‹ Le mal du siècle. Scènes de la vie comtemporaineChapitre 25 sur 30 · LE RETOUR DE L*ENFANT PRODIGUE. M · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE L*ENFANT PRODIGUE. M

TOUS mettiez deux de vos anges sur mon chemin, pour me retenir sur le bord de Tabime, pour me sauver de la plus affreuse lâcheté, pour ne pas me laisser paraître devant vous chargé du crime d'un suicide I Âh ! pardon, pardon, mon Dieu, j'expierai...

Un cri perçant, une sinistre clameur retentit derrière lui.

Reconnaissant la voix, il se leva vivement, ouvrit les bras, et se jeta en avant avec un cri de joie.

— Willibald, Willibald, mon ami, mon bienfaiteur, mon père ! s'écria-t-il.

Et il se jeta sur le soin du vieillard, tandis qu'un torrent de larmes inondait ses yeux.

L'intendant, muet et plein d'anxiété, tenait le regard fixé sur le pistolet gui se trouvait par terre devant le secrétaire. La vue de cet instrument de mort l'effrayait tellement, qu'il semblait indifférent aux démonstrations affectueuses du jeune homme, et celui-ci sentait le vieillard trembler dans ses bras.

Après une longue étreinte, Daniel lâcha l'intendant, et, péniblement aSecté par sa froideur, le regarda avec une douloureuse anxiété.

M. Willibald désigna le pistolet d'un geste muet.

— Ce n'est rien, rien que la dernière tache de moS passé, s'écria Daniel. Détournez les yeux de ce maudit souvenir. Je suis régénéré par une nouvelle vie. Votre

âme, l'âme de Céleste, m'ont parié par cas pages» CSe sont les sources de ma foi regagnée. Ne craignez plus pour Daniel ; il est réconcilié avec la vie, avec Thumanité et avec Dieu.

Un cri de bonheur retentit dans la chambre ; et le vieux Willibald serra étroitement le jeune homme sur son cœur. Des larmes coulaient aussi des yeux du vieillard. Il levait les yeux avec une expression d'adoration, pour remercier le ciel de sa miséricorde, et dirigea un regard de triomphe vers les portraits, comme s'il voulait dire : Oh ! ne m'accusez plus : votre enfant est sauvé.

Et, se dégageant des bras du jeune homme, il dit d*une voix qui tremblait d'une bienheureuse émotion :

— Daniel, mon cher flis, jette un regard d'espoir dans Tavenir, ton apparent malheur est une faveur du Seigneur. Tout ce que tu as rêvé dans ton heureuse jeunesse, va devenir une vérité. Le Wulfhof sera un paradis de confiance, de paix et d'amitié. Ah I maintenant tu ne le quitteras plus, ce lieu béni, où une jeune fllle d'élite t'entourera de Tauréolç d'un étemel amour.

Le jeune homme, muet, regardait le parquet et secoua négativement la tête.

Il sentit la main du vieillard trembler dans la sienne, et dit d*un ton triste ;

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•— Je dois TOUS quitter de xionvean, WHIibald.

— Vous retonnieai à Pariât s'écria rintendant. 0 malheur 1 je me suis trompé.

— Non, répandit Daniel, j'ai pour toujours renoncé à Terreur; mais je me reconnais indigne de tant de bonheur. J'ai promis à Dieu que j'expierais mes coupables folieSé

— Daniel, Daniel, tu m'effrayes ? Quelle est ta résolution ?

Montrant Tune des deux lettres, le jeune homme dit avec un calme mélancolique dans la voix :

— Dans cet écrit, Willibald, j'ai non-seulement appris jusqu'à quel point le cœur humain peut être généreux et aimant; j'y ai appris aussi qu'il me reste quelque chose de mon héritage paternel. Donnez-moi quelques milliers de francs; je veux aller dans le monde me rendre utile, m'èprouver moi-même, me purifier par le travail. Croyez -moi, Willibald, la pensée de votre bonté infinie m'accompagnera sans s'affaiblir^

— Et Céleste, dit le vieillard en soupirant.

— Céleste? répéta Daniel. Oh I ce serait un orgueil insensé de ma part, que de nourrir l'espoir que vous faites briller à mes yeux par excès d'amour. Céleste est tant a^-dessus de moi; je sens si bien ma petitesse et mon infériorité^ que je n'oserais sans honte et sans

Mi LEUkL DU SIÈGLB.

trembler, élever les yeux jusqu'à elle. Je Tadmire; je puis Tadorer comme Timage de la bonté infinie de Dieu, mais indigne comme je le suis, je nç puis accepter le sacrifice de cet être pur et angélique; ^ M. Willibald, un peu rassuré, prît de nouveau la main du jeune homme et dit :

— Mon pauvre Daniel, Terreur, le doute, ont laissé quelque obscurité dans ton esprit. Comment, tu admires la grandeur d'âme de Céleste? Tu devrais pouvoir rendre hommage à la bonté du Seigneur, dis-tu? Et , par excès de reconnaissance, pour récompenser son amour, tu irais briser son espoir, la rendre malheureuse et changer sa vie en ime longue et triste désolation I Et, pour prouver à ton vieil ami Willibald que tu es sensible à son attachement, tu veux le fraprer d'un éternel désespoir et charger ses vieux jours de chagrin 1

Le jeune homme se tut, et, pour toute réponse, pressa avec effusion la main du vieillard.

— Ne te laisse pas séduire par Torgueil, par ce faux sentiment de dignité personnelle q»i t'a si longtemps aveugliê, reprit Willibald d'un ton doux. La vraie dignité consiste à accepter les faveurs de Dieu, sans s'insurger avec l'orgueU du doute contre le bienfait, 0 Daniel! j'ai tressailli de bonheur quand je t'ai entendu t'applaudir d'une nouvelle vie , de ta foi re-<

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