‹ Le mal du siècle. Scènes de la vie comtemporaineChapitre 14 sur 30 · L.'OROIB · texte numérisé non relu

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la belle solitaire, et, dans Topinion qu'il avait découvert uii trésor de candeur et d'amour, il accepta la chaîne dorée du mariage. Trois années après, le hasard me conduisit dans la province où mon ami demeurait. J'allai le chercher et le trouvai dans un château en ruines, dans une contrée insignifiante, comme celle-ci. Lorsqu'il parut en ma présence, j'eus peiné à le reconnaître ; il était devenu maigre comme un homme miné par une fièvre lente; ses yeux étaient vagues et sans vie, sa tête penchait sur son épaule ; en un mot, i] était la véritable image du découragement et du désespoir. Lorsque je lui demandai la cause de sa maladie, — car je croyais qu'une grave maladie menaçait sa vie, — deux larmes tombèrent sur ses jouea« et il me confia des choses qui empoisonnent la vie de beaucoup d'hommes^ mais qui ne servent de leçon à personne. Pauvre jeune homme ! il avait cru que le sentiment ie l'amour est durable et qu'il sufiisait toujours au bonheur de la vie. L'illusion ne dura que quelques mois. Alors il remarqua le vide qui régnait autour de lui. Le visage de sa fenune n'était pas sans beauté ; mais il était toujours le même , et comme c'était le miroir d'une âme calme, endormie, une expression nouvelle venait si rarement le vivifier, que le mari, en le voyant tous les jours, finit par le trouver insignifiant et insensible. Sa femme, élevée dans la solitude, n'avait pas d'expé-

après quoi Gomberti d'un ton triste et aveo une énergie calculée, parla au jeune homme tandis qu'il fixait sur lui ses yeux immobiles, comme pour mesurer rimpression produite par ses paroles.

--> Soit ; je me souipets au sort gui nous frappe tous deux, toi d'égarement, moi du plus douloureux désenchantement que j'aie jamais eu à subir. 6e que tu vas faire, Daniel, me rappelle la triste histoire d'un homme qui m'était aussi cher que toi. Puisse cette histoire ne pas devenir la tienne I C'était un jeune homme doué de sentiment, de science et d'énergie morale. Il vivait dans le grand monde , et comme , à la noblesse et à la beauté du visage, il joignait un esprit plein d'éclat, il était attiré et fêté partout. Les hommes lui portaient envie, les femmes semaient sur sen chemin des fleurs toujours nouvelles. Sa vie n'était qu'une seule partie de plaisir, un long triomphe. Il va de soi qn'un tel enfant gâté de la fortune devait considérer la première petite contrariété comme le plus affreux malheur. Il lui survint une adversité, une de ces vicissitudes ordinaires des choses de ce monde ; au lieu de se raidir contre le sort, et d'aller en riant au-devant d'une meilleure chance, il se laissa complètement abattre, et s'eofuit de Paris dans un vieux château situé dans ^me province éloignée; là, il rencontra une jeune fille

Vil avait connue auparavant ; il se laissa séduire par

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la belle Bolitairoi et, dans ropinion qu'il avait découvert uii trésor de candeur et d'amour, il accepta la chaîne dorée du mariage. Trois années après, le hasard me conduisit dans la province où mon ami demeurait. Tallai le chercher et le trouvai dans un château en ruines, dans une contrée insignifiante, comme celle*ci. Lorsqu'il parut en ma présence, j'eus peiné à le reconnaître ; il était devenu maigre conmie un homme miné par une fièvre lente; ses yeux étaient vagues et sans vie, sa tête penchait sur son épaule ; en un mot, il était la véritable image du découragement et du désespoir. Lorsque je lui demandai la cause de sa maladie, — car je croyais qu'une grave maladie menaçait sa vie, — deux larmes tombèrent sur ses jouea« et il me confia des choses qui empoisonnent la vie de beaucoup d'hommes^ mais qui ne servent de leçon à personne. Pauvre jeune homme 1 il avait cru que le sentiment de l'amour est durable et qu'il sufiisait toujours au bonheur de la vie. L'illusion ne dura que quelques mois. Alors il remarqua le vide qui régnait autour de lui. Le visage de sa femme n'était pas sans beauté ; mais il était toujours le même , et comme c'était le miroir d'une âme calme, endormie, une expression nouvelle venait si rarement le vivifier, que le mari, en le voyant tous les jours, finit par le trouver insignifiant et insensible. Sa femme, élevée dans la solitude, n'avait pas d'expé-

après quoi Gombert, d'un ton triste et aveo une

énergie calculée, parla au jeune homme tandis qu'il fixait sur lui ses yeux immobiles, comme pour mesurer rimpression produite par ses paroles.

— Soit ; je me souipets au sort qui nous frappe tous deux, toi d'égarement, moi du plus douloureux désen* chantement que j'aie jamais eu à subir. 6e que tu vas faire, Daniel, me rappelle la triste histoire d'un homme qui m'était aussi cher que toi. Puisse cette histoire ne pas devenir la tienne I C'était un jeune homme doué de sentiment, de science et d'énergie mprale. Il vivait dans le grand monde , et comme , à la noblesse et à la beauté du visage, il joignait un esprit plein d'éclat, il était attiré et fêté partout. Les hommes lui portaient envie, les femmes semaient sur son chemin des fleurs toujours nouvelles. Sa vie n'était qu'une seule partie de plaisir, un long triomphe. Il va de soi qn'un tel enfant gâté de la fortune devait considérer la première petite contrariété comme le plus affreux malheur. Il lui survint une adversité, une de ces vicissitudes ordinaires des choses de ce monde ; au lieu de se raidir contre le sort, et d'aller en riant au-devant d'une meilleure chance, il se laissa complètement abattre, et s'enfuit de Paris dans un vieux château situé dans Sne province éloignée; là, il rencontra une jeune fille

Vil avait connue auparavant ; il se laissa séduire par am.

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la belle solitaiifei et, dans Topinion qu'il avait découvert un trésor de candeur et d'amour, il accepta la chaîne dorée du mariage. Trois années après, le hasard me conduisit dans la province où mon ami demeurait. J'allai le chercher et le trouvai dans un château en ruines, dans une contrée insignifiante, comme cellen^i. Lorsqu'il parut en ma présence, j'eus peiné à le reconnaître ; il était devenu maigre comme un homme miné par une fièvre lente; ses yeux étaient vagues et sans vie, sa tête penchait sur son épaule ; en un mot, il était la véritable image du découragement et du désespoir. Lorsque je lui demandai la cause de sa maladie, — car je croyais qu'une grave maladie menaçait sa vie, — deux larmes tombèrent sur ses joueSi et il me confia des choses qui empoisonnent la vie de beaucoup d'hommesj mais qui ne servent de leçon à personne. Pauvre jeune homme I U avait cru que le sentiment ie l'amour est durable et qu'il suffisait toujours au bonheur de la vie. L'illusion ne dura que quelques mois. Alors il remarqua le vide qui régnait autour de lui. Le visage de sa fenune n'était pas sans beauté ; mais il était toujours le même , et comme c'était le miroir d'une âme calme, endormie, une expression nouvelle venait si rarement le vivifier, que le mari, en le voyant tous les jours, finit par le trouver insignifiant et insensible. Sa femmoi élevée dans la solitude, n'avait pas d'expé*

après quoi Gombert, d'un ton triste et avec une énergie calculée, parla au jeune homme tandis qu'il fixait sur lui ses yeux immobiles, comme pour mesurer rimpression produite par ses paroles.

— Soit ; je me soumets au sort qui nous frappe tous deux, toi d'égarement, moi du plus douloureux désen-* chantement que j'aie jamais eu à subir. 6e que tu vas faire, Daniel, me rappelle la triste histoire d'un homme qui m'était aussi cher que toi. Puisse cette histoire ne pas devenir la tienne I C'était un jeune homme doué de sentiment, de science et d'énergie morale. Il vivait dans le grand monde , et comme , à la noblesse et à la beauté du visage, il joignait un esprit plein d'éclat, il était attiré et fêté partout. Les hommes lui portaient envie, les femmes semaient sur sen chemin des fleurs toujours nouvelles. Sa vie n'était qu'une seule partie de plaisir, un long triomphe. Il va de soi qn'un tel enfant gâté de la fortune devait considérer la première petite contrariété comme le plus affreux malheur. Il lui survint une adversité, une de ces vicissitudes ordinaires des choses de ce monde ; au lieu de se raidir contre le sort, et d'aller en riant au-devant d'une meilleure chance, il se laissa complètement abattre, et s'eofuit de Paris dans un vieux château situé dans une province éloignée; là, il rencontra une jeune fille qu'il avait connue auparavant; il se laissa séduire par

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labenesolitairei et, dans Topinion qu'il avait découvert un trésor de candeur et d'amour, il accepta la chaîne dorée du mariage. Trois années après, le hasard me conduisit dans la province où mon ami demeurait. J*allai le chercher et le trouvai dans un château en ruines, dans ime contrée insignifiante, comme celle-ci. Lorsqu'il parut en ma présence, j'eus peiné à le reconnaître ; il était devenu maigre comme un homme miné par une fièvre lente ; ses yeux étaient vagues et sans vie, sa tête penchait sur son épaule ; en un mot, i] était la véritable image du découragement et du désespoir. Lorsque je lui demandai la cause de sa maladie, — car je croyais qu'une grave maladie menaçait sa vie, — deux larmes tombèrent sur ses joueSi et il me confia des choses qui empoisonnent la vie de beaucoup d'homr meSi mais qui ne servent de leçon à personne. Pauvre jeune homme I U avait cru que le sentiment de l'amour est durable et qu'il suffisait toujours au bonheur de la vie. L'illusion ne dura que quelques mois. Alors il remarqua le vide qui régnait autour de lui. Le visage de sa fenmie n'était pas sans beauté ; mais il était toujours le même , et comme c'était le miroir d'une âme calme, endormie, une expression nouvelle venait si rarement le vivifier, que le mari, en le voyant tous les jours, finit par le trouver insignifiant et insensible. Sa femmoi élevée dans la solitude, n'avait pas d'expé-

rience du monde ; elle ne pouvait prendre part à ùhé conversation spiritaelle ou intéressante, et savait dire peu de chose de plus que les phrases vulgaires sur le bon et le mauvais temps, de Fhiver qui s'approche ou de Tété qui vient, à ce point que les deux époux prirent Phabitude de s'endormir tout en b&illant sur leurs sièges, longtemps avant que l'heure du repos n'eût sonné. Le mari rêvait de la brillante vie de Paris, de joyeux amis, de conversation spirituelle, de radieuses femmes ; sa moitié endormie pleurait, dans son rêve, sur la terrible déception qu'elle subissait* Au lieu du féal chevalier, Tépoux éternellement aimant que son imagination solitaire lui avait promis, elle était liée pour la vie à un homme qui bâillait à côté d'elle. L'infortunée femme accusait son mari d'indifiérence et s'efforçait, par ses larmes et ses gémissements, d'éveiller en lui un sentiment qui était déjà mort dans son propre cœur. De là, pour tous deux, encore plus d'ennui et enfin de l'aversion et une haine secrète. Que dirai-je encore î Le mari chercha des distractions et fit connaissance avec des gens que sa femme n'avait pas choisis pour amis. La jalousie alluma les cerveaux des époux qui se négligeaient, et cette innocente et douce tourterelle devint une cruelle ejt inquiète harpie qui le poursuivait partout, se vengeait de ses moindres paroles, et l'assaillait chaque jour de scènes de colère et

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de désespoir. U restait encore une étincelle d'énergie morale en lui; il se révolta contre ce qu'il appelait sa servitude. Alors vinrent le beau-père, la belle-mëre, la tante, les frères, les sœurs, qui Taccusèrent de vouloii faire mourir sa femme dejia mort du martyre, — et lui| doutant enfin de lui-même, vaincu et découragé, courba la tête, feignit la sympathie et le contentement, et fût dévoré vivant par l'affreuse maladie qui se nomme l'ennui. Il est mort, mon pauvre ami. Hélas f et devoir craindre un tel sort pour toi, Daniel !

Durant le récit de cette histoire habilement combinée, le jeune homme n'avait pas dit un mot, ni levé les yeux sur Gombert; mais il était visible que ce récit avait £sdt sur lui une impression profonde, car il s'était agité continuellement sur son siège et s'était de temps en temps tordu convulsivement les bras.

Maintenant que son compagnon l'interpellait directement par son nom, il leva la tête et dit en soupirant et d'un ton d'ironie fiévreuse :

— Et cette histoire deviendrait la mienne ? Ah 1 non, non, tu ne connais pas Céleste I i — Ainsi je ne me suis pas trompé? dit Gombert. C'est mademoiselle Céleste qui t'a mis sur les yeux le bandeau qui t'aveugle ! Je ne la connais pas, crois-tut Son portrait n'est-il pas ressemblant dans l'histoire de ' mon malheureux ami? Qu'y manque-t-il?

— Céleste est un ange de sentimenti de bonté et d'amour.

— Eh 1 bien, oui, elles sont toutes des anges, tant que raïusion dure. Mais parlons un peu raison, Daniel ; il me semble que tu perds de vue ime considération importante. L'histoire de morf ami peut, en effet, n*étre pas la tienne. Un destin pire t'attend ; l'humiliation doit se joindre à l'ennui pour te faire dépérir plus tôt. Mademoiselle Céleste sait-elle que ton héritage paternel s'est fondu jusqu'à ne plus valoir que cinquante mille francs?

Un soudain frémissement nerveux saisit le jeune homme, comme si la question de son ami avait jeté un douloureux rayon de lumière dans son esprit.

— Tu te tais, reprit Gombert; je dois donc croire que ni elle ni ses parents ne connaissent la véritable situation de tes affaires pécuniaires. Ce sera agréable pour toi, quand tu devras faire ta confession et implorer pardon, sans savoir si on repoussera le dissipateur ou non,

Daniel parut accablé d'effroi et de tristesse.

— Mais supposons que tout aille selon ton désir, poursuivit Gombert. Tu deviens Tépoux d'une femme, dont la fortune, en apparence au moins, est devenue la tienne. Tu vivras de son argent; tout ce dont tu jouiras sera une faveur d'elle. Tu consulteras ses yeux

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pour deviser son moindre désir ; à la promenade, la porteras son parasol ; en société, on te traitera comme appartenant à la suite de ta femme* Es-tu assez naïf, Daniel, pour croire que Tamour durera longtemps, là où les rôles sont intervertis contre nature, et où le mari se voit abaissé à la condition de serviteur ou de valet de pied de sa femme ? Je ne parle pas de la lâcheté qu'il peut y avoir à renier ainsi sa grandeur d'homme et à consentir à être jusqu'à la fin de sa vie un être sans mission et sans dignité? Tune dis rien? Toutes ces prédictions sont impuissantes sur ton âme.

— Mon Dieu, mon .Dieu, quelles ténèbres dans mon cerveau I dit Daniel du ton du plus profond désespoir.

— Allons, dit Gombert d'un ton dégagé, ne décide pas encore. Bois quelques verres de vin; tu sentiras ton cœur se gonfler, et la clarté se fera dans ton esprit...

Daniel, ému, saisit son verre en poussant un cri étrange, le vida, le remplit de nouveau, le but encore et ainsi trois fois de suite. Il eût encore bu davantage si la bouteille n'eût été vide. Comme saisi par la fièvre, il tendit sa main tremblante vers Gombert, et s'écria :

— Donne! encore, encore I Étouffons le feu du doute dans notre cœuri Si la raison me refuse sa clarté, que Téclair de Tivresse illumine la nuit de mop esprit I Du vin , du vin !

Gombert, un sourire de triomphe sur le visage, saisit la sonnette de table et la fit retentir,

— Apporte encore deux bouteilles, dit-il au domestique qui entra en chancelant dans la salle. Encore deux bouteilles du même vin d'Espagne. Et vois dans la cave si tu ne trouveras pas une bouteille de cognac. Nous en aurons besoin plus tard

Au moment où Daniel succombait à la séduction de son perfide ami, le vieil intendant était occupé à écrire dans sa chambre. Il était assis^ courbé sur une table, à côté d'une petite lampe économique, et alignait en murmurant des colonnes de chiffres sur une feuille de papier ; il devait s'occuper de dresser un compte com^ plîqué.

Il ne se bougeait pas du reste , et était si profondément enfoncé dans ses additions , qu'il ne se laissait pas même troubler par un certain bruit et certains cris qui, par intervalles, montaient vers lui,

; Quelque peu de lumière que reçussent les murailles de la chambre, les portraits semblaient avoir les yeux fixés sur le vieillard; il y avait dans leur regard immobile. dans le silence qui régnait dans la pièce, et même

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