‹ Le mal du siècle. Scènes de la vie comtemporaineChapitre 16 sur 30 · L'ORGIE · texte numérisé non relu

L'ORGIE

pas de luiy semblait agenouillée devant la porte de la salle.

— 0 Seigneur I ô mon Dieul s'écria-t-elle, il va mourir ! mon pauvre Josse ! mon pauvre Josse ! Au secours ! au secours I Voyez comme il se débat ! Que faire ? Jo dounerais la moitié de ma vie pour pouvoir le sauver I C'est bien un grand pécheur; mais la mortl Ahf il uo Ta pas méritée I

Quelques gens qui l'entouraient riaient de sa douleur.

— Laissez le porc là! Barbe, dit l'un d'eux; il n'en mourra pas encore cette fois-ci.

— Verse un seau d'eau sur sa tête rousse, murmura un second.

— Voilà ce que c'est, dit un troisième. Il avait bien besoin de [boire du feu avec une cuiller d'argent ! maintenant son estomac est brûlé !

Ces observations arrachaient de nouveaux gémissements à la vachère en pleurs.

— Allons I cela dure depuis assez longtemps, dit un des spectateurs d'un ton impérieux, mettez les mains à l'œuvre ; nous porterons l'ivrogne à l'écurie ; là du moins il ne se blessera pas en se débattant.

Tous soulevèrent Josse et le transportèrent à travers la cour dans l'étable. Barbe, le tablier sm* les yeux, les suivait dans l'obscurité.

ISS LE MAL DU SIËGLE.

Quand les domestiques eurent disparu du vestibule, rintendant s'approcha de la porte de la salle et l'ouvrit. Il s'arrêta un instant tremblant sur le seuil et regarda, avec une triste stupéfaction, la scène qui s'offrait à lui. Les chaises étaient renversées par terre, des débris âe verres et de bouteilles cassés couvraient la table, des torrents de vin coulaient sur la nappe et les rideaux eux-mêmes en étaient souillés.

Le vieillard entra dans la salle, et fit le tour de la table ; il secoua la tête en soupirant avec désespoir et arrosa de ses larmes les restes du scandaleux repas. * Le nom de l'infortuné qu^il aimait et plaignait tomba plus d'une fois de ses lèvres, et il leva souvent les yeux vers le ciel pour implorer protection et pardon pour Tenfant prodigue.

Avec un lent mouvement, l'intendant éteignit successivement toutes les lumières. Dans l'obscurité il marchait sur les fragments de bouteilles ; le verre grinçait atEreusement sous les pieds.

A la porte un douloureux soupir s'échappa encore de son sein.

— Daniel I 6 pauvre Daniel I I Alors la porte fut fermée et close au dehors à double tour.

Un instant après, le Wulfhof était plongé dans le plus profond silence.

LA TINTATITE SUPRÊME M»

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