L'ENQUÉTK SUR LES CAUSES DE L'IN- CENDIE DE L'OPÉR.\-COMIQUE
if:
Au moment ou nous mettions la dernière main à ce travail, le journal le XAX'® Siècle a trouvé moyen de se procurer et de publier les extraits les plus concluants du réquisitoire définitif dressé par M. Bernard, procureur delà République, àla suite de Tenquête opérée par M. Guiliot, juge d'instruction.
Après avoir résumé les différentes causes qui ont ralenti la fuite du public et permis au fléau de faire de nombreuses victimes, le réquisitoire donne les chefs de prévention :
« Arthur-Léon Garvalho, Auguste-Ernest- Emile Lecointe, Cyrille André, Eugène Var-
nout, Antoine Ballaud, Maurice Gumine, Lucien Archambault, sont, en conséquence, prévenus d'avoir, à Paris, le 25 mai 1887, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou inobservation des règlements, involontairement causé la mort des sieurs, etc., etc .., etc., et involontairement occasionné des blessures à..., etc...
» Arthur-Léon Carvalho et Eugène Varnout sont'en outre prévenus d'avoir, à Paris, le 27 mai 1887, par vétusté ou défaut de réparations ou par des feux ou lumières laissés sans précautions suffisantes, causé l'incendie des propriétés mobilières ou immobilières d'autrui.
» Faits constituant les délits prévus et réprimés par les articles 319, 320 et 452 du Code pénal. »
Les avocats qui occuperont dans Taffaire
sont, jusqu'ici, M* Martini, pour M. Carvalho, M® Félix Décori; pour M. André ; M* Signorino, pour M. Varnout et M° Albert Danet, pour M. Gumine.
M® Lagasse se présentera au nom de quelques parties, civiles.
C'est M. le substitut Sauvageot qui soutiendra la prévention.
C'est le 16 novembre que commenceront les débats.
Nous nous bornons ici à donner cette conclusion sommaire du réquisitoire, en nous contentant de constater que ce dénouement frappe avec le plus de rigueur le petit personnel de rOpéra-Gomique, qu'il établit très nettement la culpabilité de M. Garvalho, en Texagérant sur plus d'un point, et qu'il met hors de cause les hautes personnalités sur lesquelles la logique et l'opinion accumulent les plus lourdes responsabilités.
M. Carvalho savait que la salle Favart pré*
sentait de nombreux vices de construction.
11 ne semble pas s'en être préoccupé d'une façon fort sérieuse, mais il n'avait qu'à prendre des précautions accessoires, tandis queles précautions radicales devaient être prises par Tadministration des Beaux-Arts.
Si M. Carvalho n'avait point dirigé un théâtre subventionné, il serait chargé de responsabilités autrement lourdes, car il pourrait seul être mis en cause.
Un théâtre étant un établissement public doit offrir au spectateur toutes les garanties.
Son administration est aussi responsable de l'existence des gens qu'elle laisserait brûler par imprudence ou par incurie qu'elle est responsable d'un paletot égaré parl'ouvreuse préposée au vestiaire.
Il faut proclamer cette vérité pour que les directeurs de théâtres s'en pénètrent et trouvent moins d'amertume dans l'accomplissement de leur devoir.