CHAPITRE I
Du mal de mer réel ou somatique.
Existe-t-il ? Le D* Bonjour, de Lausanne, le nie.
Pathogénie.
. De ce que le mal de mer par suggestion existe, 1l n'en faudrait pas conclure que toutes les naupathies soient dues à cette seule cause. Pourtant, après la communication, pourtant éclectique, du D' Félix Regnault, le D Bonjour de Lausanne a soutenu cette opinion radicale (1).« Le mal de mer, dit-il, est un phénomène d'auto ou d’hétéro-suggestion ancestrale ou de la foule, un préjugé répandu par des émotionnables. On pourrait supposer une humanité ignorant le mal de mer, comme tous les autres vertiges de la locomotion, s’il n’y avail pas de névropathes ou d’'hypersensibles craintifs ». Et 1l conclut : « Dans le mal de mer, il s’agit de réflexes psychi- ‘ques ; le réflexe organique augmente le trouble, mais je crois qu'il est insuffisant à provoquer et le mal de mer et les vomissements. Tous ceux qui souffrent de ces phénomènes dévoilent leur tare nerveuse ou subissent l’influence du préjugé. »
En d’autres termes l’acte centrifuge nauséeux, au lieu d’être
1. D' Bonjour de Lausanne. Le mal de mer, la suggestion hypnotique et l’expérimentation psychologique. Revue de l'hypnolisme, 1907, p. 206.
produit par réflexe des ganglions nerveux du grand sympathique, serait causé par le réflexe provenant du cerveau.
L’absolu d’une telle théorie suffit à la faire repousser : elle ne mérite pas, dit Norman Barnett (1), d’être prise en considération, car c’est de la science chrétienne: on sait que cette doctrine, si répandue en Amérique, prétend que toute maladie peut être guérie par la prière et la foi. ;
Une seule observation ruine la théorie exclusive du Dr Bon- Jour. C’est une notion banale qu’à force de naviguer on arrive, le plus souvent, à ne plus éprouver le mal de mer. Cette immunité provient de ce que l’on acquiert le pied marin :on adapte ses mouvements aux inclinaisons du bateau et on n’en ressent plus les secousses : on est arrimé, comme on dit. Or ces marins éprouvés qui ne connaissent le mal de mer que par des souvenirs lointains d'enfance, à l’époque où ils s’embarquèrent comme mousses, sont eux-mêmes atteints, quand la mer est démontée, dans les grandes tempêtes : leur pied marin ne suffit plus à amortir les chocs violents et imprévus. Ils en sont fort étonnés, car ils éstimaient qu'ils devaient tou-
jours échapper au mal. Le naupathie s’est produite chez eux en
dépit d’une suggestion contraire : c’est donc réellement une
naupathie somatique, où le psychisme n’entre pour rien.
IL faut de plus noter qu’il en est ici comme dans toute la
pathologie. En décrivant des naupathies suggestives et des naupathies somatiques, on ne prend que les’cas typiques, tranchés, ceux qui justement nous aident le mieux à comprendre ces divers états. Mais à côté des cas typiques, plutôt rares, il en est de mixtes qui sont très nombreux. Les naupathies somatiques, aggravées d’un facteur suggestif, doi-