueui ni a wn père » nntfesuon de ce qu'elle avait éprouva durant ces enlretiens, de ce qu'elle avait Ht, écouté, répondu, promis, accei^é, juré, uiu l'entreinise de la parole; tout cela sent d'une Ikue la Tolie pstticulière des jeunes filles slaves.

I La musique est un art efféminé qui,ébran]e les nerb, trouble les sens. Je conçois qu'avec utie imagination faible el une cobstilaiion délicate, un ne vive pas impunément, du malin au soir, dans cette ivresse métaphysique, où les idées naissent el roeurenl tumultueusemenl. C'est unavorlemenl perpétuel de l'esprit qui doit & la longue exercer une influence funeste. Il ne &ut donc pas s' étonner que notre jeune malue ait pu se croire dosé de fascination, et que sa frêle écolière ait présenté des phénomènes nerveux capables d'embarrasser les Facultés de mf^ cioe. Tonjours est-il quo, malades ou bien portants, Nathaoa^ et Lisbeth s'aim'irenl éperdumeiit; ils se le répëlèrenl mille fois en musique avant d'oser se le dire de vive voix, et je ton* fois qu'ayant pris l'habitude de s'entendre dans un langage plein de mystère, ils aient considéré l'usage de la parole comme une forme trop brutale pour la délicatesse de leur passion. Ils y vinrent pourtant, selon le \œu de la nature.

■ A peine ces amants eurent-ils échangé les aveux, les serments d'usage, et la promesse d'éb% l'un à l'autre pour toujours, que leurs concorts prirent un caractère entièrement nouveau. lU se faisaient d'avance une sorte de prt^amme de chacun de leurs morceaux, et se parlaient avec plus d'accord et de clarté qu'auparavant. Lo baron, quoique distrait, eut par instants de vignes révélations de ces dialogues ; mais ce fut pour lui comme des hallucinations déplaisantes qu'il dissipa aussildt en albnt bire un tour de jardin.

■ Bientôt les jeunes gens éprouvèrent moins de répugnance à 8'eiplic[uer en paroles. Ils cherchaient les occasions de se voir . et s'écrivaient* des lettres où leur tendresse réciproque et leur évangile musical formaient l^amalgame le plus singulier. Le baron m*en a communiqué quelques passages dont je vous fais grâce, car votre esprit lucide s'accommoderait fort mal avec les brouillards de ces imaginations allemandes.

» Il parait que Lisbeth comprenait à merveille ces bagatelles, obscures . pour les profanes, que Tamour et la musique inspiraient à Nathanaël ; ses réponses n'étaient pas moins mystiques. Plusieurs mois s'écoulèrent de la sorte, et puis les amants songèrent enfin aux affaires terrestres. De peur d'une explosion, Lisbeth se chargea de sonder habilement son père sur l'effet que produirait dans le monde le mariage d'une demoiselle de qualité avec un musicien. Le baron ne se montra pas trop effarouché. Une explication plus franche suivit, et le bonhomme commença par soupirer, maudire les têtes folles, les jeunes filles inflammables, la musique et les duos de harpe et de clavecin ; et puis, effrayé par le souvenir de sa femme, le danger de faire mourir les en&nts slaves en les contrariant, le baron céda, de peur de * donner une maladie à sa chère Lisbeth. Au premier signe que fit sa fille de vouloir pleurer, peu- s'en fallut qu'il ne lui demandât pardon. Il la prit sur ses genoux, l'embrassa et lui dit tout bas qu'il la marierait à son amant, à la condition que jamais elle n'aurait d'attaque de nerfs. Lisbeth, heureuse d'obtenir ce qu'elle souhaitait, renonça volontiers à cet article de l'héritage maternel, et promit tout ce que son père voulut.

• La £amille poussa des cris de fureur quand on lui apprit ce projet de mariage. Des lettres de reproche arrivèrent des pays les plus lointains. La douairière, ici présente, vint faire officiel-

lemeiil ses représentation!. Mais le baron, louteou pir u Wk, .tint forme contre de» préjugés qu'il partageait lui-même. Il plaida la cauM àes jeunes gens avec l'éloquence d'un avocat suucdd- >iclion. Les préparatifs du marine allaient grand train. On n'attendait pitia, pour fixer la jour de la cérémonie, que les papieti de famille du fiancé, lorsqu'un coup de foudre imprévu rtaieru ces cliàleaiiK en Espagne et remit tout en question.

I Un matin, le laquais préposé à la garde de l'aolichambre dans le chitenu d'Ernstberg, vit entrer une grande et belle persoune vêtue en amazone, la cravache à la main, parlant baltincB à éperons, justaucorps boulonné, cbapeau h grurfs bords avec chaînette d'argent. Dn écujer, armé d'un sabre, faiiail promener dans la cour du rhïteau, deux chevaux covveiK d'écume et de poussière. L'inconnue demanda maitre Kathanaïl- On lui proposa d'entrer au salon ; mais elle répondit qu'elle préférait nitendre dans le jardin. Le laquais r^rda d'un air hébété celte espèce de femme vaillante qui marchait fc grands pas dans le parterre et coupait à coups de cravache les feùlln des acacias.

• Du plus loin que NathanaSI apcrfut celt« belle caTalièm, il poussa un cri de surprise et parut fort troublé. Ou les vil échan- ' ger ensemble un saUit familier, et entrer aussitôt en unfi^Dcr, comme s'ils eussent repris une conversation interrompue la veiile. A raastiro-que la dame élevait le ton, le jeune homme parlait plus bas. L'une s'animait, levait en l'air la main, fermai! le poing, menaç^il de prés le visage do sou interlocuteur ; l'autre reeulnl (l'un p.is, et dirigeait vers les fenêtres du château des r^ards inquiets, Enfln l'amaione fit un geste de colère, marcha vers le perron, et entra dans le salon du rez-de -chaussée, où se Irouvaienl la liarpe et le clavecin. Un duo pour ces deux instrumenta,

1 L'amazone se leva, et saluant le maître de la maison :

) — Monsieur le baron, lui dit-elle, une personne de TOire qualité ne se décide point sans des iDalih puissants à maiiei si fille avec un joueur de harpe. L'usage veut qu'on prenne, au moins, quelques informations. Adressez-vous à moi ; je connais mieui que TOUS votre gendre.

• — Mon père, dit Lisbeih, il ne serait pas Jusie de prendre des informaiions que vous ne demander pas, et qui viennoil ainsi à cheval, apportées par une dame qui paraît avoir à se plaindre de notre ami.

> — Je ne me plains jamais de»- autres, mon enfant, reprit l'étrangère ; je les aime ou je les déteste ; je les sers ou je les

accable. Quant h des plaintes, je ne sais ce que c'est. Vous croyez avoir inspiré une passion à eu petit monsieur, parce qu'il vous a initiée à son catéchisme sympathique. Il vous, trompe, comme il m*a trompée. C'est son habitude. Depuis qu'il jouit d*une certaine célébrité, dix jeunes filles sensibles comme vous et autant d'écervelées comme moi, sont tombées dans les pièges de ce traître. Nalhanaël ne peut avoir de succès qu'à cette condition. C*est un cordial sans lequel il n'a plus ni force ni génie. Commandez-lui de jouer avec moi qti'il n'aime plus, ce duo que voici, et vous le verrez au-dessous du médiocre, sans inspiration, sans chaleur.

» — n suffit pour moi, inadame, répondit Lisbeth, que l'inspiration lui vienne en m'accompapant.

> — Fort bien, dit l'amazone, si cela devait durer. Je conçois qu'il vous plaise d'être l'élixir de Garus de ce charlatan. Mais vous ne serez pas plutôt mariée qu'il cherchera son cordial autre part, et il ne sera pas en peine de le trouver. Vous imaginezvous que ce duo ait été fait pour vous ? 11 l'a composé pour moi, l'année dernière, à Wilna, où il exerçait ses maléfices. Je pourrais vous réciter le cahier à la main et ligne par ligne, toutes les tendresses empoisonnées qu'il m'adressait parmi ces accords, et vous jugeriez, en voyant les paroles sous la musique, si cela est à votre intention. Je sais par cœur ces impostures. Vous

êtes noble, riche, fille unique, et vous mordez à l'appât jusqu'à donner votre cœur, votre main et votre fortune. J'en aurais fait autant, si je n'eusse été désabusée par une autre personne. Je vous avertis, à mon tour ; agissez maintenant selon votre envie.

» La dame prit le cahier de musique ouvert sur le clavecin, et, après avoir rayé sur la première page la dédicace à M"' Lisbeth,

elle écrivit ces mots : t Déiiié i Augiisla ■", el à lonl«les femmes romaDesques d'Allemagne et de Pologne. • PeDdanln lemps-l^, Nallianaël, plungé dans îin fauteuil, pamistail Anéaati, I Auguslu le loucba au front du bout de sa. cravache, en lui de- ^ mandant ce qu'il avait à répondre. Il se leva, ranimf par uUe insulte :

• — Je ne vous ressemble point, dit-il avec émotioD. le ne di' leste point lee gens que j'ai aimés, et je ne voudrais pas délnùn leur repos et leurs espérances. Si vous éprouvez un plaisir diiis h vous venger d'injures que '\e ne vous ai jamais fuies, s'd tous convient d'appeler imposture une tendresse mal récampeniie, dont je respecte pourtant le souvenir, comme il faudrait «m offenser en me jusUGant, je garderai le «lénce. Ce serait vaut combattre, avec vos propres armes que d'appuyer sur b difl<!'rence qui existe entre une femme comme vous, arrivant de deii cents lieues pour tftcher de me perdre, et une jeune fille qui a toujours vécu sous l'aile de son père. Si je vous répondais, il budrait dire les circonstances de noire rencontre, cl quelle part revient, dans cette affaire, avoirs impétuosité, h des moaurs qui ne sont pas relies de tout le monde. J'aime mieux ma taire d m'en rapporter à mes juges.

• La belle Augusta lépliqua, dans une langue que le ban» M sa fille n'entendaient pas ; mais ses éclats de voix, ses nuMiiements lirusqucs et les flammes qui sortaient de ses grands jW montraient assez qu'elle ne pouvait plus cuDlenir sa colirs. Natlianaël, au contraire, reprenait son sai^-froid. Cependaul. l'amazone lui arracha violemment un bouton de son habit, qu'elle lui jeta au visage, et ce nouvel outrage le mil litrs de lui. Il prit la parole i son tour dans l'idiome inconnu de la belle C3' valièrc, cl, A mesjJre qu'il s'animait, Li dame paraissait s'adoucir.

Finale ou qu pleura momei

iait Ci decha Je sais je suis poursu Vous CI de son doocvo

que tu Finis Ci Tépreuv

aboses ( de men Tu as p laisse m débarras achève t

» L'a son ëcu3 Que l'inc rôles fus tain qn'e perspecti

jeune flfle, et les mots d'imposture et de tmtiK appliqités 1 tes contérences musicales lui inspiraient une terreur prefoodt Elle se retira dans sa chambre pour rassembler se» idfes; nuis la réflexion ne fit qu'augmenter ses perplexités, car elle m k montra point durant trois jours. Le baron attendait que m fiil* eût exprimé une opinioD pour prendre un p»rli. Lorsqu'il U m ébranlée dans son amour, il se tourna contre Nalhauaïl, et pliid> la rupture d'un marioge qu'il n'était point fàchiderenwjeriin calendes grecques.

I !4athanaêlpengaque8esa&iresallaientfortinal;niii!il'>« aiseï d'orgueil pour ne pat entreprendre de se justiBer^nun» du quatrième jour, un exprès qu'il avait entuyè à Munich, nmena uo carrosse de louage, dans lequel il monta, en lùsaii une lettre pour le liaron.

■ Je pan, monsieur, èi»ivait-il, sans lous demander u qut sont devenues votre amitié pour moi et la tendresse d'une f>etsonne qui me sera toujours chère. Je ne m'abaisserai poiml repousser une accusation dont je veux ignorer ce que vous pa- Kt. Il suffit que les soupçons puissent se dresser entre vous <t moi p['ur qu'une union où la confiance est nécessaire devKiiK impossible. Vous connaîtrez par les effets de mon désespoir û j'étais encore digue de votre estime, de l'honneur que vous me TOuliei îain et du bonheur qui m'est ravi. *

1 Aussitèt que Lisbeth eut jeté les yeux sur ce billet, ïmaacence de son amant lui parut évidente. On envoya courir aprts le carrosse ; nuis tandis qu'un laouais le cliercbait sur la rotiu

de Munich, il avait pris celle de Salzbourg. On écrivit de tous cAtés. Soit que Natlianaêl n'ait point su qu'on le regrettait, soit qu il n'ait point voulu revenir sur ses déterminations, il quitta ia Bavière sans donner de ses nouvelles ni à ses amis, ni aux admirateurs qu'il avait dans le pays. Au bout de six mois, on apprit qu'il servait comme volontaire dans un régiment hongrois. Ce régiment fut envoyé à la défense de Fribourg, et les gazettes annoncèrent que les arts avaient perdu un jeune maître de grande espérance le jour que les Français avaient ouvert la brèche au siège de cette place.

■ Au ftfnd, le haron, pensant rattraper ses quartiers de noblesse tout près de se noyer dans une mésalliance, supporta patiemment ce dénoûment tragique. La cruauté du destin se Chargeait de suppléer à son peu de volonté. Il s'imagina que sa fille se consolerait bientôt d'un malheur sans remède, et que la métaphysique musicale irait rejoindre le défunt. Mais il oubliait dans ses comptes le plaisir qu'éprouvent les jeunes filles à tourner leur chagrin en idée fixe. Au lieu de négliger la musique. Lisbeth ne bougeait plus de son clavecin. Elle voulut qu'on laissât la harpe et les pupitres à leur place, comme si on eût attendu Nathanaêl de jour en jour. Elle jouait les duos qu'elle croyait composés pour elle, et, dans les passages où le chant appartenait à la harpe, elle se figurait entendre ce qui manquait au concert. Elle accompagnait le maître absent comme s'il eût été à sa partie, et, si quelque douairière sermonneuse l'interrompait, le duo finissait par des torrents de larmes.

» Les médecins engagèrent le père à distraire sa fille de ces manies dangereuses. Le baron emmena Lisbeth en Suisse. Ce fut pendant cette trêve que je rencontrai mes hôtes dans la vallée de la Tamina. La malade reprenait le sommeil et l'appétit,

lorsque la scène du clavecin de Coirs viùl prouver que sdd mol n'était qu'endormi. Depuis ce moment elle est relombée dans tes exaltations et ses crises. One fois par jour les temnies de ta maison l'emportent évanouie ou furieuse. Ua père perdnil U ISle A moiuB. Les douairi^es sont aii bout de leur routtiu le remontrances, et moi j'admire avec effroi comliicn cette (!urmante créature est ingénieuse à faire son propre m^eurei celui de tout ce qui l'aime.

• Après avoir écouté le récit du baron, je lui conseillai de oe rien entreprendre pour détourner sa fîUe de ses rêveries, ie nt la contrarier en aucune façon, et de se prêter avec complaisanK à toutes les fantaisies qu'elle pourrait avoir. Je venais de lui doDner ce conseil, et nous retournions ensemble au chWeau, lorsqu'une sen.-ante accourut tout éplorée, disant que mademoistUe était possédée, que le diable la tenait en ce moment, et qu'il parlait par sa bouche. Je pressai le pas et je me gbssai, ans ftire de bruit, dans un coin du salon. Lisbelh exécuiail un de ses duos lavons. La harpe était près d'elle, et les deux taliers de musique à leur place accouljimée. Par insLmls la jeune lills tournait à demi la tète vers le siège qu'aurait dû occuper N»lbnacl, et le complimentait en souriant, comme si el!e eût rttllement entendu la partie de harpe.

■ — Chermaitre, disait-elle, jamaisjo pourrai ne mettre das ce passage aulanl de passion que vous ; mais je ne suis qu'um écilière. 11 ne faut pas me gronder... Ali ! que »ous avei bien joué c« trait charmant !... i mon tour maintenant ; éles-ioui satisfait?... vous m'accompagnez à merveille... quelle douceur dans les sons do votre harpe !

» ï^baron, qui venait d'entrer. Darutsaisidpnniivanin J,! lui

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dition, elle posa fort docilement et aussi longtemps que je Ten priai. Deux ou trois fois par séance, elle allait au clayecin, jouait un morceau, se livrait à ses manies, pleurait, s'interrompait, recommençait un passage de prédilection ; et je crois avoir saisi pendant ce temps-là le caractère particulier de son visage. Ce portrait vaudra mieux, si je ne me trompe, que les précédents. Le modèle est, d'ailleurs, le plus poétique et le plus original que j'aie rencontré. Lisbelh, dans ses moments d'hallucinations, s'embellit singulièrement ; j'éprouve un- charme infini à la regarder..., et c'est pourquoi je pars, de peur de tomber aussi malade qu'elle.

» Vous qui m'avez entraîné bien loin de Vemon, qui raaveî chassé de Paris, en pareille conjoncture, vous m'approuverez de ne point affronter un danger plus sérieux que tous les autres, A soigner des fous, à flatter leur folie, on perd sa raison. Les médecins en sont d'accord. L'ascendant que j'ai conquis sur l'esprit de Lisbeth pourrait sans doute lui être utile et senir à sa guérison ; mais qui me guérirait à mon tour? J'ai prétexté des lettres d'affaires qui m'appelaient à Munich pour quelques heures seulement. Demain, au point du jour^ l'antique calèche de la maison 'doit me conduire à la ville^ et m'y attendre pour me ramener le soir à Emstberg. Elle y reviendra sans moi. Au moment où nous prenions nos bougeoirs pour nous retirer dans nos chambres, Lisbeth me tendit une de ses mains en offranl l'autre a son père ; et comme je pressais ses doigts mignons qui ^ semblaient fondre entre les miens :

■ — Je ne suis point, me dit-elle, ennemie si acharnée de moi- même que vous le pensez tous deux. Je prèle les mains à ceux qui veulent me retenir sur cette terre, et c'est pour eux que j'y resterai. Vos bontés, vos soins intelligents, votre corn-

LE MAITItE INCONNU 313

plaisance ne seront pas perdus. Mon père souhaite que je quille un art pernicieux pour un autre qu'il croit innocent. Je me rendrai à ses désirs. A votre retour, monsieur, je prendrai volontiers des leçons de dessin, et vous aurez en moi une écoliére pleine de zèle.

9 L'arriére-pensée de la fugue honteuse que je médite pour smaiii, m'àïà la force de répondre. Je m'indmai respectueuseent, tandis que le père embrassait sa fille avec un transport de e. Le baron me reconduisit jusqu'à ma chambre, et me fit Miter si souvent la promesse d'enseigner la peinture à Lisbetb, ; ma confusion l'aurait éclairé s'il eût pu soupçonner mon jet ; mais le pauvre homme ne se doutait guère de mon atitude. .

Demain, à pareille heure, j'aurai fait vingt lieues sur la route pruck. Dans trois jours, je franchirai les montagnes du »er, et j'entrerai ensuite en Italie par Trente, Vicence, le et Venise, et je resterai quelque temps avant de me ; à Rome, dont je suis pourtant bien pressé de voir les iJles; c'est ainsi, mon cher maître, que votre élève e au danger en véritable poltron, sans dire adieu, sans umer la tôte en arrière, de peur d'être changé en statue

Le chevalier Servandoni [ne trouvait point sujet de s'inquicter dans les pérégrinations de Pierre ; mais je ne partageais pas si tranquillité. Un garçon si jeune ainsi livré à lui-môme, exposa toutes sortes de rencontres, ne me paraissait pas dans les conditions où j'aurais voulu voir mon élève. Lorsqu'il me pria <k le venir rejoindre en Italie, à tilre d'ami, et que le ckva^cf m*eut communiqué des lettres ^ui m'invitaient à partir sans lie^ lai, je n'hésitai plus. Le rôle de compagnon de voyage n excluait point celui de conseiller et de Mentor que m'avaient donQ< quatre ans d'exercice. Je montai dans le carrosse de voituit à Lyon, et je descendis jusqu'à Arles sur un méchant baleau ^ commerce, qui mit quatre jours h faire ce tr^et. Une gabari

italienne me porta dans le même temps de Marseille à Civita- Vec^hia, d'où je me rendis à Rome. Une leltre que je trouvai chez M. Tambassadeur de France m'apprit que Pierre ne tarderait pas à veair. Je louai, en fatteudant une petite maison commodément située pour Ikire un logement de peintre dans le quartier de MoDte-Cavallo.

Vers la fin d'août, Pierre arriva. J*étais allé au-devant de lui à la porte du Peuple, II me reconnut de loin sur la route, fit arrêter sa voiture et vint se jeter dans mes bras. Je le trouvai fortifié par le régime des voyages ; son visage, un peu liàlé par le vent et le soleil, avait pris un petit air de gravité qui ne faisait point de tort à ses vingt ans. A peine installé dans son appartement, il me raconta, sans attendre que je l'eusse interrogé, tous les détails de sa vie depuis le jour de notre sépara* tion» En plusieurs passages de son récit, il exprima le regret de n'avoir pas eu pour se diriger mes conseils et mon expérience, et cette façon délicate de me faire entendre qu'il n'aurait rien de secret pour moi durant notre séjour en Italie me toucha profondément. Il voulut à son tour connaître toutes mes pensées. Mes inquiétudes mal fondées éveillèrent sa gaieté. La conversation prit entre nous jm ton de badinage qui devint, dès ce moment, une habitude, en sorte que nous vivions comme en [^rlie de plaisir perpétuelle.

Le premier soin de mon élève fut de tirer des bagages son attirail de peintre, et de mettre en ordre sou atelier. Aussitôt après, il voulait courir au Vatican pour voir les peintures de Raphaël ; mais je modérai son ardeur, en lui conseillant de sui* vrc un plan quelconque dans ses promenades d'artiste et de curieux, afin d'éviter la confusion dos souvenirs parmi ces merveilles de tous les siècles, dont Rome oiïrë un mélange unique

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an monde. Je lui proposai la méthode la meilleure h mon sens, qui est Tordre chronologique.

Nous employâmes deux grands mois en explorations, avec ua enthousiasme égal et un plaisir toujours croissant. Nous tirions autant de fruit Tun que Tautre de nos dissertations, et je dois avouer que si je fournissais quelque lumière à mon élève en matière d'histoire, il me le rendait bien dans les galeries de tableaux, où son coup d*œil d'artiste guidait mon jugement. Mon tour vint plus d'une fois de recevoir des leçons. J'appris à discerner et à goûter les œuvres des grands maîtres, et je ne risquais point de m'égarer en réglant mes remarques sur les impressions de Pierre. Si j'eusse ignoré que les chambm, les loges du Vatican et la chapelle Sixtine renfermaient la plus haute expression du génie humain, je l'aurais compris à rémotion et aux transports de ce jeune homme, plus heureusement doué que moi.

Malgré ses études et les excellents avis de Senrandoni, Pierre n'avait pris qu'une idée incomplète des écoles italiennes, sur le faible échantillon que possède le Louvre. L'incroyable profusion de beaux ouvrages qui défilait devant lui confondait son ima^* nation et lui arrachait de gros soupirs.

— A quoi bon travailler, disait-il, avec la certitude de n'atteindre jamais à la cheville de ces hommes immortels? Ils ont fait assez de chefs-d'œuvre. Jouissons de ce qu'ils ont laissé sans perdre notre temps en efforts inutiles.

Ces pensées-là ne valaient rien : je les combattais doucement, de peur d'animer mon élève à plaider la thèse du découragement. J)n épluchant avec sévérité les galeries de tableaux, je fis observer à Pierre que les ouvrages inimitables et tout à fait hors ligne sortaient de trois ou quatre mains seulement. C'était

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Mon Oin mm sail peindre, répendis-je, aaM ""' 1^ mais retu de ceupa de canne. Non. »'«'0M à P>n> q>" 1" d'.umge. iolieoa : il a bien talln lui donner d'a.lre. •"«^ -C'eilnu malheur repril l'dwneer. Mon «UataU'"" .n.,»,nd ieparil. avec lui d. Dr.rf. pour l'am.»' » r.i mi. en «ntinelle dan. le. etornSm .1 .ou. !■ pl«» ^ toje. pendjut de. annie. mlières, .«» um> eracli. d «u pain, eomme un m.ltalleur. li ne connall que «'P'"' "J^ el»l.Anii., « qumd non. p.™«. devant c» .!«■» '• , nin, denl le. l.rdin. de celle tille «inl «mpoi«mnd., J. mande de baisaw le. yeux. ^^ ^

Voilà de la riiérilé. Je mubailo que le rd«il"C np«» vos efforls. , ,j

- Il , répond. Mon 11. sera bienlDl le premier I<» son siècle. Je m'y connais. Von. peum m'en cieim. ^ Jo ne doute ni de vo. paroles ni dii mdrite do rolre

tion est tort difTérenle, ne sa'irail prétendra à Thraneur d'eid- | ter au même degré votre intérêt, ce qui prouve )a tupétiwli I de la méthode allemande eur la française. Beçardw-iriM ce garçoD-lài Mmme il a bonne mine! comme il ett robuilttt frais de visagel U est, de plus, impatient de tout connalitt, libre dans set ji^ements et ses allures. Cliei nous, od ne su' pas corriger la nature ; on la surreille seulement, en lui disint : Va, suis tes instincts, et fais de ton mieux.

— Oui! s'écria l'Itilien, liberté, indépendance, courage, ' hardiesse, loul cela se tient : celui qui ose peut ! Fi ! les Fiaopais ne feront jamais rien de bon. Vous avei ici le jeune Vito, I pensionnaire de S. M. Louis XV, qui s'égare de la même boe I aTec une étonnante ardeur. Vous êtes des hommes, tous autres, I tandis que le seigneur IsmaËl et son fils sont des artisans. Itait ' voyons votre jeune élève.

Le seigneur Seconde posa une mua sur la tête de Piem. lui toucha du bout de ses longs doigts le haut du front, et pois ki tempes et l'arcade sourùllière, et il répéta plusieurs lins d'une voix lamentable :

— Bel entant! belle conformation! Suivez vos pendumts é vos goûls naturels, mon ami , et i» vous embarrasseï poial in autres.

L'Allemand écoutait notre conversation d'un air tStu, shkt démêler l'ironie d'avec les éloges. 11 aurait soubiité que le seigneur Seconda nous fit connaître ses ouvrages acadéiùiiHs; mais l'Italien ne parut pas se saucier de pousser plus avant la cannaiES<nce. Il renouvela tous ses saluts, et. en adressant 1 Pierre un regard .où la bonté prenait, ji cause de la figure iv personn^e, l'apparence de h tristesse la plus profonde, il s'éloigna en murmurant :

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français, amateurs de peinture,* qui viennent regarder voire on- "rage.

— Je suis à vouî Iftiit a riieure, messieurs, ilil le jM» artiste,

Pierre se glissa derrière le siège du peinlre, et considéra lour à lour le tableau el le modËle avec beaucoup d'alienlioo ; il j courut ensuite vers bmaêl, et lui prit les deux nuins en s'i< criant -, '<

— Vous avei raison ; votre Bis est le premier peinlre de notre | siècle. Ce tableau liendra un jour son rang â c4lê des ctefs- j d'œuvre de la renaissance. Enfin, j'ai donc vu un grand miiue vivnnt ! La peinture existe encore ! Ce jour est le plus beau de 1 ma vie. I

Pierre me poussapar les épaules en face du tableau !|

— Hiiis voyei donc cela, me dit-il. A quoi sert d'avoir du génie si les autres ne s"en aperçoivent pas ? Bcgardei donc ; idmirei donc; comprenez donc, mille dinbles! Est-ce que tous ne rcconnatsset pas le style des anciens matlres? Ah ! saigneui Raphaël, que vous êtes heiireu^t ! que je le suis nioi-mïnM de voir un homme comme vous ! Votre nom vous a porté hoivlienr.

^ Son nom, dit lo pire, eit un mot d'ordre qne je lui li donné dès le berceau, afin que toute sa bmille, see ami» el jusqu'à la servante ne fissent que lui rappeler sans casse le ntiltre qu'il devait suivre et le but qu'il devait atteindre. Chaque mstin en l'éveillant, je lui criais : Itaphaèl debout ! Songe k Raphaël.

— Et il sera, s'écria Pierre, le Raphaël du diK-buitiitne siècle. Ah ! pourquoi ne m'a-l-en pas dirigé ainsi I Que ne m'avci-ïOHs enfermé, grondé, battu I 11 fallait me donner deî coups de fouel, comme û uu chien. Il aillait fr.-tpjter In \iié dun'

«' st.,

**» Ja pris. 1

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«ourag j« «lois

Pierre et Raphaël fii'ent loul de suite aiuilié ensemble. U douceur et le flegme germanique de l'un s'accordireot à metveille avec la vivacild frnnfiise de l'aufre. 11 fui couTenu que Pierre viendrait le leiidEmain pour essayer une élude d'après le cbarmhnt modèle de viei^e, et le jjonhonime Ismaël dont le strslimes obtenaient gain de cause, nous dit, en nous recondiiisant jusqu'i la porle :

— Faites-moi le plaisir, lorsque vous rencontrer» don Secondci ÛD. lui raconlcr votre onlrtvuc avec mon fils, et 1 impression lUC vous emportct d'ici. Dilcs-lui bien, je vous prie, ce que vixis pensez de Ilapliaûl Ulcnga et de la milhodu du vieux Ism^l Mcnss son pèie.

de Votre Seigneurie, elle doit avoir raison, et je la léliâte beaucoup d'une si sage résolution.

— Vous avez, dit Pierre, une étrange façon d'approuver les^ gens. Tout cela est fort bien ; mais Mengs fait des chefs-d'œa* vre et moi je cherche encore mon chemin.

— Mengs, reprit don Seconde, est amoureux d*un asseï joli modèle. La petite Marguerite Guairi a de la pudeur et de la grtice. Mais épouser soji tableau ! voir sa création, moudier «s enfeiits, et faire la cuisine! le bëiître! le tudesque fou! 1« butor !... Ce projet de mariage est parfaitement convenable, el Mengs goûtera un bonheur pur et tranquille en devenant le gendre du papa Guazzi, qui est un fort honnête bourgeois de Rome.

— » Voilà une approbation sans réserve, dit Pierre en riant.

— Votre Seigneurie, reprit Tacadèmicien, veut-elle que je lui montre un modèle plus beau que Marguerite Guazzi, un chefd'œuvre de la nature ?

— Sans doute, je le veux, répondit Pierre.

— Eh bien ! demaiu, une heure avant midi, trouvez-vous sur la place d'Espagne, vous verrez si je mV connais.

De peur de manquer le rendez-vous donné par don Secondo, nous étions sur la place d'Espagne, le lendemain, longtemps .avant l'heure convenue. Nous regardions, assis sur la margelle de la fontaine, la foule bariolée des passants, qui fîiisait de celle belle place une véritable lanterne magique. Les carrosses »' croisaient dans toutes les directions ; ceux des cardinaux se reconnaissaient aux houppes rouges dont les chevaux étaient parés, et aux trois laquai a. lui thés derrière sur la planchette. Des abbés coquets débouchaient par douzaiues de toutes les rues, souriant et saluant les dames. De grosses matrones, ayant

328 LE MAITllB INCONNU

tout le jus d'un citron, au moyen d'une espèce de casse-ooisette en bois. L'illustrissime fsmploya un demi-quart d'heure à boire cette limonade, à tirer un baioc de sa poche d'un air gauche et empêché, à déposer et reprendre sa caone, et puis son verre, et puis son mouchoir pour essuyer ses mains et ses lèvres, le tout en murmurant, geipant et piétinant, comme si les actes les plus simples de la vie n'eussent été pour lui qa'uoe suite continue de petites tortures.

— Mes jeunes amis, nous dit-il, — puisque vous autoriseï cette formule familière et abrégée dont tout l'honneur est pour moi, — mes jeunes amis, la personne que vous allez voir ne ressemble point à ce qu'on rencontre à chaque pas dans cette ville, où sont des types de visages assez renommés. U est fort possible qu'elle ne vous plaise pas. Lorsque je l'appelle incomparable, c'est selon mon sentiment particulier que je parle, et vous n'êtes point obligés d'être de mon avis. Le ciel fait tant de beaux ouvrages, qu'il y en a pour tous les goûts. Celui-ci est pour moi comme une pierre de touche, avec quoi je mesure le degré de civilisati(»n des gens ; les barbares sont ceux qui ne lui trouvent aucun charme ; mais si votre goût diffère du mien, cela ébranlera fort mes convictions.

— Seigneur Seconde, dis-je, vous paraissez avoir les idées les plus arrêtées. D'où vient que vous les enveloppez de précautions oratoires, comme des pilules enfarinées? Si vous pouviez vous résoudre à supprimer ces ambages inutiles, vous exerceriez une persuasion plus grande.

— Hélas! moii ami. reprit l'académicien, on s'exprime comme on peut. Nous disions donc que la jeune fille en question n a rien du type lour^ des femmes romaines. Ou la croirait volontiers de race étrusque. Sa grand'mèrc étiil do Lucques^ et son

heurté

^e, e "^^ la

^ 1 ette b,

d'une estampe de Cil-Blas; quant à In demoisril», son iihraunie beaiilé, son air doux et majestueux fomaienl le «nlR'lf le plus étrangle avec son entourée de wmédie. S« Irails n avaient pas la rrgularilé géométrique des slalues grequrs; nuit la nature, en cxéculant-de caprice «Ile ehannante 6^n, l'iviil façonnée avec une tendresse évidente, el ne s'élail éttftk des règles qu'il bon escient. Dans les proportions générales do corps on remarquait une certaine ex^ration de tout ce f>> constitue l'élégance des formes. Le cou paraissait un peu !«E. la tAte petile, les épaules un peu étroites; mais toutes ces clioses incorrectes composaient un ensemble séduisant qu'on k pouvait se défendre de regarder. On reconnaissait, d'ailleurs, k sai^ italien el les signes de la race étrusque, ainsi que fiw observé don Seconde, et la pliysionomte était relevée paruii<3ractère particulier de pudeur el de bonté qui commandait le tkpect.

Lorsque la belle fille el son escorte furent à trois pas it nous, don Seconda Qt une volle-fece, et ûtant son cliapeau :

— Signor cavalière, dit-il, et vous, figni"inu, ïousalleiJ' grand matin solliciter l'ambassadeur d'Kspïgne. Hélas! mun pauvre ami, vous n'avci point asseï d'argent pour obtenir jus- . lice. Vous verrez que ce seigneur aura la cruaulé de tous répondre avec preuves en main que le Parucco des Indes tsfgnôles n'était point ïotre parent. Delhi tes -tous de cette chimère d'héritage, mon bon Ignazio. el sache! vous créer quflqu'honnéte industrie. Ah ! si vous plaidiez devant nos seigneurs delà Rola, ce serait différent. Voilà des gens humains! 0"»"^ ils se montrent faibles, c'est pour eux-mêmes ; durs, c'est pi'ui autrui. Du reste, avares le matin, prodigues le soir, et galants

^eur fa

eus, ^

;,'Oiitt'e du séjour de Rome, quand donc retournerons-nous dans ma chère Toscane?

— Tu n'es qu'une carognettCy dit le cavalier au nez rou^c Nous attendrons ce soir Leurs Excellences avec des cartes et des rafraîchissements.

L^oncle accompagna ses salutations de sourires ignobks, et reprit son air composé pour entrer au palais d'Espagne.

— Savez-vous, dis-je à don Secondo, que vous m'éloniw ^•rodigieusement, avec ces langages divers que vous prenez selon , les personnes à qui vous avez affaire ? I

— Voulez-vous, répondit Tillustrissime, que je dépense mes civilités pour cette canaille d'Ignazio , à qui je ne dirais pas trois mots, s'il n'avait une nièce aimahle et belle? Mais d'abord que pensent Vos Seipeuries du visage de Livia, car il m'importe de connaître leur opinion, avant de donner à la jeune fille ee brevet de beauté que si peu de femmes méritent?

— Livia, dit Pierre, est, comme vous le disiez, une figure incomparable, le meilleur modèle qu'un peintre puisse souhaiter.

— Nos sentiments se rencontrent, reprit don Secondo. Combien je me sens enhardi par le suffrage de Vos Seigneuries! La pauvre fille n'est pas heureuse. Une perle peut-elle se plaire dans un bourbier? Cela voudrait vivre bien, et cela, n'entend que des paroles malhonnêtes. Mais le danger ne vient point de ce côté. Ce sont les hypocrites, les diseurs de faux serments et les comédiens de vertu qui la feront glisser. Allez voir cette colombe dans le terrier où la garde le renard. La compagnie d*hommes tels que vous peut la préserver de bien des périls. Soutenez son courage en lui témoignant de l'estime, en ne marchandant point votre mépris aux drôles qui la voudraient dé-

Je n'étnis guère d'avis de cultiver la connaissance de \.Wk^ '' de son ancic. Une fille misérable et un pipcur de caries ne vit semLhiunl pas dus gens h reclicrclier ; mais, pour ne point éveiller les désirs de Pierre par la conlradiclion , je lui p^i^^^' d'auti'C clioso en le conduisant en llicre à la fontaine d'Kgéne.

— Buvez de celte eau, dis-je k mon ùlève, quand nousarri' vânies à la fontaine. Ce sfJDiir frais cl mystérieux est celui de la sagesse et des bo'jines in^|iir,iliiiiLS.

— Mon ami , répondit Pierre, quelle opinion avez- vous ilont de moi pour penser qu'une partie de i-ha-aou et les jeux d'un' twile lille sont des emluV.ijes dont je ne dois janiais appru'.lifrt Ne craicnez Das de me lurler de Livia: votre silenre me lile»i>

LR MAITRE INCONNU * 335

Je veux faire une étude de celle jolie tête, et je ne vous dissimule point que j'y rêve depuis ce matin. A quoi me servirait d'ôlre à Rome, de fouler la terre classique des arts, si j*avais peur d'un modèle? Avez- vous bien examiné celui-ci? Ce n'est point un épi blond du sol de France comme la dame de Vernon , ni une fleur malade des prairies humides de TAIlemagne comme Lisbeth, ni une plante vigoureuse dos Ce venues comme Madelon, Je ne vois que Nina Blancolelli capable de soutenir la comparaison, parce qu'elle est d'origine italienne ; mais, chez Nina, l'esprit trop excité s'est développé outre mesure aux dépens du reste. Ici l'équilibre le plus parfait règne entre les divers éléments de cette beauté méridionale. Le front virginal annonce assez d'intelligence. La candeur du caractère.unie h l'énergie se montre dans ces grands yeux, dont le calme et la pureté ne sont point gâtés par des manèges de paupières. La bouche, si fortement accentuée, exprime un adorable mélange de passion, de bienveillance et de sensualité, qu'on ne se lasserait point d'étudier. On comprend que, si jamais cette bouche exhale des plaintes, des soupirs ou des reproches , rien ne sera plus amer que ces plaintes, plus touchant que ces soupirs, plus accablant que ces reproches...

— Vous oubliez , dis-je une expression plus dangereuse que les autres : si cette bouche adorable s'avisait de parler d'amour dans l'idiome le plus harmonieux du monde , pensez-vous que la raison d'un jeune Français de vingt ans fût de force à r«5sis ter?

— Ce danger- h\, répondit Pierre, ne se présente pas sans qu'on l'ait un peu cherché. Je ne suis ni aussi laborieux ni aussi candide que Raphaël Mengs pour vouloir épouser mon mod»Me, et vous me ferez bien Phonneur de croire que je respecterai

l'innuccnM ot la inis4^re de Livia. Nous irons chci elle u soir, ! et vous serez conli'iit de moi.

Vers quatre lieures d'Italie, ce qui ripond, ta hiwr, i to heures du soir, nous nous rendîmes au rnonl Celi». Deux don»tiques de place marchaient défaut dous, la torche ii U mtin. | r,etle précaution n'était pas de trop, car au milieu desminK, des trous el des bulles oïl nous Iréhucliions, je me serais plulil cru â Cartilage qu'à Rome. Nos guides connaissaient lii maison de Paruco), et l'un d'eux qui parlait comme un grand seigneur, demanda en termes rccliercliés à son camarade ce qu'il blU penser de gens qui se retiraient dans une Thébaide pour j jowr au pharaon, si la noblesse du eavalùre, la coupe des cartes, l'aloi des monnaies et la verlu de la demoiselle étaient des cho»i de même valeur.

— Le cavaliete, répondit l'autre domestique avec un accent maltais, n'oserait charger Pasquin de dire au public sa généalogie. Sur la coupe des cartes, je risquerais l'absolution dénies péchés plus Tolonliers que le prix de ma journée, à moins qu'on ne me l'eill pajéx avec les jetons de l'établissement. QaaJ)t à h vcriu de la signoiina , je t'en dirai le fin mot demain, tar je dois lui faire un petit comptimenlo de la part d'un jeune s(igneur qui se meurl d'amour pour elle.

— Voili, dit le Romain, une belle commission pour m jour de vigile !

— Ce'a me regarde, reprit le Maltais. Tout le monde n'a ju la gloire de descendre d'un consul ou d'un empereur. Je dnis ilre pelit-BIs de quelque bStard de Marc-Antoine, qui se reposa dans mon pays en allant voir sa CléopMre. Mes hi!néllces ne te ont point de lorl, puisque tu n'exerces pas la mjme industrie

que moi.

M« LE NAimB INCONNU

ner la lerriî hittue J'un sentier. Une mnin de fera m* passa mlff i les planches, et une voix sonore prononça le ï«i «tïderigneur, lout en ouvrant la porte. C'éUit la jeune duigne du matin. EUe avait Blé ses souliers pour les ménager, et elle les rejml ti arrivant sous le veglibuie, où l'on entrait parun perron en niiiK | Le ieigneur Panicco vint an-Jevanl de nous avec un empressement de meilleure compagnie que je ne l'iurais pensé k lui, et il nous introduisit dans un salon asseï propre. Des traques efTaries et incompréhensibles ornaient les murailles. Lk chaises de jonc, les fauteuils de velours râpé, un sopha modernf . un guéridon 4 la modo et une immense taLlo en vieuï tMif, du temps de Jules H, raccommodée avec des doiis roniil'^' composaient le moliilier plein d'anachronismes de ce séjour N*pitalier.

Le personnel de la réunion ressemblait au*mabilier. Tlusieurs gentilshommes décousus an coude, en vestes à ramages laillfcs dans quelque courtepointe, le menton rasé de la semaine pr^crdenle avec des sourires fixes et des yeux hrillanls, nous loisfreul d'un Sir timide. C'étaient les grands amis du mallrc de la maison, conviés h la curée de notre bourse de jeu. Deu^'jeiii'f^ gens de ligures agréables et de manières naturelles, ^l'nn Espagnol attaché A l'ambassade, l'aulre Romain et secrétaire d'un auditeur de la Kotu, formaient une disparate avec le reste it k compagnie, comme le snphn neuf avec la table vermoulue, Od voyait bien que les yeuit de Livia les attiraient plutôl que If pharaon, dont ils étaient comme nous les victimes désipé^s d'avanre. Mais la beauté de la jeune nilc, sa robe blanche, se; cheveux noirs relevés â rantiquo par une épingle d'argent, !Mi air graciciiit et bon, répandaient autour d'elle comme un parfum de jeunesse, de décenee et de genlilcua italienne, qui tiisait

que le hasard me donna iii';l^i el un, je trouvai de» pointe supérieurs aux miens dans les cartes du banquier; si bien qu'en ïingt minutes mes douze paoli s"éclipsèreiil el je quillaila | table. Pour avoir résisté plus longtemps que moi, Pierre >ili'tvanouir la moitié de ses sequins; et, comme il se monira beau joueur, on le plaignit beaucoup, ou s'étonna de ses mauniHi chances, et on lui proposa de venir prendre sa revanche ie !tDdemain. Le comte Calisto perdit vingt écus k sa banque. Qaaol au jeune Romain, il se défendit comme un lion, chicana sut lei coups, intimida les joueurs, joua de bonheur el ne perdit qu'iH bagatelle. Après sa retraite, Ignazio et ses grands amis se disputârent entre eux nos dépouilles au passe-dix avec un achanKment scandaleux. Finalement, ce Tut un des gentilshommes d^ousus au coude qui gagna tout, et il ne resta au bout des doigts de Parucco qu'une pièce d'or qu'il ne voulut point risquer. L« autres vaincus jurèrent comme des païens, donnèrent des taufs de poings dans la table, et obtinrent du vainqueur à forcï de prières une fiche de consolation de six paoli qu'ils mirent abdomen t dans leur poche.

Uvia prit alors son luth et chanta des ariettes populaires, 1k unes mélancoliques ou passionnées, les autres vives ou uniques. Une de ces chansons, appelée la Romana, et qui eipTÎmait le chagrin d'une fille abandonnée, fit tressaillir le paune Pierre. C'était un des airs que sa mère chantait souvent; le souvenir de MaTC«line et de sa fin tragique, éveillé à l'impro- \iste par les accents|plaintiEi de la jeune fille, passa comme un fantfime entre mon élève et moi. Livia, remarquant notre émotion, chanta aussitèt un air transteverin tout A fait boufnn. Quand elle eut achevé le dernier couplet, elle se leva en jouant ia ritournelle surson luth, el vint se placer debout en Tare denoit^

de la €

qui soi enfana Romoi

peine!

Voilà c( aimable ouvre qi s'appela

— Je ce monc gardien.

venait d' Deux se podagre

Pierre ne manqua p»s de s'eDqui^rir si le comte Calislo. ii"'sa longue conversalion avec Livia, lui atait au moins Jomw (le bonnes nouTelles de son héritage.

— De lellos nouvelles, répondit la jeune fille, que je songf i demander une cellule à Sainte-Glaire.

— Prendre le voile à votre 5ge '. s'écria Pierre.

— Sans doule. Vaul-il mieux mesurer la profondeurduTibn;, au-dessous du lempte de VeslaT

— A quel propos mourir? dil le seigneur Secondo. Lesjcuni'^ niles n'oul que ce mot à la bouche : Mourir ! si les choses ii<' voni pas tout de suite comme elles le désirent ; si le mon^^

Nous renvoyâmes nos domesiiques, el ic cMlier fouelt» ses iiaridelles. Sous les magniriques pins H tliênes verts de la viHi Panfili, on aurait pu se croire au printemps, Iwen i|oe naos fussions en novembre. Nous nous promenions depuis un i)ii»l d'heure le long des pièces d'eau et des parierres de tleun, lorsque don Seconde, s'arri'Iant devant un vase antique J'une forme admirahle, imagina de nous faire l'historique de tel objel d'art. C'était, disail-il, du premier temps de la sculpture grtqu! el il nous le proi.va. En examinant les fiprines el les ««mcols en relief, il )■ découvrit des molifs spécieux de penserquc ce vase avait élé fait pour une femme ; d'autres indires poriMllaient de croire que celle femme devait fltre celle d'un ipni général ; d'autres encore, que ce général devait l'Ire CimM l'Alliénien, el aussilfll te savant vieilliird nous fait une iieinUiif de t'inl£ricnr du Cimon, de l'appartement de sa femme, deli façon dont oti y vivait et de la place qu'occupait ce vase, le lo"t avec son ton de fossoveur, mais aussi avec une éruditioa pr»fonde, des points de vue liardis, elponrtaut appuyés de preuve;. Il nous intéresse et nous instruit si Lien que nous restées scuj le cliarnie de celle dissertation durant une heure entiire. Quani je dis nous, je ne parle que de moi et du cavalière Panicco. [lieu sait où i!laienl les deux jeunes gens pendant ce temps-!», au milieu de cette immense villa Panlili! Je confesse que je \» avais absolument oubliés. Il nous fallut encore une demi-heuf pour les retrouver. Ils étaient assis suf un escalier de matbn. et causaient de l'air le plus innocent, mais le plus aniiné. Kn retournant à la porte où était le earrossc, je pris un moment le bras de la jeune fille, el je lui demandai .imic-ilemenl, sans témoigner aucun soupçon, de quoi mon élève l'avait entrelenof tandis que nous écoutions les savants disconrsdu seigneur Se-

condo. Elle rae répondit sans hésiter et avec la pétulance d'une en&nt.

— Nous avons dit beaucoup de choses en peu d'instant. Je ne sais comment cela est venu. Je ]ui parlais de mes premières années. Voyant qu'il ra'écoutait avec plaisir, je lui ai raconté Thistoire de toute ma vie. Je fus menée toute petite en Espagne par mon père qui était riche. C'était pour une affaire de commerce. Nous vivions depuis six mois à Valence, quaud ce pauvre père mourut de la fièvre jaune. Un domestique du pays, profitant du désordre de la maison, vola tout l'argent que nous avions apporté d'Italie. On me reconduisit en Toscane, et ma mère, qui était belle et jeune, se remaria; mais elle m'aimait et me traitait bien. Nous passions l'hiver à Florence. A quatorze ans, je devins tout à coup grande comme me voilà. On me faisait la cour. Dix jeunes gens étaient à mes ordres soir et matin. On me donnait des sérénades toutes les nuits^ et il vint une fois des habitants de Pérugia pour me voir jouer la comédie. On me fit chanter, et les spectateurs m'accablèrent d'une pluie de fleurs. Ce jour de triomphe eut un cruel lendemain. Des créanciers vendirent les biens de ma mère qui ne savait point régler ses dépenses sur son revenu, et tout à coup nous fûmes ruinés. Ma mère en mourut de chagrin, et mon beau-père quitta l'Italie. J'avais encore cinq cents écus de rente pour tout patrimoine. Mon oncle et tuteur Parucco gouverna je ne sais comment mon petit bien. Il ne s'entend pas en affaires ; enfin, aujourd'hui, j*arrive à l'âge de dix-sept ans et à la pauvreté. Des gens qui revenaieitt de Rio-Janeiro nous ont assure qu'un Parucco y était mort sans héritier, et mon oncle s'est mis dans la tête que nous pouvions prétendre à la succession de cet homme, mais le comte Calisto tout en nous ofi'rant ses secours et son

316 LE haithe inconnu

amilié, ne nous a point laissa d'illusiun sur ccUc ^Uisie i\K- 1 rilage. Voilà ce que j'ai raconté à votre ami ; — avec bien plus 1 de déUib pourtant, cor je lui ai dit mes chagrins, Dits rjrIs. { mes inquiétudes, mes hésitaiioDs en face d'un parti eitréme f l d'une position insoutenable. Je lai ai bit toulesmes utafidesccs, et mtaie en plusieurs endroits de mon rdcit les larmes m. swl I veuues mi\ yeux,

— Et lui ne vous a-t-il pas aussi racoalé son hisinret

— Je le voulais, reprit Ltvia ; mais il TnMnlerrogeaitloaJDiirs, et je ne pouvais m'emitèchcr de lui répondre. Ce sera pour nol» premier eu Iretien :il Taul qu'il me confie ses peines, s'ilea a; e> i qui n'en a pas î |

— Hélas I belle Livia, il m'en cohte do vous Aler encore une illusion ; mais je dois vous avertir que ces ixinfîileiices réciproques et ces entretiens intimes sont un danger pour uiod ami comme pour vous. Pierre vous aimera bien vite à ce trainlà : ce sera une raison pour que vous l'aimiez de votre cAlé. Des motifs de la dernière importance lui commandent impérieusement de ne prendre une Temme, si jamais il s'y déierminr, qu'après avoir attendu longtemps, et tiré au clair par uneeipfrience de dix. ou quinze ans encore, certaines affaires de bmiOe obscures et mjrsiérieuses d'où dépendent son repos et sa vu. Entendez-vous, Livia? Sa vie même.

— Sainte \'ierge ! s'écria la jeune fille, je le croyais libre.

— 11 l'est; personne au monde ne peut l'empêcher de se perdre, s'il te veut absolument.

— Sans savoir de quoi il s'agit, je comprends que je suis pour lui une mauvaise connaissance,

— Uite conaaissancâ dutecreuse. reoris-ie. nrécisément i-anx

348 LE MAITRE INGOhfNU

nous arrivâmes à son atelier. Marguerite Guazzi, déjà fatiguée, i se reposait dans le jardin, en attendant Theure de la seconde I séance. Pierre avait apporté ses ustensiles ; il prit ses mesures pour essayer une étude d'après le jeune et beau modèle, et il avait tracé les premières lignes au crayon blanc lorsqu'un domestique le fit appeler : c'était Pippo le Maltais. J'appris avec étoBnement que le drôle venait rendre compte de certaine commission dont il nous avait parlé la veille, ce qu'il n*eût point osé faire, si Pierre ne l'en eût prié.

— Vos Excellences, nous dit le Maltais, ont comblé de leurs bienfaits c« fainéant de Scipion ; mais je ne suis point jaloux, et quand j'ai servi fidèlement un seigneur étranger au péril de ma vie, le témoignage de ma conscience est une récompeusequi me suffit.

— De quelle personne, demanda Pierre, avais-tu reçu b commission de parler à la signera Livia?

— Excellence, c'est un secret.

— Combien vaut ce secret-là?

— Deux écus. Excellence ; c'est le juste prix.

— Les voici. Parle maintenant.

— C'était donc de la part d'un jeune seigneur espagnol, appelé le comte Calisto de ***.

— Je m'en doutais. Voyons le succès de ta commission.

— Dès le matin je montai la garde à la croix des Quatre* Chemins, et je vis bientôt sortir le cavalière Parucco. La Marietta qui est au service de la signera, bonne fille, mais stupidc, fut effrayée de mon air agité. Je faisais des yeux ronds, et jo marchais précipitamment. Elle comprit que j'apportais des nouvelles sérieuses et que sa maîtresse devait les recevoir en main

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^^ *eZ/e s- S^d Ole,

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ambas^de. Mais nous ne sommes pas au bout ; demain, on un

plus docile : on aura réfléchi. Le danger de la prison sera ^m menafant, el toul ira bien.

— Si je payais ces deux cents écus? me dit Piefie quand le Maltais fut parli.

— J'allais vous le conseiller, répondis je; mais avez soin de bien garder l'anonyme.

.ex» révéhims du Maltais avaient fort troublé Pierre. Il eût voulu dissimuler ses craintes ; mais il ne faisait que s'agiter, her à grands pas dans le jardin de Raphaël Mengs, et il ne ;aît plus à son projet de travail. Marguerite Guazzi, re- 5e sur l'estrade, ne posait que pour son fiancé. Combien de journées, disait le vieux Ismaël en haussant :iules, eoinbien de semaines s'en vont ainsi gaspillées? Je ; quelle idëe vous trotte dans Tesprit, quelle nouvelle estvous relancer ici; mais aujourd'hui un domestique vous du travail, et demain ce sera autre chose. Si vous ne avec cette existence compliquée, jeune homme, vous ne nais rien. Regardez mon fils : sa vie est simple; il a près

352 LE MAlTtlE IKCOmU I

(ic lui Ms amojrs, sa fiancie, son modèle. Toiit « qu'il liml ' l'arlisle est sous son loil. NliI c inpi'i-licmcnl w- p^n^f* i"^^ ' lui. Vivez simjilemenl ; mariez-voiis avec une belle d^f. fille, uii dites adieu i h peinlure. On ne serl pas Ireole-av maîtres II la fois.

Dans les discours d'Esmaïl, un seul mol touchait mon ffl^. c'était le conseil de prendre femme. Pierre m'eniralna bifa-lmn l'c ces laborieux Allemands pour causer de l'affaire nuilowipait. Son dessein de secourir Livia n'étail pas d'une «iailnf facile. L'incognito dans les services d'argent est toujours inti, quelque précaution qu'on imagine. Nous savions par eii[ién(0« que le premier curieux ferait parler noire MalUiia pour ileu\ (tus. Commcnl découvrir sans lui les créanciers de don Ipiaiiii Comment ensuite les paver sans leur dire de quelle part wmi' la somme* Pour provenir les refus ou l'opposition de Lirâ. " pour qu'elle eût l'espril en repos, il fallait éviter toute mépf« de nature à lui fuire penser qu'elle avait celle obliga'"'" '" comie Calisto. L'intervention d'un tiers me parut indispenutilc je proposai le seigneur Seconde, à qui son Age et sa p«^i>i"> permetiaieni loflice paternel de bienfaiteur; de celle faci™, *« secret tombait en mains sûres. Pieri* approuva celte iift- '' voulait courir chez notre vieil acaddmicii'n, et je crus dtmèltr^ travers son empressement la peur que le tlaltait ne leaijl quelque nouvelle ambassade.

— Ayez plus de foi, lui dis-je, dans la vertu de U paii*^'' Livia, car si elle devait succomber demain, elle ne méritcniil guère vos services.

— Je ne suis pressé, répondit Pierre en rougissant, que il^' brdger ses inquiétudes el ton chagrin.

lie ménager lus aWiis et venues, Pierre lim île sa bourM 1«s cent icus en «equins d'or et piiya immédi.ilainegt sa part ie li IjoTine wuvre cummune. Le ïienx leit-neur nous donDa rendeivous au même lieu pour le lendunuiin à midi, et il venail de partir, eu nous promellant de faire diligence, lorsque le damai Uslluis Di>uR aborda d'un air triomplianl ;

— J'avais & cœur, nous dit-il, de montrer i Vos Sei^euriH un £chanlillon de mes lalrnte. On connati son monde, el qutad on dit que tout n'est paît (lai, comme j'eus l'Iionneur de l'assurer taniat à Vos Excellences, on tient parole.

La BuIHunce de ce misérable nous elTraya. Je m'atlendnii à qaelque révélation monstrueuse.

— Bien sol, reprit le Mallais, bien mauvais messa|e[ nlui qui renoncoruit & une affaire galante sur un premier échec. Leî jolies Elles commencent loujours par (aire les rencliiries, el tes jeunes gens, il faut l'avouer, ne sont pas roisonnalilM' Ceux-ci dévorenl le Itmps, celles-lA traînent en longueur. Si nouR n'élions pas ejilre deux pour préeber d'un cAté la plieDd el de l'aulre la bonne volonté, on ne s'entendrait jamais.

— Est-ce que Livia, demanda Pierre avec anxiété, »nit devenue moins farouche 1

— Nous avons, répondit Pippo, le loisir et l'occasion del'apprivoiser. Le seigneur comle, mécontent du résultai de ma première lenlative, m'appela thicn, el me dit ces paroles ; i Amnse-

' toi c«mme lu voudras. Amène la jeune Olle d'une main, el d< l'autre lu recevras trenlo éais ; mais ne me romps pas li léte davantage. < Or, je m'en rapporte à Vos Excellences : n'élail-ee pas exiger trop, el briser le carrosse pour courir plus vile? Le Grand-Turc seul parle ainsi fi ses esclaves. Heureusement, ci:^

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qui sont de h plus Imite importance. Ma nito lui lieadn tom- ' pagnie, et je lécherai de rcrenir pronipiemenl. Le cooiic a dn , goûl pour la musique. Livia lui donnera quelques leçons de guitare. Vainement les sots me Toudraienl inspirer des craintes sut le j in tentions de mon meilleur ami. J'ai beaucoup conao son p^re en Ëipagne. Ma nièo« a de la vertu, et les assiduités de ce cher Calislo ue sont pas pour inquiéter un genlilhamme de maquaiilé.

— Celait parler, poursuivi! le Maltais, avec un savoir \-im admirable. Je rapportai ces heureux [u^liminaires à celui qu'iU intéressaient, et dès demain, un diiier de famille, suivi d'un téte-à-téte, pur elTet du hasard, fournira au jeune comte le moyen de causer avec la belle Livia de son amour ou d'antre cbose. Tel est, Excellence, le succès de ma seconde expédition. Maintenant, si le comte ne réussit point, je m'en laverai les mains.

Pendant ce récit, dont j'abrège les fleurs de langage et les fanfaronnades, Pierre était comme sur le gril, mais il se contint et renvoya le Maltais en lui donnant une grati&cation. La journée s'écoula d'une lenteur insupportable, et le soir nous apporta la triste nouvelle de la réalisation de nos craintes. Don Seconde était arrivé deux heures trop tard chei l'oncle de Livia. Le jeune comte avait payé les dettes et pris les quittances. Parucco, qui aurait bien voulu recevoir des deux mains, imagina tontes sortes de fables pour se bàn encore prêter deux cents écoa. Hais, au lieu d'argent, notre vieil ami lui donna des conseils sévèm. l'engagea fort k mieux régler ses dépenses, et remporta b ■omme en disant qu'elle recevrait une autre destinalioD. Cel

Les assumiicfs du vieux seigijeur apaisèrent nos tnm\fi. r Pierre lui-mOme convini que don ScconJo vojail l« rlwscs wi- l nement, el qu'il n'y avait point encern sujet de s'ïlameJ. A notre deuxième visite cbez le rmalieie Parucco, comme mus avions le secret du tout ce qui s'était passé, nous pouvione u^ server les dispositionsjf ciproques des personnaget à beaucoup it signes imperceptibles, que le commun des martyrs oe remirquail *point. ]Ai comte Calisto, paré d'habits magnifiques, disùmuUii mal ses projets de conquBte. 11 me sembla que ses affùm Dallaient pas aussi vile qu'il l'avait espéré. Livia, ordinaireiKiit douce et bienveillante, prenait des airs fHresque hautdm a<w ^ favori de monsieur son oncle. Il rnillail qu'on l'eût outr^fr. . pour <{u'elle lît tant de violence à son naturel. Celte fitrli dr I circonstance me donna une liaule opinion de sa sagesse. Uaii Pierre fut atterré en se voyant accueilli avec une froideurquiM s'expliquait point. L'idée d'être confondu parmi ceux qui marchandaient l'honneur d'une honnête fille le blessât proboi^menl; je lus dans ses yeux qu'il ne supporterait pas longlemp^ une si cruelle injustice^ et pour empêcher une eiplosioa qm pouvait rendre subitement l'otTensenr et l'olTeusé amoureux l'i^n de l'autre, je priai tout bas Livia de jouer son rAle avec moins de ligueur.

— Vous êtes diflicilc h contenter, me répondit-rlle. Ne m'aTKvoue pas dit que j'étais une connaissance dangereuse pour voii' ami^ Ce n'est point par caprice que je me fais ingrate ei ir)^chanle. Croyez-vous que jo ne voie point ce que soulTre ce jcutit homme T II m'en coûte assez do jouer cette indigne comédie. N'' m'ordonnez pas d'y renoncer ; je passerais peut-être d'une c\tré' mité i l'autre. La vie que je mène devient in supportai île. Mon

Les paroles de Jnn Sccondo m'annonvairnl pour lii nuit iks nvcnlurcs dont je ine serais Lien passj. L'onclo de l.tna el le comlc Calislo, donl le bon ai^rnrd se lisait sur leurs yisaff', causaienl ensemble sous lepr£lexte de jouer une dernière partie- Pierre pressé d'en finir avec celte Irisle soir&i, me Si signet battre en retraite, ^ous avions pris nos cliapeaux et naus nw^ dirigions tout doueemenl vers la porte. Livia nous attendait suc le perron du jardin.

— Encore une niinule 1 dit elle avec vivacité. Il est possiUe que vous ne me trouviez pas à la maison la première fois q)i( vous revitndrez. Itlon oncle désiic me mener à ta canipatin?.

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Moisisse — Je

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363 I.E MAirnB inconnu

point se revoir en ce monde importe peu, si Ton se trouve làhaut. Ce qui importe, c'est d'avoir du courage, c'est de se bien conduire, c'est d'opposer un cœur d'airain aux méchants, aux traîtres, à leurs émissaires et aux trafiquants de bassesse. Le reste s'accommode toujours avec le temps. Allons, adieu, chers seigneurs. Je cause et j'ai tant affaire !

Livia nous tendit ses deux mains ;. Pierre déposa un baiser sur celle qu'il tenait. La jeune fille le regarda eu souriant :

— Je sais, lui dit-elle, que dans votre pays on baise laroain aux dames par galanterie. En Italie^ c'est un signe de grand respect : nous prendrons le milieu entre ees deux sentiitents; J'accepte votre baiser comme un témoignage d'estime !

— D'amitié, s'écria Pierre, de dévouement, de regret, de ehagrin, d'envie de vous servir à quelque chose, de rage de vous perdre, d'espoir de vous retrouver, de tendresse, belle Livia.

— Le moment de nous séparer est venu, interromidl la jeune fille ; je devrais ôtre partie ; ne m'ôtez pas mon courage. Quelque chose me dit que je vous reverrai.

Livia s'éloigna en nous adressant avec la main un salut gracieux à la mode italienne; mais son geste ressemblait presque autant à un baiser qu'à un adieu. Pierre, qui la suivait du regard, trébucha sur le perron disloqué. Le solennel Scipion, armé de sa torche, marchait devant nous dans le jardin.

— Excellence, nous dit*il, le seigneur Seconde m'a chaire de dire à Leurs Seigneuries de venir le rejoindre sur la place Colonna, où il les attend pour leur communiquer des nouvelles importantes.

— De bonnes nouvelles, s'écria Pierre en bondissant de joie, car il s'agit sans doute du complot qui doit sauver Livia.

La torche de Scipion éclaira de loin Thubic couleur de teud^

GSl dâterminé h consommer le dAshonneur de sa uîke. Sdoo toute apparence, le jeune Espagnol se sera ouverl à lui, el qoetque Inité liontcuK aura été signé entre ces deux puissances. Un voyage à Aibana, où le comte a loué un casino de plaisance, a été résolu pour demain. Sous le prétexte d'une partie de ampagne, l'oncle livrera sa nièce sans qu'elle puisse espérer secours ni protection. A moins de trancher la tSte d'Holopherne, je ne vois pas comment elle pourrait se tirer d'une pareille situatior, une fois tombée dans le pîége, et vous savez que Judith a lue un peu tard le général assyrien. Livia se défendrait mieux, je n'en doute point , nuis, avec tout le temps et toutes les facilités imaginaliles pour vaincre sa résistance, le tomte triompheraîl de sa vertu par la ruse ou par la force. Savons-nous seulement si cet étrai^er ne serait pas capable d'employer les potions assoupissantes ou quelque moyen abominable? Ce sérail un crime, il est vrai ; mais ces crimes-là restent souvent ignorés, k cause de l'intérêt des victimes à les lenir secrels. Quand même le coupable devrait être puni, quel bien en reviendrait A la pauvre Liiiat C'est elle qui m'a révélé le complot, ce soir, dans le jardin, tandis que vous perdiez votre argent au vwgtel k». Les inécbants ont trop d'aclivité ; leur zèle el leur ardeur nuisent souvent i leurs projets. Si le seigneur Calislo n'cùl point député son Uercure mallais à Livia, la jeune fille, sans défiance, aurait bit vo* lontiers celle partie de campagne. Ses soupçons étant éveillés, elle s'est alarmée de la proposilion ; elle a épié son oncle, surpris des regard» d'intelligence el cherché des défenseurs. Je me suis présenta ; j'ai otTcrI mes services, et le beau jeu a passé dans le camp des honnêtes gens. Il fallait se hâter ; nous avons donc arrélé ce qui suit : à une heure après minuit, une chaise

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— VériUbln irife rfc Français, reprit ilon Setondo. On ne faii pas lie ces ruiips à main armie dans l'inUrieur d'une gnnile ville. Voici donc re que j'ai prf [Uré : l.a pnrle d^la rue ne lirai à rien ; mes porleura la feront ai»ément sorlir de ses gonds. La fenêtre de Livian'esl qu'à dix pieds au-dessus du sol. Unepelile éclielle ajoutée nu matériel de l'expildilion sera dressée dans l'omljre, cl, si la jeune fille est prisonniàre, on la fera descendre A la dérobée dans le jandin. Que pensez-vous de l'ioiagioaiite du peuple romain T

— Nous nous inclinons devant votre g^nie, dit Piere. Scipion demanda la parole.

— Et si la signorina, dit-il, était gardie h vue par le cavalière Panicco ?

' — Alors, reprit don Secondo, mais alors seulement, il faudrait bien recourir k la violence. Un homme masqué pt'nélrerail à l'aille de récliellc dans la maison, comme les Gaulois dans le Capitole, cl, se jetanl sur Ignazio, lui tiendrait le couteau sur U goi^e tandis qu'on ciilevenit la jeune Tille.

— Je suis cA homme de bonne volonté, lilt Sdpion.

— Dungue! poursuivit dou Second», tout est prévu. A présent, que ferons-nous de la colombe écliappée de sa caget La recueillir dans mon palais ne serait pas raisoonable. Tarncco nierait ses mauvais desseins, dont il n'existe aucune preuve. Les lois me forceraient à lui rendre sa nièce, et cette a Oaire île viendrait un sujet de divertissement pur le public. Il me paraît mieux de mener la pelile en Toscane sans différer. Tout est prêt pour ce complément nécessaire de l'entreprise. Mon carrosse, attelé de quatre forts chevaux de louage, attend à la porte du Peuple, oii In chaise portera hi fille au pas de course. Nous

montons tous trois en carrosse avec Livia, et nous faisons le voyage h Florence le plus agr^^ablo du monde. Eh! mahgrt^ l'obscuTÏiéf je vois que cette idée sourit à un membre du conseil. Livia ne connaît point encore cette addition au dernier article du projet; mais elle n'y fera point d'opposition. Trois compagnons valent mieux qu'un.

— Vive le général ! s'écria Pierre.

Je n'approuvais pas autant le dernier article du projet que les précédents; mais il n'eût servi à rien de m'y opposer, c'est pourquoi je gardai le silence. Scipion fut envoyé au-devant de la chaise à porteurs, avec l'ordre de revenir aussitôt qu'il l'aurait aperçue. Pendant la nuit, l'usage, à Rome, était de faire précé* der les chaises d'un coureur qui tenait un fallot blanc. Au moyen de la lanterne verte imaginée par don Seconde, les conspirateurs, avertis de loin par ce signal, n'avaient pas à craindre une méprise. Plusieurs chaises, en se croisant dans le Corso, dou'nèrcnt des sursauts à Pierre, qui voulait, dans son impatience, que tous les fallots fussent verts. Son anxiété commençait & me gagner. Don Seconde seul gardait le sang-froid qui convenait à ses hautes fonctions. De temps à autre sa voix lugubre nous invitait au calme, et nous répétait que l'entreprise ne pouvait manquer de réussir. Une patrouille de sbires passa près de nous. Le sergent nous toisa du regard et poursuivit son chemin, après avoir fait le tour de la fontaine qui orne la place Colonna. ., Vers une heure et demie, Scipion revint annoncer qu'il avait vu la chaise traverser le Forum. Au bout de cinq minutes, le fallot vert, agité par la marche rapide du coureur et rasant la terr ; comme une lucciola, brilla dans le lointain. Les porteurs suivaient de près. Ils tournèrent enfin sur la place et s'arrêtèrent devant la colonne Antonine. Le rideau de la chaise s'ouvrit; une main

— Quel Pjppo? répondit don Secondo, Où donc as-lu tu ce Mallais ?

— Parmi les porteurs, excellence. C'était celui de derrière; il se tenait à l'écart; mais je l'ai vu comme je vois Voire f^eipeurie.

Tais pourtant payû ces gueux plus grassement qu'uu carrlinal ni bonne forliine. Trois se^uins psr télel Us ne gagnent |ias n\j en deux mois, Mais lo comte aura donné davanln^'e, cl tout est pour le liernier encliérisseur, <lsns ce cliicn de pays. S'il but que nous ayons travaillé au liénéûcc de i'cnni'mi ; s'il fnut qu'on nous f.aïiiu notre brebis sous la mousU-iclie cl avec nos propre-

LE MAITRE INCONKU

iri^trivwievits, je renonce à faire le bien, et je deviens '«'ifids ofiemins. Ah! fureur! démons! naufrage! Vous me faites frémir ( dit Pierre.

Il 5 a de quoi trembler, en effet, jeune homm au Jieu d'aller k la porte du Peuple, a toun n^elcxtie potitn rue, Scipion la manquera peut-être, et où U eherons-nous à présent? Où les ravisseurs vont-ils coi \eM^ ^Toie? est-ce à Albano? est-ce dans une maison de ville ? Ali ! J6 mettrai le feu à Rome, comme Néron.

^n parlant ainsi, le bon vieillard pressait le pas et trébw sur ses jambes malades. Pierre, dévoré d'inquiétudes, prj devants et courut à la porte du Peuple. Nous en étions f Uitiit lorsqu'il revint à nous fort essoufflé.

Point de chaise! nous dit-il, point de porteurs !^Vos

«V Hoirc cocher D*ont vu personne ; vous avex été trah' est perdu.

— le le nie, répondit le vieillard. Tout n'est jamaî Que fait Scipion?

— On ne sait où il est.

-^ Très-bien ! Il aura découvert la piste eomme Autre plan de campagne, nouveau conseil de guerre. dans le carrosse pour nous reposer. Remettons de t- nos idées en attendant Scipion, de qui dépend le pf V devons prendre.

i Nous étions depuis un quart d'heure assis danf

i' ^vBÀnous entendîmes un homme courant à perr

Y figure romaine de Scipion vint se poser au bord

* — Qi&eWes nouvelles? demanda don Seconde.

' — 3c sais, répondit Scipion, je sais où est

W vous quittant, j'ai rejoint les portaniini, à

i feu en bon état et garnies de leurs pierres.

— in n'ai, répondit messer Tiburzio, qu'une paire de pistolets et une grosse cspijigole.

— C'est assez pour envoyer deux chrétiens en paradis et tfnir àÎK brigands en respect. Va quérir de la poudre et des balles.

Pierre essayn les armes nn y hrninnt des amorces; il chnrfrKi

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son grand bras, co criant aux houviers ;

— II0I&! honnes gens, aici-vous des chevaux paniii vos bestiaux T

— Excellence, oui , répondit un des iionunas ; de bon» et

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