‹ Le mal du pays; ou, La batelière de Brienz, tableau. Par MM. Scribe et Mélesville. Représenté, pour la première fois, à Paris, sur le théatre de MadameChapitre 5 sur 9 · TRIO · texte numérisé non relu

TRIO

( Ils reprennent l'air entier sur un mouvement plus vif. ) GRiTLY ! à Pierre. natz. pierre.

Plus des reg:rets ; A nos chalets Séjour de paix !

De nos chalets Qui peut jamais Que nos chalets

3\e t'éloigrne jamais ; Préférer des palais ? Pour mon cœur ont d'at 1 Toute ta vie, Quitter ma mie » J'ai vu ma raie [traits!

A ton amie , Et ma patrie , Et ma patrie ,

Appartiens désormais; Non, vraiment j'en mourrai Je mourrai sans remets; Sur ces montagnes , Riches montagrnes , Riches montagpnes, etc.

Dans nos campag:nes , Vertes campagrnes , Un sort obscur, Ce lac si pur.

Un bonheur pur, Ce ciel d'azur ,

Sauront toujours Seront toujours

Charmer le cours Mes seuls amours

De tes paisibles jours. Jusqu'à mes derniers jours. ( Pierre sort après}les signes que Gritly lui a faits , tandis que NatJS finit la ritournelle sur sa cornemuse. )

GRITLY , NATZ.

NATZ, reprenant sa respiration.

Ouf... je n'en peux plus...

GRITLY , s asseyant de côté , et travaillant à un panier.

Pauvre Natz... comme le yoilà fatigue'... étcomme il a chaud!

Oh ! ce n'est rien , c'est que j'ai déjà couru le pays , j'aî é\é voir nos parens , nos connaissances... voilà trois chalets de suite où je viens de déjeuner... à-propos est-ce c£ue Lisbeth n'est pas là?

GRITLY.

Non...

NATZ.

C'est un grand monsieur , une espèce de militaire, que j'ai rencontré , et qui m'avait charge' d une commission pour elle... mais je la ferai , quand je voudrai... parce que c'est Le Mal. 4-

agréable d'être son maître... voilà ce que j'appelle un homme moi !.. c'est d'aller où on veut, de manger à son heure , et de ne plus répondre a l'appel.

GRITLY.

A merveille... vous avez été' voir tout le monde , excepte' moi... c'est aimable a vous.

NATZ.

Oh! non , mamzelle Gritly me v'ià : ne me grondez pas... Cette pauvre petite! elle craignait déjà que je ne fusse reparti... Mais dites-moi donc, gentille Gritly , comment ayezvous pu faire en mon absence ?

GRITLY.

Dame ! on se fait une raison... on cherche à s'occuper, à se distraire... Ici, d'ailleurs, il y a toujours tant de monde... des e'traugers , des voyageurs.

Oui, c'est tous les jours de nouveaux visages... mais ça passe bien vite. *

GRITLY.

Il y en a qui restent.

NATZ.

Vraiment ?

GRITLY

Air NorvKAC de M. Adam.

Ce sont des oiseaux de passage Que nous amènent les beaux jours ; Mais quand leur troupe déménagée , Il nous en resl'queuqz'uus toujours.

La verdure Des coteaux , Le murmure Des ruisseaux , N'est plus ce qui leur convient ; Mais faut croir , je suppose ,»

Qu'nous avons autre chose , Aulr'chos' qui les relient.

NATZ , riant.

Ah! et qu'est-ce que ça peut être ?

GRITLY.

Demandez-le à ce jeune Français qui est ici.

NATZ.

Ah ! un Français !

GRITLY.

2me COUPLET.

On dit que c'est Pçout d'ia peinture Qui l'a conduit dans nos cantons ;

Mais depuis l'tenis, je suis bien sûre Qu'il a peint tous les enviruns. La verdure Des coteaux , Le murmure Des ruisseaux Ce n'est plus a cela qu'il tient ; Mais faut croir je suppose , Qu'nous avons autre chose , Aulr'chos' qui le relient.

NATZ.

Tiens! quel drôle de corps !

GRfTLY.

C'est qu'il est fort aimable.

NATZ , riant.

Ah! il est fort aimable... eh bien! tenez-, je gagerais, mais TOUS n'en conviendrez pas... je gagerais qu'il vous a fait la cour.

GRITLY.

C'est vrai... il m'a dit qu'il me trouvait gentille... qu'il m'aimait...

NATZ.

Voyez-vous ça... ce pauvre bonhomme !... il s'adressait bien... je suis sur que vous l'avez traite' avec la fierté' d'une montagnarde... ce que nous appelons... du haut en bas.

GRITLY.

Pas trop.

NATZ.

Gomment , mamzelle , vous l'avez e'coute' ?

GRITLY.

Mais... oui.

Et vous me dites cela , à moi ?

GRITLY.

A qui voulez-vous que je le dise? il me semble que c'est vous que ça inte'resse le plus.

NATZ.

Au fait, elle a raison... Je vous remercie, Gritly , de vovotre confiance... je vous en remercie beaucoup , et je vous rends mon estime... parceque si çà e'te'un moment de coquetterie, j'aime à croire que maintenant c'est passe'.

GRITLY .

Oh! mon Dieu , non.

NATZ.

Comment cela dure encore ?...

GRITLY.

Sansdoate, puisqu'il m'a promis de m'cponser.

NATZ.

Et vous convenez d'une traliison pareille ?

GRITLY.

Aimez- vous mieux que je vous trompe ?...

NATZ.

Tiens ! ce raisonnement... « Aimez-vous mieux que je vous trompe ? » comme si ça n'e'tait pas dejh fait !... et vous croyez que je le souffrirai, que je me laisserai faire un affront pareil en pre'sence de tout le village!... Non, mademoiselle; je trouverai mille moyensdemy opposer... car ily en a des moyens.. .et il n'y en aurait pas ... que j'en trouverais encore.

GRITLY.

Eh ! mon Dieu... je ne vous dis pas le contraire, et la preuve c'est que je suis la première à vous en proposer.

NATZ.

Que dites-vous ?

GRITLY.

Oui, monsieur Natz ; ce Français est jeune et aimable; il m'offre sa main et sa fortune... Eh bien! 31 s'ous le voulez, je renonce a tout : même à l'amour que j'aipouï lui... c'est vojis seul que j'aimerai , et que j'e'pouserai...

NATZ.

Il serait possible!... Qu'est ce qu'il faut faire pour cela?...

GRITLY.

Quelque chose qui dépend de vous, et qui n'est pas bien difficile.

NATZ.

Tant mieux...

GRITLY.

Quelque chose qui rend service à un ami , qui lui sauve la vie , et qui vous assure à jamais ma tendresse.

NATZ.

Qu'est-ce que c'est ?

GRITLY, hésitant.

Ce serait... je ne sais comment vous le dire... ce serait... de voi^s en aller...

Comment, de m'en aller! Gritly, y pensez-vous .î* et ou çà ?

GRITLY.

De vous en aller encore pendant deux ans... à la place de mon frère... qni n'a pas j&ni son tems...

NATZ.

Eh bien! par exemple... me proposer de repartir, quand il n'y a pas deux, lieures que j'arrive... je serais encore l)on enfant !...

GBITLY.

Et moi j'étais bien honne de penser b vous , de vous plaindre... de m'adresser des reproches ; allez , Natz... vous ne me'ritiez pas l'amour que j'avais pour vous...

NATZ.

Vous osez encore me parler d amour!... on vient dire à un homme qui a fait son tems comme un hon et hon nête Suisse qu'il est... « Tu vais partir, parce que c'est mon idée... tu vas te faire tuer, si ça se rencontre... parce que c'est mon plaisir... » C'est-il une proposition à faire à quelqu'un qu'on aime ? je vous le demande ! Vous me direz, que pendant mes quatre ans, j'ai eu le bonheur d'être toujours malade , c'est vrai, mais cette fois-ci, je pouiTais ne pas être si heureux,..

GRITLY.

A la bonne heure, monsieur, comme vous voudrez... mais si je vous abandonne , si j'en e'pouse un autre., ne vous en prenez qu'à vous... ça sera votre faute.

Dieu! ce serait moi-même qui serais cause!... mais permettez. Gritly... Non pas que je consente... il s'en faut ,

mais enfin si je consentais... une ide'e qui me vient... Gritly, une horrible ide'e!... qu'est-ce qui me re'pondrait que l'amour qui va vous revenir en cas de départ... vous tiendra encore pendant deux ans d'absence P

GRILLY.

Qui vous en repondrait ? et mes sermens ! faut-il vous le jurer ici ?

NATZ.

Ce n'est pas la peine, je .sais bien... vous me l'avez dit il y a quatre ans... mais je voudrais quelque chose de plus re'el, et de plus positif... comme qui dirait un gage de votre parole...

GRITLY.

Et lequel puis-je vous donner?...

NATZ .

Tenez , mademoiselle Gritly, je ne vous ai jamais embrasse'e... eh bien ! rien qu'un seul baiser... et je verrai à me de'cider...

GRITLY.

C'est bien mal à vous d'avoir de la de'fiance , après las

procèdes et la firancliise que j'ai eus... mais enfin... s'il vous faut des garanties...

NATZ , l'embrassant.

Dieu! quel plaisir et que je suis heureux! Eh hien ! oui Gritly..c'esttoiseulequej'aime, que j'ai toujours aime'e.. et je ferai tout ce que tu voudras... Encore un... un seul, et je m'en vas...

Ce pauvre Natz! ( ISatz l'embrasse encore et met la main sur son cœur avec beaucoup d'émotion.) Eh bien! qu'avez-vous donc?

NÀTZ.

Ce que j'ai!

GRITLY.

Eh! oui, vraiment?...

NATZ.

Ce que j'ai ! c'est que je ne peux plus te quitter c'est impossible... Avant ces deux baisers-là, je ne dis pas... mais maintenant il n'y plus moyen-.. je ne peux plus vivre sans toi ..

GRITLY.

Comment, monsieur P

Air nouteau de N. Adam, Non , non , je ne partirai pas.

Partout je veux suivre vos pas*

Quoi qu'il arriv' , mamzelle , Près d'vous je resterai , Et si vous m'êtes infidelle

Du moins je le verrai.

Voyez la belle affaire :

Moi , pendant qu'à la guerre , Je s'rais coram' militaire Pour remplacer vot' frère...

Près de vous , comme amant , J'aurais un remplaçant !

Non , non , je ne partirai pas.

Partout je veux suivre vos pas.

Quoi qu'il arriv' mamzelle , A vos côtés je resterai , Et si vous m'êtes infidelle Du moins , je le verrai.

ENSEMBLE- \ j . ,,.^.^'^^^-

Lom d ICI portez vos pas ,

Monsieur , ne me suivez pas ;

Je veux , désormais cruelle ,

Fuir les lieux où vous serez ,

Et si je suis infidelle

De vos yeux vous le verrez.

( Elle s'enfudt par la montagne du fond. )

( 3i ) nAtz , l'appelant.

Mamzelle... mamzelle, où courez-vous ?

GRITLY, sur la montagne.

Retrouver M. Auguste et lui demander conseil.

( Elle disparaît. )

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