‹ Le mal du théatreChapitre 42 sur 47 · LES SECOURS · texte numérisé non relu

LES SECOURS

Au lendemain même de la catastrophe, le préfet de la Seine a donné des ordres pour que des secours fussent accordés d'urgence — sur les indications des commissaires de police — aux familles nécessiteuses des victimes de l'incendie.

MmeFurtado-Heine a envové 15,000 francs à M. Poubelle pour être distribués immédiatement.

Les secours ont afflué de toutes parts...

Le comte de Paris, la famille de Rothschild, les grands magasins de nouveautés, M. le commandant Hériot et Mme Aristide Boucicault en tête, tant d'autres que je ne puis nommer ici se sont retrouvés sur les listes

de souscription, ainsi qu'on les retrouve toujours dès qu'il s'agit de venir en aide à misère publique ou de réparer les malheurs causés par une catastrophe imprévue.

Un comité a été formé sous le patronage de l'administration des beaux-arts, pour la répartition des secours aux victimes de l'incendie du théâtre de TOpéra-Comique :

Voici la lisle de ses membres :

MM. Berthelot, sénateur ;

Le général Goste, président du conseil d'administration du Cercle militaire ;

Le colonel Couston, commandant le régiment de sapeurs-pompiers de Paris;

C. Doucet, président de la commission des auteurs et compositeurs dramatiques;

Halanzier, président de TAssociation des artistes musiciens ;

Le baron Alphonse de Rothschild ;

Le prince de Sagan ;

Hébrard, président du Syndicat de la presse parisienne;

MM. Carvalho, directeur du théâtre national de TO-

péra-Comique ; Kaempfen, directeur des beaux-arts ; Des Chapelles, chef du bureau des théâtres; Régnier, sous-chel" du bureau des théâtres ; Gouzien, commissaire du gouvernement près

les théâtres subventionnés.

LES COMPTES DE l'oPÉRA COMIQUE

Le maintien de M. Carvalho dans ses fonctions, les difficultés d'une situation mal établie, les retards apportés par l'incertitude et rhésitation du ministre des beaux-arts à. la réorganisation de rOpéra-Gomique,les plaintes du petit personnel, les réclamations de la presseont déterminé le comité de Répartition des secours à donner d'une façon déguisée des explications publiques de sa gestion.

f Ces explications ont été publiées dans le Figaro, le 3 octobre, sous la signature de M. Chincholle. Nous les reproduisons ici

en les accompagnant do quelques commentaires nécessaires.

« Des comptes ! » Il devient à la mode de réclamer ceux de la souscription qui, après le désastre de TOpéra-Gomique. a été l'objet d'un si bel élan de charité unanime.

» Certes, il est toujours facile, en pareille circonstance, de se donner un brevet d'honnùleté en ayant Pair de suspecter celle des.

autres.

(M. Chincholle commet ici une lourde erreur. Pour ceux qui ont suivi lacampagne,.

il est clair que les journalistes qui réclamaient des comptes, au nom de l'opinion, ne mettaient nullement en doute l'honnêteté des membres du Comité de répartition. Ils entendaient simplement savoir de quelle façon les répartitions étaient faites et pourquoi l'on avait à regretter certains retards dont ils avaient été saisis. 11 y a une différence notable entre Thonnôteté d'une comité

et sa façon d'agir. L'allure hautaine de M. Chincholle ne répond point aux questions posés).

» Le Figaro qui, grâce à ses lecteurs, a pu fournir à la souscription le principal élément de succès, s'est bien gardé de tomber dans ce travers.

» Pas un instant, il ne lui est venu à l'idée de s'inquiéter, bien qu'il y' fût plus directement intéressé que d'autres, des faits et gestes d'un comité, composé de MM. Spuller, ministre de l'instruction publique et des beaux-arts ; Berthelot, ancien ministre ; Camille Doucet, Hébrard, Gai, Laurent, Paul de Gassagnac, représentant la presse ; Colmet d'Aage, le général Goste, le prince de Sagan ; des Ghapelles et Régnier, représentant la direction des beaux-arts ; Halanzier et Garvalho, ce dernier appelé à donner des détails matériels sur les besoins de son personnel.

r^M^ÇiW

LE FEU AU TflÉATHB 347

» Nous savions avec quel dévotietnQnt

M. des Chapelles, principalement chaîné Me recevoir les victimes ou leurs parents^ iloccupait de la répartition des secours, enregistrait les demandes, dirigeait les enquêtes,

assurait l'avenir des veuves et des enfants.

» Des comptes ! » Mais en voici, » D'abord, dès le lendemain du sinistre, deux caisses étaient ouvertes. Tune à la Préfecture de la Seine, l'autre à la direction dm ' ■ Beaux-arts. En vérité, un tel empres8e^ieIlt méritait bien de rassurer nos confirères.

» Ignorent-ils donc que la souscription n'a jamais été close ? Et la preuvà, c'est que»

depuis le règlement du compte qui va suivre on a encore encaissé six mille et quelques francs qui, naturellement, ne figurent pas ci-dessous.

L'État a donné Fr. 200.000

Le public 575.054 95

Total au 31 août 775.054 95

348 LE MAL DU TlJÉATflE

Dans ce total, dont les détails ont paru au Journal Officiel^ n'est point comprise la recette de la magnifique représentation donnée au Trocadcro par les artistes de rOpéra-Comique.

'. » Cette représentation, il faut bien le rappeler puisqu'on demande encore à quoi elle a e^ervi, avait pour but de venir en aide au personnel du théâtre. Elle a produit un bénéfice net de 41,714 fr. lo.

» M. Carvalho n'avait pas à apporter cette somme au comité. Il Ta gardée, comme raffiche elle-même lui en donnait le droit, pour payer les traitements de juin, qui s'élevaient à 110,000 francs.

» Elle était donc insuffisante.

(Voici un point qui me semble un peu vague, malgré l'assurance de M. Chincholle, et il est fort probable que le public ne partagera pas absolument les idées du rédacteur du Figaro.

^iJ'î/^t./ LE FEU AU TflÉATRE 349

Le public, sauf les donateurs qui onf ïait.

leurs réserves et spécifié leurs intention»,' a voulu, en envoyant son argent, secourir lés victimes de TOpéra-Comique. En se rendant à la représentation donnée au profit du personnel, il croyait venir en aide au personnel. 11 comprendra, en lisant M. Chincholle^, qu'il n'est venu en aide qu'à la société en commandite dont M. Carvalho était le représentant.

La société d'exploitation, couverte par de fortes assurances, composée en grande partie de personn«ilités fort au-dessus du besoin,, ayant passé par des années prospères, tout en profitant des subsides de l'État, avait-elle besoin de recourir à la charité publique?

C'est lî\ une question qu'il appartient à l'opinion publique seule de juger.

A ces questions, il serait bon d'en ajouter une autre. Puisque les artistes de l'Opéra- Comiquc ont chanté pour la société d'exploi-

talion, ont-ils touché des feux à cette matinée qui serait en effet extraordinaire, s'il en avait été autrement? Les renseignements qui m'ont été fournis me permettent d/affirmer le contraire.

» Mais, d'autre part, continue l'imperturbable M. Chincholle, nos lecteurs doivent se souvenir qu^au-dessous de notre souscription, nous mettions chaque jour sous cette rubrique : Sommes envoyées directement à M. Carvalho.

» Parmi les souscripteurs, quelques-uns

voulaient uniquementvenir en aide auxvic-

times,'d'autres spécifiaient qu'ils entendaient sauvegarder l'avenir du théâtre, en aidant à

la conservation de son personnel.

(Tout cela est parfaitement juste).

» Après une longue délibération, ILa été convenu que M, Carvalho doiw^ra||(f au comité toutes les sommes reçues ou à recevoir par lui.

Moyennant quoi, le comité parferait la différence de ce qui manquerait à la caisse du théâtre pour les traitements de juin. La somme versée figurera sur le tableau ci-dessous.

(Ici nous nous retrouvons en présence de la même erreur, et nous estimons qu'il n'y avait point lieu d'entrer en pourparlers avec M. Carvalho.

Le comité devait se borner à son œuvre de répartition ; grouper toutes les sommes versées sous condition pour les partager entre les intéressés et réunir celles qui avaient été déboursées sans spécification pour les répartir entre toutes les victimes.

Quant à M. Carvalho, il devait utiliser sous le contrôle de son comité d'administration les fonds qui lui avaient été remis en se conformant scrupuleusement à l'esprit de ces donations.

N'est-ce pas le droit du premier venu de

3o2 L'C MAL nu TIlÉAÎItK

critiquer la répartition des fonds verags, tout en rendant justice à la régularité des comptes?).

» Une fois les premiers besoins des victimes satisfaits, le comité avait à's-'acquitter de la partie la plus délicate de sa tâche : Rétablir équitablement les sommes mises à sa disposition.

» On ne pouvait donner la même somme à une veuve sans enfants qu'à un grand-père infirme qui restait chargé de cinq petits-enfants.

» Il a donc fallu prendre une à une la situation de chaque famille.

» Ici, c'est à dessein que nous n'entrerons pas dans les détails, qui n'ont pourtant rien de mystérieux, mais, comme Ta si spirituellement démontré Lambert-Thiboust, l'homme n'est point parfait. Certaines victimes doivent naturellement trouver que d'autres^ ont été favorisées. Il est inutile que nous envenimions les jalousies.

|A F£U AU THÉATHR 353

'^^vi4 '

.|f Tableau général

Secours disflibués, les premiers

jours par le préfet de la Seine et par le Comité à 140 personnes ayant délivré reçu. .^ . ,,/» 73.618 25

Donné à dirirtj pour les obsèques. 7.937 65

Aux ouvreuses 4.700 »

Remboursement des objets perdus par le personnel 26.020 80

Traitement de juin (solde) 70.175 85

DoNNK AUX ENFANTS : 1® Rentes viagères incessibles et insaisissables payables par trimestre à partir du i^^ juillet 1887 jusqu'à leur majorité ; 2» Placement d'un capital différé qui leur sera payé à leur majorité (34 titulaires, parmi lesquels les enfants Tierce et Ghcrrov) 190.730 43

DoNNi^: AUX PARENTS : Reutes viagères incessibles ot insaisissables payables par trimestre à "partir du {^'juillet 1887 (37 titulaires) parmi lesquels MM. Aulicker, Langumier, Maquaire,

Snint-Cliîirlos,MmeTierceetTourtoîs). 166.358 60

Total 5S0.541 55

•*îo4 LE MAL DU TH|Î:ATRE

Report 539,^1,55

Or, on a reçu, avons-nous dit 775.541 95

On a dépensé 539.541 55

Reste *. . 235.513 4S

» Tout ce que peuvent se demander les gens trop pressés, par cela même peu prudents, c'est comment il se fait qu'on laisse dormir une somme relativement si considérable, à laquelle il convient môme d'ajouter les souscriptions retardataires dont nous parlons plus haut.

» Eh bien, le comité, après discussion, a cru nécessaire de réserver cette somme :

1** pour certaines victimes dont Tétat de santé n'est pas encore défini ; 2* pour donner satisfaction aux nouvelles demandes, d'ailleurs assez nombreuses; 3* pour régler des différends encore pendants.

» Supposons, ce qui ne peut pas être, que es trois chapitres ne demandent point le

>. LE FEU AU TBÉATIIK Soâ

déboup^ d'un seul franc. On en sera quitte pour partager ce reliquat entre toutes les victimes au prorata d.e ce qu'on a déjà cru devoir leur allouer. Mais voilà l'espérance qu'on ne voulait pas leur donner! Aussi eûton préféré attendre pour la publication des comptes que tout eût été absolument terminé.

» La situation, par exemple, de la mère et du fils de Mlle Ferri, la malheureuse danseuse morte dans les flammes, n'a été réglée que ces jours-ci. Mlle Ferri, en effet, [était Italienne. Il a donc fallu recourir au consulat d'Italie. On n'a pu liquider que la semaine dernière les pensions de la mère et du fils.

Total non mentionné plus haut : 11,587 fr.

» D'autres motifs, non moins sérieux, ont retardé jusqu'à ces derniers jours la pension de Mme Duvaltier : 3,629 fr. 50.

» De nouvelles demandes sont à l'examen.

356 LE MAL DU TflÉATRE

Ainsi, on a encore reçu, hier, celle d'un avo- <îat italien qui, blessé à rOpéra-Comique, réclame sa juste part.

» Enfin il est certaines victimes sur le sort desquelles il est difficile de se prononcer définitivement. On nous cite le cas de Mlle Assailly, qui aura une rente plus ou moins forte, selon qu'il lui sera interdit de se remettre au travail ou permis de prendre un emploi.

» Ceux de mes confrères que les renseignements qui précèdent n'ont pas rassurés n'ont plus qu'un peu de patience à avoir. On espère que tout sera terminé dans le courant d'octobre *.

Nos souscripteurs, toutefois, peuvent être sûrs que, malgré les attaques, le comité ne se hâtera point imprudemment. Il ne déclarera sa tâche terminée que quand toutes les

l. Nous touchons au mois de décembre sans être beaucoup plus avancés. E. D.

fl

LE FIDU AU TUÉATKE 357

enquêtes seront faites, les dernières sommes ^quitablement réparties. »

Les explications finales de C. Chincholle ne détruisent en rien nos critiques.

Nous reconnaissons parfaitement que l'argent versé par les souscripteurs qui ont spécifié « qu'ils entendaient sauvegarder l'avenir du théâtre, en aidant à la conservation de son personnel » appartenait absolument à la caisse de l'administration de l'Opéra Comique.

Nous pensons que la recette de la représentation du Trocadéro devait revenir directement au personnel, et que, pour qu'il en fût autrement, il aurait été nécessaire quo l'affiche portât que cette matinée était donnée au bénéfice de l'administration du théâtre, afin de lui fournir une partie des fonds nécessaires au paiement de sa troupe pendant le mois de juin.

Nous ne comprenons point l'utilité de la

fusion des fonds versés entre les mains de M. Carvalho avec ceux qui ont été déposés dans la caisse du Comité de répartition et nous ne nous expliquons pas davantage les conditions sous lesquelles cette fusion a été consentie.

En présence d'un cas de force majeure, la Société de TOpéra-Comique avait le droit de renoncer à son exploitation, de renvoyer sa troupe, et liquider ses comptes.

Si elle voulait poursuivre sa carrière, et

conserver son personnel, elle lui devait le paiement régulier et normal de ses appointements, et cet argent ne devait point être celui de la charité publique, mais celui de ladite Société.

La charité avait d'ailleurs bien facilité la tâche de Tadministration du malheureux théâtre, et il est probable qu'en opérant avec un esprit de justice et de régularité, on aurait obtenu du personnel largement secouru

et indemnisé par les souscriptions publiques des concessions qui n'auraient été que tro{.

justes.

En admettaat qu'il n'y ait pas eu de confusion dans l'esprit public sur la destination de la recette de la matinée du Trocadéro, en reconnaissant les dons particuliers versés à M. Carvalho pour le maintien de son personnel, il n'en est pas moins vrai que le Comité de répartition a versé 70.000 fr. pour le solde des traitements de juin.

Les explications de M. Chincholle sont absolument claires. Reste à savoir si les sous- <5ripteurs, qui avaient versé leur argent au profit des victimes, estimeront qu'ils ont été parfaitement compris.

LES PRÉCAUTIONS CONTRE l'iNGENDIE

L'émotion a été si violente dans Paris, il s'y est mêlé tant d'indignation contre l'admi-

nistration des bâtiments civils, la directioa de rOpéra-Gomique, la commission chargée de veiller sur les théâtres, la police et le corps des pompiers lui-même (malgré l'immense popularité que sa bravoure lui mérita toujours), les cris de douleur des victimes ont tellement effaré la population parisienne qu'il y a eu partout de la fièvre et de l'affolement.

Pendant que le juge d'instruction conduisait lentement sa délicate enquête, la commission contre l'incendie visitait les théâtres et prescrivait les mesures qu'elle jugeait nécessaires.

On a critiqué sa hâte et ses exigences. On l'a accusée de travailler bien plus à rendre aux spectateurs la sécurité morale que la sécurité réelle. Nous croyons que cette commission a pris en effet quelques mesures de luxe, mais nous ne saurions critiquer sa rigueur, même si elle a été excessive.

Dans certains théâtres, elle a réclamé Timpossible, et on est arrivé à faire l'impossible, sans qu'il soit démontré que ces gros efforts soient bien efficaces. Nous savons tous, tant que nous sommes, et sans être clercs en la matière, que la plupart de ces théâtres devraient être désaffectés. Ils étaient, avant les travaux, à l'état de fours crématoires. Ils sont avec leurs escaliers et leurs balcons de fer convertis en véritables grils.

Les frais écrasants qui ont été supportés prouvent ce qu'on peut tirer de l'exploitation d'un théâtre, puisqu'il ne s'est point trouvé (le directeur pour renoncer à son commerce et de propriétaire pour transformer sa salle en vulgaire maison de rapport.

Il est certain que les énormes travaux qui ont été exécutés ont légèrement amélioré ces salles. Je ne souhaiterais néanmoins à personne de s'y trouver un soir où les flammes jailliraient soudainement.

*](i:2 LE MAL DU THÉÂTRE

La commission d'incendie a fort bienfait en

imposant partout le rideau de fer plein.

L'établissement de rélectricité s'impose éga-

ement, et les décors doivent être absolument

ininflammables.

Alors que les grosses réparations auront été effectuées dans tous nos théâtres, il restera au spectateur un devoir : celui de veiller à ce que les prescriptions courantes de sûr.eté ne soient jamais négligées. Mon distingué confrère Henry Bauër a rédigé dans une de ses vigoureuses chroniques un Manuel du par fait spectateur que les amateurs de théâtre auraient le plus grand tort de ne point piocher sérieusement.

Il faut qu'il y ait une ligue générale contre les strapontins rétablis sournoisement dans les passages, les portes demeurées closes en dépit des règlements de police, les places trop rapprochées entre lesquelles on n'a point laissé régner l'espace réglementaire.

Il n'est pas un Parisien qui ne sache que, dans quelques théâtres, tels que le Palais- Royal et les Variétés, par exemple, les spectateurs des loges et des baignoires (dont les prix sont pourtant ridiculement élevés) sont empilés d'une façon aussi barbare que des nègres à fond de cale. Il n'entrerait que le tiers d'un gros homme dans un fauteuil d'orchestre de ces théâtres très parisiens, et il serait nécessaire que l'ouvreuse le tassât légèrement avant de fermer complètement la porte de la baignoire dans laquelle il n'aurait pu que très péniblement s'introduire.

Voulant montrer une fois de plus que je n'ai aucun parti-pris dans toute cette affifcire et que je ne recherche que l'intéiiôl^îife^^

Je \ " -^^

je me trouve heureux de me retrotfvwÔDôiJre.

une fois d'accord avec l'un de nos maîlres d# *

la chronique, M. Wolff. Le Figaro qui est sus-" , pect d'une tendresse légitime pour les théâtres à sa quatrième page s'est montré, à la

première, très impartial et très sage sous la plume de son leader. Laissons donc la parole à notre brillant confrère :

« Mais, comme par le passé, sept gazomètres restaient accumulés sous le vestibule de la Gaîté et pouvaient faire explosion les uns après les autres au milieu d'une foule en panique se précipitant par ce vestibule dans la rue. Sous la salle du Ghâtelet, un magasin de fourrages n'attendait qu'une étincelle pour prendre feu ; on continuait de louer à des cafetiers des boutiques qui obstruaient la sortie en cas de sinistre. On maintenait cet épouvantable contrôle qu'on ne voit qu'à Paris, ce contrôle imbécile qui, au lieu de se ranger sur le côté, pour prendre le moins de place possible, ne semble être là que pour boucher le vestibule. On ne s'inquiétait pas des rideaux à mailles. qui n'empêchent ni la fumée ni les flammes de se répandre dans la salle et dont la seule utilité était d'établir

deux rôtissoires distinctes, Tune sur la scène, Tautre dans la salle.

» La Commission ne s'est préoccupée d'aucun de ces dangers : elle a manqué à tous ses devoirs, et elle le sent si bien qu'elle devient féroce pour se faire pardonner son incurie : après s'être contentée de quelques lampes à huile, la voici maintenant qui bouleverse les théâtres de haut en bas, avec un affolement d'autant plus grand qu'elle craint l'explosion de l'opinion publique lui demandant compte de sa longue et coupable inertie. Parmi ces mesures, il y en a d'excellentes à côté de quelques-unes qu'il faut mettre sur le compte de la précipitation avec laquelle on confectionne les édits contre les scènes parisiennes. Toutes ces améliorations s'imposaient depuis des années; elles ont été mises en œuvre après l'incendie du Ring-Theater,

non seulement à Vienne, mais dans toutes les grandes capitales.

Le couloir au milieu de l'orchestre, les portes ouvrant en dedans, le rideau en fer plein, les galeries circulaires à Textérieur communiquant par des échelles en fer avec les étages inférieurs, tout cela existe depuis des années ailleurs; la Commission des théâtres n'avait qu'à imiter la sage prévoyance des commissions analogues à l'étranger qui, contrairement à la nôtre, font plus de besogne que de bruit. Mais nous sommes à ce point vaniteux que nous ne voulons avouer notre infériorité sur aucun point. Il a fallu que deux' cents personnes succombassent à rOpéra-Comique pour nous convaincre que notre Commission des théâtres n*est pas une de ces institutions que l'Europe nous envie. Le petit théâtre du Parc, à Bruxelles, possède depuis des années les balcons et les escaliers extérieurs; le rideau en fer plein est

adopté depuis longtemps dans les théâtres de Vienne. Après Tincendie du Ring-Theater, la terreur du public était telle qu'on ne levait ce rideau qu'au moment où la pièce allait commencer ; on le baissait même dans les entr'actes, ce qui était d'une impression parfaitement désagréable: cet incessant souvenir de la catastrophe obsédait les esprits et troublait le plaisir. Mais enfin, mieux vaut encore prendre trop de précautions que de n'en prendre aucune, comme notre charmante Commission des théâtres a fait jusqu'au moment où les deux cents victimes de rOpéra-Comique l'on fait revenir dé l'état cataleptique dans lequel elle était plongée.

» Si maintenant les réformes, excessives sur quelques points, doivent faire sombrer

quelque direction incapable de supporter

tant de frais, on peut s'en consoler. »

Une presse nombreuse et vigoureuse a tenu le même langage que M. Wolff. Il ne s'est rencontré pour regretter ces dépenses nécessaires que des critiques circonvenus par des amitiés qui les aveuglent, ou que des auteurs dramatiques, places entre leur devoir professionnel de journaliste et leurs calculs personnels, gens à la vue peu nette, à Tôtroite cervelle, qui n'ont qu'un sentiment réel, celui de leur nullité désolante, et qui ont compris que le jour où ils ne seraient plus embusqués au coin d'un journal, les portes des Ihéâlres retomberaient lourdement sur lé nez de leurs ours mal léchés !

Lb: PRIX DES PLACES ET LE DROIT DES

Page 1