‹ Le Mal de MerChapitre 16 sur 22 · Dr Félix Regnault, déjà cité · texte numérisé non relu

Dr Félix Regnault, déjà cité

2. Cette observation est très sérieusement contée par J.-P. Lafitte. Une forme spéciale de mal de mer. Progrès médical, 1893, 2° sem., p. 487. à

3.F.-A.Moussoir. Le mal de mer el le sens de l’espace. Thèse doctorat, Paris, 1889, n° 135,

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psychique nous enséigne la méfiance vis-à vis des innombrables spécifiques prônés contre ce fléau. On ne pourra démontrer qu'un remède guérit véritablement le mal de mer, que s’il réussit d’une façon très générale par mauvais temps. Or jusqu’à présent, les médecins sanitaires sont là pour l’attester, lous les remèdes prétendus infaillibles restent inefficaces en cette occasion, ils ne comptent de succès que lorsque la mer est belle !

Pourtant la liste des remèdes infaillibles s’allonge toujours interminable, et ceux qui les prônent continuent à ne pas tenir compte dans leurs travaux des précautions les plus élé-

mentaires. Une des dernières monographies, écrite par le

D° Emil Schepelmann, affirme que le véronal a la meilleure

influence sur le mal de mer, mais ik ne tient aucun compte du facteur suggestif.

Le traitement du mal de mer psychique par l’auto-sugqeslion est également très efficace, Plusieurs observateurs ont noté que leur mal de mer s’atténuait ou disparaissait quand ils y employaient énergiquement leur volonté.Le D: Bérillon, lorsqu'il craint le mal de mer, détourne son attention par quelque travail mental intéressant ; 1l concentre son esprit, par exemple, sur la préparation d’un travail ou d’une leçon. Il fait en un mot de la dérivation psychologique. MM.(Damoglou du Caire, Paul Magnin de Paris, Lépinay... émettent la même opinion (2). Mais ces divers auteurs négligent de mentionner que l’autosuggestion n’a toute son efficacité que contre le mal de mer psychique.

Il en est de même de la suggestion préventive pratiquée par

t. Dr Emil Schepelmann. Beitrag zur behandlung der seekrankheil t(herapeutische monatshefte. Berlin, 1907, XXI, pages 406-409.

2, Revue de l'hypnotisme, 1907, p. 201,

re \ un spécialiste hypnotiseur. Une telle suggestion réussit si le médecin a une emprise très grande sur le sujet. Tel est le cas lorsque ce dernier a confiance dans la thérapeutique hypnotique, et demande spontanément à un spécialiste d'essayer ce genre de traitement. Ce sont toujours des malades qui souffrent cruellement du mal de mer, et qui en souffrent par tous les temps, qui recourent à ce moyen: aussi le succès, quand il se produit, est-il éclatant. Mais il s’agit toujours des névropathes qui savent par expérience combien leur volonté est faible et avec Huelle facilité la suggestion s'établit chez eux. Le fait de tenir un cabinet de médecin spécialiste hypnotiseur produit, chez les malades, une sélection extrêmement favorable à la cure. Cette sélection, des médecins sanitaires qui voient toutes sortes de malades sur leur bateau, ne peuvent l'obtenir. D'où la différence extraordinaire qu’on observe entre les écrits du médecin naviguant et ceux de lhypnotiseur qui attend le client sur terre ferme. Nous donnons un résumé des principales observations de cure préventive obtenues par suggestion.

Les premières en date sont celles du D' Gorodichze, de Paris (1).

OrsErvaTiONs pu Dr GoRoDICHZE

(Résumées.)

Observation I.— Ms: de D...36 ans, légèrement nerveuse, d'une bonne santé habituelle, habite Fété avec son mari le bord

de la mer. Dans plus de cent promenades qu’ils firent ensemble,

1. D' Gorodichze, Le mal de mer et le moyen de le prévenir par la suggestion hypuotiqüe. Æevue de l'Iypnotisme, 1897, 11° année, p. 124. ;

TA) Re À

même par le temps le plus calme, elle a toujours été malade, Après quelques séances hypnotiques, elle resta à bord d'une petile embarcation à voile pendant sept heures, avec une mer

fortement clapoteuse, sans éprouver le moindre malaise.

Observation IL. — M. B.…, 40 ans, neurasthénique avec phobies. Sur une dizaine de voyages à Londres, n’en a pas eu un seul de bon ; après lavoir armé de suggestions inhibitrices, il a traversé la Manche par une mer littéralement en furie.

Il fut le seul passager à bord qui échappât au mal de mer.

Observation II. — Le cas de M. M..., 46 ans, névropathe, est moins frappant. Par une mer relativement calme, il lui arrivait quelquefois de ne pas être indisposé. Cependant les dix dernières traversées eurent lieu par de très gros temps : conserve un appétit excellent, sensation de bien-être qu'il attribue au

traitement.

Observation IV. — Mme M.., 37 ans, névralgique et migraineuse. Avait fait, avant le traitement, par deux fois, le voyage de Tunis et fut malade les deux fois. Depuis, ne fut jamais incommodée dans de très nombreuses sorties en mer, par des

temps les plus variäbles.

{ OgservarTions pu Dr CrocQ FILS

{, (Rapportée par le D' P. Farez.)(1)

Une dame obligée d’aller fréquemment de Belgique en Angle-

terre et vice versa, était chaque fois très malade pendant toute

1. Dr P. Farez. Traitement psychologique du mal de mer et des vertiges de la locomotion. Revue de l’Hypnotisme, 1899, 1 3° année, p. 137.

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ag à \ la traversée. Elle demande à M. Crocq de l’endormir, celui-ci lui fait une séance de psychothérapie. Quelque temps après, cette dame n’éprouva plusle moindre malaise bien que la mer eut

été ce jour-là « particulièrement démontée ».

Osservarion pu D' P. Farez (Résumé) (1).

Un Anglais souffre du mal de mer toutes les fois qu’il traverse la Manche. Il demande à être hypnotisé. Le docteur n'obtient qu’un léger assoupissement. Il fait prendre deux heures avant la séance un gramme de trional. Le sommeil est produit, mais dès que la suggestion est formulée, le sujet se réveille. On élève la dose à un gramme cinquante, réussite complète à la deuxième

séance. Au bout d’une heure, on le réveille et il s’écrie radieux:

« Enfin, cette fois, je ne vous ai pas entendu, votre suggestion

sera efficace. » Et elle le fut en éfièt.

Osservarion pu D' Boxer, »’Oran (Résumée) (2).

A la fin du moiïs de juillet 1901, une dame me pria de lui

sugvérer qu’elle n'avait pas le mal de mer. Son mariet son frère

se soumirent aussi à son influence. Or, la dame n'eut pas le moindre malaise à bord, son mari et son frère souffrirent très peu. Deux autres membres de la famille, qui n'avaient pas été endormis, eurent le mal de mer.

Depuis, le D' Bonnet à pu répéter la suggestion sur plusieurs

personnes avant l'embarquemeñt et les préserver du mal de mer.

1. Dr Bonnet, « Le mal de mer et la suggestion. » Discussion in Revue de l’hypnolisme, 1904, p. 126.

2, D: Bonnet. Revue de l'hypnotisme, 1904, p. 195,

On dr RL

Osservarion pu Dr Van RenrérGuem (Amsterdam).

(Résumée) (1).

I. — Mie À.., 42 ans, très suggestible, a souvent été traitée pour accidents hystériques. Elle prie le docteur de lui suggérer

l’immunité contre le mal de mer. Dans une séance de somnam- :

bulisme profond, Van Renterghem lui défend de ressentir la-

moindre incommodité durant son voyage au Cap de Bonne-Espé-

rance. La chente a écrit de Durban qu'elle n’avait point souffert du mal de mer pendant une traversée de trois semaines. |

IL — M'eB..., neurasthénique après surmenage, a été traitée par le docteur avec succès, au moyen de la suggestion, pour de l’insomnie, des maux de tête, de l’inaptitude à concentrer son altention. Devant aller à Batavia, elle a peur du mal. de mer qu’elle a toujours ressenti pendant les petits voyages en bateau sur les rivières. Trois séances de suggestion sont données la semaine du départ. Une lettre apprend qu’elle a effectué cette longue traversée sans aucun mal. Ç

Ill. — M. V. de B.., étudiant en médecine, a été traité par le docteur pour des accidents neurasthéniques. Part pour Batavia. Prie le docteur de le prémunir contre le mal de mer qu'il redoute. N’a jamais encore voyagé en mer. Le docteur lui donne les suggestions appropriées, en état de sommeil léger. Arrivé à Batavia, il écrit que, non seulement il est resté indemne, mais il a réussi à guérir une dame atteinte de mal demer. Cette malade avait la naupathie depuisle début du voyage, c'est-à-dire depuis trois semaines; elle était dans un état d’amaigrissement effrayant,

Le médecin du bord avait en vain épuisé tous les moyens. Il

1. Dr Van Renterghem. « L'action préventive de la suggestion contre le mal de mer. » Revue de l’hypnolisme, janvier 1907, page 204-206,

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réussit à mettre la dame en état de sommeil, profond, lui suggéra l'arrêt des vomissements et le retour de l'appétit : ce fut une véritable résurrection.

IV. — La femme d'un médecin se propose de retourner à Batavia. Elle n’est pas seulement sujette au mal de mer, mais est indisposée en voiture et en chemin de fer ; jusqu’ici rien n’a pu la soulager. Elle se croit fort peu suggestible et n’a point

“confiance dans l’hypnotisme. Elle se nourrit mal, n’a pas d’appétit, est anémique. La malade est endormie à la troisième séance. Elle fait deux heures de chemin de fer sans être incommodée, et commence à mieux se nourrir. Elle s’embarqua et

‘accomplit vaillamment la traversée, sauf le premier jour où

elle se sentit mal à l’aise,

MM. Gorodichze, Crocq fils, Farez, Bonnet, Van Rentherghem pensent avoir guéri des naupathies somatiques; il n'en est rien. Le Dr Gorodichze, dans ses quatre observations, affirme que ses malades étaient nerveuses ; quant aux appréciations sur l’état de la mer, il faut songer qu'elles sont données par le sujet lui-même ; le médecin se contente de leur lettre qui constitue pour lui un certificat de guérison. On sait combien les névropathes ont l’esprit d’exagération : ils peuvent de bonne foi parler de mer démontée, alors qu'il n’existe,pour un marin de profession, qu’une mer légèrement

houleuse. ;

Les observations du D° Van Renterghem se rapportent évidemment à des faits de suggestion : clients neurasthéniques, déjà traités par l'hypnotisme. Quant à la malade de l’observation IV, elle souffre du mal de voiture et de chemin de fer. Enfin ces observations ne relatent pas l’état de la mer.

Mêmes remarques en ce qui concerne les observations des Dr P. Farez et Bonnet.

RER M OT ON LE ANA FR Va Ed VEN Re) À LIT RES ES 1

Pour nous, jusqu’à plus ample informé, ces observations, d’ailleurs mal prises, démontrent uniquement la puissance de

- la suggestion sur un mal de mer purement psychique. Pour qu’à l'avenir ces observations soient correctement prises, il faudrait que le spécialiste prît la peine d’écrire une lettre que le client remettrait au médecin sanitaire du bateau où il s’embarque. Celui-ci serait prié de compléter l'observation ; alors seulement on pourrait avoir quelque confiance enelles.

En tous cas voici, d’après le Dr P. Farez (1), comment doit s’y prendre le spécialiste :

Tantôt il suffira de faire, aux approches du voyage, une ou plusieurs séances de psychothérapie ; la parole à la fois autoritaire et persuasive représentera la traversée comme pouvant, puis comme devant, s'effectuer sans malaise : la croyance en une réelle immunisation est encore le plus sûr des antidotes. Tantôt il faudra faire plus que de simples suggestions verbales : il sera fort utile de faire avec tous ses détails le simulacre du voyage redouté.On pourra encore fournir au prédisposé un précieux viatique tel que pilules, potions, etc.On pourra lui créer aussi un point hypnogène par la compression duquel il lui sera loisible de prévenirles symptômes morbides ou de les suspendre, s'ils vieanent à entrer en scène. Plus simplement, on obliendra qu’il concentre son attention sur une.lecture, qu’il regarde avec persistance le même objet ou le même point de l’horizon, de manière à demeurer indiftérent à tout le resle ; on le rendra ainsi momentanément obsédé par une idée fixe, artificielle et inoffensive. En outre, et pour plus de sécurité, le psychothérapeule pourrait réserver son intervention pour le moment qui précède l’heure du dé-

à ù CA à part;il pourrait même accompagner le voyageur jusqu’au na-

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