ÉTIOLOGIE DU MAL DE BRIGHT
Il n’y a que les bactéries particulières du mal de Bright qui en soient la cause, mais plusieurs circonstances disposent l'organisme
à les recevoir. Ce sont ces causes occasionnelles que je vais examiner : elle diffèrent suivant que le mal est passager ou chronique.
L’invasion du mal de Bright passager, c'est-à-dire aigu ou subaigu. est favorisé par toutes les maladies aiguës infectieuses, la scarlatine surtout; par les maladies infectieuses chroniques, tuberculose pulmonaire, syphilis, impaludisme, quand elles sont récentes, et que l'état général n’est pas encore mauvais; par la grossesse, dans ses derniers mois, enfin par la goutte et le diabète, |
Que le début en soit violent ou insidieux, une circonstance paraît nécessaire à l'invasion du mal de Bright chronique; c’est la débilité, l'affaiblissement profond, la cachexie des sujets au moment où ils sont atteints. Toutes les causes prétendues de ce mal agissent uniquement en préparant cette déchéance physique.
Elle se rattache quelquefois à l’étroitesse congénitale des artères. On voit alors des jeunes gens maladifs, au visage chlorotique, au corps grêle, sans poils au pubis ni aux aisselles.
Ils ont les organes génitaux peu développés; le pénis et les testicules sont dun enfant, l’utérus est petit. La plupart deviennent tuberculeux, quelques-uns prennent le mal de Bright avec ou sans tuberculose (1).
Ces cas mis à part, la déchéance organique s'établit peu à peu par une mauvaise hygiène, les maladies chroniques, les intoxications, Ainsi, l’influence prolongée du froid dans des logements humides,
(1) LANCEREAUX. Diet. Encycl. Article Rein, p. 216.
et obscurs, les privations, les suppurations osseuses de longue durée,
la tuberculose pulmonaire, à la période des cavernes, la syphilis.
gommeuse, l’impaludisne chronique, les dégénérescences amyloïdes toutes ces causes appellent le mal de Bright chronique dont on ne guérit pas. Il en est de même de la lèpre. On est étonné de la fréquence de l’anasarque et de l’urémie chez les lépreux de Norwège; mais les cachectiques seuls sont atteints. Ils sont aussi en proie à la tuberculose. Ce sont là de puissantes causes prédisposantes, et rien
de plus ; elles ne sauraient créer le mal de Bright. En effet, le froid
qu'on invoque paur l'Angleterre, la Hollande, la Suède et la Norwège, pourrait l'être à plus forte raison pour les contrées plus septentrionales où le mal de Bright est si rare, pour les îles Féroë, où il est inconnu.
Dans ces contrées boréales, la syphilis est commune et grave; il en est de même en Espagne, en Portugal, dans FItalie méridionale, en Grèce, et pourtant le mal de Bright sy observe rarement. Les lépreux de Norwège sont décimés par le mal de Bright; ils en sont indemnes en Islande, aux îles Féroë, aux îles Aléontiennes, où il sont aussi nombreux qu’en Norwège (1).
Bartels a observé que ce mal et les fièvres intermittentes règnent ensemble sur le littoral de la mer du Nord, sur les bords de lElbe. Or, nulle part-ces fièvres ne sont plus répandues ni plus graves qu’en Espagne, er Portugal, en Italie, en Grèce, où il y a pourtant fort peu de brightiques. Cet état pathologique est indépendant des maladies qui lappellent. Elles favorisent l'apparition d’une nouvelle infection, mais n’en créent pas les germes infectieux. Quant à la phtisie pulmonaire, elle dispose au mal de Bright, comme celui-ci fait éclore si souvent la tuberculose.
Bien des saturnins ne sont jamais brightiques. S'ils meurent, on leur trouve des reins plus ou moins atrophiés. Les troubles fonctionnels propres à l’'empoisonnement chronique par le plomb accompagnent seuls ces lésions anatomiques. La maladie de Bright n’a rien de commun avec le saturnisme, ou maladie du plomb. L’une et l’autre déterminent des désordres dans le rein et dans toute l’économie par une substance toxique particulière. On conçoit donc que deux causes différentes exercent leurs effets sur un même indi-
(1) Dictionnaire encyel. Article Géographie médicale.
ar pÈs
vidu, et qu’un saturnin devienne brightique. Il sera prédisposé à le. devenir, si quelque cause affaiblit son organisme. Une longue imprégnation dés tissus par le plomb y suffira ; on sait qu’elle conduit par degrés à la cachexie saturnine.
Mais de toutes les causes prédisposantes, la plus universelle, fa plus puissante sans comparaison, et peut-être la plus méconnue, c'est l'alcoolisme chronique. I ne s'agit pas ici d'athérome ou d’artériosclérose, à quoi d’ailleurs l'alcool paraît être étranger (1) et qui n’a rien de commun avec le mal de Bright. Il s’agit d’une perturbation profonde de l'individu, provoquée par un long abus de ce toxique, et grâce à laquelle le mal se développe. Cette influence des spiritueux a été niée par Bartels, mais elle a paru évidente à Christison, qui l’a reconnue chez 4/5 des brightiques observés en Angleterre. La cirrhose du foie se voit chez eux une fois sur quatorze, d’après la statistique de Bamberger, et une fois sur dix dans celle de Roberts. J'ai pu recueillir 35 observations de mal de Bright chronique. L’alcoolisme seul y est noté 2% fois; la tuberculose pulmonaire avec l’alcoolisme 5 fois ; l’alcoolisme avec l’abus de la morphine en injections 1 fois ; la phtisie pulmonaire sans l’alcoolisme 3 fois ; la syphilis ancienne avec l’alcoolisrne 2 fois. Ces gens tombaient rarement dans l'ivresse; mais ils buvaient, depuis longtemps, de deux à cinq litres de vin par jour, du rhum, de l’eau-de-vie Un seul avait fait autrefois dés excès d'absinthe. Outre les cauchemards et les pituites, ils présentaient de Panalgésie symétrique des 4 menbres, et jamais dhyperesthésie, comme en ont les buveurs d’absinthe. On remarquera, dans la 4e observation que j'ai rapportée, que les trois hommes maniaient des cols imbibés d’alcool ; ils en respiraient Podeur toute la journée.
Pai cherché, sur les registres des hôpitaux, quel métiers font ces malades ; ce sont précisément ceux où l’on a coutume d’abuser de vins et de liqueurs.
Les hommes sont cuisiniers, débardeurs, blanchisseurs, bâteliers, chauffeurs, boulangers, verriers, forgerons, distillateurs, commissionnaires, porteurs aux halles, cochers de fiacre où d’omnibus, terrassiers, jardiniers, charretiers, tonneliers marchands des 4 saisons, palefreniers, chiffonniers, cordonniers, sommeliers, marchands de vin.
(1) LANCEREAUX. Traité de l'Ferpétisme.
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Les femmes sont blanchisseuses, ‘oncierges, cuisinières, femmes dus ménage, chiffonnières, marchandes dans les rues, balayeuses.
Rayer dit que les métiers où l'on passe subitement du chaud au Een où l’on souffre de l'humidité et de l’intempérie des saisons, - exposent le plus au mal de Bright chronique. Les boulangers, chauf- . feurs. cuisiniers, cochers, ete., sont, il est vrai, dans ce cas. Mais ny sont-ils pas aussi les maçons, charpentiers, couvreurs, laboureurs et
vignerons, qui sont atteints si rarement ? Enfin les femmes de ménage, les marchands. de vin, les palefreniers, cordonniers, sommeliers, ne
sont pas plus expesés à se refroidir que les épiciers, tailleurs, commis
de bureau, ete. Comment donc les premiers sont-ils brightiques, : quand les autres ne le sont pas ? Cette facheuse disposition doit se rat-
tacher à une circonstance commune à tous les métiers ; ; ce n’est pas le refroidissement, c’est l'alcoolisme.
La scarlatine et les maladies aiguës, la grossesse, la syphilis récente, ‘un refroidissement soudain, prédisposent au mal de Bright aigu qui . guérit après quelques semaines. S'il passe à l’état chronique, dans
ces circonstances, qu’on s'applique à examiner le malade, qu'on fasse attention surtout à sa profession ; on reconnaîtra presque toujours . l'influence de l’alcoolisme.
Avant 15 ans et après 60, on devient rarement brightique : c’est pourtant dans l'enfance et l'adolescence que les Suppurations osseuses et articulaires sont le plus communes. La tuberculose pulmonaire se développe assez souvent après 60 ans. C’est surtout dans - la vieillesse que les habitations malsaines et les privations sont le . partage des gens du peuple dans les grandes villes. Malgré tant de - causes de cachexie, à peine voit-on, à cet âge, quelques rares cas de . mal de Bright chronique. C’est que l'alcoolisme fait alors défaut. Il n’y a pas d'alcooliques, en France, avant l'âge de 15 ans, et il n’en reste guère après 60. Il faut être sobre pour vieillir.
Cette cause est si puissante qu’elle commande la distribution géographique du mal de Bright dans les deux continents (1). Cette remarque était aisée, mais je ne crois pas qu’on l’ait faite.
L’alcoolisme exerce ses plus grands ravages en Angleterre et aux Etats-Unis, et surtout à Londres et à New-York. Il est très commun au Danemark, en Suède et en Norwège, principalement dans les
(1) Dict. Encyclop. Art. Géographie médicale.
- villes, dans tout le nord de l'Allemagne, sur le littoral de là mer du
Nord et de la Baltique, dans les ports de Kiel, de Hambourg, de
Frankfort. Il est fréquent dans les grandes villes de France, Paris
avant toutes. Dans l'Egypte, l'Algérie, il fait de nombreuses victimes. Il ravage l'Inde et la Chine, concurremment avec lopium,
principalement dans les ports de mer. Enfin, abus du rhum, du
tafia, de Feaur de-vie, est extrèmement répandu au Mexique, aux Antilles, à la Guyane, au Brésil.
L’alcoolisme est encore très rare en Islande et aux Iles Féroë. Il est rare en Espagne, au Portugal, dans le sud de Italie, en Grèce et dans l'archipel, et surtout dans la Turquie et l'Arménie.
La géographie médicale du mal de Bright chronique peut être copiée, dans tous ses détails, sur celle de l'alcoolisme.
Ce mal est presque inconnu aux contrées boréales. On le voit . en Espagne, en Portugal, dans l'Italie méridionale ; très peu dans l'Arménie et la Turquie, la Grèce et l'Archipel. Il est commun dans les États Scandinaves, en Hollande, en Danemark, dans le Nord de l'Allemagne, et c'est dans les grandes villes et les ports qu'il est le plus fréquent. À Amsterdam, à Frankfort, il cause de dix à treize décès sur mille. Il abonde à Londres et à New-York ; à Paris, il fait des progrès toujours croissants. Il est très répandu en Egypte. en Algérie, ainsi qu’à la Guyane, au Brésil, au Mexique. Il ravage l'Inde, la Chine, le Japon, et il y a des ports de la Chine où il cause quinze décès sur mille.
On a vu que le froid, la syphilis, la lèpre, l'impaludisme, qui se compliquent si souvent, dans certaines contrées, du mal de Bright chronique, en sont rarement accompagnés dans d’autres, où cependant ces causes sévissent avec autant de force. J'ai déjà énuméré ces contrées ; qu’on se reporte à cet endroit, et on s’assurera que lorsque le froid, la syphilis, la lèpre, l’impaludisme se compliquent du mal de Bright, c'est surtout aux lieux où règne l'alcoolisme. Il paraît rare que ces causes affaiblissent assez l'organisme, par elles seules, pour que le mal se développe; il faut que l’alcool y joigne son aide puissante. Toutefois la phtisie pulmonaire, les suppurations des os abondantes et de longue durée suffisent par elles-mêmes; et quand l’impaludisme à déterminé la cachexie amyloïde l’organisme est sans doute assez affaibli pour recevoir le mal de Bright.
Mais le mal de Bright chronique s'attache surtout aux sujets débi-