LA RBBDITION DES COMPTES
ednt Hiettt^lroia mille .francs. Soustraies cte cette fionune letcentvmgt mille francs que madame van KYe^ dael a prêtés en hypothèque sur le Wulfbof, et vous leconnaltres que le résultat dé&nitif , c'est-à-dire la for* tune présente de M. Daniel» s'élève à cent trente mille francs^ quelque chose de plus ou de moins.
Le jeune homme baissa les yeux et murmura quelques paroles inintelligibles,
Oombert, surpris et écrasé par l'annonce du chiffre jEatal, resta \m instant absorbé dans d'amères pensées; mais il releva bientôt la tête et, croisant les bras sur la poitrine, il regarda l'intendant ûxement dans les yeux comme s'il voulait, par Timpudencè de son regard, l'accuser de fausseté et de tromperie.
Le vieillard supporta cette muette interrogation avec un calme fier qui embarrassa Gombert lui-même et le força de baisser les yeux. Blessé dans son orgueil, il s'élança de son siège et dit avec un sourire amer :
— Nous verrons si les comptes au sujet des dépenses et des recettes sont bien comme vous le dites, j'examinerai aujourd'hui les Uvres à mon aise. En tout cas, je sais, monsieur Tintendant, sous quelle pierre gît l'anguille. C'est dans Festimation des immeubles que nous retrouverons ce qui manque. A moins qu'il n'y ait une déloyale coaUtion entre les enchéiisseurs» la \entd fera mieux connaître que ce chiffon de papi^
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la véritable valdur des biens. Combien de temps fàut-il dans ce pays, monsieur l'intendant, pour pouvoir procéder à la vente publique d'immeubles?
. — Gomment ? Que dites-vous ? Une vente publique ! s'écria Tintendant : vendre le Wulfhofi 6 ciel !
Il regarda Daniel d'un air d'anxieuse interrogation ; 6t^ quand il eut reçu de la bouche du jeune homme la confirmation du projet redouté, il s'écria :
— Mais, Daniel, il n'est pas possible que vous ayez résolu un pareil acte. Le berceau de votre père et le vôtre ont reposé sur cette propriété. Tous les souvenirs de votre race, tous les souvenirs de votre enfance s'y rattachent. Aussi longtemps qu'elle reste votre propriété, quelque obérée qu'elle soit, elle peut être un refuge final pour vous, un lieu où vous trouverez la paix et le repos après les orages de la jeunesse. Vous le vendriez, vous le changeriez en une somme d'argeiit qui aurait disparu en peu de tempsi 0 Daniel^ songea à votre père, à votre mère I Songez au nom que vous portez, à l'avenir qui vous menace*
— Assez, assez de ce sermon I s'écria Gombert. Quo signifient ces lamentations? On comprend, monsieur l'intendant, que vous ne perdiez pas volontiers votie place ici; mais ne vous appuyez donc pas sur des raisons ridicules. Si chacun devait conserver les biens de ses parents, il n'y aurait jamais de vente possible.
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Et puis, voyez-vous, je pourrais vous demander qui vous donne le droit de parler à votre maître comme à un enfent insensé et en tutelle.
Un sourire amer crispa les lèvres du vieillard ; et ce fut avec une aigreur gui ne lui était pas habituelle qu'il répondit :
—Mon droit? C'est mon attachement à la famille des Hoogeland, prouvé par vingt-sept années de sacrifices et de fidélité. L'action à laquelle vous poussez mon ' jeune maître m'attriste et m'efiraye, comme si je voyais mon pix)pre fils se précipiter à sa perte. Âh ! j'aime Daniel; mon affection est désintéressée et pure. Plût à Dieu que tous ses conseiUers pussent en dire autant!
— Gela n'est plus supportable, s'écria Gombert d'une voix tonnante en menaçant du poing. Si vous n'étiez pas un vieillard, un domestique, vous auriez à me rendre compte de votre impudence !
Et, se tournant forieux vers Daniel, il dit :
— Et toi, Daniel, tu laisses insulter ainsi ton ami par tes domestiques? Tu n'as pas un mot pour le défendre? Décide entre nous à l'instant; venge-moi, je l'exige ; sinon laisse-moi partir,., et que la vie te soit douce et agréable dans ce déserti Eh bien?
Le jeune homme ainsi violemment appelé à appuyer les paroles de son ami, se leva. Son visage était pAte,
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il ifembluit et Am mottrements nerveux oeniraittii sur
ses jùûès.
Ce fut cependant d'un UAk presque suppliant qu^ dit:
— Non, noh, calmâz-votts tous éeax^ pour l'amour de Dieu. HoUBlatir Wîllibald , vous avez tort de soupçonner la bonne foi de mon ami Gombert ; toi, Gk)ml)ért, sois indulgent pouir un homme qui a Consacré toute âa vie au service de mon père et au mien... Écoutez, Willibald, je vais vous dire quelle edt ma volonté et mon déisir; et je Yûud prie de vous abstenir de ccmseils à ce sujet : ils n'empêcheraient jamais la réalisation d'une me* Sure irrévocablement arrêtée. Sb ne puis plus habiter au Wulfhof, j'y périrais d'impatience et d'ennui. C'est en France, à Paris seul, que je puis et veux vivre; et Comme pour cela j'ai besoin d'al^nt, je dédre trèsexpressément que ces biens qui forment mon héritage paternel soient vendus le plus tôt possible.
~ Eh bien , qu'avea-vous à dire à cela ? demanda Gombert triomphant*
Les mains jointes et des larm^ datis la voix, le Vieillaîd dit en soupirant :
— Daniel, Daniel, ah I Je vous en «tipplie, ne me fedtes pas vendre le Wulfhof I
— Je voud l'ordonne, Willibald I dit le jeune homme fiisM)âûftnt Éùm IWort qu'il se Siisatt en donnant cet «rà^ W^Vd l^Ur eein^aite A son amii
LA BIMITION DBS QOVPTES. m
L'intendant pencha U M(e tor la poitrine trt resta» comme anéanti, les yeux fixés sur le parquet. La vue de sa douleur firappa tellement Daniel qu'il s'approcha du YielUard et lui dit avec ôompassion i
-*- Allons, mon bon Willibaldi que ma résolution ne vous afflige pas autant Je isais quel est votre attachement pour moi, et que voUâ verriez avec peine le Wulfhof passer dans les mains de nouveaux propriétaires; mais cela est irrévocablement décidé et rien ne peut empé^^her que cela ne se iréalise* Gonsolëz-vous pûitftnnt) je né vous laisserai pas sans secours» Si je ne me tj^mpe^ vous avez oublié dans votre compte un tràiiemeni ou quelque autre récompensé de vos services« Il ne me reste pas beaucoup, hélas I vous le sa*^ vez; mais je lierai cependant ce que jepinsvet> sila vente réalise quelque peu Tespoir de mon ami Gromberti je votm ferai un don suffisant pour metM au moins vos vieux jours A l'abri du besoin^ Soyes asËes bon et asses eômpldsant Maintenant pràr Jprétw la main À la prompte vimte des biens.
Qombérl U'ëpignait d'impatience et de dépit.
^ WillSbald» puii^je attende cette dernière matique 06 f otré sympathiS) de vott^ loyale aflsétion? demanda le jeune homme.
j*1ttieiriani se lotà% Ken «tue ses yeux brillassent encore de lannes wutmami fl&e eiçsttMton de réMN^
lution s'était cependant peinte sur son \iB6gfi. Û lé-
pondit d'une voix fenne :
'— Vous le voulez, monsieur Daniel ? Bien ne peut Terapécher? Vous demandez mon aide? Eh bien, je suis prêt, quand dèsirez-vous que la vente ait lieu ?
— • Aussitôt que possible. Si tout pouvait être fait en peu de temps, vous m'obligeriez plus que vous ne pouvez penser.
— Le pire de tout, c'est que nous devons encore rester des semaines ici 1 gronmiela Gombert*
L'intendant-resta quelques instants à réfléchir, la . main sur le front, puis il dit :1
— • Rester encore ici des semaines ? D y a un moyen de finir PatTaire en quelques jours, et avec cela, de sauver le nom de Hoogeland du scandale d'une vente publique,
— Ah I s'écria Gtombert, voilà ce qui s'appelle parler ? Et quel est cet heureux moyen, s'il vous plilît ?
— Le moyen est très-simple, répondit le vieillard. Madame van Everdael, qui a déjà prêté sur nos pro« priètés un somme considérable, m'a exprimé plusieurs fois le désir de posséder tout le V(^ulfhof en propriété. M. Daniel pourrait le vendre de la main à la main««.
— Oui, mais en ofbJra-t-eUe la véritable valeur? » demanda Gombert en l'interrompant.
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«- Gertaioexnent, je ne crois pas que persooBe en offre plas que madame van Everdael. Laissez-moi, en tout cas, essayer. Je vous ferai connaître son offre ; et si elle ne vous parait pas suffisante, ce ne sera qu'ime couple de jours perdus.
— Oui, oui, essayez ce moyen, mon bon Willibald, dit Daniel; mais puisque nous ne sommes pas sûrs que cela réussira, il faudrait vous bâter.
— Je me rends à Tinstant chez le notaire. Je vais appeler le domestique pour emporter ces livres.
— Emporter ces livres ? s'écria Gombert. Non, non ; je veux, en plein repos et seul, les examiner attentivement, n n'y a pas de raison pour vous en formaliser, monsieur l'intendant ; les bons comptes font les bons amis^ dit le proverbe.
— Faites comme vous voudrez, monsieur, dit lln^ tendant. Et il sortit de la salle.
Daniel le suivit jusqu'à la porte et lui prenant encore une fois la main, lui dit :
— Willibald, vous m'accusez de folie, de déraison, de prodigalité, n'est-ce pas? Peut-être avez-vous raison; i mais ne m'accusez jamais d'ingratitude. Quoiqu'il arrive, je garderaitoujoursavecrec(mnaissancele souvenir de ce que vous avez fait pour mon përeet pour moL
L'intendant attira doucement le jeune homme hors de la porte, et lui dit j
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— Daniel, accordez-moi une grâce; permettei-moi de vous parler à vous seul ; que la personne qui se dît votre ami, ne soit pas présente...
.— Ah ! ah I je ne puis être présent ! s'écria Gombert, qui par méfiance s'était approché de la porte» Bien, bîen, intendànf, la guerre est déclarée entre nous, et vous voulez combattre avec des armes secrètes? Bah ! vous pouvez parler à votre maître seul, tant que cela vous plaira. Le croyez-vous assez stupide ou a^sez faible pour changer à chaque instant de résolution? Il doit savoir s'il veut justifiei* une idée aussi honorable...
Déjà rintendant s'était éloigné dans le corridor, lorsque Gombert prononça ces dernières paroles et rentra dans la salle suivi par le jeune homme.
— Gombert, Gombert, s'écria Daniel, d'un ton de reproche irrité, ta conduite ne témoigne pas toujours
. de ton amitié pour moi. Tu vois que je respecte l6 vieil ami de mon père; pourquoi ne le respectes-tu pas pour l'amour de moi? Bien que je ne puisse nî ne veuille suivre le conseil qu'il me donne, il témoigne cependant de la loyale affection de Willibald pour moi. Ne l'outragé plus, Gombert, ou je serais capable d'en venir à des extrémités Imprévues !
Soit que le jeune homme, ^n prononçant ces paroles, îdt fait un pénible effort sur lui-même, que l'émotion