ORNE
“avant qu'ils se fussent fixés dans le rein. Ils ne font donc rien qui ne fut fait avant eux et sans eux (1).
En somme, les bactéries pathogènes si rares dans le rein au cours des maladies infectieuses, y provoquent seulement quelques troubles mécaniques. Quant à la néphrite diffuse, caractère constant de la maladie, leur présence dans le rein est inutile à sa production.
Quel parti peut-on tirer de la présence des microbes dans Purine des maladies infectieuses ? Aucun pour le diagnostic de la néphrite, car il suffit de s'assurer si l’urine est albumineuse. C’est une opinion accréditée que lorsque les mêmes bactéries urinaires sont trouvées aussi dans le rein et dans le sang. elles $ont pathognomoniques de la maladie générale. Il faut examiner cé point.
Il n’y a probablement pas de bactéries dans l’urine des personnes bien portantes. 11 y en a toujours dans l'urine fébrile, et elles vont croissant en nombre à mesure que la maladie se prolonge. Beaucoup viennent de l’urèthre et de la vulve, mais d’autres passent quelquefois du sang dans les reins à travers les glomérules, et il importe dé savoir ce qu'elles sont. M. Berlioz ayant ensemencé des plaques de gélatine et des tubes d’agar-agar avec de l’urine riche en albumine et en cylindres, et recueillie au plus fort de plusieurs maladies infectieuses, a vu deux fois seulement le microbe pathogène se développer ; c’étaient deux cas de fièvre typhoïde. Dans 12 autres cas de la même fièvre, dans 2 pneumonies très graves et 5 érysipèles, il n’a pu apercevoir ni le bacille d’Eberth, ni le streptocoque de Fehleisen, ni le pneumocoque. Les plaques et les tubes ne furent pas stériles ; des microcoques sans caractère s’y multiplièrent abondamment, et le staphylococcus aureus S'y rencontra une fois. M. Berlioz ne doute pas que ces bactéries étrangères ne vinssent du sang ; elles avaient traversé le rein à la faveur de la glomérulo-néphrite.
Eberth et Letzerich ont découvert des colonies de microcoques dans les tubes contournés des reins diphtériques, et Litten dans les cellules mêmes de ces tubes. M. Gaucher (2) a vu ces microcoques à la fois dans
(1) Quelques bactéries exercent en outre, par leur présence dans certains tissus, une action directe et phlogogène. Ainsi fait le pneumocoque dans le poumon: mais on he sait s'il exercerait cette même action phlogogène en se fixant dans le rein et s’y multipliant.
(2) GAUCHER. Pathogénie des néphrites, p.32.
le sang, dans les cellules du rein, et de l'urine : on pouvait done
| penser qu ils étaient la cause de la néphrite et dela dyphtérie, il n’en estrien. d
La cause de la diphtérie est dans le bacille de Lo ce bacille ne se trouve ni dans le sang ni dans le rein, et il détermine la né-
phrite uniquement par un poison qu’il sécrète. Grâce à cette néphrite
toxique, les germes quels qu’ils soient, errants dans le sang, et venus de la gorge excoriée, de l’intestin ulcéré, de plaies des téguments, traversent les glomérules du rein et se mêlent à l'urine. Si quelque bacille pathogène errait avec eux, il serait éliminé de même. Quand le charbon est inoculé à un animai à l'aide d’une culture très virulente, et que le mort arrive au bout de 24 heures, on peut
- S'assurer que le rein est absolument intact, malgré la présence de la
bactéridie dans tous ses vaisseaux. Les bactéridies du charbon n'altèrent les glomérules et ne passent dans l'urine que si la durée de l'intoxication est insuffisante. M. Berlioz ayant injecté d’abord de la cantharidine sous la peau d’un lapin, puis de la culture charbonpeuse dans ses veines, l’albuminurie parut presque aussitôt, et les bacilles furent trouvés dans l'urine quelques heures après. Dans cette expérience, quoique le même bacille fut dans le sang, dans le
rein, et dans l’urine, il était étranger à la glomérulo-néphrite. C’est
la cantharidine qui l'avait produite.
Si l'on ne connaît pas le microbe pathogène, la présence du
même microphyte dans le sang, dans le rein et l'urine à la fois, n’est :
donc pas une certitude ; à peine est-ce une présomption, tant les
bactéries pathogènes sont rares dans le sang, et tant sont nombreu-
ses dansla gorge, la bouche, l'intestin, et sur la peau, les voies par ou pénètrent toutes sortes de germes. Il n’y à, comme l’a dit M. Lépine (4) qu'un moyen assuré de prouver qu’une bactérie du sang, du rein, ou de l'urine est pathogène. Il faut l’isoler, la multiplier, l’inoculer et donner la maladie par ce moyen.
En résumé, l'albumine est constante dans l'urine des maladies infectieuses ; c’est celle du séram sanguin, et elle est toujours symptomatique d'une néphrite diffuse. Les bacilles pathogènes sont extrêmement rares dans le sang. Dans les maladies où ces bactéries sont inconnues, on trouve parfois dans le sang, le rein et l'urine des microbes sans caractère distinctif et tr indifférents.
(1) Note additionnelle à la traduction de BARTELS.
La grande rareté des microphytes du sang comparée à la constance de la glomérulo néphrite, prouve que leur présence dans le rein est inutile au développement de cette lésion. Elle est produite par un poison particulier sécrété par chaque espèce de bactéries pathogènes, et cette substance suffit seule à déterminer les symptômes généraux et les altérations viscérales de la maladie correspondante.
Elle a été trouvée dans la gangrène gazeuse, la fièvre typhoïde, la diphtérie, la maladie expérimentale du pus bleu, et probablement dans le choléra. Au cours de ces maladies virulentes, il ne parait pas yavoir de néphrite dite infectieuse ou par action directe des bactéries pathogènes sur les cellules du rein : il y à toujours des néphrites toxiques.
Elles sont guéries au moment de la convalescence ; et il n'y a plus
dans l’urive, d’albumine ni de cylindres depuis quelques jours,
lorsqu'il se manileste de nouveau une albuminurie très abondante, accompagnée d’anasarque,d’accidents urémiques et de fièvre. Quelle est la cause de ce mal de Bright? On s’accorde à la voir uans des altérations du rein, qu’on suppose persister après la guérison de la première maladie. Celle-ci à, dit-on, profondément altéré l’épithélium
rénal qui est long à se rétablir ; ou bien il persiste dans les vaisseaux et les tubes des colonies de bactéries qui vicient la nutrition du rein, soit par lanémie de certaines parties, soit par une action directe sur les aliments anatomiques. Mais ces lésions ne tardent pas à se réparer, sinon ilse fait lentement dans l’organe un tissu de sclérose qui l’atrophie. Voilà, dit-on, comment le mal de Bright aigu devientquelquefois chronique, et comment ce mal éclate plusieurs années après la fièvre typhoïde ou la scarlatine quien est la cause, la sclérose progressive du rein étant restée silencieuse jusqu'alors.
S'il est vrai, comme je me suis efforcé de l’établir, que le mal de
Bright n’est jamais la conséquence d’une altération du rein, on ne
peut accepter les raisons précédentes qui supposent précisément le contraire. Il est très possible que les maladies infectieuses déterminent parfois. dans les reins, des scléroses partielles et permanentes. Si le degré de l'atrophie devient incompatible avec la dépuration urinaire, on observe les troubles propres à l’anurie mécanique, mais non le mal de Bright. C’est une adultération primitive de l’écouomie qui le provoque. Il faut done chercher une cause générale au mal de Bright de la convalescence des maladies infectieuses, et non pas une cause anatomique : mais quelle est-elle ?
Une pneumonie étant terminée, au temps ordinaire, il peut arriver que la fièvre se rallume après quelques jours de convalescence, Vurine redevient albumineuse, et le malade tombe dans un état typhoïde dont on ne trouve pas d’abord la raison. Les souffles nombreux et changeants entendus aux orifices du cœur font bientôt reconnaître une endocardite infectieuse. La mort arrive entre le 5° et le 10e jour, et l’on Gécouvre dans l’endocarde, et surtout sur les valvules du cœur droit, des végétations, des ulcérations, où le pneumocoque abonde. M. Netter (4) ayant inoculé des animaux avec ces végétations, leur a donné la même maladie que s’il les eut inoctlés avec du sucpreumonique, ou aveeune culture de pneumocoques.
Une pneumonie peut donc ressusciter sous la forme d’une endocardite ulcéreuse. Et si dans la convalescence de la pneumonie le microbe se fixait dans le rein et y multipliait, la maladie ne ressusciterait-elle pas en mal de Bright ? Celui-ci ne serait pas seulement la conséquence des altérations rénales, il serait surtout, l'effet d’une adultération de toute économie due au pneumocoque. Cette hypothèse pourrait convenir à la scarlatine, à la fièvre typhoïde, dont les bactéries détermineraient le ma! de Bright de la convalescence en
se fixant et multipliant dans les reins. Mais outre qu'en cette occa-:
sion on n’a jamais trouvé de bacitle pathogène dans les reins ni dans Purine, une pareille hypothèse est une fausseté. En effet, le pneumocoque muttiplie, suivant l’occasion, dans le poumon, lendocarde ou les méninges, peut-être même dans les reins ; mais pneumonie, endocardite, méningite ou néphrite à pneumocoques, c'est toujours la même maladie générale. La lésion locale diffère, étant produite par Paction directe et phlogogène du microbe, mais intoxication ne change pas. Chaque organe où la bactérie habite, réagit et se plaint à sa manière. La pneumonie est dans le point de côté, la dyspnée, l’expectoration rouillée et visqueuse ; l’endocardite dans les palpitations du cœur, Pangoisse précordiale, la suffocation, la syncope ; la méningite dans la céphalalsie, le délire et les convulsions; la néphrite dans les douleurs lombaires, l’albumninurie et l’hématurie, Panurie. Mais ces troubles si variables se dessinent sur un fonds symptomatique commun, car le même toxique est toujours versé dans le sang ; et quel que soit organe choisi, c’est toujours la même maladie du pneumocoque.
(1) NerTtTEer. Archives de physiologie, 1886.
2e 58 = | Le On peut dire la même chose de la fièvre typhoïde, de la scarlatine, de ladiphtérie, etc. Leurs microbes pathogènes détermineronttoujours les mêmes symptômes généraux, les même lésions viscéraies, quelle que soit la partie du corps où ils se multiplient. Mais l’anasarque et l'urémie brightique ne leur appartiennent pas, et il faut chercher
ailleurs les causes du mal de Bright. :
M. Bouchard (1) propose d’expliquer Paction des vaccins par un changement persistant qu’ils déterminent dans la nutrition des cellules; l’immunité s’acquiert grâce à ce changement, et elle dure au-
tant que lui. Cet état nouveau s'accorde avec une santé parfaite;
mais on peut supposer, d’après cette vue de M. Bouchard, que lorsqu’une maladie infectieuse a vicié la nutrition de tous les parenchymes, il persiste après elle un trouble nutritif plus ou moins durable
dont le mal de Bright soit l'expression. Mais de fortes objections com-
battent cette hypothèse. D'abord, ce trouble nutritif si particulier (il n'y à pasen effet, d'état pathologique plus caractéristique), toutes les maladies infectieuses sans exception, aiguës ou chroniques, seraient capables de le produire : car, s’il se rencontre surtout après la scarlatine, on le voit au déclin de toutes les fièvres éruptives, de la fièvre
typhoïde, de lérysipèle, de la pneumonie, de la diphtérie, des creil-
lons. Il éclate au cours de la syphilis, de ’impaludisme, de la tuberculose. Un refroidissement passager, l’action prolongée du froid humide, auraient encore la même vertu; enfin cette perturbatiom profonde pourraits’établiren pleinesanté, brusquement, sans cause appréciable.
En second lieu, ce trouble nutritif doit succéder immédiatement à la maladie qui l’a suscité. Si la scarlatine, par exemple, abandonne l’organisme en laissant un tel désordre après elle, il est impossible qu’il y ait un intervalle de bonne santé entre la fin de la scarlatine et le début du mal de Bright. Or, l’hématurie et les œdèmes paraissent trois semaines en moyenne après l’angine, c’est-à-dire une douzaine de jours après que l’exanthème est effacé, et au moment où la santé est redevenue parfaite. Un intervalle de cinq semaines n’est pas très rare, et Whitelaw (2) a vu une fois l’anasarque au bout de 53 jours. C'était le cas d’une scarlatine légère, et le sujet n’avait pas été malade pour ainsi dire.
Il parait juste de mesurer un désordre nutritif à l'intensité de la
(1) BOUCHARD. Bulletin médical, 23 janv. 1889. (2) The Lancet, 1888.
maladie qui est censé l’avoir fait naître, Cependant un fait bien établi, c’est que la scarlatine la plus violente peut n’être pas suivie de mal de Bright, et ce mal succède aux scarlatines les plus bénignes, et qui passent inaperçues. On à fait la même remarque pour la fièvre typhoïde, la pneumonie, etc.
Enfin la maladie infectieuse et la complication tue peuvent
envahir un sujet presque en même temps. Une pneumonie éclate ; vers le 3e ou le 4e jour, au plus fort de la maladie, alors qu’elle possède tout l'organisme, et qu'on ne saurait invoquer les verturbations nutritives qu’elle laisse après elle, urine devient sanguinolente, et l'anasarque par&t.(1l). Le mal de Bright s’est ajouté à la pneumonie, et les deux maladies se poursuivent ensemble sans s’influencer l’une l'autre. La défervescence pneumonique s'observe au temps marqué, l’hépatisation disparaît par degrés; mais l'urine restealbumineuse, l’anasarque persiste, l’urémie éclate; en un mot le mai de Bright demeure seul et suit son cours, aigu le plus souvent. quelquefois chronique.
En somme, ce mal n’est déterminé ni par une lésion durein consécutive aux maladies infectieuses, ni par la multiplication des bactéries pathogènes dans cet organe, ni par un prétendu désordre nutritif des parençchymes. Il n’existe aucun rapport d'effet à cause entre le mal de Bright et les maladies à l’occasion desquelles il se manifeste. Il résulte d’une adultération spéciale de l’économie, et ceite adultération provoque des symptômes et des lésions très particuliers. Le mal de Bright imprime sa marque sur les organes, par une néphrite diffuse, une myocardite, une hépatite, etc.; ainsi font la fièvre typhoïde, la diphtérie, où ces désordres sont les communs effets d’un poison sécrété par les bacilles pathogènes. Un poison semblable est la cause de la néphrite, des altérations viscérales, et des symptômes du mal de Bright, et des bactéries pathogènes en sont la source. Le mal de Bright est une maladie spécifique et infectieuse.
La maladie du pus bleu vient à l'appui de ce que j'avance. M. Charrin ayant inoculé, dans les veines d'un lapin, le bacille pyocyanique, l'animal devint albuminurique, et ilmourut d’urémie trois mois après. Il avait le cœur très hypertrophié, et ses reins étaient scléreux et amyloïdes, comme dans le mal de Bright chronique de
(1) RENDU. Semaine médicale, n° du 25 avril 1888.
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l’homme. Or, le bacille du pus bleu agit uniquement par le poison
qu'il sécrète : et comme l’état du myocarde ne dépend pas du rein, c’est l’action directe de ce poison qui altère le cœur, le rein, et les autres organes. L'adultération sanguine dont ce mal de Bright du lapin est l'expression, a done pour cause le bacille pathogène, et la maladie du pus bleu n’est autre chose qu'un mal de Bright. Il s’accompagne, il est vrai, d’une paralysie spasmodique qu’on n’observe pas chez l’homme, et cela tient à ce que les germes infectieux sont différents : mais la nature de la maladie est toujours la même.
La notion de spécificité s'accorde bien avec l'apparition brusque du mal de Bright dans la convalescence d’une maladie aiguë, et avec les circonstances où il paraît; elle s'accorde aussi avec la fréquence si variable de cette complication. Un enfant est guéri de la scarlatime depuis quelques jours; sort-il dans la rue, ouvre-t-on une fenétre, quelques heures après il frissonne. la fièvre s'allume, l'urine devient sanguinolente, et dès le lendemain lanasarque s'établit, Un refroidissement n’a pas déterminé cette maladie nouvelle, elle est infectieuse, et les germes en sont venus de la rue ou de la fenêtre.
Heidenhaïn a observé une épidémie de scarlatine où 80 malades sur 100 furent pris de mal de Bright aigu. Vogel a remarqué que dans certaines épidémies presque tous les convalescents sont hydropiques, tandis que dans d'autres il y en à à peine 1 sur 100. Le mal de Bright étant spécifique, il est aussi aisé d’expliquer ces différences. que de savoir comment la scarlatine s'accompagne si souvent de diphtérie dans certains cas, et jamais dans d’antres.
Reprenons à présent le parallèle entre le mal de Bright et les maladies infectieuses.
Ces maladies impriment leur traces sur tous les organes; elles y déterminent une néphrite diffuse, une myocardite, une hépatite, des désordres du système nerveux, toutes lésions indépendantes entre elles, et produites par l’action directe de poisons issus des bactéries pathogènes. Les altérations d’un même organe se ressemblent beaucoup dans ces maladies; mais ia chimie, sinon le microscope, y doit déceler des différences, puisque les substances toxiques sont si différentes. Pour cette raison, les troubles nerveux ou urémiques de la fièvre typhoide, de la diphtérie, de l’érysipèle, ne sauraient être les mêmes, quoique l’observation y découvre peu de différences; et chaque maladie infectieuse doit avoir son urémie particulière si elle a
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1 son. toxique particulier. te mal de Bright i imprime. comme elles, sa
marque. sur les organes par une néphrite diffuse, une myocardite,
une hépatite, des troubles nerveux ou urémiques, tous indépendants
les uns des autres, soumis seulement à l’action directe d'un poison
qui circule avec le sang. Que l’évolution du mal soit aiguë ou chro- ‘
nique, Ja néphrite diffuse n’a pas ici plus d'importance qu’au cours dé là fièvre typhoïde, et l’atrophie du rein est la conséquence de
Vaction prolongée, sur cet organe, du toxique irritant dont l’écono-
mie est adultérée. Imaginez, s’il se peut, une fièvre typhoïde chronique; la néphrite diffuse qui l'accompagne finirait par atrophier le rein. L'état de cetorgane, dans les maladies infectieuses, est le témoin de l'infection et de sa durée : il n’est pas autre chose.
Lorsque la diphtérie complique la fièvre typhoïde, son toxique altère à son tour les organes déjà lésés par le poison typhique; il continue pour son compte, l'hépatite, la myocardite, la néphrite diffuse déjà établies. De même quand la scarlatine a cédé la place au mal de Bright, celui-ci s'exerce sur des organes déjà frappés par la scarlatine ; la néphrite diffuse se réveille alors et se poursuit. Il n’y a, comme on voit, aucun rapport entre l’albuminurie propre aux maladies infectieuses, et celle qui paraît avec l’anasarque, au temps de la convalescence. La néphrite n’est qu’une lésion anatomique ; et pour intense qu’elle soit au cours de la diphtérie ou de la fièvre typhoïde, il est impossible qu’elle soit l’origine d’un mal de Bright. La néphrite est aussi impuissante à déterminer ce mal qu’à faire naitre la diphtérie ou la fièvre typhoïde. Le mal de Bright, la fièvre typhoiïde, la diphtérie sont des maladies spécifiques ; ellesne peuvent donner naissance les unes aux autres, et aucune altération des reins n’en est jamais l’origine.
Quoique le mal de Bright dépende uniquement de causes spécifi-
ques, il y a des circonstances qui favorisent sa venue; la scarlatine y dispose puissamment, la rougeole et la variole très peu. Cette disposition apportée par la scarlatine dure plusieurs semaines, et l’invasion du mal de Bright est à craindre jusqu’au 50e jour après l’angine. De même la tuberculose pulmonaire est commune après la rougeole et la coqueluche ; elle est très rare après la pneumonie. De quelque façon qu’ou l'explique, il est des maladies qui se chassent l’une lautre comme la vaccine et la variole, et il en est qui s'appellent comme la scarlatine et le mal de Bright.
bn
Les maladies infectieuses chroniques, tuberculose, syphilis, impaludisme, n’engendrent pas plus le mal de Bright qu’elles ne naissent les unes des autres ; mais elles y déposent souvent, et on verra dans quelles circonstance S.
$. 3. — Le mal de Bright a frigore. — Le mal de Bright n’éclate pas seulement sous l'influence des états infectieux ; il paraît souvent en pleine santé, et on le dit alors primilif ou a frigore ; maïs c’est toujours le même mal spécifique. Je réserve, quant à présent, la question si cet état morbide représente une maladie ou plusieurs, s’il reconnaît une ou plusieurs causes spécifiques. Il n’est’ pas douteux qu'un mal de Bright au début aigu ne passe à l'état chronique ; et d'autre part, après un début insidieux, il ya souvent des poussées aiguës. Mais le mal de Bright de courte durée et qui guérit, est-ce la même maladie que celui qui est chronique et ne guérit pas ? D'autre part, le mal de Bright aigu ou subaigu, qui guérit, est-ce toujours une seule maladie spécifique, ou y en a-t-il plusieurs ? Les mêmes difficultés se rencontrent pour le mal de Bright chronique.
Quoi qu’il en soit, s’il y a plusieurs causes spécifiques, leurs effets se ressemblent beaucoup, et tout se passe sensiblement comme sil n’y en avait qu'une dont l'action fut, suivant l’occasion, intense ou légère, passagère ou durable. Ces réserves faites, on peut considérer le mal de Bright comme un ensemble de symptômes et de lésions dont la cause est infectieuse.
Quand il se déclare brusquement, il a bien le caractère d’une maladie infectieuse. On connaît cette observation de Wilks : Un homme de 28 ans, ayant chaud etétantivre, se jette dans la Tamise où il nage un certain temps. Le lendemainil est tout enflé, il a une forte fièvre, son urine e:t rare, sombre et chargée d’albumine. Il meurt au bout de trois mois, et on lui trouve les reins gros et blancs.
II n’est pas rare que quelqu'un en santé frissonne tout à coup, se plaisne de vives douleurs lombaires, et urine du sang bientôt après. Dès le lendemain, sa figure et ses mains sont œdémateuses.
J'ai pensé que ces cas étaient très favorables pour découvrir par où pénètrent les bactéries pathogènes. Ayant cherché d’abord du côté de la bouche, qui reçoit tant de germes, j'ai trouvé que le début du mal de Bright, quand il est subit et bruyant, est toujours marqué par une angine, précisément comme la scarlatine et la diphtérie.
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tante. Le | première surtout est précieuse ; on y verra trois personnes trav. illant ensemble être attaquées du mal de Bright en même - M pr ETC RS DATE Co nt ox à
Jai purecueillir les quatre dernières dansles salles de M. le Dr Guyot, PRESSE
râce à l'obligeance de mon ami M. Chevalier, interne du service.
At r ü" Fri r : ‘ i Tu &
Dec OBSERVATION I (D). 2 Le nommé C. César, àgé de 37 ans, polisseur, entre à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. Fernet, le 29 février 1888,
pour un mal de-Bright avec anasarque. Les antécédents héréditaires et “personnels sont muëts. eds A
La maladie a débuté brusquement à Londres, le 22 août 1887, par un mal de gorge et une céphalalgie intenses. Dès le lendemain, le visage et les pieds étaient œdémateux, et le malade dut entrer à l'hôpital français de Londres cinq jours après l’angine. L’anasarque était alors généralisée. La gorge fut examinée par le médecin, mais l’angine était guérie, Il chercha aussi s'il n'y avait pas sur le corps de la rougeur ou quelque desquamation, et il n’y en eût aucune trace, Le malade fut mis au régime du lait. Pendant son séjour à l'hôpital il eut des épistaxis fréquentes, un flux hémorrhoïdal presque quotidien, de la diarrhée, quelques vomissements, de l'oppression.
Il quitta Londres le 3 novembre 1887, bien que l'anasarque persistât, et il revint à Paris, où il dût garder le lit. A son entrée à l’hôpitai Beaujon, il présentait tous les symptômes du mal de Bright: anasarque, urines pâles avec 6 gr. d’albumine par litre, vue affaiblie ; et à l'ophthalmoscope, papille aux contours effacés, semée de plaques blanchâtres et de points hémorrha giques.
Il mourut le 9 novembre 1888, dans le coma urémique, après quinze mois de maladie. Il avait eu des crises d’éclampsie à deux reprises, au mois de
mars 1888 et trois semaines avant sa mort. Les premières durèrent deux
jours, la température monta à 390,5, lurine devint sanguinolente, mais sa quantité se maintint entre un litre et un litre et demi, malgré l'urémie. Les “dernières parurent trois fois dans une semaine ; c’étaient des attaques épi- Jeptiformes pendant lesquelles le malade avait l'écume à la bouche et se mordait la langue. La température était de 370,5 dans l'intervalle des attaques, et l'anurie fut complète pendant trois jours.
(1) Communiquée par M. FERNET à la Société médicale des hôpitaux, le 27 juillet 1888.
“huit observations où j'ai remarqué cette circonstance impor-
{2 r 145 gr. Le poids du cœur fut de 420 gr. ; ses parois étaient très épaissies, 1} WF etiln y avait ni lésions valvulaires, ni athérome aortique, Le foie FRAME + KE +
C2 L'autopsie fit bre des reins s blancs, un peu atrophiés, pesant 0 D Ath ER
congestionné, pesait 2000 gr. : ; “4 RARE Re:
Mais le point le plus intéressant de celte observation réside sy les ; ; circonstances où le mal de Bright est arrivé: Le sujet travaillait dépais + “12 cinq ans, à Londres, dans une fabrique de cols américains. Il avait les mains L- K4
toujours humides, maniantune boue faite avec de la pierre ponce en poudre, AE
où il trempait les cols. Ceux-ci sortaient humides des presses quand ils pas- A, | h saient par ses mains, et ils exhalaient une odeur insupportable d'alcool et ur de camphre. S'il négligeait de changer de vêtements en se mettant au tra- j vail, les habits s'imprégnaient d’une telle odeur de camphre et d'alcool que sa famille en était incommodée. Quelques mois après son entrée dans cette fabrique, il perdit tout désir sexuel, son appétit diminua, il eut le sommeil troublé par des cauchemars et des crampes, quoiqu'il ne fit aucun excès de ra boissons.
. Quatorze ouvriers étaient employés au même ouvrage que lui, disséminés par groupes dans l'atelier. 11 travaillait depuis dix-huit mois à la même table avec deux anglais, en contact continuel avec eux, buvant quelquefois dans le même verre. Un des anglais se plaignit, huit jours avant notre malade, de souffrir de la gorge et de la tête ; il revint le lendemain à l'atelier, le visage et les mains enflés. Il entra à l'hôpital où il mourut au bout de 15 jours.
Le second anglais tomba malade en même temps que l’homme de Beaujon. Il se plaignit d’abord de la gorge, son visage et ses pieds s’enflèrent deux ou trois jours après. Il entra aussi à hôpital, où il devint tout enflé, et il y était encore quand notre malade quitta l’Angleterre pour revenir à Paris.
OBSERVATION IT. — R. Marie, 22 ans, cuisinière, entre à l'hôpital Beaujon, service de M. Fernet, le 16 juin 1888. Aucun antécédent personnel ni héréditaire. À Paris depuis deux ans, elle boit deux litres de vin par jour, et son sommeil est très agité.
Le 25 mai, dans la soirée, elle ressentit une grande difficulté de la déglu- ' tition, et des douleurs lombaires. La gorge resta douloureuse pendant trois jours ; il y eut en même temps de l'hématurie, des mictions fréquentes, une vive cuisson au moment de l'émission de l'urine.
Elle entra à l'hôpital pour des maux de tête et une grande lassitude. Le visage était légèrement bouffi. Les urines avaient l'apparence du bouillon trouble et contenaient 2 gr. d’albumine par litre. Aucune desquamation