‹ Le mal du théatreChapitre 27 sur 47 · MONSIEUR SCANDALE · texte numérisé non relu

MONSIEUR SCANDALE

Décidément, les agenouillés de Paris sont des deux sexes. Après celles qui s'agenouillent devant Tor en barre, il y a ceux qui s'agenouillent devant le plat cabotinage, le cabotinage du grimacier et du pître. Oui, Paris, la ville de Tintelligenceet de l'art, s'avachit, se roule, se prosterne devant le premier qui tente de violer le succès. Pi||n|l accepte le knout et subit la flagellatioifc/ .

Paulus, le chanteur à la mode, vient â*ap-« prendre cruellement, à ses propres dépens, que les frasques qui peuvent être de bon goût ici cessent de plaire en province. Notre chanteur à la mode a été obligé de reconnaître que les Lyonnais Font reconduit avec les

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honneurs dus à sa grossièreté à l'égard du public.

Discuter le talent de M. Paulus est une besogne au-dessus de mes forces. Je déteste les hypothèses et n'ai point d'encre à répandre sur de trop audacieuses fictions. Le talent de M. Paulus n'a pas à être mis en question devant un public que l'on ne veut pas duper.

C'est d'ailleurs une affaire d'appréciation personnelle, M. Paulus a la meilleure opinion de lui-même. Laissons-lui cette consolation.

Mais ce qu'on ne peut pas lui laisser c'est le droit de mépriser son public, au besoin ÂURK^ de l'injurier.

hI chanteur Paulus, qui est incapable de lîlàjtftter autre chose que des scies inintelligibles, a voulu déployer à Lyon le môme sansgêne qu'à Paris. Ça ne lui a pas réussi. Reconduit avec les huées que méritaient ses incartades, il s'est empressé de donner des marques indéniables de son respect à M. Ju-

les Prével et d'offrir ses excuses au public lyonnais. Voilà qui est fait pour réconcilier le boulevard et la province.

Il est probable que le chanteur Paulus n'est pas aussi bête qu'on aurait pu le supposer. Comprendre qu'on peut être grossier à Paris mais déférent à Lyon, c'est de l'esprit diplomatique. La province sait probablement encore ce que c'est que la chanson, tandis que Paris ne s'en doute plus. Si Paulus est poli à Lyon et méprisant à Paris, c'ôsilt qu'il se rend parfaitement compte de lai^ijtférence qu'il y a entre des gens qui jugent un artiste sur sa réputation et des gens qui le jugent sur ce qu'ils entendent.

M. Paulus, qui ne supportait pas à la Scala qu'un spectateurlût tranquillement son journal quand il était en scène, n'a point essayé

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à Lyon de lutter contre la clameur publique. Il n'y a pas de soir, ici, où M. Paulus ne se livre à quelque incartade. Alors qu'il devrait avoir une exprimable reconnaissance à l'égard des gogos qui lui font gagner des sommes absolument ridicules, il affiche un petit air de dédain. C'est la théorie cousine de celle du monsieur qui bat les femmes pour s'en faire aimer. Quand on ne l'applaudit pas à sa convenance, M. Paulus se fait attendre dix minutes avant de daigaer reparaître. S'il consent à rentrer en scène, c'est que le régisseur et le directeur se sont roulés à ses pieds. Alors, il rentre... Et les bons Parie^lens frémissent. Jamais Thérésa, qui est ilne grande artiste, qui est femme, qui a derrière elle une carrière sans égale, ne se serait permis cette attitude vis-à-vis de son auditoire.

Notre public est respectueux, et tous spéculent sur ce respect. <, Les directeurs de

théâtre nous font payer un prix fou le droit à rétouffement. Une presse complaisante et complice incite le spectateur à de stupides admirations.

On fut plat devant Goquelin et devant Delaunay. Cela pouvait rigoureusement s'excuser. Mais devant Paulus... c'est trop I

C'est que la foule ne vit aujourd'hui que d'opinions toutes mâchées. C'est que ceux qui veulent attirer cette foule odieusement banale n'osent l'attirer qu'à l'aide de vieux trucs et de vieilles ficelles.

Un auteur dramatique dont je ne cite pas le nom — parce que je ne voudrais point lui faire de tort — me disait tout récemment que M. Marx, le directeur de Cluny, lui avait conté, cet été, sur une plage, qu'il ne recevrait plus de pièces si elles n'étaient pas

signées du nom d'un journaliste de la presse théâtrale. C'est à ce délicieux principe que nous devons la Belle Italie de M. Prével et de M. Erny.

En faisant cette profession de foi à un auteur dramatique, M. Marx obéissait à cette loi stupîde qui régit le monde des théâtre*, où Ton n'ose plus spéculer sur l'inconnu.

Le jour où M. Paulus a essayé de chanter des chansons classiques dont la création avait été un véritable succès pour leurs interprètes, il a eu de la peine à gagner sa vie. C*est luimême qui l'a écrit à Sarcey. Quand il s'est contenté de chanter des scies d'un comique douteux, dont sa voix glapissante constituait tout le charme, il a réussi à se créer une place à part qu'il n'a due qu'à un engouement injustifiable. Il est évident, en effet, que M. Paulus aurait prouvé qu'il avait du talent s'il avait été en état de se montrer supérieur à ses devanciers. Mais comme il s'est empressé

prudemment, au contraire, d'éviter les comparaisons, il est impossible de le juger à un point de vue tant soit peu sérieux.

Il ne peut résulter de son altitude qu'une opinion très défavorable, car on ne peut pardonner à un Paulus de café-concert ce que Ton ne passerait ni à un Coquelin ni à un Delaunay, qui ont tout de même leur talent pour circonstance atténuante aux frasques qu'ils commettent sans relâche.

Le public de Paris, qui paye ses plaisirs à un prix autrement élevé que les prix de province, se laisse manger trop facilement dans la main. Cet excellent public ne sait plus siffler, tandis que Lyon exige de la tenue et que Toulouse veut absolument du talent.

Pendant que les spectateurs de Paris sont expulsés quand ils protestent contre les écarts prétentieux de M. Paulus, les habitants de Lyon se fâchent tout rouge et ce Garât de petite marque se courbe au pied des autels

dont M. Prével est le Calchas. 11 offre aux Lyonnais le gras-double de ses excuses, alors que Paris n'a reçu de lui que des rebuffades. A mon sens, il est mauvais d'encourager à ce point le mouvement de décentralisation. ^.

Tout ce que l'on conclut, c'est^ue Paulus est une célébrité, Paulus est un nom. Paulus a une auréole. On se le dispute. On lui offre de l'or. On dirait qu'il crache des louis.

Et voyez — car il faut toujours généraliser les thèses — M. Marx (de Cluny) raisonne comme les directeurs de café-concert, II croit au nom, à l'influence. Une bonne pièce app0i:tée j^r un inconnu sera l'objet de sa dtfâaii06.^li acceptera, les yeux fermes, un nfiÉnuscrit, je n'oserai pas dire écrit,

mais apostille par un de ces hommes qui nous apprennent qu'il y aura ce soir une première aux Bouffes-du-Nord et que Mlle X..., de rOpéra, ne peut plus porter de corset.

Cette niaiserie n'a pas encore fait son temps. Bien que la pièce de Gluny n'ait point recueilli les éloges d'une presse qui compte encore plus d'hommes sincères que les directeurs de théâtre ne le veulent supposer, je parierais volontiers que M. Marx 7 n'est pas encore guéri. ^ Vji|

Je n'ai pas encore pu saisir le rapport qui »t.jM

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existe entre le métier d'informateur théâtral '\''Hi et le métier d'auteur dramatique : les directeurs l'ont saisi. Ils ont pu exécuter ce tour de force ; mais il faut désespérer de les voir oser prendre une initiative, tenter de former des auteurs et de former des comédiens, — r* ce qui leur serait pourtant plus avantageux et plus facile.

C'est pourquoi, dans cette folle chasse aux

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écus, nous voyons des gaillards réputés malins monter des pièces idiotes sur la foi d'une signature, engager des filles absolument nulles sur lesquelles la critique intluente a jeté un œil favorable et croire que, quand on a la presse, tout est dit. -if-.-

On n'a véritablement la presse qu'à la condition de donner des pièces qui se tiennent debout et qui soient jouées par des artistes capables. On ne retient le public qu'à Tv-la condition de np pas se moquer trop long- \4*'iemps de lui. ""^Les habitants de Lyon ont /donné à M. Pautiis une bonne leçon dont il profitera s'il lui reste une lueur de bon sens. Bien que ce chanteur en vogue, qui est en même temps marchand de vin, promette à tout bout de champ de se retirer dans ses y terres et déclare qu'il n'entend pas être l'esclave du public dont les gros sous lui ont donné le droit d'être important, le digne Paulus-Scandale n'a pas la moindre envie

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de quitter la rampe. Il est probable qu'il mettra de Teau dans son vin.

S'il continue à vouloir jouer les matamores, un jour viendra où le public lui moD>trera le poing et le priera d'aller s'exhiber dans les bouibouis de dernier ordre. C'est là^ communément, la dégringolade qui attend les cabotins que grise une fortune trop rapide, qui houspillent le public, tondent les directeurs qui les engagent et- font la loi à leurs camarades qui ont été moins bie»

partagés. Si Paulus-Scandàle veut échapper à cette crise qui s'abat siir les chançards qui abusent de leur veine, il lui faut plus de travail et surtout beaucoup plus de modestie. Mais offrir ces conseils au chantre de la Chaussée Clignancourt c'est — si j'ose m'exprimer ainsi — offrir un cigare de la Havane à l'Invalide à la tête de bois I

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