‹ Le mal de PottChapitre 59 sur 103 · Lépine. B. Soc. anat · texte numérisé non relu

Lépine. B. Soc. anat

plus près de nous par Judson1. Les douleurs ne sont pas constantes dans tous les cas : il y a des cancers vertébraux latents, d’autres qui aboutissent a la compression de la moelle et à la paralysie, sans phénomènes douloureux préexistants. C’est surtout lorsqu’il occasionne le ramollissement et l’affaissement des vertèbres que le cancer cause des douleurs dont le caractère est presque spécifique. Tantôt les vertèbres étant affaissées, surtout d’un côté, les douleurs sont unilatérales. Tantôt elles sont bilatérales et occupent les plexus cervical et brachial si la tumeur est cervicale, les nerfs intercostaux si la tumeur est dorsale; si la tumeur est lombaire, et c’est le cas le plus fréquent, on trouve des douleurs vives, les unes étreignant la partie inférieure de l'abdomen à la façon d'une ceinture, les autres occupant le trajet des nerfs sciatiques ou cruraux. Ces douleurs sont permanentes avec des crises d’exacerbation au moindre mouvement. Elles entraînent ainsi une véritable impotence indépendante de tout amoindrissement de la force musculaire. A ces douleurs atroces se joignent de l’hyperesthésie extrême et quelquefois de l’anesthésie (anesthésie douloureuse) des téguments innervés par les nerfs douloureux, de l’atrophie des muscles parfois avec contracture et des troubles trophiques cutanés, surtout du zona. Enfin, on peut voir sur-

1. Judson. Am. Orthop. yLsoe., sept. 189). N. -Y. tned. Jour., 1891, II, p. 438, 17 octobre.

diagnostic.

venir de la déformation du rachis et des phénomènes de compression médullaire. Judson ( loc . cil.) établit ainsi les principaux points du diagnostic : la déformation manque le plus souvent dans le cancer : la douleur locale est beaucoup plus prononcée que dans la tuberculose, le fonctionnement du rachis est beaucoup plus difficile.

L'ostéomalacie peut aussi, d’après Charcot, présenter des douleurs analogues. Ses symptômes spéciaux ne permettront guère de la confondre avec le mal de Pott.

L'ataxie locomotrice pourrait également, par ses douleurs en ceinture, ses douleurs fulgurantes en imposer. L’erreur est facile à éviter. Nous reviendrons plus loin sur ce diagnostic.

Lorsque les symptômes extrinsèques sont nuis ou peu marqués et que le diagnostic porte surtout sur les signes intrinsèques de compression médullaire, il faut encore distinguer deux cas : 1° la compression est simple et se manifeste surtout par une paralysie flaccide; 2° la compression entraîne des phénomènes irritatifs, des dégénérescences secondaires et s'accompagne comme signe principal de paralysie spasmodique. Dans les deux cas on peut avoir à passer en revue diverses affections médullaires présentant la paralysie parmi leurs signes.

A la période flaccide la paralysie du mal de Pott peut être confondue avec la paraplégie hystérique, les diverses paralysies réflexes et la paraplégie que

l’on rencontre parfois clans l’ ataxie locomotrice.

La paraplégie hystérique s’accompagne souvent de rachialgie, douleurs spontanées du rachis ou s’exaspérant à la pression (pseudo-mal de Pott hystérique ). Son développement brusque, les troubles sensitifs étendus et marqués, mais présentant une distribution irrégulière, les réflexes normaux, l’absence de troubles du côté de la vessie et du rectum, la coïncidence d’autres phénomènes hystériques permettront de la mettre de côté.

Parmi les paralysies réflexes nous devons signaler chez l’enfant celles qui sont liées à la présence des vers intestinaux, mais surtout celles qui paraissent en connexion avec le phimosis congénital et qui ont été décrites d’abord par Sayre. J’ai montré que ces paralysies, toujours incomplètes, étaient fréquentes, qu’elles portaient surtout sur la coordination des mouvements propres à la station debout et à la marche; elles ressemblent en cela au syndrome décrit par P. Blocq sous le nom d 'astasie-abasic. Elles ne s’accompagnent ni d’atrophie musculaire, ni de modifications des réflexes, ni de troubles de la sensibilité ou des sphincters1.

Chez l’adulte les paraplégies « urinaires », et surtout chez la femme celles qui sont dues aux déplacements de l’utérus et aux affections des ovaires,

1. M. Denucïs. Des troubles de la marche consécutifs au phimosis cong. Soc. de méd. et de Chir. de Bordeaux, févr. 1895, et Journ. de méd. de Bordeaux, avril, mai 1894.

DIAGNOSTIC

ont des caractères distinctifs à peu près semblables. Sayre 1 a insisté sur la difficulté du diagnostic entre le mal de Pott et certaines affections utérines; le traitement de ces dernières en amenant la guérison de tous les symptômes peut seule éclairer le diagnostic dans certains cas.

Le rachitisme vertébral se traduit parfois par des douleurs rachidiennes et de la faiblesse des membres inférieurs. Nous avons déjà signalé les caractères spéciaux de la cyphose qui accompagne souvent ces cas, et la coexistence d’autres tares rachitiques.

L ataxie locomotrice n’existe que chez les adultes; elle peut donner lieu à une paraplégie, avec douleurs en ceinture, douleurs fulgurantes, crises gastriques, troubles vésicaux, etc. Mais il suffira de rechercher les signes propres au tabes, l’absence de réflexes patellaires ou signe de Westphal, le signe d'Argyll-ltobertson (perte du réflexe pupillaire à la lumière avec conservation du réflexe d’accommodation), l’atrophie de la papille et les paralysies des muscles oculaires, etc., et de constater l’absence de tout autre signe du mal de Pott.

11 est une circonstance signalée d’abord par Pitres et Vaillard 3 et étudiée plus tard par Kœnig 3 et

t. Sayre. V. - Y. med. Journ ., 1891, 4 avril.

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