LÉSIONS DES VERTÈBRES. M
Les lésions des corps vertébraux peuvent être profondes ou superficielles. Les premières se présentent sous les deux formes décrites par Nélaton, le tubercule enkysté, et Y infiltration tuberculeuse. Dans le cas de tubercule enkysté on trouve des pertes de substance de forme globuleuse ou irrégulière, uniques ou multiples, contenues dans lés limites d’un corps vertébral, ou ouvertes plus ou moins largement à l’extérieur. Les cavités ont leurs parois recouvertes d’un tissu de granulations, tantôt molles et infiltrées plus ou moins loin dans les tissus avoisinants; elles contiennent alors du pus plus ou moins épais (forme humide de Kœnig); tantôt la membrane de revêtement granuleux est comme sclérosée et assez nettement limitée : elle contient alors des fongosités et de la matière caséeuse forme sèche de Kœnig). La première forme appartient à la période envahissante du processus : la seconde indique plutôt une tendance à la réparation. Kœnig1 établit entre ces deux aspects des lésions qu’il considère comme deux formes différentes, une distinction capitale, selon que les fongosités développées dans le foyer primitif et les points envahis secondairement sont formées de bourgeons secs où prédomine la tendance à la production d’un tissu fibreux cicatriciel, ou qu’il existe une tendance à la caséification et au ramollissement, c’est-à-dire à la
I. Kcenio. Tuberculose des os et des articulations. Trad. Liebrecht, p. 9.
LE MAL DK 1*0 T T.
formation du pus. La forme sèche se prête beaucoup moins à la propagation locale de la tuberculose, et a une tendance propre à la production d’un tissu cicatriciel. Les foyers mous, où se forme un liquide, tendent à s’agrandir, à se propager, et sont l’origine des abcès. D’après Kœnig, le processus conserve toujours la forme sèche ou molle qu'il a présentée au début.
L 'infiltration tuberculeuse demi-transparente, puis opaque ou puriforme, aboutit à la formation d'un séquestre, plus ou moins étendu, de forme arrondie ou cunéiforme, occupant parfois tout un corps vertébral, séparé des tissus sains par une zone d’ostéite raréfiante, d’où la production d'un tissu embryonnaire qu’envahissent bientôt les nodules tuberculeux. 11 se forme ainsi un sillon d'élimination qui amène la séparation du séquestre, contenu dans une cavité que tapisse une membrane tuberculeuse. L’évolution ultérieure devient la môme que pour le tubercule enkysté.
Quelle que soit la forme, il se produit dans la zone bordant la lésion tuberculeuse une réaction inflammatoire. Dans la forme molle à évolution envahissante, cette zone présente des lésions d'ostéite raréfiante, exagérées encore par la compression (ulcération compressive) et offrant un terrain favorable à l’extension des altérations tuberculeuses. Dans le cas contraire, cette irritation de voisinage se traduit par une ostéite condensante qui tend à
LÉSIONS DES VE K TÈ H U ES. i;>
limiter le mal. Si cette zone irritative affleure la couche sous-périostée, elle active les fonctions ostéogènes de celte dernière. 11 se forme ainsi a la surface de l’os des végétations osseuses, sortes de colonnes de renforcement s’étendant le long d’une vertèbre, ou même d’une vertèbre à une vertèbre voisine.
Les lésions superficielles peuvent accompagner les lésions profondes, soit qu’elles se produisent en même temps que celles-ci, soit qu’elles proviennent de leur extension jusqu a la surface. Dans d’autres cas, les lésions superficielles existent seules. Leur aspect microscopique les rend très différentes des lésions profondes, si bien que pendant très longtemps on les a crues de nature et d’origine différentes, et qu’on les a attribuées à la carie. On sait aujourd'hui que les lésions superficielles sont dues à l’envahissement tuberculeux de la couche souspériostée. Cet envahissement peut être limité ou diffus; dans le premier cas il se forme tout autour une zone inflammatoire qui amène la sclérose et la transformation fibreuse de la couche sous-périostée, et la condensation des portions osseuses voisines. La fonte du foyer tuberculeux forme un abcès superficiel, qui tend à se faire jour à travers le périoste soulevé. Si la lésion est diffuse, la fonte purulente des granulations amène le décollement plus ou moins étendu du périoste : l’os enflammé et privé de vascularisation dans ses couches superficielles
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offre un terrain propice à l’envahissement du processus, et présente toutes les altérations de l'infiltration tuberculeuse. Les corps vertébraux sont alors dénudés, sur une étendue parfois très considérable; la surface dénudée, quelquefois lisse, le périoste étant simplement décollé, est ordinairement rugueuse, creusée d’excavations, ou hérissée de spiculés osseux de nouvelle formation. Parfois de petits séquestres encore adhérents se rencontrent à la surface de l’os. Celle-ci est tantôt condensée, tantôt ramollie et raréfiée.
11 est facile de comprendre que de pareilles lésions, absolument superficielles, n’entraînent jamais la formation de gibbosités, tandis qu’au contraire, elles sont une cause à peu près constante d’abcès ossifluents.
Le plus souvent, d’ailleurs, on trouve les deux catégories de lésions, superficielles et profondes associées.
Les lésions nées dans un corps vertébral s’étendent peu à peu, arrivent au disque intervertébral qu’elles envahissent et détruisent, et passent à la vertèbre voisine. On peut voir des foyers comprenant ainsi plusieurs vertèbres plus ou moins altérées. Cinq à six corps vertébraux peuvent avoir môme disparu complètement, ou laissant des débris.
Il n’y a généralement qu’un centre d’altérations, au-dessus et au-dessous duquel se montrent des lésions d’importance décroissante à mesure qu’elles