‹ Le mal de Bright et les néphritesChapitre 13 sur 22 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

J’ai prouvé, dans le chapitre de l’anatomie pathologique, que le mal de Bright ne paraît jamais sans une néphrite diffuse. Il faut examiner à présent quel rapport unit la néphrite diffuse avec l’ana- ‘sarque, l’urémie, et les lésions viscérales du mal de Bright. L’opinion commune est que l’imperméabilité des reins détermine tous ces troubles. Les détritus qui obstruent beaucoup de canalicules, les désordres des glomérules, et surtout ceux de l'épithélium, sont regardés comme les causes de cette imperméabilité. Les poisons retenus déterminent alors l'urémie. La tension artérielle s’accroît par l’obstacle au passage du sang à travers le rein, par laccumulation de l'eau et des matières excrémentitielles, d’où l'hypertrophie cardiaque. Enfin; l'hydrémie, et la dystrophie des capillaires qu’elle entraine, favorise, l’anasarque. C’est donc le mauvais état des reins qui est la cause de tout ; le mal de Bright est aux néphrites, ce que l’asystolie est au cœur. Arrêtez les fonctions du rein, le mal de Bright va s'ensuivre.

$ 1. Les effets des lésions rénales. — L'exemple de lanurie calculeuse ne fortilie pas cette doctrine (4). Depuis l'instant où le calculeux ne rend plus une goutte d'urine, il se porte bien une semaine encore. Son esprit est libre, il s'occupe de ses affaires, il mange et boit comme de coutume. Vers le huitième jour, il sent peu d’appétit, il est las ; les jours suivants, la soif est vive, la langue se dessèche, il ressent des tressaillements dans les jambes; son visage

(1) MERCKLEN. Thèse citée.

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devient anxieux, ses pupilles se rétrécissent, son corps se refroidit, la respiration est lente, pénible, mais le rythme n’en est pas altéré ; la constipation est opiniâtre, le ventre ballonné, il y a du hoquet, les vomissements sont incessants. Le sujet se plaint d’une fatigue accablante dans tous les membres ; enfin, il meurt vers le onzième jour, souvent avec toute son intelligence, queiquefois dans le coma, sans convulsions, deux ou trois jours après le début des accidents. De même, les animaux auxquels on lie les uretères, meurent hypothermiques, sans convulsions, et sans œdèmes.

Ces effets constants de la suppression brusque et complète des fonctions rénales, ne rappellent guère le mal de Bright aigu qui surprend un homme en pleine santé, et peut le tuer en dix jours, comme fait l’'anurie calculeuse. Celle-ci dure depuis une semaine, et le sujet n’en paraît pas incommodé; mais l’urémie peut éclater dès les premières heures dans le mal de Bright aigu. Ici l’urémie est fébrile et convulsive, une diarrhée abondante l'accompagne souvent; | là elle est hypothermique, sans convulsions, et la constipation est opiniâtre.

D'un côté l’anasarque se développe tout de suite ; l’urine quoique rare, n’est pas toujours tarie, et il se produit rapidement des phlegmasies du poumon, des plèvres, du péricarde. Le calculeux ne rend pas une goutte d'urine, et il meurt sans œdèmes et sans phlegmasies. 2

La moitié des femmes atteintes d’un cancer de lutérus meurent par lanurie. Le cancer se propage à la vessie et au bout inférieur des uretères ; l’urine s’accumulant au dessus de l’obstacle, l’uretère et le bassinet se dilatent, et le rein atrophié se distend sous la forme d’une coque fibreuse. L'insuffisance urinaire se manifeste par des maux de tête, des crampes dans les jambes, de la dyspnée, des vomissements, de l’hypothermie. Ces troubles durent plusieurs semaines et même plusieurs mois, car l’anurie est intermittente. Malgré cette longue durée, il n’y à jamais d’hypertrophie du cœur ni d’anasarque ; l’urémie n’est jamais convulsive ni entrecoupée de poussées fébriles, et elle ne s'accompagne pas de phlegmasies séreuses ou pulmonaires.

Si l’hypertrohie du cœur était liée, dans le mal de Bright, à l’obstacle rénal, ou à la rétention dans le sang des matières excrémentitielles de l'urine ordinaire, c’est ici qu’on devrait la rencontrer, car

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