‹ Le mal du siècle. Scènes de la vie comtemporaineChapitre 7 sur 30 · LA BEDDITION DES COMPTES · texte numérisé non relu

LA BEDDITION DES COMPTES

Dans une chambre du Wulfhof, M. Willîbald élaît assis devant un secrétaire à pupitre saillant. A côté de lui, sur une table, gisaient de grands livres entassés les uns sur les aut^s ; toutes les chaises étaient chargées de liasses de papiers et de feuilles détachées : le parquet de la chambre lui-même en était en partie couvert.

Au-dessus du secrétaire étaient suspendus quelques fusils et pistolets au milieu de toutes sortes de pièces d'attirail de chasse. Deux portraits ornaient les murailles vis-à-vis Tun de l'autre. L'un était un portrait de femme au visage calme et doux, Tautre représen» tait un homme dont les traits étaient visiblement flétris et amaigris par le chagrin.

Le coude appuyé sur le pupitre, le vieillard était assis plongé dans ses pensées. Il secouait parfois la tête avec une triste expression de doute, et remuait les le* ! vres sans que cependant aucun son sortit de sa bouche. Seulement, de temps en temps, sa poitrine se gon

Ui LE MAL DU SIÈCLE.

flâit, pour se rétrécir ensuite par rexpiration d'un profond soupir.

Les portraits tenaient leurs yeux fixes dirigés surlu^ ot semblaient l'interroger. Soit que l'intendant rêveur sentit la mystérieuse influence de ce regard, ou qu'une nouvelle pensée passât dans son esprit, il leva lentement la tête et contempla les deux portraits pendant quelques instants. Peu à peu, cette vue Témut de plus en plus jusqu'à ce qu'en poussant un cri d'anxiélé, il laissât tomber sa tète sur la main et [murmura en fris* goiuxant :

— Ils me demandent ce que j'ai fait de leur enfant ! Et moi, hélas I je ne puis, je n'ose leur répondre.

Après cette plainte, ce vieillard ému resta longtemps silencieux et immobile, les yeux fixés sur le parquet. Cependant, son visage se resséréna par degrés ; une sorte de sourire plein d'espoir flotta même sur ses lèvres, et il murmura :

— Qu'est-ce donc qui m'inquiète ainsi? Pourquoi trembler devant un mal incertain? Mon esprit attristé se crée des fantômes, peut-être... La parole de Daniel, le Ion de sa voix, n'est-il pas aussi affectueux qu'autrefois ? N'ai-je pas vu son âme aimante me sourire du fond de ses yeux? C'est inconcevable I Me laisser insulter eu sa présence, me laisser accuser de fausseté et de U-oniperiel Et nommer son ami celui qui jette ainsi la

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