L'OB«IB
il répéta ces mots avec une soinbre ironie. Il songea à donner Tessor à sa colère par une vive sortie, et à accuser le jeune homme de fausse amitié et d'ingratitude ; mais une secrète réflexion le retint. Au bout d'un instant de silencOi il s'efforça de^ donner à son visage une expression de tristesse, et dit, du ton d'une douloureuse émotion :
— C'est bien, je partirai. Perdre un ami, et un ami sur la fidélité duquel on comptait, c'est un rude coup, même quand on sait que cet ami sera heureux sans nous; mais le quitter et rester convaincu que la douleur et le malheur seront in&illiblement son partage, c'est une blessure qui doit éternellement saigner au cœur. Demain, Daniel, demain je te serrerais pour la dernière fois la main? Oh I cette idée m'accable. Ce n'est pas possible. Dis-moi, Daniel, que je n'ai pas bien compris, que je me trompe, que tu n'es pas assez cruel pour chasser ton ami I
— Ah I aie pitié de moi I dit le jeune homme en soupirant et sans lever les yeux.
— Eh bien, dis que tu ne veux pas mourir d'ennui auWulfhof.
— Je dois... je dois rester. ^ De nouveau un ricanement de colère crispa les lèvres
de Gk)mbert; mais il fit bientôt place à l'expression d'une profonde réflexion. Il régna un instant de silence ;
après quoi Gombert, d'un ton triste et aveo nne énergie calculée, parla au jeune homme tandis qu'il fixait sur lui ses yeux immobiles, comme pour mesurer rimpression produite par ses paroles.
— Soit ; je me souipets au sort qui nous frappe tous deux, toi d'égarement, moi du plus douloureux désen« cbantement que j'aie jamais eu à subir. Ge que tu vas faire, Daniel, me rappelle la triste histoire d'un homme qui m'était aussi cher que toi. Puisse cette histoire ne pas devenir la tienne 1 C'était un jeune honmie doué de sentiment, de science et d'énergie morale. Il vivait dans le grand monde , et comme , i la noblesse et à la beauté du visage, il joignait un esprit plein d'éclat, il était attiré et fêté partout. Les hommes lui portaient envie, les femmes semaient sur son chemin des fleurs toujours nouvelles. Sa vie n'était qu'une seule partie de plaisir, un long triomphe. H va de soi qn'un tel enfant gâté de la fortune devait considérer la première petite contrariété comme le plus affineux malheur. Il lui survint une adversité^ une de ces vicissitudes ordinaires des choses de ce monde ; au lieu de se jrdidir contre le sort, et d*aller en riant au-devant d'une ipeilleure chance» il se kii^a comj^étement abattre, ^C s'enfuit de Paris dans un vieux château situé il^na 'iii^ province èk^née^ là, il rencootr» une jeune fille i^û avait connue auparavant ; il se laissa séduire par